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 Ce qu'il y a après

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- Les sensations pures... -

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Signalement : Grande, bronzée, cheveux châtains blond mi-longs, raides, fringues de princesse, bijoux. Bonne poitrine sans être exagérée, grandes jambes et musclée. Epaules larges. Visage un peu carré. Yeux lactescent.


MessageSujet: Ce qu'il y a après   04.07.12 22:16

Le problème, au fond, et par là je veux dire, le vrai problème, celui qui débute toute histoire, c’est que certaines personnes, sur cette Tyr, ne comprennent pas le mot « non. » On a beau tout essayé : imprécations, figures autoritaires, fermeté du terme, suppliques, lamentations, rien de tout cela ne fonctionne. « Non » finit toujours par devenir un parent lointain, et sans doute consanguin, de son antonyme « oui. »

Et c’était là un défaut qu’Alexandrine Della’Costa, alias Talula, surnommée parfois Reine-Mère des Putes – mais ce, toujours dans son dos, qu’elle avait par ailleurs fort dénudé – avait élevé à la vertu de vice. Un client refusait-il de convenir de ses dettes ? Aussitôt se retrouvait-il en la compagnie gracieuse de quelques hommes de mains qui l’aidaient gentiment à remettre ses idées au clair ; si, par hasard, son transistor venait à se briser un jour de fête étatique, tous les mécanos du coin se devaient d’accourir le réparer, par bonté d’âme bien entendu. Talula faisait partie de ces personnes qui vous passent allégrement devant à la file d’attente, qui occupe la première place dans les salles de projection (surtout depuis qu’elle avait lancé son commerce de films à caractère hautement suggestif dans une annexe de son bordel), et qui font follement l’amour à des Caleb Mancuso dans les rues de la ville au mépris du public et de la bienséance.
Hmm.

« …Madame ? » s’enquit la jeune vendeuse d’un ton nerveux.

« Hein ? Euh, je veux dire : Pardon ? Excusez-moi, je… je pensais à autre chose.»


La jeune femme lui rétorqua un sourire qui empruntait plus à la grimace qu’à l’affabilité. Il faut dire que depuis six ans, c’était bien la première fois que sa cliente assidue s’absorbait si profondément dans ses pensées. Cela faisait au moins cinq minutes qu’elle essayait de lui refourguer ses chaussures, à celle-là…et l’heure de fermeture était largement dépassée. La vendeuse avait appris quelque chose de son existence dans le quartier Nord : quand la maquerelle est fâchée, c’est toute la ville qui en paye les frais. Du coup, elle se retrouvait profondément embarrassée lorsque la si crainte dame se retrouvait, ses grands yeux pâles perdus dans le lointain, à contempler pendant cinq bonnes minutes un pyjama à boutons aux motifs floraux et de couleur indéniablement fuschia. Dans quel genre de sombre rêverie pouvait-elle bien être plongée… ?

« Souhaitez-vous aussi prendre cet article ? »

« Oh. Oui. Bien sûr. Mettez-le avec les autres. »

Les autres articles en question se résumaient à une série d’objets divers et variés mais dont la simple présence ferait pleurer un Versatilis aveugle. Qu’un tel manque de goût puisse exister relevait de l’impossible, mais Talula avait un don pour fricoter avec l’impossible dès qu’il se présentait.
En parlant de fricoter…

Le temps que la vendeuse finisse de plier le ridicule pyjama et le joigne au panier de sa cliente, cette dernière avait tout bonnement disparu…

…pour réapparaître, quelques heures plus tard, sur la route du D-bar. Le coché de la calèche qu’elle avait emprunté pour l’occasion lui adressait un regard torve et inquiet, parce qu’elle venait tout juste de lui donner une centaine de dons de plus que le prix du trajet qu’elle avait demandé.
Bien entendu, Talula venait au D-bar incognito. Ce que la vampire entendait par « incognito » se résumait à d’énormes lunettes de soleil noires associées à un trench beige qui, à eux deux, criaient haut et fort : « la personne qui me porte désire ardemment ne pas reconnue, regardez-nous bien. » Il n’aurait pas été seyant qu’on la voit plus que de coutume dans ce bar dont elle avait toujours proclamé haut et fort que seuls des arriérés aux sous-vêtements en barbelé pouvaient apprécier.

Non, la malheureusement célèbre maquerelle des quartiers nord ne se promenait pas dans ces coins-là, d’ailleurs son propre commerce battait à plate-couture tous ceux que Mancuso pouvait proposer. Comme elle appréciait cette façade et préférait mener indépendamment ses sombres affaires, elle avait clairement expliqué à son nouvel et magnifique amant qu’il était inutile de se vanter sur tous les toits de ses exploits secrets. Plus précisément, elle avait mentionné la possibilité de le dépecer vif et de lui faire bouffer ses propres jambes si cela venait à s’ébruiter. Parfois, son romantisme l’étonnait elle-même.

Mais son déguisement ne s’arrêtait pas là. Afin de pouvoir entrer sans être reconnue dans le saint des saints de Mr.Johnson, la vampire avait naturellement opté pour un accoutrement de Balayeuse qu’elle n’avait encore jamais essayé. Cela signifiait que quelque part sous ce trench se trouvait un gros flingue, une flasque de Gerety et même de faux bandages. Dommage qu’il ne s’y trouvât pas grand-chose d’autre, en fait. Une petite valise à ses côtés devrait symboliser quelque récipient à tête de Versatilis. Enfin, elle supposait que c’était comme ça que le commerce fonctionnait.
Talula, loin de trouver l’idée des plus clichés, se croyait très maligne d’avoir mis au point cette petite mise en scène. Le fait qu’aucun hume sain d’esprit ne se promenait avec des lunettes de soleil à quatre heures du matin ne l’avait nullement effleuré. Elle avait même songé à soigner son argot, ce qu’elle illustra très rapidement lorsqu’elle pénétra dans le bar et se dirigea vers le bar où officiait Rodrigue Llorandes :

« Salut, beau gosse. File-moi ton meilleur verre de Maltat sans glaces, Bibi a eu une longue nuit à épousseter les rues, gracias muchos. Saleté de fils de putes, ah ça, j’te dis pas… m’enfin, tu sais c’quon dit : à un homme, y a qu’une chose qui va droit au cœur. Une balle 39 millimètre !»

Talula était allée jusqu’à penser à éclabousser sa nuque de sang. Cela lui donnait vaguement envie de se mordre elle-même, ce qui n’était peut-être pas une bonne idée. Bravement, elle poursuivit son assommante tirade à l’égard du barman, tout en faisant négligemment tomber quelques chips de sa manche, en offrande au véritable seigneur des lieux :

« …mais après une nuit pareille, j’dois dire, un beau mec comme toi, c’est une vue bien douce pour des yeux fatigués. Haha ! Bon, c’pas tout ça mais faudrait que j’aille causer au patron…on se voit plus tard, chéri.»


Talula en était là de son infiltration discrète lorsqu’elle se dirigea vers la banquette qui faisait face à l’escalier. Consciente que Caleb, si tant est qu’il se tenait à sa vitre personnelle à l’étage, avait vue sur l’ensemble de son bar, elle prit garde à descendre son décolleté et entreprit patiemment de passer devant tous les autres clients qui pourraient bien être en train d’attendre leur tour pour parler au patron, provoquant aussitôt des bouffées de mauvaise humeur communes qui vireraient sous peu à la rixe.

Indéniablement, ça avait quelque chose d’amusant de préparer des vacances…
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   16.07.12 22:47

Il était quatre heures quinze du matin et Caleb avait hâte de voir la fin de sa nuit de travail.

Ce n'était pas tant l'heure tardive qui l'indisposait - il avait été habitué dès son adolescence au travail posté - que cette étrange propension que les gens avaient à le faire chier dans l'heure qui précédait la fermeture. Il ignorait si cela avait une réalité scientifique, si une explication physiologique tordue justifiait cette manière dont le cerveau hume partait en vrille entre quatre et cinq heures du matin, mais c'était une réalité empirique indéniable: si quelque chose devait foirer au cours de la nuit, c'était trois fois sur quatre pendant ces fatidiques soixante minutes.

Ces derniers mois, c'était d'autant plus perceptible que le Downward ne désemplissait pas: attirés autant par la réouverture en bonne et dûe forme du bar que par le retour de l'indic qui le gérait, les Balayeurs revenaient en masse pour négocier armes, contrats et informations, et si un tel enthousiasme était aussi bon pour les affaires que pour l'égo de Caleb, il rallongeait ses listes d'attente de manière catastrophique et le mettait systématiquement en retard sur ses rendez-vous. Or il n'y avait rien de plus crispant aux yeux du Techie qu'une file de clients peu patients et armés qui stationnait au pied de son escalier.

A part peut-être une file de clients peu patients et armés qui stationnait au pied de son escalier entre quatre et cinq heures du matin.

Pourtant, ce soir-là, il ne perçut pas tout de suite l'agitation qui gagnait ladite file devant l'arrivée tonitruante de sa chère et pas si tendre. A l'instant où la maquerelle poussait la porte du D Bar, Caleb était de fait très occupé à dévisager la tête de Spectre à moitié décomposée qu'on venait de jeter sur sa table basse en acajou flambant neuve.

"... C'est une blague, Bill?"

Le vieux bûcheron, qu'on se rappellera peut-être avoir déjà croisé sous la forme d'un castor géant revanchard, éclata d'un rire sonore, exposant ses dents bien trop blanches pour appartenir à un homme capable de traîner une horreur extra-tyrestre quasi-liquide dans son havresac.

"Me permettrait pas, chef! C'est le contrat des sous-sols de la mairie, vrai de vrai! J'vous le garde au chaud depuis trois mois! Enfin, au chaud, pas vraiment, vous inquiétez pas: je l'ai planqué dans le congélo du restau à côté de chez moi, le cuisto m'en devait une. Comme ça, j'avais plus qu'à attendre qu'vous ayez mieux pour vous le rapporter."

Caleb voulut répondre "très touché", mais il n'osa pas ouvrir la bouche plus que cela ne lui était nécessaire pour tirer une longue taffe désespérée sur sa cigarette: l'odeur de tabac masquait juste assez les relents acides de la chair alien en train de pourrir pour qu'il maitrisât sa nausée.

"En tout cas j'allais pas l'apporter à l'une de ces faces de cul péteux qui voulaient prendre vot' place, ça non. Le vieux Bill change pas de port en cours de croisière."

"C'est très aimable à vous, mais... (déglutition) Vous, je vous aurais cru sur parole, vous savez?"

"Bah, ça m'embête pas de suivre vos règles. Comme ça, au moins, c'est fait proprement."

*Façon de parler* pensa le Techie au bord du malaise. Du coin de l'oeil, il aperçut Chips quitter son fauteuil favori avec un très distinct "kwibeurk >_< " pour effectuer une retraite prudente vers le fond de la mezzanine. Que même ses narines d'animal sauvage ne parviennent pas à encaisser cette monstruosité suffit à convaincre Caleb du caractère toxique de cette dernière, et il était déjà debout en train de fouiller dans son coffre pour payer Bill au plus vite quand il perçu le premier cri en provenance du rez-de-chaussée. On y percevait très nettement le mot "poufiasse".

Vous savez, ce pressentiment un peu étrange mais plaisant que l'on peut avoir juste avant qu'un être aimé vous appelle au téléphone? Eh bien, Caleb en avait récemment développé sa propre version (surtout, on l'aura compris, entre quatre et cinq heures du matin). Et lorsqu'il leva les yeux au plafond pour observer le discret jeu de miroirs qui lui offrait une vue sur la quasi totalité du bar, il savait déjà qu'il y reconnaîtrait un décolleté familier. Décolleté qui, aussi somptueux qu'il fût, ne l'empêcha du coup pas de remarquer les trois Balayeurs ulcérés qui s'étaient interposés entre lui et l'escalier. Au-dessus de la porte de la mezzanine, l'alarme orange, actionnée par Rodrigue, clignotait avec frénésie.

Oh, par l'Etat...

"Une minute Bill, je reviens tout de suite!"

Et, avant même de faire un pas vers la porte:

"Chips! Diversion!"

