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 Rodrigue Llorandes

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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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Signalement : Hume, la trentaine, carrure solide, 1m85, cheveux noirs, yeux bleu pervenche, cicatrice sous l'oeil gauche.


MessageSujet: Rodrigue Llorandes   04.10.08 19:18

I. Identité:

Nom : Llorandes Mendes
Prénom : Rodrigue
Surnom : -
Sexe : Masculin
Age : 29 ans (né le 26 Thermidor / 13 août)
Race : Hume Evolus
Idéologie : Aucune
Métier : Barman et homme à tout faire au Downward Bar


II. Conscience du monde et Magie:

Conscience : Bienheureux
Source : Rough
Technique : Rough
Spécialisation :
L’Empathie.
Il perçoit les émotions d’autrui, auxquelles il attache des noms approximatifs, des couleurs ou des idées. Parce qu’il reconnaît mieux ce qu’il a déjà ressenti, les sentiments de souffrances font parties des choses qu’il distingue le mieux. Ce don est cependant particulièrement aléatoire et ne fait que capturer les émotions les plus palpables. Une trop grande réception l’épuise littéralement, ce qui ne survient que quelques rares fois, lorsqu’il ôte la vie à quelqu’un.
De même, il est récemment parvenu à se fermer à ces perceptions - faire le sourd, en quelque sorte. Ce rejet systématique de toute intuition naissante draine considérablement ses forces ; c’est un peu l’équivalent d’une plongée en apnée poussée à l'extrême…


III. Descriptions:

Description physique :

Rodrigue sourit tout le temps. Mais c'est à peine perceptible : il ne s'agit que deux ombres légères au coin de ses lèvres, une esquisse fantomatique que l'on peut interpréter de mille façons. Et il se fait un devoir de toujours laisser ce sourire sans étiquette, sans profondeur en fait, pour que l'on se trompe sur son compte ou mieux encore, que l'on se trompe en croyant l'avoir parfaitement cerné. Une barbe de trois jours assombrissant un teint déjà délicatement hâlé, des lèvres fixées en un sourire et qui emprisonnent occasionnellement un londrès fleurant le miel…Le seul accroc, le défaut qui se faufile insolemment sur ce visage somme toute agréable, c'est la mince cicatrice qu'il a sur sa pommette gauche. Un trait, une rature bistre, qui se charge au moindre reflet de lui rappeler pourquoi et comment il a hérité de cette cicatrice, pourquoi et comment il a perdu la vision de son œil gauche. Même s'il est quasiment borgne, il faudrait examiner soigneusement ses réflexes pour le deviner; car ses yeux se sont aucunement altérés, et restent parfaitement identiques. Leur teinte particulière, d'un doux bleu persan, reste ce que l'on retient immédiatement du physique de Rodrigue. Des yeux presque violets, lancinante couleur de l'Orgueil…Son regard, certes singulier et captivant, est constamment ombragé par son port de tête souvent incliné, ou par sa régulière habitude de froncer les sourcils – même lorsqu'il sourit. Il sait observer, jauger, détailler sans que cela passe pour de l'indiscrétion, comme si toutes ses pensées étaient voilées de bienveillance derrière le miroir trompeur de ses prunelles.
Rodrigue a de fins cheveux noirs mi-longs, repoussés en arrière par d'innombrables et quotidiens mouvements de mains –ce qui n'empêche pas quelques fines mèches de s'aventurer parfois sur son front et ses tempes.
Sa taille rentre dans la moyenne, et l'on peut deviner sous ses chemises bien coupées une musculature dûment entretenue par autre chose que sa fonction de barman. Ses mains, larges et bronzées, font montre d'une adresse minutieusement calculée, une justesse qui trahit parfois de vieux réflexes de musicien.


Description morale :

Rodrigue n'est pas ; il paraît, il semble, oui… il renvoie constamment un reflet pantomime aux autres. Il fait croire, il trompe, il affecte, il joue la comédie. Il n'est rien de ce qu'il dit ou de ce qu'il fait, tout en restant d'une glaçante honnêteté ; il prend des visages, des masques, couvre sa démence d'un persona serein et amical. Il devient ce qu'il projette, tant son jeu est poussé à la perfection. Il peut rire, pleurer, être drôle et consoler avec des mots justes, s'embarrasser et devenir furieux. Mais ce ne sont que des imitations longuement travaillées de tout ce qui s'agite autour de lui : Rodrigue n'est pas tout cela. Il n'existe pas réellement, mais se laisse vivre, porté par une muette et indifférente volonté générale qui ne voit en lui qu'un jeune homme comme les autres, aimable aussi longtemps qu'il demeure quelconque.
Rodrigue n’a pas toujours été ainsi ; il a eu une adolescence relativement heureuse, en Lespure, mais sa sensibilité exacerbée par sa magie l’a vite dégoûté de l’humanité, trop douloureuse, trop cruelle dans sa naïveté épurée.
Il s'est ainsi fabriqué une humanité de façade qu'il sait pertinemment être artificielle, parce qu'il garde la capacité de la briser, comme on froisse une esquisse, comme on déchire un joli poème qui ne faisait que singer la sensibilité.
Par conséquent, Rodrigue s'est doté d'un caractère qui se plie aux attentes du plus grand nombre ; on pourrait facilement résumer sa personnalité à "sympathique", voire même l'étiqueter comme étant le "gendre parfait". Il sait parfaitement leurrer, servir avec un sourire un méticuleux mélange de phrases, de regards, de mimiques, de rire et de silences …juste assez pour plaire, se faire apprécier. Puis oublier.
Pourtant, car Rodrigue n'a pas un total contrôle sur son "non-être", il constate parfois (et avec une certaine frustration) qu'il répond toujours à certains stimuli et à des réflexes purement humains, dont il n'arrive pas à se débarrasser tant ils sont ancrés en lui. Comme par exemple la vague impression d’être toujours capable de sentiments sincères, liées à l’espoir surréaliste de pouvoir un jour échapper à sa propre folie.
Il se sait pourtant incapable de s'intégrer à la société, hanté par la conviction d'être "taré", dans le sens où il aurait hérité de l’instabilité notoire de son père autant que de la folie de sa mère, maniaco-dépressive et manifestement héritière d‘une longue « tradition » familiale.

Humanité : 27/100

IV. Précisions supplémentaires:

Style de combat : Même si Rodrigue dispose d’une force physique assez respectable, il préfère éviter les combats rapprochés autant que faire se peut, surtout parce qu’il souffre encore de vieilles blessures sur tout son torse et qu’il n’aimerait pas les voir également porter la fonction de « point faible  ». Il sait cependant manier avec habileté toutes sortes d’armes -pourvue qu’elles tombent entre ses mains. Il n’a en sa possession qu’une paire de couteaux papillons qu’il sait utiliser simultanément.


Talents particuliers : Rodrigue ne s’est souvenu, de toutes les œuvres que son père lui a appris à jouer au piano, que d’une seule : la Sonate du Clair de Lune de Beathoven, qu’il sait pas ailleurs jouer avec une sereine virtuosité. L’improvisation « jazz » lui réussit tout aussi bien, par ailleurs.
Très manuel et débrouillard, il y pas peu de tâches qu’il ne sache pas accomplir, que ce soit l’art de composer des cocktails à la mécanique, en passant par la cuisine, le jardinage, voire la couture. Bref, un homme à tout faire, un vrai.


Signes particuliers : Il est pratiquement ambidextre. Dois-je aussi rappeler qu’il est un tueur en série ?


Dernière édition par Rodrigue Llorandes le 08.01.12 22:21, édité 1 fois
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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Signalement : Hume, la trentaine, carrure solide, 1m85, cheveux noirs, yeux bleu pervenche, cicatrice sous l'oeil gauche.


MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   04.10.08 19:31

V. Histoire:





Un jardin d'étoiles cassées,
Cimetière natal.


Maman était toute petite. Toute frêle et pâle, comme une mince figurine si blanche et molle qu'il aurait suffit de bousculer un peu pour la briser.
Il l'observait, mais à la dérobée.
La bouche de Maman était grande ouverte, crispée comme le reste de son visage. Un grand rectangle noir cerné d'un pâle carmin. Des stries figées déformaient sa gorge. Il y avait un filet de sang sur sa tempe, et la main de Papa était serrée sur sa nuque.
Il observait. Depuis un mince interstice, une minuscule meurtrière donnant sur la chambre. Il n'avait pas fermé la porte du placard ; il n'osait plus : et s'il l'entendait refermer la porte, s'il voyait ses doigts émerger de l'ombre ? Non, non, non : il ne devait pas l'entendre, ni le voir. Il devait se cacher au mieux.

Ils jouaient souvent à ce jeu, même s'il n'était absolument pas drôle.
Maman entendait le tintement arrogant des clefs dans la serrure, son visage se déformait de crainte et elle lui disait de se cacher. Il changeait tout le temps de cachette, mais Papa le retrouvait quand même…quand il en avait terminé avec Maman. Ou quand Maman avouait dans ses hurlements suraigus où il se trouvait, pour qu'il arrête de la frapper.
Quand il était trouvé, il se faisait frapper aussi. Et il devait trouver une autre cachette, pour la prochaine fois.

* Ne dis rien… *

Il entendait la musique. Papa allumait toujours la musique quand ils commençaient à jouer, il l'allumait très fort, même. Peut-être que pour les voisins ne les entendent pas. La Sonate du Clair de Lune enfonçait à coups de marteaux ses notes pourtant douces dans son crâne, assommante de mélancolie lointaine et indifférente. Mêlée, fondue comme un fiel gluant aux rugissantes émotions qui le secouaient de l’intérieur. Maman était par terre, elle hurlait, levait ses longs bras maigrelets pour tenter d'échapper aux coups de pieds rageurs de son époux. Il déversait sur elle un flot d'injures sifflées, et les clefs qui étaient encore dans ses mains tintinnabulaient, moqueuses. Haine, colère, souffrance…et ce voile âcre, ce goût transparent, auquel il n’avait jamais donné de nom.
Rodrigue glissa ses mains sur ses oreilles et pressa aussi fort qu'il put, pour ne pas les entendre. Il parlait de lui aussi. Il demandait où il était, entre autre. Maman ne disait rien, pas encore. Elle pleurait et ne pouvait rien articuler de correct. Elle faisait de son mieux pour le protéger, un "mieux" très humble, mais Rodrigue l'aimait quand même pour ça.

"Pen…d…rie…!"

Les coups cessèrent. Maman gémit pitoyablement en se recroquevillant sur elle-même, cassée. Le regard noir d' Armando Llorandes se tourna vers sa cachette, vers la petite marge de lumière qui éclairait l'œil écarquillé de son fils.

"Ces putains d'yeux violets…"

Quelques pas rageurs et pesants. Rodrigue glapit en essayant de se cacher derrière les longues robes de Maman, la porte s'ouvrit avec tant de violence qu'elle aurait dû sauter de ses gonds. Une main plongea, empoigna violemment ses cheveux. Dans un hurlement, il fut tiré hors de son antre d'ombre et de tissus, et jeté sur la moquette défraîchie de la chambre. Maman ne le regarda pas : elle avait de longues mèches noires collées sur son visage, et se roula sur le côté opposé dans un sanglot étrange. Lassitude. Papa jeta avec fureur ses clefs, et sa serviette pleine de partitions. Il était professeur de musique, mais jamais son art ne semblait être parvenu à adoucir ses mœurs. Quelques pages tombèrent doucement autour d'eux, de grands flocons rectangulaires mouchetée d'encre noire et de lignes délicates. Amertume.

"Avec des yeux comme ça, il ne peut pas être mon fils…" se lamenta Papa d'une voix traînante, les mains tremblantes. "BÂTARD !"

Le jeu était terminé, Papa pouvait le frapper. Il frappait fort. Et à sept ans, Rodrigue ne pouvait pas se défendre.


*


"Tu sais, ton père n'est pas méchant, non…Il a juste des problèmes pour trouver du travail, je suis sûre qu'il se démène pour nous faire vivre correctement…Il ne faut pas lui en vouloir. Hum, Rodrigue ?"

L'enfant renifla pour toute réponse, laissant les mains maladroites de sa mère étaler le pansement sur son œil gauche. Il restait pensif, perdu dans sa perspective du monde réduite de moitié. Il avait totalement perdu la vue de ce côté, et parfois il y avait des choses qui disparaissaient de sa vue, comme des fantômes ; il avait peur, mais il ne disait rien. Il lui restait une plaie recousue sur la pommette, là où Maman venait de poser délicatement le grand pansement.
Le docteur, aux urgences, l'avait regardé bizarrement, comme s'il avait espéré entendre une quelconque confidence de sa part. Mais il n'avait pas deviné ce qu'il attendait de lui, alors il avait fait comme Maman, à chaque fois qu'on lui posait la question :

"Je suis tombé dans les escaliers, c'est bête."

Les escaliers lui avaient aussi déplacé un rein. Il avait mal, mais n'en montrait rien. Maman s'occupait de lui, dans la chambre. Papa était sorti donner des cours. Ils ressemblaient presque à une famille normale, depuis que l'ambulance était venue le chercher. Ce brouillard de haine n’opacifiait presque plus l’air. Alors il était content, et il évitait de grimacer.

" Rodrigue ?"

Il leva ses yeux vers Maman, qui souriait jovialement. Elle était jolie, Maman ; depuis deux jours, elle remettait ses longues robes colorées, se coiffait mieux et mettait même du rouge sur sa bouche souriante. Cela arrivait, parfois. Elle devenait joyeuse, pleine d'entrain –et puis brusquement elle retombait dans la mélancolie.
Maman passa une main sur sa joue, câline. Elle le touchait beaucoup moins quand elle était triste. Amour. Et ce fiel.

"Tu as les yeux de ton grand-père, tu sais ? C'est une couleur pervenche, mais moi je n'en ai pas hérité…J'étais très jalouse d'oncle Orféo…"

Ses yeux étaient noirs, comme ceux de Papa. Pépé et tonton Orféo, il ne les avait jamais vu, ils vivaient toujours en Lespure.

"Tu ressembles tellement à ton père, mon chéri…tu es tellement beau !" Finit-elle sur un murmure tendre.

Elle laissait un peu de rouge sur sa peau. Lui ne savait pas trop comment réagir, mais cela le gênait sans qu'il n'ose l'avouer. Maman était comme ça, parfois. Même s'il savait que c'était sa preuve d'amour, il en venait presque à préférer lorsqu'elle était triste, vêtue de grands pulls informes et qu'elle pleurait dans son lit.


*


Rodrigue monta d'un pas lent les escaliers, ravalant avec difficulté ses sanglots. Son ventre lui faisait très mal quand il pleurait, mais là il ne pouvait pas s'arrêter de gémir. Arrivé à l'étage où il habitait, il se précipita à grandes enjambées vers la porte de la minuscule maison, et tambourina en pleurant et en appelant sa mère.
Celle-ci apparut brusquement dans l'encadrement de la porte, l'air affolé et haletante. Rodrigue tomba presque à ses pieds, s'accrochant à son peignoir de bain en pleurant plus bruyamment encore.

"Rodrigue ! qu'est-ce qu'il y a ?"

