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 L'heure de la lune

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- La Brute (Muy Calliente) - Des p'tits trous, des p'tits trous...

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Signalement : Hûme mâle. Trentaine d'années. 1m78, quelques 71 kg de muscles rôdés, bronzé et tout en angle. Des yeux gris. Des cheveux bruns mi-long. Mal rasé. Piercing innombrables au visage.


MessageSujet: L'heure de la lune   24.04.13 15:16

In media res, dans une ruelle brumeuse de Sécaria.

« Buuurp »
Oui, Salem avait connu de plus grands moments de classe. Il avait déjà été bien plus impressionnant. D’ailleurs, être impressionnant, c’était généralement ce pour quoi on le payait. Ça ne l’empêcha pas de roter une seconde fois, à grand renforts de cordes vocales déployées, et, par la suite, d’émettre un rire qui se rapprochait soit du canard, soit du lama. En transcription graphique, ça donne : « Hinhinhinbwahahaha. »

C’est donc une masse musclée, rôdée, à la gueule de loup qui s’affala, toujours ricanant, sur la silhouette du lampadaire.
« Toi – ouais, toi, t’es mon pote. T’es pas un…un…un tcheklala, là, comme les aut’, là. » Salem renifla bruyamment et tenta maladroitement de tapoter le lampadaire. « On peut toujours compter sur toi, Adam », continua-t-il.


Son visage creusé et ombré s’illumina un instant d’une paire de larmes. De toute évidence, le gitan était fini ; saoul ; ivre ; bourré ; il touchait si bien le bout du rouleau qu’il parvenait même à en entrevoir l’autre bout. Or, Salem n’avait jamais bu de sa vie. Le spectacle que cela donnait était tout bonnement effrayant. Il faut imaginer la silhouette dense et ramassée du soldat errait dans des temps qui ne sont pas les siens – éprouvant une valse inconsistante et malheureuse à travers les nappes de brouillard, aveuglé par la masse brumeuse et opaline qui dévorait les sous-sols de Sécaria.

Des yeux chafouins le suivaient, des mendiants se rapprochaient, tous prêts pour la curée, attendant le moment où l’ivrogne s’allongerait dans le caniveau et où on pourrait lui faire les poches. Ce qui l’avait préservé jusque-là de ce destin cruel était probablement le fait que Salem avait l’air plus fauché, plus pauvre et plus crade que la majorité des clochards de la rue, et que Georges, le roi des haillons et des sébiles, connaissait trop bien la réputation de l’homme brun pour laisser les siens commettre des actes qu’il regretterait profondément quand le gitan s’éveillerait. Une fois, racontait-on, Salem avait piercé un pickpocket qui essayait de lui piquer son portefeuille. Aux couilles. Depuis que ce ragot (du reste totalement faux, mais savamment inventé) circulait, plus personne dans les rues n’osait rôder trop près des poches du forban.
Salem expulsa un mollard verdâtre. Ce faisant, il tangua sur ses appuis et resserra sa prise sur le lampadaire en fer puddlé, qui allait désormais passer un très mauvais quart d’heure face à l’haleine viciée de la créature humesque.


« ‘chuis désolé, vraiment d’solé »,
continua-t-il dans son patois alcoolisé. « J’aurais aimé pouvoir faire quèque chose pour ton frère. Tes frères. » Il s’arrêta un instant, fit un effort pour réfléchir, et déclara : « ‘Sont des couillons, des crétins. Z’auraient dû…z’auraient dû…m’attendre. J’aurais pu les aider. T’souviens la fois où Arthur est tombé dans les égoûts ? L’a fallu le récurer pendant trois putains d’jour avant qu’il sente la rose à nouveau. T’as dû aller à son rencard à la place. M’en souviens bien. » Nouvelle pause remplie d’efforts de réflexion. « Tu sais que…j’crois bien…j’crois bien avoir croisé Klaes. C’était un putain d’éléphant. » L’air malheureux, cette fois. « J’lui ai bouffé une patte, j’crois bien. »

Le fait que cette dernière phrase soit dite avec la normalité la plus sincère était un peu troublant.
Salem se stabilisa douloureusement.


« Ben quoi, tu réponds pas, Adam ? »
demanda-t-il, piqué au vif par l’absence de réponse de son compagnon. « Allez, fais pas le con. Yallah ! On va aller s’piquer un aut’ verre, pis j’connais un coin sympa, t’verras, ça te fera oublier ta frigide barjot, là, ta Suzanne… Faut qu’on…qu’on rentre, après. T’as tes clés ? » Il tapa le lampadaire sur le dos. Eprouva le contact du métal froid sous la paume.