La bestiole ne se le fit pas dire deux fois: elle vola à travers la pièce à une vitesse proprement déraisonnable, prit un virage à la verticale contre les jambes de José qui montait la garde au sommet de l'escalier et bondit dans le vide avec un cri enthousiaste sans laisser entrevoir à Caleb quelle était exactement sa cible. Son maître abandonna sa Minotaurus dans un cendrier et lui courut après aussi vite qu'il le pouvait, sans pourtant oublier de faire une brève halte au niveau du chambranle:

"Oh et, Bill? Soyez gentil, profitez-en pour me balancer ça dans la chaudière. Merci."

Et de contourner la masse toujours flegmatique de José pour dévaler l'escalier aussi vite que le lui permettaient ses jambes toutes neuves.

Dans le but d'éviter une mort douloureuse à trois de ses clients, bien entendu. Il ne lui serait pas venu à l'idée que Talula puisse avoir besoin de lui pour se défendre.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   19.07.12 14:01

Pour être tout à fait franche, Talula s’amusait follement.

Parmi le trio de gros bras qui s’étaient temporairement assemblés pour lui apprendre la juste place des femmes dans la profession – c'est-à-dire, dans la cuisine avec un plumeau dans les mains -, au moins l’un d’entre eux l’avait clairement désigné par le doux sobriquet de « poufiasse. » L’insulte mettait la maquerelle aux anges. Personne n’avait été assez stupide ces derniers temps pour lui chercher des noises si ouvertement. Elle tenait là sa parfaite justification auprès de Caleb pour tous les dégâts collatéraux qu’elle endommagerait probablement – et, qui plus est, cela lui offrait aussi le prétexte idéal pour recadrer un Balayeur. Comme elle avait bien fait de venir !

« - Eh bien, en fait, maintenant que t’en parles , bonhomme, c’est vrai que je suis une pouffiasse. Merci de l’avoir noté. J’aime quand les gens autour de moi font preuve d’aussi remarquables talents d’observation. »


La déclaration, en plein déclenchement de rixe, provoqua un moment d’indécision. Les trois hommes qui faisaient mine de l’encercler s’attendaient sûrement à ce qu’elle prenne la chose très mal.

« Ceci dit dans le rayon putes, j’connais pas mieux que ta mère. On dirait que t’as hérité de son défaut à pas fermer les jambes avant d'ouvrir ta gueule… » suggéra Talula, qui baignait toujours dans la joie et la bonne humeur, et sur cette note guerrière les choses sérieuses purent enfin commencées.

Le premier Balayeur se présentait comme un bel hume blond entre deux âges, mais dégageait une odeur d’alcool si proéminente qu’il aurait tout aussi bien pu se rouler dans les réserves du D-Bar, pour l’odorat de la vampire. Il prit une position de karaté assez précaire qui étonna assez Talula. Mais ce qui l’étonna le plus fut probablement l’exclamation outrée et pleine de conviction qui dépassa les lèvres éthyliques du nettoyeur :
« KAMEHAMEHA ! »

Talula eût le temps d’arquer un sourcil perplexe et de demander : « Pardon ? » avant qu’un rayon d’énergie ne l’envoie tout bonnement valdinguer en direction du plafond. Son corps s’imprégna douloureusement contre les moulures du décor, et la vampire songea brièvement qu’elle devrait signaler à son amant qu’il était grand temps de changer de tapisserie.
Derrière elle, le trio de querelleurs contemplait d’un air béat leur guerrier frontal, et l’un d’eux commença un : « Mais t’es CON ou quoi, Goku ? J’tavais dit d’arrêter ces putains de conneries ! » avant que le Pandémonium ne réclame à nouveau ses droits sur le bar, qui décidément enchaînait les évènements dramatiques à la pelle.

La vampire, ne souffrant au demeurant pas plus que cela du choc énergétique, se laissa tomber au sol avec la grâce d’un chewing-gum qu’on décolle. Elle passa une main aux ongles vernies dans ses cheveux et pu s’apercevoir que son chignon avait été défait sous le choc. Des mèches de cheveux désordonnés s’en échappaient. Cela ne pouvait dire qu’une chose.

« Okay mon mignon, maintenant ça va chier ! »

Les vampires étant plus rapides et plus forts que les humes, le match s’annonçait inégal, magiciens ou pas. Talula avait déjà chopé son agresseur par le collet et avait réduit ses organes génitaux à une purée de testicules douloureuses lorsque ses deux compagnons prirent conscience de ce qui s’était passé.

Ils se jetèrent un regard commun, esquissèrent un mouvement de recul, et se demandèrent où était José, qui ne devrait pas tarder à arriver.

Talula avança tranquillement vers eux. Ou tout du moins, en avait fermement l’intention lorsque que quelque chose tomba du ciel et, titubant sous le poids, elle s’écrasa au sol. Le truc qui venait de l’agresser était rouge vif, indéniablement gros et coloré, et poussait des kwiments aigus. En somme, le reptomarsupial venait de lui bondir à la gueule. Super. La maquerelle espéra que ceci était un accident et n’était pas purement intentionnel, sans quoi elle trouverait la situation vexante.

Mais peut-être que le summum du ridicule fût atteint lorsque, se redressant péniblement sur ses coudes en tentant de retirer Chips de son visage, la vampire pût entendre :

« Kamehamehaaaaaa !!! »

Le son était indéniablement plus aigu qu’une voix d’homme ne saurait l’être, mais cela n’empêcha pas Talula de prendre une mine désespérée tandis qu’elle disparaissait du côté de la réserve.
Pour sûr, ça ne se déroulait pas vraiment comme elle l’avait prévu…
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   21.07.12 20:32

D'habitude, Caleb était plutôt bon pour gérer calmement les conflits. Non pas qu'il fût naturellement des plus flegmatiques, mais quand on doit composer avec un cœur ou une jambe malades et un corps qui de toute façon ne dépasse pas le mètre soixante-douze, il parait intéressant d'acquérir quelques notions de diplomatie. Le seul problème, cette nuit-là, c'est qu'on venait un peu de le mettre hors de lui.

Il s'engageait à peine dans l'escalier quand le premier rayon d'énergie avait percuté Talula. Il en était tombé à la renverse sur les marches, les cheveux ébouriffés par le souffle, tandis que Rodrigue disparaissait sous son comptoir avec la vivacité instinctive de celui qui travaillait depuis trop longtemps dans ce bar de fous. Même Chips s'était figé dans son élan, les oreilles dressées à la verticale dans une évidente expression de surprise face à une telle démonstration de force: les humes étaient pas censés se balancer de l'énergie magique à la tête dans le Kwibar, hein? Sinon c'était comme de pas respecter le crique quand on jouait à chasse-le-reptomarsupial, c'était de la triche...

Ce fut sans doute ce moment d'indécision de l'animal qui fut à l'origine du triste bordel qui s'en suivit, car quand Chips se rappela sa missiiiiiiion, il se raccrocha à son ersatz de plan initial et décida de bondir sur Talula pour lui faire un Crâlin de Diversion. Sauf qu'on n'en était plus au stade où le combat pouvait être évité, et qu'il se retrouva malheureusement en train de déconcentrer la seule personne qui gérait plus ou moins les choses. Alors l'abruti qu'une vampire en colère venait vraisemblablement de priver de descendance lâcha une nouvelle décharge d'énergie, qui envoya valdinguer maquerelle et reptomarsupial par-dessus le comptoir. Et ce fut à peu près à cet instant que Caleb, qui avait dévalé le reste de l'escalier, sauta par-dessus la rambarde pour lui envoyer son pied dans la gueule.

... De la magie?! Dans son bar à moitié plein de bienheureux?! Contre son amante?! Et même contre sa bestiole?!

Oui, Caleb était un chouia contrarié. Et s'il avait porté les bottes qu'il mettait pour sortir au lieu de ses distingués mocassins en cuir de jeune brahmine, le brave Goku et son neurone qui ne tenait vraiment pas l'alcool auraient eu la joie de finir leur vie commune en s'alimentant par une paille. Mais le jeune homme s'en tira à bon compte, avec une prémolaire droite en moins, un nez cassé et un voyage de quelques dizaines de minutes au pays du coma léger. Caleb le vit s'étaler de tout son long, les bras en croix. Puis le Techie perdit à son tour la notion de ce qui l'entourait, vu que la seconde d'après un des deux copains du jeune Balayeur le frappait à la tête d'un poing à peu près aussi doux et amical qu'une brique.

Caleb fut projeté vers le bar, contre lequel il s'effondra dans un chaos de tabourets renversés. Même sonné par le choc, il sentit parfaitement la vive sensation de déchirure qui lui brûla l'occiput lorsqu'il heurta le repose-pieds en métal qui courait au bas du comptoir, et il ne fut pas surpris de sentir la tiédeur d'une quantité non négligeable de sang qui se mit à couler dans son col - putain, fallait que ça lui arrive la nuit où il portait son gilet en soie préféré... Portant une main à son crâne pour juguler l'hémorragie, il leva vers celui qui venait de le frapper un regard où la fureur se diluait dans un étrange flou de surprise: est-ce que ce grand con était vraiment assez stupide pour porter la main sur lui?...

Le coupable, un gros balaise bas du front qui aurait dû se faire épiler les sourcils, esquissa lui aussi quelques passes d'art martiaux approximatives, avant de gronder:

"Haut couteau de cuisine, couteau de salle à mang..."

Puis il s'arrêta. Peut-être parce qu'il venait de reconnaitre l'homme à l'air scandalisé qu'il avait pris pour cible. Ou plus probablement parce que quelqu'un d'encore plus costaud et déterminé que lui venait de le choper d'une main par le col et de l'autre par le fond de son pantalon.

"T'es con. T'as cogné le patron."

Et sur cette sereine explication non dépourvue de compassion, José (qui n'avait pas descendu l'escalier plus vite que cela ne lui paraissait nécessaire) souleva le Balayeur du sol pour le balancer vers la sortie en un impressionnant vol plané. L'homme retomba sur une table qui explosa en milles échardes, épargnant de justesse ses deux collègues qui tentaient d'y finir leur recaf. José adressa un regard d'excuse, non pas à Caleb, mais directement à Rodrigue, qui lui fit signe qu'ils discuteraient de ce problème de trajectoire plus tard: le barman était lui-même très occupé à pointer sur le troisième larron de la bande le Jack Jack que son patron lui avait fait installer sous le comptoir. L'énorme fusil paraissait étrangement hors de propos dans les mains du sobre Lespurien, mais de toute évidence on ne s'en rendait pas vraiment compte quand on se trouvait du mauvais côté du canon: le dernier Balayeur, un homme nettement plus âgé engoncé dans un long imperméable fatigué, leva les mains au ciel dans un soupir:

"Ca va, ça va, j'ai compris m'sieur. De toute façon je savais que j'aurais jamais dû m'associer avec ces deux crétins, sont efficaces mais pas foutus de réfléchir avant de boxer. Bon sang, quand je dirai ça à ma femme..."

Mais ce qu'entendit surtout Caleb, ce fut la voix à l'inquiétude discrète et néanmoins perceptible qui l'interpella au-dessus du comptoir:

"Patron?"

"C'est bon Rodrigue, je... T'inquiète, c'est juste le cuir chevelu qui a pris."

Le trafiquant malmené se releva d'un pas qu'il aurait voulu moins titubant, une main appuyée sur le bar pour conserver son appui, l'autre toujours plaquée sur sa nuque badigeonnée d'hémoglobine. Puis, toujours aussi peu au fait des choses à ne pas faire quand on côtoie des vampires, ce fut dans cet état qu'il se hâta du côté de la réserve pour s'enquérir de l'état de santé de Talula et Chips. Et, si elle se portait bien, peut-être un peu gueuler avec la première, histoire qu'elle lui explique pourquoi chacune de ses apparitions au Downward se finissait en bagarre générale.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   25.07.12 22:25

Sa coiffure était fichue, et Talula en éprouvait les plus terribles affres. Certes, l’humiliation se traverser la moitié du bar les pieds en l’air pour finalement atterrir dans cette réserve qui ne lui évoquait rien de très charmant jouait aussi sur son humeur franchement moribonde, et ce d’autant plus que c’était un hume ivre et de toute évidence consanguin qui avait réalisé cet exploit. Elle aurait pu accepter la situation si cela avait été l’œuvre d’un Versatilis, par exemple. Mais pas d’un hume. Ou alors, qu'il soit au moins un puissant et beau Psyker. Mais pas...enfin...c’était juste…répugnant. Et pour revenir au sujet capillaire - bien plus important que ce qu'on veut vous faire croire !- , la maquerelle passait un temps considérable à obtenir les chignons les plus élaborés de la région ; ce n’était certainement pas pour se retrouver en cinq minutes avec la coupe de cheveux de la dernière pouilleuse locale !