Elle s'accroupit, et accueillit son enfant entre ses bras. Elle sentait l'iris, et ses cheveux étaient encore tout mouillés.

"Ils sont… méchants !" Articula-t-il entre deux sanglots. "Les…garçons d‘à côté…!
_Ils t'ont fait du mal ? s'inquiéta la femme en passant gauchement ses mains sur le visage de son fils pour l'observer avec minutie. Tu as mal quelque part, mon chéri ?
_ Ils…Ils ont dit…que…qu'on était…qu'on devait nous envoyer à l'asile ! Maman ! …Pourquoi ils disent ça ?!"

Eve Llorandes resta un instant muette, puis ramena son garçon contre elle pour le consoler, l'air trop éberluée pour répondre immédiatement. Tristesse.

"Je ne sais pas, mon chéri. Je ne sais pas."

Même si la réponse de Maman aurait dû comme d'ordinaire conforter Rodrigue dans sa conviction que les vrais fous n'étaient que ceux qui insultaient sa famille, le doute s'instilla dans son jeune esprit. Il se mit soudainement à considérer Maman d'une manière différente, à se rendre compte, enfin mais sans doute trop tard, que sa façon de l'embrasser lorsqu'ils étaient seuls n'était pas normale. Que son humeur était trop changeante. Que Papa se mettait dans des colères noires pour des détails insignifiants, comme la couleur du rouge à lèvre de Maman, qu'une feuille de partition égarée, une chaise déplacée, une fenêtre ouverte, un coup de téléphone. Comme une douche en milieu d'après-midi.

C'était la raison pour laquelle Papa s'était fâché, ce jour-là. Il était revenu tôt de son travail, irrité comme d'ordinaire. Voir Rodrigue pleurer dans les bras de sa mère, accroupie sur le pas de la porte dans son peignoir de bain, l'avait plongé dans une rage indescriptible.
Il les avait repoussés à l'intérieur, avait verrouillé la porte avec ses clefs tintinnabulantes, et avait mis la musique.

La Sonate du Clair de Lune, toujours elle.

Rodrigue s'était réfugié sous la table, paniqué. Sa respiration resta bloquée, comme souvent, par le raz-de-marée d’émotions qui lui incendiaient la poitrine. Papa avait empoigné les cheveux humides de Maman, et la frappait au visage avec son poing fermé. Elle hurlait, pleurait, encore. Peur. Rodrigue n'essaya même pas de comprendre ce qu'il lui reprochait, il se boucha les oreilles avec force, mais la Sonate était plus forte, et Maman criait des phrases incompréhensibles pour se défendre des accusations de son époux. Maman était nue. Rodrigue ferma les yeux. Il entendit la Sonate orchestrer la chute les chaises, le bris des vases et la mélopée suraiguë des cris de Maman.

Puis il entendit un bruit de verre brisé. Trop fort, plus fort que la Sonate. Il ouvrit les yeux, juste à temps pour voir Maman disparaître comme au ralenti au-delà de la fenêtre. PEUR. Il entendit son hurlement, et cette sorte de bruit indéfinissable qui le coupa net quelques longues secondes plus tard.

Plus rien…?

Ses yeux restèrent grands ouverts, dévisageant le ciel de Messidor, ce rectangle dentelée de crocs de verre.
Papa était penché au-dehors, la bouche grande ouverte. Ses yeux étaient exorbités, ses lèvres humides, et son front blessé par une estafilade rouge. Papa tourna la tête avec lenteur, et ses yeux noirs se posèrent sur lui. Très, très lentement.

Rodrigue eut presque l’impression que l’air était brouillé tout autour de lui. Haine, Rage. Douleur. Mais trop, trop de haine.

L'enfant de dix ans détala avec la vivacité d'un petit animal vers la porte de la maison. La voix de son père mugit son prénom derrière lui, ce qui ne l'incita qu'à courir plus vite encore. Il tourna les clefs dans la serrure, ouvrit la porte et fila dans les escaliers. Il manqua de tomber plusieurs fois, car il entendait les pas de géants de Papa derrière lui.
Le paysage dévala sous ses pieds ; l'infini ruban sombre des escaliers, la cour où les garçons l'avaient nargués plus tôt, un portail, une voie inconnue.
Il courut sans s'arrêter, sans regarder derrière lui. Sans rien regarder d'autre que ses chaussures aux lacets dansants qui faisaient défiler le monde réduit à un sol, réduit à la promesse d'une fuite éternelle.


Dernière édition par Rodrigue Llorandes le 04.10.08 22:58, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   04.10.08 19:35

Longues étaient les nuits sans lune,
Éternels, les matins aveugles.




"On ne l'a retrouvé que tard dans la nuit. Il était évanoui derrière des poubelles, aux limites de la ville."

La femme aux lunettes rondes leva un sourcil intrigué, puis jeta un regard curieux vers l'enfant figé sur sa chaise, crasseux et silencieux.

"Je crois qu'il a été heurté par un véhicule, il a des bleus sur la poitrine. Il n'a rien voulu dire…enfin, ça, c'est compréhensible.
_Qu'est-ce qu'il s'est passé, exactement ?"

L'agent passa une main embarrassée sur son crâne chauve, puis répondit :

"Une sale histoire, Madame. Leur famille avait déjà une sacrée réputation dans leur quartier de Falk, mais là… Le père était un musicien raté, il battait sa femme et son gosse. C'est probablement lui qui a poussé sa femme par la fenêtre. Elle non plus n'était pas très nette, à ce qu'on dit... Son corps est à la morgue, ils vont l'autopsier, je crois. Les voisins ont vu le gamin fuir, poursuivi par son père. Il a complètement perdu la raison, ça se voit rien qu'à la tête qu'il tirait quand on est arrivé. Il doit déjà être à l'asile, à l'heure qu'il est.
_ Pauvre garçon…
_Mouais, grimaça l'agent. Moi, Madame, mon conseil serait de pas mettre trop de cœur à cet ouvrage-là. Il est taré, le gamin. Normal, avec des parents comme ça…
_Je connais mon métier.
_Vous avez trouvé de la famille ?
_Il aurait un oncle, en Lespure. Nous le contacterons dès que possible…en attendant, je crois que le mieux serait de le placer à l'orphelinat."

La femme salua l'agent, qui la laissa seule avec l'orphelin. Elle s'accroupit devant lui et chercha à croiser son regard. Il était couvert de poussière, puant et d'aspect presque sauvage, mais ses yeux étaient plutôt beaux. Une belle couleur.

"Viens avec moi, Rodrigue. On va te soigner, et t'emmener dans un endroit où il y a plein d'enfants comme toi. Tu t'entendras bien avec eux, j'en suis sûre. Tu viens ?"

Rodrigue lui donna docilement la main, sans la regarder. Ce que sa vie avait toujours été jusque là n'était plus, et il avait l'impression qu'à présent, plus rien n'importait. Cela ne le concernait plus.

Et pourtant…



*




Une mince fente, un fin trait de lumière qui tombait sur son œil, grand ouvert. Il regardait l’extérieur à travers cette meurtrière, apeuré, inquiet, mais curieux aussi.
Il s’était caché dès que la dame aux lunettes avait détourné son regard. Cet endroit ne lui plaisait pas, il y avait trop d’enfants. Trop de pairs d’yeux qui le regardaient. Trop d’émotions effrayantes. Il n’aimait pas non plus les adultes, pas celui auquel on l’avait présenté presque une heure auparavant.

Il ne voulait pas rester là. Il resterait caché jusqu’à ce qu’ils arrêtent de passer dans les couloirs en l’appelant, jusqu’à ce qu’ils oublient qu’il était venu ici.