« J’espère que c’est pas un autre de tes foutus lapins mécaniques, Adam »
grogna le gitan, visiblement contrarié. « T’sais que j’aime pas ça, ducon. »

Toujours pas de réactions. Salem commençait à s’inquiéter. Et le monde tournoyait follement autour de lui. Il grogna, et décida d’en appeler à la règle éternelle de tous les ivrognes du monde, qui consistait à envoyer un pain à son meilleur ami pour s’assurer qu’il était toujours vivant et conscient. Si ce dernier crachait ses dents et répondait « Connard », c’est qu’il était en bonne santé. Il prit position sur ses pieds, arqua son épaule, et envoya un magnifique coup de boule au lampadaire.

« Aaaargh, connard ! Nikomouk ! »
cria-t-il, certain de s’être cassé le nez – ce qu’il avait par ailleurs fait. Il recula en titubant, entreprise difficile lorsqu’on n’a jamais bu de sa vie et que l’on vient de tester sa première bouteille de Maltat. Il avait envie de vomir.

L’avantage, c’est que le coup qu’il venait de se prendre l’avait quelque peu tiré de sa torpeur et il se rendit compte que ce qu’il avait pris pour Adam était bel et bien un putain de lampadaire. Ça se remarquait au lancement douloureux de la moitié de son crâne.

Déstabilisé, Salem effectua une rapide analyse de son environnement direct, qui pourrait se résumer à ceci : de la brume, de la brume et encore de la brume, avec peut-être deux-trois mendiants dedans en train de lui tournaient autour. Par contre, d’Adam Zolnerowich, il n’y avait point.
Ce qui amena une réponse curieusement sobre aux lèvres de Salem :


« Oh, merde. »


Où est-ce qu’il avait bien pu mettre son Adam ?!!
Bons dieux, si la mère Zolnerowich apprenait qu’il avait perdu son dernier fils survivant dans les bas-quartiers de Sécaria, Traqueur ou pas, Salem ne ferait pas long feu face à une mère pareille…avec horreur, il pouvait déjà se représenter les lèvres pincées, les bras croisés, le pied qui tape avec agacement au sol. Vingt ans d’éducation à la bassine glacée lui revinrent en mémoire et, même lorsqu’on est Colonel d’une unité d’élite, il y a des choses qu’on n’oublie pas si facilement.

Il se retourna.


« Oh, merde. »


Le truc, c’est que Salem n’avait même pas l’ombre d’une idée d’où est-ce qu’il se trouvait. Il se rappelait vaguement avoir pris à droite au carrefour d’avant. Ou peut-être à gauche. Est-ce qu’Adam était déjà avec lui à ce moment-là ? Dans tout ce brouillard, le retrouver tiendrait du miracle.
Il devait espérer qu’il avait malencontreusement oublié Adam dans le dernier bar dans lequel ils s’étaient trouvés. Peut-être l’avait-il laissé avec sa chemise, parce que Salem se rendit compte qu’il ne portait plus que son fût, et encore, sans chaussures.

« Oh, MERDE. »

Arthur et Klaes, s’ils étaient encore de ce monde, lui feraient la peau s’il ne leur ramenait pas leur frangin sain et sauf dans les bras de sa mégère. Tous les fantômes de la smalla l’attendraient au septième ciel pour le juger et ça allait être très douloureux, Salem en était persuadé.
Faisant volte-face à la militaire, manquant s’écrouler au sol ce faisant, Salem tenta de se diriger, maladroitement, droit devant lui. Où était-il, déjà, ce bar où il venait juste de passer la soirée avec Adam Zolnerowich, qu’il avait dans l’après-midi surpris en s’installant dans son canapé ? C’était un jour important, aujourd’hui, avait-il expliqué, et depuis que Salem avait appris la situation du dernier frère Zolnerowich, il se refusait à le laisser seul avec cette gorgone froide comme une vipère. Il supposait que son idée de départ partait d’une bonne intention. Le problème, c’est qu’il ne se rappelait plus comment le Maltat était entré dans l’équation. Probablement par inadvertance. A la réflexion, Salem ne se rappelait pas de grand-chose.
Il se dirigea à l’aveuglette dans le brouillard. Il fallait qu’il retrouve Adam. Par chance, il croisa un passant au moins aussi ivre que lui, et qui l’informa (sa bonne volonté aidée par l’exercice d’un coup de poing monstrueux) que oui, il y avait bien un type errait un peu plus loin sans chemise.

« Adam ! »
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- Ouragan enflammé -

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Signalement : Hûme féminine, 173 cm, des formes voluptueuse (une grosse poitrine donc), peau légèrement hâlée, une belle tignasse blonde bouclée indomptable, des yeux virant au turquoise. Des cicatrices un peu partout, surtout aux avants-bras.