Comme elle venait tout juste de traverser une armoire remplie de bouteilles de Maltat avant de voir sa course aérienne stoppée par un mur qui lui avait paru quelque peu rigide à l’atterrissage, Talula ne se sentait pas franchement bien. Par réflexe, elle avait voulu rentrer la nuque et courber l’échine pour protéger le reptomarsupial qui lui avait bondi dessus ; avec la déveine permanente que se payait son maître, la vampire apprenait silencieusement, et sans rien à dire à la personne concernée, à anticiper les pires scénarios possibles dès que Caleb ou sa bestiole fourraient leurs divins orteils quelque part. La dernière fois qu’elle avait quitté des yeux cette paire d’abrutis, ils avaient disparu pendant des mois avant de revenir handicapés et à la botte du gouvernement. Avec la chance que se payait Mancuso, Chips pourrait bien être blessé dans cette incartade. Tiens, d’ailleurs, à bien y penser, Caleb pourrait bien être blessé. Ce serait tout à fait son genre de se faire casser un bras, déchirer un tympan, arracher le cœur, traîner dans les limbes des sept enfers, bref, ce genre de choses lui arriveraient tout le temps si ce n’étaient pour ses employés. Bon sang. Est-ce qu’il avait bien retrouvé son briquet porte-bonheur ? Il était bien fichu d’aller montrer à tout son bar qui est le plus fort, ce qui serait évidemment lui, et d’attraper la grippe lespurienne ET un arrêt cardiaque dans le même temps, parce que ça restait Caleb.

« Merde.» Il fallait absolument qu’elle y retourne, maintenant !

Abandonnant Chips sur place, et ignorant les crissements du verre qui avait transpercé son imperméable et titillaient son épiderme froid, la vampire bondit en avant à toute vitesse, prête à retourner se brûler les ailes au feu de l’action sans attendre…pour tomber nez à nez avec son amant.

Si elle avait encore pu respirer, sans doute que ses narines se seraient légèrement dilatées ; mais son instinct vampirique flairait tout aussi bien le sang qui dégoulinait du célèbre indic’…Du point de vue de Talula, c’était clair : quelqu’un s’en était pris à Caleb, possiblement les mêmes qui s’en étaient pris à elle, et ils allaient le payer très cher dans une poignée de secondes. Caleb. Etait. A. Elle. Et la vampire ne laisserait certainement pas qui que ce soit porter la main sur lui. Il n’apparaissait pas gravement blessé ; mais qui sait si ses adversaires ne possédaient pas une arme à feu, pour en finir ? Elle pouvait digérer des balles et y survivre. Certes, ça faisait un mal de chien, mais elle n’en mourrait pas…plus que d’habitude, en tout cas. Comme elle ignorait que le conflit avait déjà pris fin, le scénario lui parût très plausible et c’est donc pour cela qu’elle jeta un regard amouro-inquiet à Caleb, lui saisit les épaules et le projeta sur le côté de la réserve, décidée à l’éloigner de toute source de danger potentiel. Là, il devrait être en sécurité le temps qu’elle étripe ses assassins…

…qui se révélèrent tout à fait absent quand elle déboula à pleine vitesse au milieu du bar, et sous l’air de plus en plus perplexes des clients. Comme en plus, elle avait sans faire attention tâché ses vêtements d’éclaboussure sanguinolentes mancusiennes et surgissait tout droit de l’endroit où il venait d’entrer, le spectacle en faisait tiquer plus d’un qui tirait des conclusions hâtives, mais justifiables.

Ils devaient être dehors. Elle pouvait encore retrouver leurs traces. A une vitesse inhumene, et tout à fait inconsciente des bâclés qu’elle enchaînait, Talula se précipita à l’extérieur.
Elle vit deux silhouettes s’éclipser à un coin de rue.

Ils allaient essayer de contourner le bâtiment pour se débarrasser de José, c’était évident. La vampire se jeta après eux…
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   28.07.12 23:07

Pourtant, il avait failli avoir le temps d'esquisser un sourire de soulagement.

Sur le seuil de la réserve, face à la femme splendide dont il était fort imprudemment tombé amoureux, il l'avait devinée indemne de toute blessure grave, à peine une égratignure ou une ecchymose par-ci par-là, et son souffle s'était fait soupir de contentement. Elle le fixait de ses beaux yeux bleu marine parcourus de brume, une virgule furieuse plantée entre ses sourcils froncés, et il avait envisagé de lui dire que tout allait bien, que la situation était sous contrôle. Que ce n'était pas grave si son chignon était un peu en vrac et si son trench coat laissait plus que jamais entrevoir le fait qu'elle ne portait pas grand chose en-dessous - en fait, avec cette rage vexée qui durcissait ses traits, son côté débraillé lui donnait un petit côté sauvage que Caleb trouvait assez séduisant.

Il avait senti les mains de la vampire se poser sur ses épaules, avec cette poigne subtilement trop ferme pour appartenir à un être hume, et le Techie avait amorcé son sourire tout en levant la main vers son visage à elle, convaincu qu'elle allait le serrer dans ses bras et qu'il aurait l'occasion de l'embrasser pour la consoler de ses déboires.

Puis il avait atterri à plat dos au pied des trois marches qui descendaient dans la réserve, en évitant de justesse un second traumatisme crânien. Le souffle coupé et bien trop surpris pour comprendre ce qu'il venait de se passer, il était resté allongé là quelques secondes, à fixer ces fameuses fissures qui dessinaient une libellule (ou était-ce une araignée?) sur son plafond. Il s'était dit que cette femme allait finir par le tuer, un jour.

Et Chips l'avait ramené à la réalité en bondissant sur son estomac.

"Aoutch!"

"Kwi! Caleeeeb! Encore jeter, encore!"

Deux pattes se posèrent sur sa poitrine et une tête rouge au poil ébouriffé et à la langue pendante s'encadra dans son champ de vision. Distraitement, Caleb nota que s'il avait vraiment été inquiet pour Talula, il n'avait jamais vraiment douté du fait que le reptomarsupial s'en était sorti indemne: très longtemps auparavant, il avait dit à la maquerelle qu'il pensait cet animal indestructible, et c'était toujours d'actualité. Après tout, même le karma pourri à en être surréaliste de son maître ne paraissait pas pouvoir affecter le destin de Chips, comme si toute influence néfaste rebondissait sur cette boule de rough élastique faute d'y avoir trouvé une prise. La bestiole se prenait un rayon d'énergie en pleine face? Oh, elle trouvait juste cela assez drôle pour mériter un second tour.

Bon sang, même quand Chips tenait un revolver et que le coup partait par accident, la pire blessure qu'il récoltait était un coup de crosse à l'estomac sous l'effet du recul...

"Atta, atta!"

La bestiole redescendit du torse de son maître avec un gloussement, pour revenir presque aussitôt: il avait calé les lunettes noires de Talula sur son museau, les coinçant de manière improbable avec ses longues oreilles.

"Zyeux Qui Lisent De La Nuiiiit!"

"... Ouais. Bien sûr."

Le reptomarsupial kwissa de délice, avant de filer vers la salle principale en une impossible série de cabrioles enthousiastes. Nettement moins vif, Caleb se hissa en position assise, non sans remarquer qu'une tache sombre s'était déjà formée là où sa tête avait reposé sur le béton. Un peu inquiet, il se passa une main sur l'occiput et fit la grimace: il sentait parfaitement les lèvres de la plaie, pas très douloureuse mais profonde, de laquelle le sang continuait tranquillement à couler. Il se demanda si on pouvait se vider de son sang par une simple entaille au cuir chevelu; il l'ignorait, et pour être franc n'avait pas trop envie de le savoir - surtout que, comme Talula ou Rodrigue n'auraient pas manqué de le faire remarquer en levant les yeux au ciel, si cela pouvait arriver à quelqu'un, il était à peu près certain que ce serait à Caleb. Alors le Techie prit le temps de plier plusieurs fois son mouchoir avant de le presser fermement sur sa blessure, puis de se relever avec la prudence de celui qui s'est un peu trop retrouvé par terre dans les dernières minutes.

Tout cela, il le fit sans la moindre hâte: il était convaincu que Talula n'était pas allée plus loin que le bar, là où José et Rodrigue s'occupaient de la bande de vainqueurs qui l'avait agressée et (accessoirement) empêcheraient la vampire de se venger d'eux d'une manière par trop sanglante.

Autant dire que la désillusion fut cruelle: sous les regards de plus en plus incrédules et passionnés de la salle (dont Bill, assis sur l'escalier et qui attendait toujours son salaire), Caleb sentit son visage se décomposer lorsqu'il découvrit ses deux employés en train de ranger le bar plutôt que de s'atteler à la surveillance des trois Balayeurs... dont deux, en fait, s'avéraient avoir disparus. Seul le plus âgé était resté, sans doute désireux de racheter sa vie, et aidait Rodrigue à réaligner les tabourets du bar sous le regard intéressé de Chips, vautré en travers du comptoir avec ses lunettes sur la truffe.

"Mais... où est-ce qu'il sont?!"

Le barman leva vers lui un regard surpris:

"Notés et à la porte. Comme d'habitude."

Il y eut quelques Balayeurs pour noyer une déglutition nerveuse dans une gorgée de recaf: eux avaient une petite idée de ce que "être noté" signifiait pour un Mancuso et ses employés. En même temps, ce n'était pas une surprise: pour déclencher une bagarre au D Bar, il fallait être bien con, bien bourré ou les deux. Pour utiliser de la magie au cours d'une telle bataille, il fallait être fou. Et pour oser toucher à Chips, puis à Mancuso lui-même, il fallait tout simplement en avoir marre de vivre et avoir très envie de souffrir. Sans compter que les Éveillés présents dans la salle qui se livraient à cette savante gradation n'avaient aucune idée du statut de la femme qui étaient plus ou moins à l'origine de tout ce bordel. Ils n'en furent que plus étonnés d'entendre Caleb exprimer non pas de la colère ou de la satisfaction, mais une anxiété qui ressemblait presque à de l'affolement:

"Et elle, Rodrigue? Où est-elle?!"

Le Lespurien, mais également José et la moitié du bar pointèrent tous le doigt vers la porte. Jurant, Caleb se précipita dans la direction indiquée. Il entendit Rodrigue le rappeler, mais il se contenta de répliquer sans se retourner:

"Je m'en occupe! Arrange-moi ce foutoir!"

Et de jaillir dans la rue. C'était la fin de l'été à Sécaria, et l'air déjà froid lui rappela vivement qu'il n'était qu'en bras de chemise, mais le Techie n'en avait cure. Il sonda fébrilement du regard les deux côtés de la rue, pour constater sans surprise que Talula l'avait distancé et avait disparu à la suite de ses proies.

"Merde! Chips! Ici, tout de suite!"

Pendant que la bête rubiconde descendait du comptoir, Caleb porta la main à son col, avant d'avoir un moment d'hésitation: ruiner volontairement une cravate représentait à ses yeux un crime à peu près aussi ignoble que de boire du Gerety cul sec. Mais il allait avoir besoin de ses deux mains, et s'il en croyait la manière dont sa chemise collait à ses omoplates, tout ce qu'il portait sur lui ce soir-là était dors et déjà fichu. Alors il desserra la cravate sans la dénouer, la remonta jusqu'au-dessus de ses oreilles et la resserra derrière sa tempe gauche. Il coinça son mouchoir déjà rougi dans son bandeau improvisé, avant de dégainer son revolver.

Ok, il avait l'air d'un alcoolo halluciné pour qui la soirée s'était terminée beaucoup plus mal que prévue. Ronchon, il se promit que cela aussi, cela se paierait.