Rodrigue se pelotonna maladroitement, enfouissant ses mains glacées dans les manches de cette veste trop grande qu’on lui avait donné. Il fixait toujours l’extérieur, attentif, nerveux, et pourtant ses pensées dérivaient pour la première sur le sentier -non, c’était un gouffre à présent- du passé. Maman était morte, il l’avait vu tomber. Il avait aussi aperçu son corps, cette figurine molle reposant sur le sol, cassée. Brisée nette, comme la Peur qu’il avait ressenti jusqu’au tréfond de ses os. Il avait entendu son père hurler comme jamais il n’avait hurlé jusqu’alors. Où était-il maintenant ? Chez les fous ? …Alors ils avaient raison, les garçons du terrain de jeu ?
Il entendit soudainement des pas. Son cœur se mit à cogner dans sa poitrine douloureuse, si fort qu’il fut persuadé que l’autre l’avait entendu s’affoler, et qu’il allait le tirer de force du placard pour le punir. Ce fut pourtant un silence assourdissant qui s’étira une minute entière. Des pas, qui se rapprochaient tranquillement. Rodrigue plaqua ses mains sur sa bouche, de peur de se trahir.
Les pas s’arrêtèrent, juste devant la porte. Rodrigue était au bord des larmes, sans trop savoir pourquoi. Blessure. Il avait peur, il voulait qu’on le laisse tranquille. Trop de gens inconnus l’avaient pris par la main, l’avaient touchés. Il voulait rentrer à la maison, ne serait-ce que pour y rester tout seul. S’il était fou, lui aussi, alors il devait rester tout seul. Ce serait mieux, non ? Mais l’idée d’être seul était-elle une raison suffisante pour pleurer ? Il ne l’avait jamais fait, avant. Même pas quand Papa le punissait.

Son œil bleu persan rencontra un autre œil, une prunelle noisette, penchée vers lui. C’était un garçon, peut-être un peu plus âgé que lui. La Blessure. Il avait vraisemblablement les mains dans les poches, et lui présentait son profil nonchalant. Seul son regard s’était posé sur lui, comme par erreur. Quelle blessure ?

Rodrigue frissonna. Il glissa son doigt sur ses lèvres, les yeux écarquillés dans une supplique muette.

« Ne dis rien… »

Peut-être esquissa-t-il un mouvement de tête, ou bien se contenta-t-il d’un battement de cils de commisération; toujours est-il que le garçon s’éloigna dans un mot, et que par la suite le couloir resta plongé dans le plus profond des silences.
Rodrigue finit par s’endormir, des larmes figées comme des gouttes de cire aux coins de ses yeux. Il n’y trouva pas le repos auquel il aspirait tant, et comme un insecte piégé par une lueur trompeuse, il resta prisonnier toute la nuit d’un condensé cauchemardesque et répété à l’infini de cette journée qui avait marqué la fin de tout. Et le début d’un long, très long néant.



*



Oncle Orféo avait des yeux bleu pervenche, comme lui. C’est ainsi qu’il l’avait reconnu d’entre tout ce groupe d’adultes qui le regardait en se lançant tour à tour des interrogations aussi soucieuses que paresseuses à son sujet. Il était aussi un peu différent des autres : sa peau était plus hâlée, ses vêtements moins soignés et neufs, quoique impeccablement propres. Maman était née là-bas, dans les vergers ensoleillés de Lespure, pourtant Rodrigue avait du mal à se figurer sa mère autrement que blême comme la mort, noyée dans ses draps à longueur de journée à sangloter. Elle avait sans doute laissé là-bas sa joie de vivre ; tout ce qui l’avait suivit jusqu’en Twinkil, c’était le bébé dans son ventre et ses longues robes fleuries.
Rodrigue attendit qu’ils aient terminé de parler. Il était exténué, si nerveux qu’il en était devenu agressif - en particulier lorsqu’ils avaient essayés de le faire sortir une énième fois de sa cachette. La dame aux lunettes avait écopé d’une morsure au poignet, et pourtant c’était la seule à s’être en suite donnée la peine de lui faire prendre un petit déjeuner avant de le conduire jusqu’ici.

« C‘est une chance de vous avoir trouvé ici, Monsieur Mendes. Nul doute que l’enfant ne serait pas resté longtemps sous l’aile de l’orphelinat, vu son…comportement. »

L’homme qui parlait éleva ses mains constellées de griffures pour tendre quelques papiers à signer à Orféo, qui ne daigna pas lui répondre d‘emblée, ni même lui adresser un regard. Il signa, lui rendit la paperasse et prit enfin la parole, avec un accent que Rodrigue n’avait entendu que très dilué dans la voix de sa mère. Le fait seul de l’entendre parler -pour la première fois depuis son arrivée dans la pièce- fit rater un battement à son cœur :

« Moi je le trouve particulièrement poli et sage pour quelqu’un qui a vu sa mère mourir sous ses yeux. »

Tous eurent l’air surpris par l’âpreté de son ton, mais ne trouvèrent rien à rétorquer. Il fallut attendre la fin de la matinée pour qu’on laisse enfin Rodrigue sortir de l’orphelinat, trottinant avec énergie pour suivre les grandes enjambées empressées de son oncle. Alors qu’ils atteignaient la gare, il se retourna brusquement -Rodrigue manqua de peu de le heurter - et lui fit d’un ton détaché :

« Tu vas bientôt rencontrer ta cousine, Aurelia…Elle est un peu plus jeune que toi. Mais tu peux la considérer comme ta sœur, car tu portes aussi le nom de Mendès désormais. »


Ce fut l’une des plus longues phrases qu’il lui adressa de toute l’année. Orféo était de toute évidence un homme taciturne, et ce trait de caractère découla presque naturellement sur son neveu, déjà peu expansif de nature. Lorsqu’ils regagnèrent ensemble Lespure, jusqu’à la petite ville entourée d’immenses vergers où les Mendes vivaient depuis plusieurs générations, Rodrigue eut presque l’impression qu’il ne pouvait qu’être heureux dans un cadre si magnifique. Il passa de longs après-midi à courir entre les arbres fruitiers soigneusement alignés, seul…ou avec la petite Aurelia.
Sa cousine, sa sœur d’adoption, était remarquablement belle à ses yeux. Sa peau était de bronze, son visage poupin était constamment souriant -il apprit à faire comme elle, à sourire en toute occasion. Elle avait de longs cheveux noirs, de grandes vagues ébènes de minuscules et délicates ondulations. Elle portait des robes blanches, attachait des rubans à son opulente chevelure, puis bien vite elle retroussait ses jupons au-dessus de ses genoux égratignés et courait pieds nus, aussi vite que son cousin. Elle roulait toujours les « r » de Rodrigue, d’une façon tout à fait exquise et manifestement étudiée.
Orféo le laissait la plupart du temps tranquille, sauf quand il s’agissait de l’employer à la boutique. Il tenait une épicerie, et avait besoin d’une paire de bras solides pour transporter avec lui les caissons et les grands sacs de grains. Il fut également chargé de diverses autres tâches dès que son oncle repéra sa vive capacité d’adaptation. Il lui appris un peu de tout, et ce tout servit au quotidien de la petite famille.
Orféo se chargeait déjà lui-même de l’éducation de sa fille; sa bibliothèque était garnie d’un grands nombres d’ouvrages usés, aux pages jaunies et craquantes, aux écritures fines et minuscules. Rodrigue se mit à lire, avec une placide soif de connaissance. Le premier livre que lui fit lire Orféo fut une vieille pièce de théâtre d’un certain Cornellus : « El Cid ». Il lui expliqua qu’il s’agissait du livre préféré de sa mère lorsqu’elle vivait encore ici. Rodrigue découvrit bien assez tôt d’où était tiré son prénom, et tenta longuement de comprendre ce qui avait bien pu plaire à sa mère dans cette histoire de vengeance et d’amour contrarié. Le personnage du Cid lui plaisait beaucoup, sans qu’il ne parvienne à dire pourquoi. C’était un assassin après tout. L’assassin du père de celle qu’il aimait… Un Assassin ou un Amoureux ? Rodrigue resta pensif. Aurelia elle disait qu’elle préférait l’Infante. Elle disait ça en le regardant droit dans les yeux, avec ses grands yeux noirs et fixes et son sourire - il détournait alors la tête, comme embarrassé.