Il se pencha et attrapa les lunettes de soleil toujours perchées sur le museau de Chips, avant de les lui présenter:

"Cherche bonhomme, allez! Cherche Talula! Vite!"

Pour sa plus grande surprise, Chips se détourna avec ce que le Techie aurait juré être un "pfeuh" dédaigneux, avant de se mettre directement à renifler le pavé. Avec un temps de retard, Caleb se dit qu'en effet il n'avait pas besoin de donner à l'animal un échantillon de l'odeur de la maquerelle: pour le reptomarsupial, ce devait être aussi absurde que quelqu'un qui a besoin d'une photographie pour retrouver son propre frère dans une foule.

Avec un kwissement déterminé, Chips s'élança le long du trottoir. Caleb le suivit aussi vite que ses merveilleuses jambes et son merveilleux cœur pouvaient le porter, sans se défaire de cette angoisse tenace: il ne doutait pas des capacités de défense de Talula. Mais il ignorait si le petit crétin qui lançait des rayons d'énergie si violents avait repris connaissance, et quelle surprise son gros copain pouvait cacher derrière son expression monolithique. Et quand bien même il ne se serait s'agit que de ces deux-là... Mais les environs du Downward n'étaient pas sûrs pour quelqu'un que la fureur faisait agir aussi ouvertement de manière inhume. Pas sûrs du tout.

Alors oui, là, pour le coup, Caleb était vraiment très inquiet.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   31.07.12 18:13

A cette heure de la nuit, la brume mêlée aux lueurs blafardes de la nuit faisait des contours de fantôme et des allures de mauvais présage à tous ceux qui s’y aventuraient. Que ne fallait-il être saoul ou audacieux, pour s’enténébrer à la sauvette dans les ruelles sécariennes ! Ivres, Ken et Goku l’étaient ; aussi ne comprirent-ils pas immédiatement lorsqu’ils virent apparaître une grande silhouette sombre au carrefour qu’ils empruntaient, occupés qu’ils étaient à refaire le monde dans leur conversation.

Tal les fixa intensément. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait frénétiquement, bien qu’elle fût incapable de respirer ; l’inquiétude grignotait son Rough et lorsqu’elle fit un pas presque timide en direction des deux Balayeurs, c’est une jeune femme à la peau pâle et aux grands yeux de biche qui les observa, avant de redevenir la femme au trenchcoat défait.

«- La pute du D-Bar ! » s’exclama Ken, en la remettant (bien qu’il dût pour cela plisser les yeux et tirer la langue.)

La vampire se demanda comment deux humes aussi répugnants avaient pu porter la main sur Caleb ; la simple idée qu’ils aient pu le blesser lui paraissait absurde et nauséeuse. Ils ne méritaient pas d’entrer en contact avec lui ; cela n’était juste pas…acceptable.
Guidée par ses impulsions et sa crainte, Talula ne pensa pas à vérifier ses arrières, et ne s’inquiéta pas plus de l’exiguïté des lieux. Elle n’avait aucune stratégie, et n’avait aucunement réfléchi aux conséquences de ses actes. Penser qu’on pouvait chercher à tuer son amant lui faisait perdre tout son sang-froid et l’acculait à des erreurs de débutant…mais cela décuplait aussi ses instincts et son agressivité.

Elle bondit vivement vers Goku, visant sa gorge. Le hurlement de ce dernier mourut dans sa gorge tandis que ses canines perçaient l’épiderme de ce dernier et trouvaient leur chemin vers la carotide. Le deuxième Balayeur poussa un juron furieux et fit courir un canon à main de sa ceinture, dont il vida aussitôt le chargeur sur Talula. Les balles la traversèrent de part en part et elle trébucha à la renverse, resserrant ses paumes sur les trois blessures sanguinolentes qui perçaient son estomac. Son visage exprimait un étonnement sincère.

« -Merde ! Une Versa ! Faut la finir maintenant ! » ragea Ken.

Goku était sous le choc, et sa gorge ouverte sur son larynx ne le laissait pas vraiment en situation de s’exprimer. Il émettait des sons gutturaux qui se perdaient en bulles sanguines, et tenta de tendre la main vers la vampire.

Talula se redressa, à la grande horreur des deux hommes. Bien entendu, ils avaient eu affaire à des durs à cuire auparavant…les Versatilis n’étaient pas franchement réputés pour leur douilletterie, pas plus que les Spectres ; mais les deux humes se savaient en position désavantagée et le fait est que la femme à moitié nue qui leur tenait tête venait d’arracher la moitié de la gorge de leur compagnon d’un coup de gueule…

La maquerelle se jeta sur Ken, décidée à le réduire en charpie. Ce dernier tenta de diriger à nouveau son arme à poing vers elle, mais la vitesse de la créature le prit de court et il fût contraint de lâcher le pistolet pour mieux pouvoir parer les coups désordonnés, mais brutaux et extraordinairement forts de la femme. La lutte qui suivit fût violente ; le Balayeur crût pourtant s’en sortir, lorsqu’il parvint à invoquer son pouvoir. Car le grand talent de Ken consistait en ce que ses coups étaient capables, avec la bonne invocation, d’atteindre directement les organes vitaux de ses adversaires, ce qui en faisait un terrible assassin…et son talent en art martial surpassait celui de son adversaire.

Aussi, lorsqu’il toucha le coeur de la femme, eût-il le répit de s’exclamer :

« Tu es déjà morte ! »

Talula lui rétorqua un regard pâle et froid, à peine affectée par les contusions hémorragiques qui l’affectaient. Pour le malheur du Balayeur, elle ne possédait pas d’organes vitaux.

« Quelle perspicacité », répondit-elle posément, avant de tordre le cou du Balayeur d’un coup sec.

Blessée comme elle l’était, elle n’eût d’autre choix que de tituber avidement vers le seul survivant, qui tentait désespérément de fuir en rampant à même le sol.
Elle saisit l’hume par l’omoplate et, sans égard pour les tentatives de glapissement de ce dernier, le plaqua contre le mur dans un angle inhumesque et s’en nourrit, l’apport sanguin faisant aussitôt disparaître ses blessures et lui apportant cette douce sensation de satiété et de regain d’énergie que seul les morts-vivants connaissent.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   05.08.12 19:27

Truffe au sol, Chips était très loin de galoper aussi vite qu'il en était capable - en fait, il prenait même le temps de se retourner à intervalles réguliers pour s'assurer que son maître le suivait toujours. Néanmoins, Caleb avait de plus en plus de mal à tenir le rythme de la bestiole: le souffle court, il sentait le sang battre douloureusement dans ses tempes et dans le point de côté qui lui vrillait déjà le flanc droit. La faute au paquet de clopes qui disparaissait quotidiennement dans ses poumons (et ne parlons même pas des trois qu'il avait consommé chaque jour de son long passage à vide), mais aussi au cadeau empoisonné que Seel lui avait fait: le démon lui avait promis qu'il pourrait courir, et il avait tenu sa promesse, oh ça oui. Mais il n'avait pas précisé combien de temps. Il avait accédé à la (stupide) demande de Caleb et lui avait rendu des jambes en parfait état de marche sans réparer son cœur, sans préciser au naïf hume qu'il ne fallait pas attendre d'autre miracle: opération ou pas, son pauvre palpitant restait malformé et n'avait jamais été vraiment sollicité par son handicapé de propriétaire. Il lui aurait fallu bien plus que quelques exercices de musculation pour retrouver une fonction parfaitement normale et faire courir un corps d'hume en pleine forme.

Le reptomarsupial fonçait toujours dans le dédale du quartier de la gare de fret, et Caleb, sa main libre posée sous ses côtes droites en feu, en était au point où faire une pause lui semblait la seule alternative à l'évanouissement, lorsqu'il entendit les hurlements. Et les coups de feu.

... Non. Impossible, non.

La douleur ne disparut pas, il ne trouva pas de second souffle. Pourtant, il accéléra, porté par l'adrénaline et la certitude qu'il ne s'arrêterait pas plus qu'il ne tournerait de l’œil - plus maintenant que quelqu'un à deux ou trois rues de là avait tiré (sur Talula) au gros calibre et qu'il avait sans doute (tué) gravement blessé (Talula) quelqu'un.

Pas elle. Pas ça, pas comme ça, pas maintenant. Je vous en prie, je vous en supplie, pas elle.

Il rappela Chips d'une voix rauque, avant que l'imprudente bestiole ne se prît une balle perdue. Avec une heureuse clairvoyance, l'animal obéit dans l'instant, et le Techie put le rattraper pour se laisser tomber à côté de lui, un genou à terre, la respiration tellement sifflante qu'elle en virait presque à la crise d'asthme. Blême d'angoisse, il posa sur la tête du reptomarsupial celle de ses mains qui n'était pas serrée sur la crosse d'un revolver à s'en faire blanchir les jointures.

"Rentre... Dis... Rodrigue... que... Caleb... gère... Allez, file!"

Chips émit un gémissement d'inquiétude et voulut pousser sa tête contre les doigts de l'hume en une tentative de réconfort (qu'est-ce qu'il avait Caleb? il ne sentait pas que la Dame A Crocs allait bien, qu'elle était juste à côté?), mais le trafiquant s'était déjà relevé. Il eut un geste énergique du bras ("fiche le camp! tout de suite!") et l'animal, sensible à l'urgence de sa demande, consentit enfin à détaler en direction du bar. Caleb, lui, repartit au pas. Plus forts que ses halètements qu'il tentait désespérément de juguler, il entendait des cris et des bruits de lutte dans une ruelle toute proche. Il ne savait pas combien ils étaient, mais il ne voulait pas de l'aide de Rodrigue sur ce coup-là. De toute façon, au-delà de son sang bouillant et son cœur beaucoup trop rapide, une part froide et calme de sa personne savait que s'ils avaient osé toucher à Talula, leur nombre n'aurait aucune importance. Absolument aucune.

Le plus silencieusement possible, il dépassa une première intersection, puis une seconde. Un craquement sinistre, suivi d'un cri de terreur à faire dresser les cheveux sur la tête, le firent encore ralentir à l'approche de la troisième. Il leva son arme, se plaqua contre le mur. Glissa un coup d’œil au-delà de l'angle. Il s'était préparé à voir beaucoup de choses, dont (pitié je vous en prie non) le pire. Mais il ne s'attendait pas au tableau que lui offrait la réalité de cette étroite ruelle gorgée de pénombre.

Les éclats de lumière orange des réverbères à gaz qui éclairaient pauvrement la scène jouaient avec les reliefs de deux cadavres. L'un, énorme carcasse inerte, bouchait presque la ruelle; son cou formait un angle qui aurait tiré un frisson à n'importe quel hume, pourtant Caleb le vit à peine. Ce qui avait attiré son regard comme une flamme attire un papillon, c'était l'autre corps. Celui qui, en fait, n'était pas encore mort.

Il reconnut la chevelure blonde à la limite de l'hirsute du Balayeur ivre dont il avait cassé le nez. On l'avait plaqué dans l'angle entre le mur et le sol crasseux de la ruelle, de toute évidence en lui rompant les reins. Ses mains rougies de son propre sang étaient parcourues de spasmes qui semblaient indiquer qu'il était toujours en vie, mais Caleb devinait que c'était le genre d'ultimes mouvements que devaient avoir les pieds des pendus.

Son regard glissa alors vers elle, à califourchon sur le dos de l'hume agonisant. Son visage, en partie dissimulé par ses cheveux défaits, était perdu dans l'ombre aux reflets rouges qui nimbait la tête du Balayeur. Sur la courbe souple et féline de son dos, le trench coat était déchiqueté par trois orifices tâchés d'hémoglobine et de chair arrachée, et du sang avait coulé sur les pavés, nimbant de grenat ses chevilles trop pâles.

L'espace d'une seconde, Caleb fut bien près de hurler, mais pas comme un hume rendu fou de terreur par l’apparition soudaine d'un impossible prédateur. Oh, terrorisé, il l'était bien; mais c'était sans commune mesure avec le gouffre qui se creusa dans ses entrailles quand il vit ces blessures de toute évidence mortelles sur le corps de la créature - pas le monstre, mais la femme qu'il aimait.