Sept années s’écoulèrent dans ce calme en apparence reposant. Mais Rodrigue mentait quand il disait qu’il ne pensait plus à ses parents. Il ne parla pas plus de ses insomnies, ni de ces états terrifiants dans lequel il se plongeait parfois, l’esprit plein de notes de piano et d‘envie de violence.
Il ne dit rien, parce qu’il avait peur qu’on lui dise qu’il était fou, lui aussi. En reniant leur existence, il espérait aussi les faire disparaître à jamais.
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MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   04.10.08 19:50

Cours vers le soleil,
Seule ton ombre grandira.


Aurelia chantait de sa voix suave. Ses lèvres brunes se joignaient mollement, laissaient échapper des mots susurrés et mélodieux. Rodrigue l’écoutait, les mains serrées l‘une contre l‘autre, tandis qu’elle se rhabillait avec lenteur. Peut-être cherchait-elle à le rassurer en chantant à chaque fois qu’ils se retrouvaient dans la chambre.
Rodrigue était bien le seul à s’interroger sur le bien-fondé de leur relation; n’étaient-ils pas frère et sœur, ou au moins cousin et cousine ? Du même sang, en somme ?
Elle avait rit, la première fois -lorsqu’il avait dit non du bout des lèvres. Ce rire moqueur avait suffit à le faire céder, plus par colère que par véritable désir.
Depuis, elle revenait le narguer très souvent, et il cédait de plus en plus facilement. Elle était belle, du haut de ses seize ans. Belle comme une femme, si bien que Rodrigue bouillonnait de jalousie et de colère dès qu’elle mettait un ruban à sa douce gorge pour aller en ville.

« Rodrigue, ne fais pas la tête ! »

Elle roulait moins les « r ». Aurelia s’agenouilla doucement devant lui, un sourire tendre au coin des lèvres. Son cousin fronça les sourcils -ça aussi, c’était devenu une habitude chez lui-, et gronda lentement :

« Je ne fais pas la tête. Je pense à Oncle Orféo…Il finira bien pas se douter de quelque chose (Aurelia se mit à rire, ce qui agaça grandement Rodrigue)…ça ne t’inquiète pas plus que ça ? Ton père me tuerait s’il savait que…
_ Que je t’aime ? Et pourquoi serait-il en colère ? Il t’adore, et il ne me refuse jamais rien. Tu n’as pas de soucis à te faire. »

Elle se releva, se détourna gracieusement en nouant le lacet de son corset. Rodrigue, peu convaincu, renfila hâtivement sa chemise, dûment froissée par leurs ébats dépourvus de tendresse superflue. Son œil gauche lui faisait mal, il se frotta délicatement l’arcade sourcilière comme pour faire passer cette gêne incongrue. Il était énervé, frustré. Souvent il se demandait si Aurelia l’aimait vraiment. Il releva la tête presque timidement, et se fit violence pour articuler quelques mots pourtant simples :

« Tu m’aimes ? »

Aurelia se figea, et tourna un regard étonné ver lui. Il espérait qu’elle ne prendrait pas ça à la légère, comme elle le faisait souvent. La belle brune revint vers le lit, s’assit à ses côtés et entoura ses épaules de ses bras graciles.

« Quelle question, mon cher Cid…En douterais-tu ?
_Je veux savoir, c’est tout. »

Aurelia perdit un peu de son sourire, comme pensive, puis posa son menton sur son épaule.

« Je peux te confier…un… un secret ?
_Quoi ?
_Non, attend. Tu dois d’abord jurer de ne jamais le répéter…Promets de ne pas m’en vouloir, surtout. »

Intrigué, et passablement agacé par ses détours nerveux, Rodrigue acquiesça. Qu’avait-elle donc à lui avouer ? Qu’elle aimait quelqu’un d’autre?

« Je jure. »

Aurelia inspira, les yeux clos. Elle semblait puiser dans tout son courage -et pourtant, elle n’en avait jamais manqué - pour enfin parler d’une voix amoindrie, qui dessina un violent décrescendo :

« Je n’étais déjà plus vierge, à neuf ans. Quand… Papa était allé te chercher, et qu’il est ensuite revenu avec toi. Moi…j’étais restée à la maison, avec grand-père. C’était lui qui…enfin…tu comprends. »

Et comment. Rodrigue resta muet, et sourd aux paroles suivantes d’Aurelia, même lorsqu’elle lui dit qu’elle avait aussitôt dénoncé à la police le coupable, et qu’il s‘était suicidé peu de temps après. Son regard demeura fixe. Évidemment qu’il comprenait. Sa propre mère avait fait la même chose avec lui.
La Blessure. Comment oublier ?
Son regard bleu persan se tourna lentement pour se fixer sur le visage d’Aurelia. Elle ne pleurait pas, elle s’acharnait à sourire en répétant qu’elle s’était épanouie quand même, grâce à sa présence, et qu’elle l’aimait sincèrement. Blessée.

Elle était comme lui. Son sourire était faux, il savait qu’elle souffrait. Puisqu’elle était comme lui. Qu’elle avait été souillée par ce sang maudit.
Elle posa sa main sur sa joue ; il tiqua. Sa grande main vint se poser sur son poignet, pour le serrer comme dans une marque de réconfort. Il ne la quittait pas des yeux.

« N’en doute plus, mon beau Cid. Je t’aime, je veux qu’on vive ensemble ! Et puis… »

Rodrigue de l’écoutait plus. Il avait une musique dans la tête. Cette musique…La Sonate. Des gouttes de sueur glacée perlèrent sur sa nuque. Son étau se resserra sur la main d’Aurelia, insensiblement. Le décor de la chambre se brouilla, et il en frémit de peur. Aurelia, elle était comme lui ! Comme lui, la pauvre ! Comment pouvait-elle vivre alors qu’elle avait tant souffert ? N’avait-elle pas souvent préféré, comme lui, mourir plutôt que de traîner ces boulets à ses chevilles ?

« Et puis, il faudra bien que Papa s’y fasse…nous serons bientôt quatre, à la maison. »


Rodrigue ne comprit pas, il ne cherchait déjà plus à écouter ce que disait Aurelia. La Sonate assourdissait tout.

Pauvre Aurelia.

Ses doigts glissèrent vers le cou orné d’un ruban de sa cousine. Elle ne comprit pas immédiatement, elle songea même à une plaisanterie lorsqu’il commença à appuyer de son pouce sur sa gorge.

« Arrête, ça… fait…mal ! »

Rodrigue ne l’écoutait pas. La musique, il n’y avait que ça. Sa douceur était un masque trompeur ; la sonate n’était que violence, invitation au crime. La Lune changeante ne perçait pas l’obscurité, elle ne faisait que l‘auréoler de gloire.
Sa bouche était un grand rectangle noir, cerné d’un carmin sombre. Peur. Elle voulait hurler mais ne le pouvait pas. Elle ne songeait même pas à le griffer, et ses coups de pieds étaient mous. Elle ne voulait pas lui faire de mal ?
Rodrigue posa l’espace d’une seconde pied dans la réalité. Malheureuse Aurelia. Je suis en train de te tuer, et tu m’aimes encore ?