Puis, malgré l'éclairage plus que précaire, il vit que les plaies n'en étaient déjà plus. Il vit le sang les remplir sans en déborder, il vit la chair neuve émerger du bouillonnement sombre, et c'était horrible, et c'était fascinant, et cela faillit bien leur coûter la vie à tous les deux.

Ils n'étaient plus seuls dans la ruelle.

Quand Caleb remarqua enfin sa présence, à la faveur d'un reflet de lumière sur le canon lustré de son arme, il n'était déjà plus qu'à cinq mètres de Talula, dissimulé dans l'ombre d'une poubelle. Il glissait vers la vampire d'une trajectoire lente et sans heurt, parfaitement silencieuse, et Caleb sentit le sang que sa course avait propulsé jusqu'à son visage s'en retirer en un violent reflux: il se passait exactement ce qu'il redoutait en se lançant aux trousses de la vampire.

Parmi les Balayeurs, il y avait beaucoup de branquignoles qui ne tenaient pas trois mois, de nombreux hommes et femmes assez dégourdis pour représenter une menace, quelques guerriers franchement doués. Et puis, il y avait une poignée de légendes. Ceux qui, par leur efficacité et leur cruauté, n'avaient rien à envier aux prédateurs du camp d'en face. Seel. Calliope. Leto. Lilia.

Un homme capable de se glisser à portée de tir d'une vampire sans se faire remarquer.

En soufflant profondément pour calmer les battements de son cœur à nouveau bien trop rapides, Caleb recula d'un pas pour s'écarter de l'angle auquel il était posté jusque là. S'obligeant au calme, il arma le chien de son revolver: peut-être pouvait-il encore éviter le bain de sang, mais s'il ratait son coup, il lui faudrait être rapide. Extrêmement rapide.

Le Techie ferma les yeux, concentré sur la topographie des lieux. Il y eut un miroitement dans la rue opposée à la sienne par rapport à la ruelle, puis, dans un silencieux souffle de magie, Caleb rouvrit les yeux dans la peau de son clone. Dans le dos du Balayeur.

Il contourna silencieusement ce nouvel angle pour observer de plus près l'homme tapi dans l'ombre, et constata avec amertume qu'il ne s'était pas trompé: il connaissait cette silhouette petite et mince. C'était un garçon qui n'avait pas vingt ans, mais qui était déjà aussi vif et mortel qu'un scorpion. On ne le voyait pratiquement jamais sans sa petite copine, encore plus vicieuse que lui, et ils se faisaient appeler Taylor et Lyla, comme dans ce film où deux jeunes amoureux partent à cheval dans le désert pour échapper à leurs abrutis de parents dépourvus de rêves. Caleb avait vu le film et l'avait trouvé beau. Trop pour aller à un couple de Balayeurs comme celui-là.

Mais le garçon était jeune et Caleb le connaissait bien, comme tous les réguliers du D Bar. Peut-être qu'il l'écouterait. Peut-être qu'il comprendrait.

Le Techie fit un pas pour se glisser derrière-lui dans la ruelle, et il souffla aussi discrètement qu'il le pouvait:

"Taylor? Ne..."

La suite dura en tout et pour tout cinq secondes.

L'adolescent se releva tout en pivotant sur lui-même, avec une vivacité terrifiante. Il tira. Le reflet de Caleb s'évapora. Le véritable Techie émergea de l'autre côté de la ruelle, revolver pointé. Taylor, toujours aussi rapide, avait déjà fait demi-tour. Un vacarme de coups de feu envahit l'étroit boyau. L'adolescent s'abattit pour ne plus se relever. Et Caleb fut le seul à rester debout.

Cinq secondes.

Mais pour Caleb, le temps s'était distendu sous l'effet de l'horreur et de l'ivresse, de la rage et de la violence, et ces cinq secondes étaient devenues une fraction d'éternité beaucoup, beaucoup trop riche en détails.

Par exemple, quand Taylor s'était tourné pour lui faire face, l'arme calée contre sa hanche droite, Caleb avait vu quelque chose dans (le regard le sourire l'expression l'attitude) ce garçon et il avait eu deux certitudes: Taylor l'avait reconnu. Et il allait tout de même tirer. C'était ce seul trait d'instinct qui avait sauvé Caleb, en le poussant à dissiper son reflet dans la fraction de seconde qui avait précédé la détonation.

L'autre chose que le Techie avait vue sans le vouloir, c'était que quand il s'était lancé dans la bataille avec son véritable corps, Taylor n'avait pas tout de suite pointé son arme sur lui: pris au dépourvu par la disparition de son adversaire, sa première impulsion après sa nouvelle pirouette avait été de viser la tête de Talula. Ce qui avait doublement scellé son sort, en accordant une longueur d'avance à l'indic et en balayant tout ce qui restait des scrupules de ce dernier.

Enfin, Caleb savait exactement combien de balles avaient été tirées: malgré ce que laissait présager l'écho dantesque, elles n'avaient été que quatre. Une issue de l'arme de Taylor, que Caleb avait senti frôler sa tempe droite dans un bourdonnement de frelon enragé. Trois crachées par le Blacklight du trafiquant d'arme, en rang serré, une illustration étonnamment parfaite de la technique de tir des policiers de l'Etat.

Une avait traversé la gorge du Balayeur.
Une avait creusé un cratère dans sa clavicule.
Une avait déchiré son poumon gauche et la base de son cœur.

Taylor était mort avant de toucher le sol. Mais il avait mis un temps infini à s'écrouler.

Le silence reprit ses droits sur la petite ruelle sombre. Planté juste sous l'un des réverbères, Caleb resta un instant immobile dans l'aura de buée que sa respiration faisait à son visage livide. Il ne pouvait détacher ses yeux du (gamin) Balayeur (qu'il venait de tuer) étendu sur les pavés; ses doigts sans vie étaient toujours crispés sur l'arme qu'il avait dirigée vers Talula.

Lentement, Caleb tourna la tête vers elle, pour constater qu'elle lui rendait son regard. Le sang frais luisait sur ses lèvres et redessinait des contours déchiquetés à sa bouche, mais dans ses yeux, le Techie ne voyait qu'un bleu tendre et inquiet.

Pas un monstre. La femme qu'il aimait.

Il lui tendit la main, paume vers le haut. Ses doigts ne tremblaient pas, mais ils étaient froids comme ceux d'un mort.

"Viens. Il (le gosse) a (avait) une copine. Elle ne doit pas être loin. Faut pas rester là."
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   10.08.12 15:02

Cela faisait longtemps que Talula ne s’était pas nourrie sur un hume fraîchement abattu, et non à travers les poches de sang distribuées dans les cliniques ou à la gorge d’animaux morts. Un frisson de plaisir morbide plus tard, et elle perdait le décompte du temps et de son environnement proche. Elle ne vit pas Caleb, pas plus qu’elle ne vit poindre le troisième Balayeur ; grave erreur, et probablement celle qui avait coûté l’existence à la plupart des vampires, il y a de cela des décennies. Trop pressés de répondre à l’appel du sang, combien avaient pu être ainsi exterminés, dans la position d’extrême faiblesse que leur imposait leur recherche de nourriture ?

Quand le premier coup de feu tonna, la maquerelle crût sincèrement qu’il était pour elle et que la fusillade signerait son arrêt de mort. Elle n’en aurait pas eu peur, oh, non ; mais il lui vient en tête que si elle n’avait pas discerné l’assassin, qu’elle ne parvenait pas à se précipiter à sa rencontre, alors elle aurait échoué à protéger Caleb et elle en ressentit une brève mais profonde tristesse.

Elle voulut se redresser et se plaqua contre le mur, abandonnant le cadavre soubresautant et desséché de celui qui l’avait attaqué ; elle aurait aimé faire face à ce nouveau danger, mais la scène se déroula sous ses yeux en une poignée de secondes, et trop chargée de données nouvelles pour que la vampire puisse analyser sa situation et réagir pleinement.

Elle vit une silhouette indécise abattre Caleb sous ses yeux, et puis soudainement il n’y avait plus rien là où aurait dû sombrer son corps, et en trois explosions aussi bruyantes que mortelles la silhouette était morte. Il n’y avait aucun doute à avoir sur le sujet : Talula était sûre et certaine qu’aucun être vivant ne pouvait survivre à cette application consciencieuse et terrible qui avait percé l’individu proprement, fatalement.

A sa grande surprise, lorsqu’elle se retourna pour faire face au tireur, ce fût le visage soudainement très pâle de Caleb qui lui apparut. Il portait sa cravate accrochée autour de son front, mais le bandeau improvisé avait glissé sous l’effet de la sueur et formait une diagonale impropre qui aurait été presque comique, si ce n’avait été pour les yeux comme hantés qui se posèrent sur elle.

Elle ne se demanda pas ce qu’il faisait ici, comment il l’avait retrouvé. Pour sa part, elle était persuadée qu’elle le retrouverait n’importe où ; mais quelque chose dans la scène qui venait de se dérouler, dans l’expression de son amant, ou encore le goût métallique et enivrant du sang chaud et hume qui gouttait encore de ses lèvres et qu’elle sentait sécher autour de son torse et son cou, tout cela lui apporta un brusque sentiment de malaise et en réponse, son Rough s’agita et lui dessina des contours flous et inquiets ; sans qu’elle ne puisse exactement dire pourquoi, Talula eût la nette impression d’avoir merdé. Elle saisit la main que lui offrait Caleb et nota la blancheur froide de ses doigts. Il a eu peur, se dit-elle. En se concentrant, elle sentait les pulsations de son cœur sous ses doigts.

Malgré tout, ses inquiétudes n’étaient pas sa priorité ; ce que venait de dire Caleb supposait une énième chasseresse à leurs trousses, et s’il fallait partir, il fallait le faire vite et silencieusement. Talula ne désirait pas provoquer plus d’ennuis que n’en avait déjà été fait, et s’il fallait tuer la quatrième Balayeuse aussi, la tâche serait rendue plus aisée sans attardements sentimentaux et atermoiements pathétiques. C’est donc avec une efficacité toute professionnelle qu’elle entama le premier pas de course.

D’ici au D-Bar, le chemin restait assez conséquent et, surtout, il ne fallait pas que l’on puisse tracer les trois morts à Mancuso ; y rentrer directement, et qui plus est en courant, paraissait une très mauvaise idée. De même, hors de question de se diriger vers son bordel. Il était déjà assez catastrophique de ne pouvoir s’occuper des corps, bien que leur mort pouvait être assez facilement imputé aux multiples psychopathes qui naviguaient dans les rues sécariennes ; néanmoins, les humes ne seraient pas idiots pour ignorer le fait que trois des leurs, armés jusqu’aux dents, avaient été abattus de manière si inhumenes. Qu’est-ce qui restait, en termes de planque, dans le quartier ?

Le quartier était principalement résidentiel, et la plupart des habitations n’était accessible qu’à un mètre de hauteur, pour se dégager de la brume. Bien sûr, s’introduire en douce dans les serres de Wilanders, la maniaque des plantes, avait quelque chose d’alléchant, mais cela restait tout de même une très mauvaise idée. Le cabaret de Charlotte ? Les serveurs et les clients tardifs ne manqueraient pas de se demander ce que Mancuso y faisait aussi tard. Finalement, Talula obliqua en direction du centre de soin. Dans leur entourage proche, la destination lui paraissait la plus cohérente : si la dite copine du jeune que Caleb avait tué ne les avait pas vus, elle ne pourrait jamais relier la disparition de son copain à Mancuso, et ce d’autant plus si ce dernier avait comme alibi un petit séjour aux urgences pour faire recoudre son crâne blessé. Bien entendu, la question de savoir ce qu’elle-même pouvait bien faire à l’hôpital était plus problématique…, mais d’ici à ce qu’ils y arrivent, et si rien ne survenait de trop dramatique sur le chemin, sans doute aurait-elle le temps de penser à un prétexte valable. Pour le moment…il s’agissait d’éviter le pire. Encore une fois.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   12.08.12 20:36

Elle n'avait rien dit. Elle s'était contentée de se lever, de lui prendre la main et de leur faire quitter les lieux au pas de course, dans un silence que Caleb avait été trop heureux de respecter: sans avoir l'instinct de survie sur-développé d'un vampire, il avait vécu suffisamment de situations traumatisantes pour savoir que la priorité était à la fuite. Plus tard, lorsqu'ils seraient tous les deux en sécurité, il serait temps de poser des questions et de donner des réponses, de se mettre en colère et de s'autoriser le soulagement. Il serait temps de repenser au fait que Talula venaient de tuer deux humes pratiquement sous ses yeux, et qu'elle en avait égorgé un avec ses propres (crocs) dents. Il serait temps de comprendre que lui-même avait fauché une vie, cette nuit-là, de repenser à ce (foutu gosse) jeune Balayeur (de dix-huit ans, merde!) mort sur les pavés, à ses yeux entrouverts en une ultime vacuité presque surprise, aux deux orifices bien nets qui avaient déchiré sa poitrine et à la bouillie sanglante qu'était devenue sa gorge après le passage de la balle de gros calibre - un peu comme le cou de la proie de Talula, quand on y repensait.