« Je suis fou, comme Maman, comme Papa. Comme Grand-Père. Nous sommes fous, on n’y peut rien. Pourquoi m’aimes-tu, Aurélia : pourquoi ne vois-tu pas celui qui t’a violé dans mes yeux ? Mes putains d’yeux violets ? »

Ses grands yeux noirs brillaient plus intensément que le ciel nocturne. PEUR. Elle pleurait.


Plus rien… ?


Aurelia ne bougeait plus. Malheureuse Aurelia. Maintenant, elle avait la paix. Elle ne souffrirait jamais comme Maman avait souffert.
Rodrigue entendit le mouvement s’achever dans sa tête, laissant place à un silence glaçant. Il tremblait, et une larme frémissait au coin de son œil mort.

« Aurelia…»

Sa voix se brisa. Il se sentait vide, épuisé par trop d’émotions. La peur, cette peur qui survient à l’instant de la mort. Mais, non, non, il y avait autre chose. Comme une note délicate dans un parfum, une note cristalline noyé dans le flot de la mélodie.
Qu’est-ce que c’était ? Qu’avait-elle ressenti, à l’instant où tout s’arrêtait en elle ?



*



« Ah, Rodrigue… »

Il se tenait droit dans le vestibule, les bras ballants et plus fixe qu’une statue. Orféo coula un regard intrigué vers lui, mais sans plus, et referma tranquillement la porte derrière lui.
Rodrigue déglutit. Il était agité, mais les remous de ses émotions restaient cantonnés dans sa poitrine, mugissantes, hurlantes. Les autres étaient sourds à ce genre de sons.

« Tu as quelque chose à me dire, mon garçon ? »

Il tressaillit. Le grand Lespurien venait de poser son regard placide sur son fils d’adoption, patient mais quelque peu las.

« Oui, articula difficilement Rodrigue. Je voulais savoir…pourquoi…Pourquoi tu ne m’as jamais dit ce qu’il s’était passé, avec Grand-père. »

Le ton était sans reproche, plus inquiet que froid. Ce fut au tour d’Orféo de frémir, et son regard se fit plus dur. Il fit mine de poursuivre son chemin dans l’étroit passage de l’entrée, mais Rodrigue le barra la route d’une longueur de bras.

« Répond.
_…Je ne veux pas en parler. C’était il y a longtemps, très longtemps déjà. Il vaut mieux oublier, pour le bien d‘Aurelia. »

L’épicier repoussa le bras de son neveu et se dirigea d’un pas vif vers la cuisine pour y déposer sa vieille besace. Rodrigue le rejoignit, l’air angoissé et fiévreux. Il sentait la peine d’Orféo comme un fluide glacé qu’il exhalait à chaque souffle. Sa voix se bloqua dans sa gorge, et Rodrigue resta bêtement à le regarder décharger ses quelques courses avec paresse.

« Oncle Orféo.
_Quoi.
_Je ne parlais pas seulement d’Aurelia. »

Un regard en coin. Inquiétude, peur. Souvenir. Rodrigue serra les poings, puis lâcha avec difficulté :

« Maman…est-ce qu’il a aussi fait du mal à Maman ? »

Il lui suffit de déceler le frisson d’horreur qui agita ses pupilles pour comprendre. Oui. Maman aussi.

« Tu le savais ?
_Arrête -
_Si tu savais, pourquoi tu lui as fait confiance ? Pourquoi Aurélia ?! »

Orféo ferma les yeux et serra les mâchoires en grognant un « moins fort » agacé. Il prit son temps, manifestement troublé, et répondit d’un ton posé qui cherchait à calmer la fureur de son neveu.

« J’ai tenté de pardonner. C’était il y a si longtemps, et il était vieux, affaibli…j’ai cru…j’ai voulu croire qu’il n’était pas si…
_Maman…
_Elle m’avait semblée heureuse, avec cet Armando. Heureuse de quitter Lespure. D’oublier.
_Ca ne s’oublie pas, gronda Rodrigue en s’avançant d’un pas pesant jusqu’à poser ses mains sur la table, en face de son oncle. C’est impossible.
_Tu ne sais pas de quoi tu parles.
_Si. Je sais. Avoir l’esprit tordu, c’est de famille. »

Orféo ouvrit de grands yeux, mais camoufla maladroitement son sentiment d’horreur en se plongeant dans la contemplation des mains de Rodrigue. Il murmura quelque chose pour lui-même, puis releva la tête avec un semblant d’aplomb :

« Il ne faut pas dire des choses pareilles. Pardonne, laisse aller le Passé. Rien ne t‘empêche d‘être heureux, désormais. »


Pardonner ? Être heureux ?

Rodrigue inclina la tête et s’assit lentement sur un haut tabouret. Il passa une main sur son visage, s’attarda sur son œil gauche pour le masser délicatement. Il avait essayé, peut-être, une fois. Il avait même essayer d’oublier. Mais ce n’était pas pour autant que tout cela avait cesser d’exister et d’envenimer son être. C’était même devenu pire, plus monstrueux.

« Tu me pardonnerais, Oncle Orféo ? »

Son visage émergea lentement au-dessus de sa main. Ses yeux pervenche rencontrèrent d’autres yeux semblables, mais moins perçants, plus rêveurs, volontairement indifférents pour rester tranquilles.

« Te pardonner quoi ? Je n’ai absolument rien à te reprocher.
_J‘ai tué Aurelia. »


*


Il pleurait. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pleuré, c’en était presque douloureux de sentir ces gouttes de sel dévaler ses joues à intervalles réguliers. Rodrigue acheva de vider le bidon d’essence sur le corps d’Orféo, installé avec soin sur un fauteuil du salon, le souffle court. Il avait mal au ventre, mal à l’œil, et à toutes ses blessures qui semblaient s’être rouvertes en l’espace de quelques minutes. Sa nuque saignait encore, mais il ne s‘en préoccupait pas.

Il avait fait confiance à son oncle. Il l’avait crû quand il lui avait dit qu’il lui pardonnait, quand il avait cherché à comprendre. Bien sûr qu’il pleurait aussi, cet homme qui venait de perdre sa fille. Rodrigue avait crû, naïf, désespéré au point de se raccrocher à l‘impossible. Il avait crû que ce pardon inattendu allait dissiper toutes les ténèbres en lui.
Il avait abaissé sa garde, trop confiant. C’était stupide, puéril, incroyablement naïf. Orféo s’était armé d’un couteau et l’avait frappé à la nuque. Mais son coup avait manqué de se planter directement dans sa chair en un coup mortel ; la lame avait ripé, entaillé la chair mais sans gravité.

Bien sûr. C’était inexcusable.

Il avait tué Orféo, ou juste assommé, il ne savait plus vraiment. Qu’importe. Rodrigue jeta au loin le bidon, fit craquer une allumette et la jeta sans sourciller dans la flaque huileuse. Les flammes s’élevèrent aussitôt dans un feulement avide et se répandirent tout autour de lui, noircissant le plafond, s’insinuant vers le tombeau de draps d’Aurelia. Rodrigue se détourna et sortit sans empressement de la maison. L’endroit était isolé du reste du village, personne ne viendrait leur porter secours avant de longues heures.
Il s’assit à même le sol, dans l’herbe, et observa la lente agonie de son dernier foyer. Aurelia, Orféo, le Cid, assassin et amoureux. Lorenzo et son bien-aimé Lorenzaccio. Lady Macbeth et ses belles mains ensanglantées. Ces livres devins, beaux et détestables. Tout partait en fumée mais les cendres venaient se coller à sa peau, minuscules Euménides qui le hanteraient à jamais.
Il prit le temps de réfléchir, quoique anesthésié par la souffrance et une haine creuse. Qu’avait-il à faire, à présent ? Se rendre à la police, se pendre comme Grand-père ? Lui restait-il une quelconque raison de vivre ?

Ah, cette Blessure…


*
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MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   04.10.08 19:58

« J’ai tué Aurélia, parce que c’était la plus grande preuve d’amour que je pouvais lui donner. Oncle Orféo, parce qu’il a abusé de ma crédulité. Je sais maintenant que je ne pourrai jamais inspirer que de la haine. Et c’est bien, j’en ai besoin. Je ne pourrai pas les tuer s’ils ne me haïssent pas aussi profondément que toi. Mais ceux-là que je tuerai, je veux aussi qu’ils m’aiment, d’abord. Parce qu’au fond, tu m’aimais, non ? J’ai mis du temps à m’en rendre compte ; tu nous battais dès que tu nous trouvais ensemble. Tu te doutais de quelque chose ? Tu savais ce qu’elle me faisait, quand tu allais chercher du travail ? J’ai envie de croire que c’est ça, mais que ce soit vrai ou non, ça ne changera plus rien désormais. Au revoir, Papa. »

Rodrigue allongea le cou et posa un baiser sur le front strié de rides de son père. Il s’écarta, à la déconcerté et grisé par ce contact unique auquel il avait tant aspiré dans son enfance. Son père ne réagit pas. Il venait de recevoir une dose malencontreusement triplée de son traitement quotidien. L’infirmière était vraiment tête en l’air. Rodrigue attendit, puis ennuyé de ne voir aucun changement concret s’opérer dans l’immobilité molle de son père, il se mit à fredonner. La Sonate, évidemment. Tout doucement, comme une berceuse. Il vit les prunelles de son père, dilatée au maximum, frémir. C’en fut assez pour lui.
Le jeune homme se leva alors, renfila son long manteau noir et sortit de la chambre d’un pas tranquille. Une fois dans le couloir, une voix de femme s’éleva non loin :

« Oh mon…Rodrigue ? »

Il tourna la tête sur sa gauche, et la femme en question apparu dans son champ de vision. Une vieille femme, aux lunettes rondes, dont les cheveux gris étaient noués en chignon serré. Elle avait l’air surprise, enjouée également. Elle s’approcha avec un soupçon d’hésitation, le jaugea puis hocha la tête d’un air convaincu :

« Oui, oui…Tu es bien Rodrigue Mendès ? »

Rodrigue fronça légèrement les sourcils, mais acquiesça en lui adressant un sourire bienveillant :

« Pardonnez-moi si je ne vous reconnais pas, Madame…
_Oh, je suis Armelle Melenchior. Ce n’est rien si tu ne te souviens pas, après tout…Enfin, je me suis occupée de toi à l’orphelinat. »

La dame aux lunettes. Bien sûr. Rodrigue abaissa son regard vers son poignet, toujours orné d’une tâche, délavée par le temps.

« Je t’ai tout de suite reconnu. De si beaux yeux, ça ne s’oublie pas ! »

Elle rit, mais Rodrigue devina un très léger mouvement de son regard sur sa cicatrice. Il n’y avait pas que ses « beaux yeux » qui l’avaient mis sur la voie. Elle le traîna vers un banc, et le pressa de lui raconter sa vie en Lespure. Rodrigue resta laconique, mais fournit juste assez de détails bucoliques pour enchanter la vieille dame.

« Et pourquoi es-tu revenu en Twinkil ?
_Rendre visite à mon père.
_Oh, fit-elle soudainement, se souvenant sans doute qu’ils se trouvaient tout deux dans un hôpital psychiatrique, et peut-être aussi des circonstances de sa présence à l’orphelinat, plusieurs années auparavant. Pa…Pardon, c’était indiscret.
_Il n’y a pas de mal. Je suis content de l’avoir revu au moins une fois.
_C’est très noble de ta part…Je connais peu de personnes disposées à pardonner leurs tortionnaires…
_C’est une chose que mon oncle m’a appris, murmura Rodrigue dans l’espace d’un sourire indéfinissable.
_Vous habitez toujours chez lui ?
_Non. Lui et ma cousine sont morts dans un incendie accidentel. Je suis arrivé trop tard pour faire quoi que ce soit, et la maison est partie en fumée. Pour l‘instant, je voyage. »

Armelle avait posé une main sur sa bouche, accablée par ce récit. Rodrigue lui adressa un sourire, et enchaîna comme pour dévier timidement le fil de la conversation :

« Et vous…qu’est-ce qui vous amène dans un tel endroit ? »

Elle parut gênée, puis, aiguillée par la confiance que lui inspirait un si charmant jeune homme, elle se mit à parler. Elle rendait régulièrement visite à un garçon qu’elle avait placé à l’orphelinat, et qui était depuis une dizaine d’années dans cette clinique psychiatrique. Un « bon garçon », qui n’avait pas eu de chance. Rodrigue fronça les sourcils, intrigué. Il chercha à en savoir plus ; la dame aux lunettes soupira, et dit d’une voix mal assurée :

« L’orphelinat…a eu de nombreux soucis. Certains garçons…ont été abusés par un homme -je n’ose plus prononcer son nom-, que tu n‘as peut-être pas connu. Malthéo était de ceux-là. Il était déjà fragile, et ce traumatisme supplémentaire l’a rendu fou. Malheureusement. Je n’ai rien vu, rien remarqué…oh, ces pauvres enfants, je pensais les aider en les emmenant là-bas ! »

Rodrigue abaissa son regard. Et l’ombre de sourire au coin de ses lèvres se fit moins fantomatique. Il se souvint de l’orphelinat, du placard près de l’infirmerie, des enfants trop nombreux, de ce garçon aux yeux noisettes et de sa Blessure.
Quelques notes s’égrenèrent dans son esprit, langoureuses, délicates. Il se remit à fredonner.


*

« Douze hommes et femmes, d’âges, d’origines, de situations sociales totalement différentes. Mais le même procédé, la même signature, donc le même meurtrier. Il s’agit presque d’un rituel; un pas an, à peu près la même date. La victime est enlevée, son corps est abandonné dans un endroit désert après avoir été manifestement torturé pendant un laps de temps variable -la moyenne étant de deux semaines. La signature est un petit mécanisme, toujours le même, laissé dans la main gauche de la victime : un simple carillon, une boîte à musique comme on en trouve dans tous les bazars de tous les continents. Avec cette musique ; le premier mouvement de la Sonate du Clair de Lune, de Beathoven. C’est souvent grâce à ce carillon que l’on a pu retrouver les victimes peu de temps après l‘abandon de leurs corps.
Mais du tueur, aucune autre trace.
Après enquête, il s’est révélé que le choix des victimes n’était pas si aléatoire que cela : il fait même l’objet d’une minutie manifeste chez l’assassin. Tous, notamment les premiers tués, avaient été ou étaient victimes de violence. Les cinq premiers cas, notamment, étaient tous des orphelins pris en charge par le même établissement, et victimes d‘abus sexuels. A partir du sixième et du huitième, il étend sa sélection. Les bourreaux sont aussi tués, avec bien plus de violence -et c’est un détail intéressant à noter.
Le douzième cas marque un changement dans le comportement du tueur. Après un très haut degré de violence entre le huitième et le onzième cas, le douze semble trahir une défaillance dans sa détermination. La douzième victime était une jeune femme de Lespure installée en Twinkil. Un chanteuse dans un petit jazz bar, réputée très belle. On l’a retrouvé sur la rive d’un fleuve, non pas torturée, mais étranglée avec un ruban de velours. Le compagnon n’a pas été retrouvé, mais les soupçons portent également sur le pianiste du bar, qui s’est volatilisé dans la même période. Impossible de savoir qui il était exactement et où il est allé ensuite.
Depuis, c’est le silence radio. Qui qu’il soit, le tueur s’est peut-être arrêté dans sa chasse. Rien n’est certain. Nous poursuivons notre enquête du côté des orphelins de Twinkil.
En attendant le prochain 16 Messidor. »


*



Ce n’est qu’un manège hanté,
Où les lendemains se meurent.