Mais justement, Caleb savait que ce n'était pas le moment d'y repenser. Alors il se concentrait sur l'aspect purement pratique de son univers: le rythme soutenu que lui imposait la vampire, la plainte lancinante de son point de côté, les palpitations de son cœur encore gorgé d'adrénaline, les vrilles douloureuses qui envahissaient son crâne là où le plus costaud des Balayeurs l'avait frappé. Il frissonnait, de froid, de stress, et peut-être d'une autre chose qu'il n'aurait jamais avouée devant Talula - s'il marchait en regardant obstinément droit devant lui, c'était aussi pour ne pas prendre trop conscience de la pénombre qui les entourait, de ces ruelles sans éclairage qui défilaient autour d'eux et dans lesquelles il espérait confusément que la maquerelle ne déciderait pas de s'engager.

Il se rendit soudain compte qu'il avait toujours son revolver en main et que ses doigts recommençaient à en étreindre douloureusement la crosse. D'un geste raide, il remit le cran de sureté et rengaina.

Ce ne fut que lorsque Talula ralentit légèrement la cadence que Caleb osa la regarder. Et comme lorsqu'il avait vu les plaies monstrueuses qui lui ravageaient le dos, il sentit sa gorge se contracter sous l'effet de ce qui était autant de l'amour que du désespoir: Talula était couverte de sang. Littéralement. L'hémoglobine fraîche dessinait un masque barbare sur son visage et traçait des arabesques sur l'ambre pâle de ses cuisses, elle coagulait entre leurs doigts entremêlés, elle sourdait des lambeaux de feu son trench coat, déchiré par la lutte et les impacts de balles.

Parce que oui, on avait tiré sur elle. Il avait couru pour l'aider, mais il avait été trop lent, et on avait tiré sur elle, et si elle n'avait pas été bien plus qu'une hume...

La main de Caleb se resserra insensiblement sur celle de Talula et il eut à nouveau cette étrange sensation de la voir... se troubler. Au sens propre, comme si les contours de son corps se gommaient pour mieux retranscrire le malaise qui agitait ses pensées. Mais pour l'instant, son esprit d'amoureux s'accommodait très bien de (ce rough) cette bizarrerie, tout comme il refoulait avec une facilité déconcertante le fait qu'il tenait la main d'une (morte) créature non hume. Ce qui le gênait bien plus, c'était qu'il avait envie de dire quelque chose, de la prendre dans ses bras, bref de faire ce qu'un type à peu près normal devait faire en sentant que son amante n'allait pas bien, mais il n'était pas certain de bien comprendre pourquoi Talula se sentait mal - il craignait, entre autre, que ce fût un peu de sa faute, parce qu'il avait mal agi ou vu ce qu'il n'aurait pas dû voir - et par conséquent il avait peur d'empirer les choses en essayant de la consoler.

Indécis, il finit par se dire qu'il allait lui demander où ils allaient, au moins pour engager la conversation, quand il réalisa qu'il le savait déjà: ils avaient quitté le labyrinthe des ruelles pour suivre un axe un peu plus large, que Caleb reconnut comme la rue qui passait derrière le centre de soin. L'intérêt d'une telle destination lui apparut immédiatement, au point qu'il s'en voulut de ne pas y avoir lui-même pensé plus tôt, mais il perçut également son plus grand inconvénient et décida de s'arrêter:

"Attends..."

Elle se tourna vers lui, et il reprit conscience d'une manière aussi vive qu'absurde du ridicule bandeau qui avait glissé sur son front. Il le remit en place de son mieux, accompagnant son geste d'un petit sourire gêné:

"Désolé, je... Ça continuait de pisser le sang et j'ai dû improviser. Je voulais faire vite."

Mais c'était pas vraiment une réussite.

Il se mordit brièvement la lèvre inférieure, avant d'assurer encore un peu plus sa prise sur la main de Talula. Les longs doigts de la maquerelle étaient d'une chaleur inhabituelle, mais réconfortante. Tant qu'on ne songeait pas à son origine.

Ne pas penser à cela non plus. Ou au moins, ne pas lui montrer à elle qu'il y pensait.

"Il est plus de cinq heures du matin, Rodrigue a dû fermer le bar, maintenant. On devrait y retourner. Je me débrouillerai pour me soigner, j'ai de quoi faire là-bas. Ce ne sera pas génial, mais... Écoute, on ne peut pas aller à l'hôpital. S'ils te voient dans cet état..."


Il soupira, puis lâcha:

"Oh bon sang, est-ce que tu t'es seulement regardée?!"

Il y avait de la colère dans la voix de Caleb, mais bizarrement peu de reproches: on sentait que, s'il en voulait à quelqu'un, c'était un peu à Talula et beaucoup plus à lui-même.

"Pourquoi tu as fait ça? C'étaient deux gros cons, d'accord, et ce qu'ils ont fait était inacceptable. Mais ils étaient dangereux, même pour une (vampire)... femme comme toi. Et Taylor aurait pu te..."

Il s'interrompit, embarrassé: il était en train de faire la leçon à Talula, et ce n'était pas ce qu'il voulait. C'était juste qu'il ne comprenait vraiment pas ce qui avait pu passer par la tête de la maquerelle pour qu'elle transformât une stupide bagarre de comptoir en un terrible massacre. Le plus probable lui paraissait une réaction d'orgueil, mais cela avait un côté vraiment trop idiot pour correspondre à Talula. Non, décidément, quelque chose lui échappait.

Et toujours ce trouble indéfinissable, ce malaise si profondément rough. De la voir, comme ça, il en perdait tous ses moyens et toute envie d'être en colère.

"Excuse-moi, je ne voulais pas dire ça... C'est juste que..."

Je t'aime.
J'ai eu peur.
Je ne veux pas te perdre.


Faute d'oser le dire, il esquissa un sourire d'excuse, avant d'élever sa main libre vers la joue de la maquerelle pour dégager d'un geste tendre son visage de quelques mèches rebelles poissées de sang.

"Est-ce que tu vas bien, au moins? Tu ... ça te fait mal?"
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   13.08.12 14:54

Comme à chaque fois que Caleb l’effleurait, elle se sentit trembler, ou bien alors c’était le monde qui tremblait tout autour d’elle. Elle posa deux grands yeux clairs sur les siens, et se demanda comment il était possible d’aimer quelqu’un autant qu’elle l’aimait et de ne pas en mourir. Il y avait sûrement un moment où l’on devenait fou, ou immortel, quelque chose comme ça. Il y avait sûrement une interdiction, divine peut-être, une limitation humesque, une barrière qu’on ne pouvait pas dépasser, qu’on ne devait pas dépasser ; dans un frisson, et ne pouvant se retenir, Talula esquissa un pas en avant et porta la main de Caleb à ses lèvres pour l’embrasser, en oubliant presque de donner des sens aux syllabes nuancées que sa voix chaude et enrouée par la cigarette formait.

Je suis folle, songea-t-elle. Complètement cinglée. Je suis si loin de la sanité d’esprit que je l’ai dépassée depuis des dizaines d’années et m’apprête à la rejoindre de l’autre côté.
Et si cela devait être la chose la plus étrange qui m’arrivait dans ma vie, je m’ennuierai à mourir. Putevierge. Je suis vraiment finie.
Fichu Caleb.


Même la manière dont il s’excusait pour son bandeau et mâchouillait sa lèvre inférieure transformait ses neurones en bouillie primitive, et la faisait sourire comme une fillette de huit ans à qui l’on présente un sachet de croustipâtes chaudes en plein hiver.
Elle voulut le faire taire en l’embrassant sur le champ, amadouée par la maladresse enfantine et attirante dont il faisait parfois preuve sans se rendre compte, lorsqu’il lui demanda :


"Oh bon sang, est-ce que tu t'es seulement regardée?! »


Non.

Talula manqua sursauter, soudainement ramenée à la réalité de leur discussion, et son visage se renfrogna aussitôt tandis qu’elle s’écartait pour constater les dégâts.
Chignon défait : 1 ; trench-coat déchiré : 1 ; ensemble de lingerie ensanglanté : 1 ; niveau d’hygiène et de séduction potentielle : -9000. Pas mal, pour une seule demi-heure de promenade nocturne.

Elle ôta son trench-coat, le roula en boule sous son bras, et redressa la tête d’un air orgueilleux vers son amant, le défiant de dire quelque chose :

Oui ? Eh bien, je ne vois pas le problème. Moi, au moins, je n’en suis pas réduite à m’accrocher des cravates autour du crâne, M.Mancuso.


Le ton était légèrement froissé, parce que malgré son assurance et sa défiance affichée, Talula ne pouvait que se sentir mal à l’aise à l’idée que son amant la voie dans un si pauvre état. Aussi maquilla-t-elle le tout d’un soupçon d’arrogance et de mauvaise foi ; mais, profondément, l’idée que ce dernier l’avait surpris dans ses ébats vampiriques lui faisait l’effet d’être une pucelle mise à nue pour la première fois, et tout lui paraissait bon pour pallier à cette pudeur humiliée.

Elle écouta la suite du discours du trafiquant, la mine de plus en plus sombre à chaque détour de sa ponctuation. Elle écarta la main de Caleb et balaya ses tendres inquiétudes d’un revers de main, avant de rétorquer :


« C’est juste que » ? Juste que quoi, Caleb ? Juste que tu viens de te rendre compte que tu sors avec un monstre ? Non, laisse-moi deviner : tu te sens misérablement coupable. Ne fais comme si c’était ta première fois, et ne tente même pas de déplacer ta fichue culpabilité congénitale sur moi ! Ce qu’ils ont fait n’était pas inacceptable. C’était…


S’avisant qu’elle haussait le ton, la vampire reprit plus doucement :

Ils t’ont agressé. Ils seraient revenus après toi. Il fallait le faire.
Ça, au moins, c’est quelque chose que tu dois savoir.


Un temps. Talula poussa un soupir et porta les mains à son visage.

Désolée.
Ce n’était vraiment pas comme ça que j’avais imaginé cette fin de soirée.

Tu m'en veux ?


Un moment, Talula eût presque du mal à croire qu'elle venait vraiment de poser cette question. Les mots lui avaient échappé avant même qu'elle ne puisse réfléchir. Elle redressa le visage vers Caleb.

Parfois je te regarde et je demande si je serai capable de vivre sans toi.
Je suis une idiote, M.Mancuso, mais je sais encore protéger mes intérêts.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   17.08.12 23:28

Elle avait ôté ce qu'il restait de son trench coat d'un geste de mauvaise humeur et à présent elle le toisait, sa peau d'ambre couverte uniquement par quelques centimètres carrés de dentelle et par ses grands tatouages de sang. Avec son expression à l'arrogance légèrement hypocrite, elle aurait pu avoir l'air ridicule. Sauf que Caleb la trouvait superbe. Chieuse, de mauvaise foi, et absolument superbe.

Il laissa son regard glisser le long de son corps élancé (si remarque il devait y avoir, il était prêt à répondre du tac au tac que c'était pour s'assurer de son absence de blessures), avant de remonter vers les yeux de la maquerelle pour leur adresser un infime sourire, étrange et doux mélange d'amusement, de désir et de surprise - celle qu'il continuait à ressentir à chaque fois que Talula lui prouvait par l'un de ses actes loufoques et imprévisibles qu'elle était bien un être à part entière, et pas un simple fantôme issu de ses fantasmes. Elle était réelle et elle l'aimait, et Caleb avait encore du mal à accepter que quelque chose d'aussi simple et beau pût arriver dans sa vie, à lui.

Puis il se laissa aller à un geste de tendresse et à une piètre tentative d'excuses que la maquerelle balaya d'un unique revers de main, et il se rappela que sa compagne était certes splendide, mais qu'elle avait également quelques menus défauts.

Notamment cette putain de susceptibilité: par tous les saints de la Nouvelle Eglise, dans ce domaine elle était même pire que lui!

Caleb cessa de sourire et ramena sa main à lui d'un geste un peu raide, mais il ne dit rien: il n'avait aucune envie de se disputer pour de bon avec Talula. Cette bonne résolution eut néanmoins du mal à résister à la saillie qui suivit le geste de la vampire, celle à propos du fait qu'il sortait avec un monstre et que ce dernier en avait assez de sa "culpabilité congénitale". Une ombre de colère peinée passa sur les traits de Caleb, qui dut mobiliser tout son amour et sa diplomatie pour retenir la riposte amère qui lui montait aux lèvres et continuer à encaisser en silence: d'accord, il l'avait vexée, et il la sentait aussi fatiguée et à cran que lui-même, ce qui était on ne peut plus excusable compte tenu de ce qu'ils venaient de traverser. Mais il aurait eu moins de mal à relativiser ses paroles si elle n'avait pas eu ce don malsain pour taper là où cela faisait mal.

Parce que oui, bien sûr qu'il n'était pas simple pour lui de donner du sens au fait que la femme dont il était fou amoureux était un vampire qui se nourrissait à la gorge des humes. Et bien sûr qu'il se sentait coupable - oh, pour tellement de raisons... A tel point que (le meurtre) la mort de Taylor n'était au final qu'un énième pointillé à peine plus gros et sanglant que les autres dans son triste parcours de regrets. Mais c'étaient des questions importantes, des questions essentielles, et Talula était peut-être la seule personne avec qui il oserait en parler, un jour. Il ne voulait pas avoir à bâcler le sujet maintenant, dans cette ruelle crasseuse, alors que la maquerelle dégoulinait toujours de sang et qu'il avait encore l'odeur de la poudre dans les narines. Alors il se tut.

Puis Talula lui expliqua, comme elle aurait pu le faire à un demeuré, pourquoi elle avait agi de la sorte. Pour qui.

Encore cette surprise, mais cette fois vive à en être douloureuse, et mêlée d'un embarras qu'il s'expliquait mal et lui donnait l'envie d'être agressif. Elle l'avait fait pour lui. Elle avait vu le sang sur son col, l'ecchymose fraîche sur sa tempe, et elle s'était jetée aux trousses de ces deux hommes sans une seconde de réflexion ou d'hésitation, sans seulement tenir compte du fait que les environs grouillaient de Balayeurs. Exactement comme Rodrigue, réduit à l'état ridiculement petit de renard, s'était interposé entre son patron et une araignée lespurienne affamée. Caleb avait trouvé cela d'une idiotie tellement choquante qu'il en avait engueulé le barman avant de le remercier, et il n'était pas loin de faire de même avec Talula: bon sang, c'était si stupide comme attitude! Et si le Balayeur qui lui avait tiré dessus avait visé sa tête? Et si il n'était pas arrivé juste à temps pour abattre Taylor? Qu'est-ce qu'il en aurait eu à foutre qu'elle fût morte pour lui si elle était morte?!

Caleb n'avait pas l'habitude d'accorder de l'importance aux autres et d'en avoir pour quelqu'un. Il n'avait pas assimilé la simple vérité qui veut que quand on aime, parfois, on fait des choses stupides. En fait, cette pensée lui paraissait tellement absurde qu'il ne se rendait même pas compte qu'il s'était déjà lui-même comporté de la sorte, que ce fût en retournant dans un laboratoire rough en flammes pour sauver la vie du seul hume qu'il voyait comme un ami, ou en se précipitant dans un labyrinthe de ruelles mal famées à la suite de Talula en étant armé d'un simple revolver et sans même prendre le temps de mettre une veste.

Alors il voulut le dire à la femme en face de lui, il voulut lui crier qu'elle était folle d'avoir fait une chose pareille, qu'elle ne devait jamais recommencer, parce qu'il était assez grand pour se débrouiller tout seul et que si elle en avait tellement marre qu'il se sentît coupable de tout, eh bien elle pouvait déjà commencer par ne pas lui donner des raisons supplémentaire de l'être!

Mais à cet instant, elle lui dit qu'elle était désolée. Elle lui demanda s'il lui en voulait. Et elle ajouta qu'elle n'était pas sûre d'être capable de vivre sans lui. Comme cela, en le regardant dans les yeux, sans fioritures, sans détours, rien qu'avec la simplicité de celle qui a acquis la sagesse d'assumer ses sentiments.

Caleb resta silencieux une longue dizaine de secondes. Puis il effaça d'un pas la distance qui le séparait de Talula et l'embrassa à pleine bouche.

Quand il la serrait dans ses bras, ses mains étaient toujours d'une délicatesse extrême dans leurs caresses, au point qu'elle en étaient parfois timides, comme peu sûres de ce qu'elles pouvaient se permettre. Mais ses baisers, eux, étaient intenses, conquérants, d'une avidité presque adolescente. Ils unissaient leurs hanches avec ferveur et ressemblaient moins à une douceur d'amoureux qu'à un préliminaire particulièrement avancé.

Il sentit le goût métallique du sang éclabousser ses papilles. Il décida de l'ignorer.

Ses doigts descendirent le long du cou de la maquerelle et effleurèrent sa poitrine pour aller se poser sur ses hanches. Ils trouvèrent la texture poisseuse de sa lingerie couverte d'hémoglobine à moitié coagulée. Et soudain Caleb prit conscience du tableau qu'ils offraient tous les deux, les deux fervents amants, elle en petite tenue dans la rue, lui avec sa cravate autour du front et du sang plein le dos de sa chemise, et un éclat de rire sépara ses lèvres de celles de Talula:

"C'est sûr que question fin de soirée, c'est pas banal."

Un instant, il la contempla en silence, son hilarité s'estompant dans un sourire pensif. Puis il pencha la tête pour l'embrasser dans le cou, avant de murmurer contre la douceur de sa joue:

"Viens. On rentre."

Ses mains glissèrent le long de la taille de la maquerelle, allèrent se nouer sur sa chute de reins tout en appréciant le contact de la dentelle.

"Comme ça tu pourras me dire ce que tu avais en tête en débarquant au milieu de mes clients dans cette tenue."

Silence, une hésitation perceptible. Puis, d'un air dégagé qui cachait mal la pointe de jalousie:

"Juste, ça t'embête de remettre ton manteau? Au cas où, tu sais... Rodrigue est toujours au bar..."
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   04.09.12 22:03

Elle nicha sa tête un bref instant dans le creux de son épaule, un sourire long et heureux sur le visage.

« Je t’aime », fit-elle – en oubliant temporairement les circonstances hasardeuses qui les réunissait, le fiasco précédent et le reste du monde, peuplé de menaces invisibles.

Elle fit couler les manches poisseuses de son trench-coat autour d’elle et ajouta, à voix basse :
« Je ne pense pas que Rodrigue s’intéresserait à moi »,
plaisanta-t-elle. Tapotant du doigt la cravate frontale : « Je crois que ses yeux seront rivés ici », commenta-t-elle, profitant de la diversion pour faire glisser une main jusqu’à la fesse droite de Caleb, qui reçut bien malgré elle une délicate fessée. « Ou bien plutôt ici. »

Elle s’écarta, l’invitant à prendre son bras pour reprendre la direction du D-Bar. La toute simple invitation de son amant l’avait réellement touché, et soudainement la colère et l’angoisse qui résidait encore dans sa voix il y a une minute s’étaient évaporées, remplacées par une douceur latente et inconnue ; cela tenait à ces petits mots de rien, ce choix pourtant vertigineux et magique de dire : « Viens, on rentre. »

Elle n’avait jamais vraiment bâti d’élucubrations sur la relation qu’elle entretenait avec Caleb, bien plus satisfaite en prenant ce qu’il y avait à prendre au présent, mais sur l’instant elle imagina qu’il pourrait un jour y avoir une sorte de chez-soi dans lesquels ils pourraient se rejoindre. Le temps que sa pensée se focalise sur l’idée, et elle en éprouvait déjà une honte tâchée de gêne : ce genre de fantaisie, c’était pour les fillettes. Elle releva les épaules et tâcha de ne plus y penser.

« Je dirais plutôt, et pour plus d’exactitude, que ce sont tes clients qui ont débarqué dans ma soirée et compromis mon autrement grandiose tenue »,
insista-t-elle, un sourire lascif et railleur au coin. Comme c’était le genre de détails auxquels elle faisait attention : « C’était un trench de chez cette nouvelle styliste qui fait des gorges chaudes. » Et, comme la conversation prenait un tour presque normal : « Concernant ce que j’avais en tête, eh bien, de mémoire, je crois que cela impliquait plusieurs représentations de toi dans des positions qui feraient rougir tes ancêtres. Je me suis juste contentée de superposer tout cela sur un arrière-plan de vacances. Tu sais, ces choses qui n'arrivent jamais aux gens comme nous. »

Elle laissa le terme s’imprimer dans la conscience de son amant, consciente qu’il ne resterait probablement pas indifférent aux implications qu’elle venait juste de lui soumettre. Néanmoins, elle n’aimait pas trop l’idée de le laisser réfléchir à la question, et préféra opter pour l’avalanche de révélations. A trop y penser, Caleb pourrait essayer d’aller contre ses arguments ou, pire, focaliser à nouveau son attention sur les évènements de l’heure passée – cela viendrait, sûrement, et assez tôt.

« Avant que tu ne soies ouvertement 'pas d’accord' et cherche à me contrarier, M.Mancuso, sache que j’ai jeté un coup d’œil à tes dernières archives concernant ton bar, et en-dehors de ton congé maladie forcé de deux mois, tu n’as nullement touché plus de quelques jours d’absence de-ci de-là, généralement pour t’enfoncer dans des emmerdes plus grands que toi. »
Ce qui n’est pas difficile, faillit-elle rajouter, avant de se rappeler in extremis la dernière réaction qu’avait eu Caleb lorsqu’elle avait voulu taquiner son mètre soixante-dix. La phrase resta suspendue dans l’air. Au-devant se précisait la forme du D-Bar.

« En conséquence de quoi, je te propose de tirer profit de cette situation tout à fait illégitime et de sortir tes derniers maillots de bain, fusils à pompe et polaires en peau de bébés phoques albinos. Objets que je peux bien entendu te vendre si tu venais à être en rupture de stock. Je te ferai même une remise.»

Eût-elle ainsi discuté avec quelqu’un d’autre, elle aurait fait bien plus que proposer, et son ton aurait été plus autoritaire. Néanmoins, elle savait que le D-Bar et sa gestion était le territoire privé de Caleb, tout comme le bordel était le sien. Malheureusement, elle ne pouvait y intervenir aussi directement qu’elle l’aurait volontiers imaginé.
Pointant l’enseigne désormais proche du D-Bar du doigt, elle poursuivit :

« Et j’envisage volontiers un bain, le temps que tu te mettes d’accord avec moi. »
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a après   01.11.12 23:13

Ils restèrent un moment silencieux à marcher l'un à côté de l'autre, comme s'il n'était pas si tard qu'il en était tôt, comme s'ils n'arpentaient pas des ruelles glauques au lieu des allées ensoleillées d'un joli parc, comme s'ils n'étaient pas couverts de sang, comme s'ils ne venaient pas de provoquer la mort de trois personnes ; leur version de la promenade en amoureux, la seule qu'ils pouvaient se permettre, parce qu'ils étaient des monstres chacun à leur manière et que, sans en jouir, ils ne cherchaient pas à prétendre le contraire. Mais au final, c'était bien comme cela. Ils étaient eux, sans mensonge, sans fausses paillettes, et la manière dont leurs mains s'étaient trouvées dans l'obscurité n'en était que plus sincère.