Une barbe de trois jours toujours soigneusement taillée, des cheveux noirs repoussés en arrière -avec quelques fines mèches, indolentes, qui tracent une courbe au-dessus de ses tempes. Un regard bleu persan ; le genre de regard qui captive, qui n’hésite pas à dévisager, qui jauge, déshabille. Et pourtant, un regard fuyant.

Il ne voulait plus voir.

Rodrigue ferma le robinet d’un geste nerveux, passa consciencieusement ses mains mouillées sur son visage. Lentement. Et il s’attarda sur ses yeux, ces yeux qui faisaient de chaque miroir une lame ardente prête à se ficher dans son crâne.
Il ne voulait plus voir. Et curieusement, cela fonctionnait. Parfois. Il ne voyait plus, ne ressentait plus ce que les autres éprouvaient.

Le Silence, enfin.

Cela avait débuté juste après…Juste après elle. En Twinkil, dans ce jazz-bar sombre et étouffant où il s’était mis à fumer le cigare…avec la belle Ophélie aux poignets brisés…
Il ferma les yeux. Ophélie...

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles…


Elle lui ressemblait tellement. A Aurelia, à Maman…Trop aimante. Folle, comme lui. Elle lui avait supplié de ne rien faire à Rafael, cet homme qui la battait quotidiennement. Elle l’avait supplié de l’épargner, lui. Alors qu’il était en train de l’étrangler, elle.


« Je ne comprend pas. »

Le miroir ne lui répondit rien. Rodrigue se mordit la lèvre encore humide de son murmure, et inclina la tête.
Ce sentiment plus fort que le brouillard exaltant de la Mort imminente…qu’était-ce ? Cette bêtise qui les poussait à penser à ces prénoms, les crier dans un dernier appel, les invoquer d’un battement de cœur éperdu.
C’était stupide. Mais c’était plus fort que la Mort, et cela l‘effrayait.

Il avait eu si peur il s’était enfui, comme si la ville, comme si le continent entier était désormais imprégné de cette fragrance terrible, ce soupir indéfinissable.
Il était à présent à Secaria. Une nouvelle cachette, mais personne pour le débusquer cette fois…
Ah.
Ne plus voir l’épuisait considérablement, mais au moins il avait la paix. Peut-être qu’il s’arrêterait, dorénavant. Il se prenait parfois à l’espérer. Retrouver cette émotion une nouvelle fois lui glaçait les sangs…mais, La Blessure résonnait encore comme un appel. Sourd, sporadique. Mais là, un peu partout dans cette fourmilière brumeuse.

« Kwiiiii Rodriiiigue ! »

La tête du Lespurien heurta la porte des toilettes sans grande force tandis qu’un écran rouge très sombre et pelucheux avait soudainement occulté son champ de vision. Rodrigue éleva des bras patients et se désolidarisa de la grande bestiole rouge vif tombée du ciel -ou plus précisément, des poutres du plafond qu’il arpentait constamment-, et le considéra d‘un air intrigué :

« Tu connais mon nom, maintenant ? »

Chips réitéra ses imitations aiguës et enthousiastes, agitant ses courtes pattes terminées par de longues griffes noires. Rodrigue lui adressa un large sourire, et ouvrit d’un coup de coude la porte pour emmener la bestiole du Patron avec lui, du côté du bar. Cela ne faisait que trois semaines que Caleb Mancuso l’avait engagé comme barman et homme à tout faire au Downward Bar, et il s’y sentait déjà comme chez lui. Enfin, « comme chez lui »… façon de parler…
Rodrigue laissa Chips grimper sur le comptoir, et sortit d’un tiroir habituellement fermé à double- tour un paquet de chips. Mais, malheur, il commit l’impardonnable faute de ne pas le tendre (jeter) aussitôt vers le reptomarsupial vorace. On crû alors, dans la seconde et aux yeux des clients médusés ou blasés -selon leur degré de fidélité-, que la « Bestiole du Patron » savait voler. Ou du moins, effectuer d’intéressants vols planés.
Rodrigue, surpris, leva le bras et lâcha par inadvertance le paquet. Erreur n° 2.

« KWII CHIIIIIPS ! »

On entendit des bruits de verre brisés, un râle furieux suivi d’autres encore.

« Mon Gerety, bordel ! »

BANG.

« Arg !! »

SPLASH.

« CHIPS ! SALE BÊTE ! »

Silence.

« Mes excuses, Boss…
_ Kwiiii …»
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~Et encore un schizo sur le forum.~

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MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   24.09.11 21:18

4 Octobre 2008, Caleb Mancuso a écrit:
*meurt de rire, mais seulement après un long, très long moment de désespoir absolu*

Oh gosh... XD T-T C'est littéralement génial... Bienvenue, spice de malade! ^^

Kwiii! XD


NB: Les fiches ont été nettoyées de tous les post non rp. Désormais, l'auteur du topic est le seul habilité à poster.

Ce topic vous servira à la fois d'étendard, comme de journal intime ou fourre-tout, tant que cela concerne Rodrigue.
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Rodrigue Llorandes   09.10.11 22:27

Partitions


  • You May See Me
    "Alors je te laisse le choix. Ou tu acceptes ce que j'ai à te dire, et tu continues à bosser avec moi. Ou tu préfères ne pas savoir, et tu t'en vas maintenant." [Caleb]

  • But my babies were all born dead
    "J’aurais pu vivre très longtemps en ignorant tout cela, et, honnêtement, connaître la vérité ne me fait pas grand-chose. Et puis, si c‘est pour rester ici, au bar, pourquoi ne pas devenir votre « complice» ?"

  • Kwi Rough Project
    "Patron, quand vous serez sorti de là… vous m’autoriserez à vous engueuler ?"

  • Lève-toi et Marche
    Regarde. Il ne sent plus ses jambes. Tu sais ce que ça veut dire, non ?


  • Merry-go-round
    "Alors vas-y, pose tes questions, on verra bien si j'suis capable de répondre. Et... Le plus drôle forcément, c'est qu'on peut pas mentir, hein ?" [Asphodèle]

  • I'm fool to hold you
    "-"Patience". Ah ça a une belle gueule mais là dedans par contre, hein…" [Lilia]

  • Et maintenant?
    "C'est toujours plus simple de ne pas réfléchir à ce qu'il se passe vraiment, hein?" [Caleb]

  • Ouh la vilaine !
    Rodrigue s’était rendu compte, en quelques mois seulement, que le poste de barman n’était pas un métier si reposant qu’on pouvait le penser au premier abord. Surtout en vivant à Sécaria… Surtout en travaillant dans ce bar, en fait.

  • Chat échaudé craint l'eau froide
    Le trafiquant soupira et hocha la tête d'un air fataliste: si Rodrigue voulait un peu péter les plombs lui aussi, grand bien lui fasse. Ils n'en étaient plus à cela près. [Caleb]

  • Une nuit pour tuer
    Le mot ne disait pas grand-chose ; ses quelques indications semblaient vaporeuses, tout droit sortis d’un rêve. « Je sais ce que tu as fait. »

  • Point of Disgust
    Et le monde reprenait son axe. [Talula]

  • Reload & Seathe
    Pour un homme qui n'était pas spécialement un bout en train et qui en plus n'avait pas souri depuis sept mois, ce n'était plus de la bonne humeur, c'était à la limite de l'hystérie. [Caleb]

  • Definitely You



*

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