Caleb avait froid, mal au crâne et le goût de sang qui flottait toujours sur ses lèvres restait subtilement malsain, mais là, dans ces quelques minutes d'engourdissement béat que lui autorisait la retombée d'adrénaline, cela ne comptait plus: il était en vie, Talula allait bien, il sentait la chaleur rough de son corps contre le sien et avait encore dans l'oreille le doux écho de son "je t'aime". Que pouvait-il y avoir de plus important que cela?

Il n'y avait pas répondu, d'ailleurs, à ce "je t'aime". Enfin, il l'avait serrée contre lui et avait penché la tête pour l'embrasser sur la tempe avec une tendresse perceptible, mais il n'avait pas répliqué avec des mots, même pas un timide "moi aussi". Formuler un tel aveu à voix haute lui paraissait... compliqué.

Oh, pas à cause de considérations philosophiques sur l'importance de la parole, la symbolique cosmique de l'engagement et tout ce cirque d'intellectuel qui cherche à définir ce qui ne peut l'être - Caleb était bien trop pragmatique pour se lancer là-dedans. C'était juste que ces mots-là avaient été très rares dans sa vie rafistolée de toutes parts, et que cela les avait rendus importants. Il avait l'impression d'avoir à attendre un moment précis pour les prononcer, comme s'il avait pu les gaspiller.

Et à sa décharge, ce n'était pas à cette occasion-là qu'il aurait pu comprendre à quel point il se trompait, vu que Talula s'était plue à le couper dans son élan avec un superbe combo qui comprenait une main aux fesses et une allusion pas du tout déguisée au fait que Rodrigue portait à son patron (et à certaines parties de sa charmante personne) une affection peut-être pas si désintéressée que cela - allusion qui provoqua d'ailleurs chez ledit patron une bouffée de stupeur si violente qu'elle en relevait de la panique: qu'est-ce que Talula avait cru remarquer, exactement? Rodrigue ne pouvait pas être un... Bon d'accord, il savait tricoter et cuisiner, et il était peu dire que ses techniques de drague étaient très sages, presque dévotes (surtout comparées au rentre-dedans qu'affectionnait son employeur), mais cela ne suffisait pas à conclure que...

... Non, non! Caleb avait vu, de ses yeux vu, Rodrigue faire de l'oeil à Lilia, qui certes se plaisait à adopter un comportement de docker alcoolique, mais qui avait indiscutablement les caractères sexuels secondaires définissants une (superbe) femme. Talula devait plaisanter, comme d'habitude. Ah ah.

Satisfait de cette conclusion, Caleb s'appliqua à bannir de son esprit toute considération sur la sexualité de son barman (placez ici un frisson d'embarras) pour se préoccuper un peu de la sienne et tenter de suivre Talula dans son discours gentiment graveleux sur la lingerie, les ébats compromettants, les...

Les quoi?

"Des vacances?"


Si Talula n'avait pas continué à marcher d'un bon pas tout en lui tenant le bras, il en serait resté figé sur place: des vacances... Qu'est-ce que c'était, à part une lubie que certains patrons philanthropes du Centre accordaient de temps en temps à leurs employés? Caleb n'en avait jamais prises de sa vie, et il aurait très bien pu mourir avant d'avoir envisagé de le faire. L'offre était d'autant plus surréaliste que sa petite affaire se relevait tout juste d'un traumatisme qui avait failli la couler définitivement, qu'il avait rarement aligné autant d'heures de travail à la suite et qu'il n'était pas du tout, mais alors absolument pas envisageable de faire une pause.

"Mais..."

"Avant que tu ne soies ouvertement 'pas d’accord' et cherche à me contrarier, M.Mancuso, sache que j’ai jeté un coup d’œil à tes dernières archives concernant ton bar, et en-dehors de ton congé maladie forcé de deux mois, tu n’as nullement touché plus de quelques jours d’absence de-ci de-là, généralement pour t’enfoncer dans des emmerdes plus grands que toi."

"Sept mois."

La correction avait été automatique, presque dépourvue d'émotion. Presque.

"Ça a duré sept mois."

Talula ne releva pas. Mais Caleb sentit les doigts de la maquerelle se resserrer autour des siens, et cela lui convenait tout aussi bien. Il parvint même à rire lorsqu'elle évoqua l'attirail indispensable à l'équipée qu'elle projetait:

"C'est très aimable à vous Madame, jamais je ne me serais cru digne de l'une de vos remises, mais en matière de fusils comme de vêtements, j'ai tout ce qu'il me faut, merci bien."

Il se pencha pour l'embrasser dans le cou.

"Et ne me regarde pas avec ce petit air triomphant, je n'ai pas dit oui; tu l'as peut-être oublié, mais moi aussi je peux être dur en affaires. Tu as intérêt à avoir d'excellents arguments."

Il sourit d'un air entendu, presque aussi joueur qu'elle pouvait l'être. Mais bien évidemment, encore une fois, elle le renvoya dans les cordes avec une facilité déconcertante:

"J’envisage volontiers un bain, le temps que tu te mettes d’accord avec moi."

Difficile de traduire en mots ce qui passa par l'esprit de Caleb à cet instant. Un certain gitan qu'il connaissait beaucoup mieux qu'il ne l'aurait souhaité aurait sans doute soupiré "Ay'hima...".

Talula. Chez lui. Dans sa baignoire, uniquement vêtue d'un peu d'eau troublée par les sels de bain. Peut-être avec l'une de ses longues jambes ambrées posée sur le rebord de cuivre, encore drapée de gouttes d'eau.

A coup sûr, cela entrait dans la catégorie des excellents arguments.

Caleb cherchait à répondre quelque chose qui ne soit pas une suite d'onomatopées et de bégaiements lorsqu'il réalisa qu'ils étaient arrivés au Downward. De fait, il était trop occupé à se perdre en conjectures sur la place que Talula lui accorderait dans le somptueux tableau qu'elle lui avait mis en tête (pour l'instant il n'osait pas envisager plus téméraire qu'un tabouret à côté de la baignoire) pour se rendre compte qu'il avait ouvert la porte du bar, sans seulement vérifier qu'aucun œil masculin avide ne pourrait se poser sur la lingerie ensanglantée de son amante. Il en avait même oublié ce coup d’œil pourtant instinctif qu'il avait à chaque fois qu'il rentrait dans une pièce, cet inventaire inconscient des éventuels ennemis présents dans la salle et des issues qui pouvaient permettre de leur échapper. Il le regretta.

"KWIIIIIII!"

Chips percuta Caleb en plein dans l'estomac, avant d'escalader son gilet pour aller lui lécher le visage et frotter sa tête contre la sienne à grands renforts de kwissements comblés. Le Techie le soutint d'un geste maladroit, sans retenir un sourire un peu idiot mais touché: c'était la première fois depuis l'intervention de Seel que Chips lui sautait spontanément dans les bras.

"Oui oui, ce... c'est bien bonhomme, c'est bien, je suis content de te voir aussi. Eh, tiens!"

Caleb avait plongé sa main dans sa poche pour en retirer les lunettes de soleil de Talula. Il les présenta au reptomarsupial, tout en observant la maquerelle par-dessus son épaule:

"Tu les rends à la dame, mon gros?"

Chips émit un jappement très concerné, saisit délicatement les lunettes dans sa gueule et prit appui sur Caleb pour se jeter avec bonheur dans les bras de Talula. Il s'y lova d'autorité, totalement ignorant du sang qui poissait sa fourrure, et créant ainsi à la vampire un plastron de fourrure écarlate qui dissimulait fort opportunément le haut de son corps aux yeux des potentiels spectateurs.

Belle manoeuvre du Techie, qui relevait néanmoins du gaspillage d'idée: les seuls personnes encore présentes dans le bar étaient Rodrigue et José. Tout était rangé, nettoyé, briqué, aussi impeccable que d'habitude. Même Bill était reparti, et Caleb était prêt à parier qu'on lui avait versé exactement le salaire qui lui était dû.

Le trafiquant chercha le regard de son barman pour lui exprimer toute son immense reconnaissance d'homme frigorifié et épuisé. Il fut un instant surpris de constater que le Lespurien avait l'air rien moins qu'effaré et qu'il ne le regardait pas dans les yeux, avant de comprendre que Talula avait été dans le vrai, finalement, au moins en partie: Rodrigue s'était visiblement coincé un rouage à la vue de la cravate qui ceignait le front de son patron si attaché à l'élégance. Et ne parlons pas du fait que le dos du gilet de Caleb suintait toujours de son propre sang, que les manches de sa chemise n'étaient plus vraiment blanches depuis qu'il avait pris Talula dans ses bras et que cette dernière n'était vêtue pour ainsi dire que d'un trench coat fait de lambeaux imbibés d'hémoglobine.

En fait, la réaction de Rodrigue à un tel spectacle était presque trop sobre: il devait vraiment travailler dans ce bar depuis trop longtemps.

"Oh, ne faites pas cette tête-là! Ça va! La soirée a juste été un peu mouvementée, ce sont des choses qui arrivent - et vous devriez en savoir quelque chose, vous deux. Attendez-moi là, je vais juste montrer à..."

Il faillit dire "Talula", puis se rappela que la dame était assez farouche sur le potentiel aspect public de leur relation et qu'il risquait de s'en prendre une pour s'être montré aussi outrancièrement familier devant ses employés.

"... notre invitée où elle peut faire un brin de toilette. Je reviens tout de suite."

Il invita Talula à le suivre d'un sourire, avant de se diriger vers l'escalier. En passant, il adressa un regard entendu à Rodrigue, quelque chose de l'ordre du "il faut qu'on parle": Caleb n'était pas assez fatigué pour oublier qu'il lui restait des détails urgents à régler, cette nuit-là. Le genre de détails qui, si on les néglige, peuvent vous enfermer entre quatre murs. Ou entre quatre planches.

****
-> Passage par l'appartement

****

Lorsque Caleb réapparut dans le bar, moins de cinq minutes après l'avoir quitté, il était devenu évident qu'il était à bout: il avait tenu à donner le change devant Talula, mais Rodrigue et José l'avaient déjà vu dans des situations bien plus humiliantes que celle-ci, et lorsqu'il alla déposer papier et stylo à encre sur le comptoir en cuivre, il prit le temps de se passer les mains sur le visage en soupirant:

"Par toutes les putains du Chapter, quelle nuit... Merci d'avoir tout arrangé ici les gars, j'aurais eu du mal à être partout."

Il s'empara d'une feuille sur laquelle il entreprit de griffonner de son écriture nerveuse une suite de chiffres et de symboles à l'allure aléatoire, tout en reprenant un ton plus ferme:

"José, écoute-moi bien, c'est important. Tu vas apporter tout de suite cette lettre à Teddy-Un-Oeil, en lui disant que c'est une urgence. Dis-lui qu'il doit avant tout s'occuper des balles, tu m'entends? Qu'il me récupère ces foutues balles à tout prix. Il y en a quatre. Il a carte blanche."

Il relut rapidement sa missive, s'assurant que les symboles désignaient bien trois "colis" à prendre en charge dans une ruelle située entre la rue des Esagils et la gare de frêt. Puis il replia la feuille de papier en lui donnant une forme triangulaire, en une manœuvre qu'on lui devinait habituelle, avant de la tendre à José. Il hésita une seconde, avant d'ajouter:

"Tu peux t'occuper des corps avec lui, si tu veux."

La ghoule sonda le regard entendu de son patron, avant d'approuver d'un unique hochement de tête. Puis il empocha la lettre et s'en alla faire son ouvrage de son pas aussi calme qu'implacable, ne s'arrêtant que pour récupérer la toile de tente doublée de fourrure qui lui servait de manteau. Sa haute silhouette disparut dans la brume à l'extérieur du bar. Caleb retint un autre soupir, avant de se tourner vers Rodrigue d'un air las:

"Et toi, dis-moi que tu sais faire des points de suture, s'il te plaît... Je suis trop crevé pour le faire moi-même avec mon double."
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