MessageSujet: Re: L'heure de la lune   25.04.13 20:55

Déterminée à récupérer ses froques au plus vite (sans recourir à un tiers), Katryn ‘négocia’ ‘calmement’ avec l’un des agents responsables (à grand renfort de sourires aguicheurs qu’un plongeant décolleté rendait plus convaincant).
Son nouveau « job » lui avait permis de dénicher une des tenues les plus osée jamais portée. Aussi, lorsque le quidam obséquieux l’eut conduite à sa malle (qu'il venait de forcer), Katryn laissa deviner le galbe appétissant d’une jambe... s'élançant gaillardement, sur l’entrecuisse du chevalier servant – interloqué –.
L’employé de gare prostré, aux mains désespérées d'enrayer la vive et masculine douleur, n’eut le temps d’entrevoir le sourire reconnaissant de la blonde plantureuse, quand celle-ci acheva de l’assommer pour toute récompense.

« Commencé à me les briser. »

Vite. Le temps de libérer Pinpin de ses entraves, et de charger son précieux butin, malmené dans un énorme baluchon qui avait sans doute connu des jours meilleurs.
Satisfaite, elle se vêtit d’un de ses épais manteau informe et verdâtre, dissimula son ardente chevelure sous la férule épaisse d’une casquette rabibochée, avant de s’extirper discrètement des entrailles de la gare, pour rejoindre la brume poisseuse des quartiers nord, un Norton et son lièvre mécanique pour toute protection.

Elle n’était désormais plus totalement diminuée, ayant récupérée dans les coutures de ses vêtements, une somme suffisante pour tenir la semaine. Chargée comme une mule, c’est quand Pinpin commença à s’agiter frénétiquement que Katryn comprit que sa nuit serait... longue.
Le lièvre ne s’agitait ainsi qu’en sa présence… ou de celle d’un de ses frères. Vu l’heure bien matinale… C’était plutôt inquiétant. Que pouvait-il bien ficher dans les environs ?

La blonde rua à la poursuite du ‘lapin’ cuivré, jurant à pleine dent sur cette « maudite peste d’animal » qu’elle allait empailler, avant de piler net ; se déséquilibrant toute seule de son lourd paquetage. Katryn atterrit lourdement sur les fesses, à demi noyée sous la brume rampante. Ebahie et sonnée, elle venait d’apercevoir Yéhouda (il y a belle lurette qu’elle avait cessé de l’appeler « ‘Lem ») foutre un coup de boule à... un lampadaire.

Elle ne s'était pas trompée. La photographe était capable de reconnaître un des membres de sa ‘tribu’ au premier coup d’œil, même grimé. Et même si elle tachait de se le faire oublier; Salem était sans doute celui qu’elle avait le plus scruté.

Au dernier cri qu’il poussa, son mauvais pressentiment se confirma ;
« Adam ! »

Et Pinpin ne devait pas être loin de son créateur.


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Sadicomaso-chiche

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Signalement : Grande perche de 1m90 toute en maigreur, membres trop longs, cheveux bruns peu disciplinés, yeux bruns, visage osseux mais souriant, air pas méchant, un peu à côté de la plaque, vêtements bien taillés


MessageSujet: Re: L'heure de la lune   03.04.16 17:59

L'informateur que Salem n'avait quasiment pas brutalisé avait eu raison: il y avait bien un type, à peine deux rues plus loin, qui louvoyait entre les déchets accumulés sur le trottoir de l'air paradoxalement aussi attentif que maladroit de celui qui a bu beaucoup plus que de raison. Il n'était en revanche pas sans chemise, erreur qu'on pardonnera au témoin pas très frais que le gitan avait trouvé - il n'est jamais simple de produire une description fiable quand on est complètement bourré et qu'on se retrouve à cracher plusieurs dents dans le caniveau.

Adam portait toujours une chemise, donc. En fait, il en portait deux, la seconde soigneusement pliée sur son bras gauche, au-dessus de la main qui tenait une paires de chaussures vernies dont l'Arcano lui-même semblait avoir oublié la provenance. Son gilet était toujours là lui aussi, collé à son torse longiligne par une grande éclaboussure qui pouvait être du Maltat. Son manteau, par contre, et tout ce qu'il contenait, était perdu quelque part dans un passé proche dont il ne se rappelait guère; il se souvenait juste avoir bu, beaucoup, trop - parce que c'était un jour spécial, que Suzanne était en voyage à Miridia avec le Maire, que de toute façon depuis la mort d'Arthur ils ne s'adressaient quasiment plus la parole, qu'il se sentait seul et triste, que quelqu'un avait sonné à sa porte, que ce quelqu'un était Salem, en costume de soirée, et qu'il avait voulu... Oh, il ne savait plus trop. Mais il avait de toute évidence eu tort.

Un instant, Adam crut entendre un rugissement familier, comme l'écho d'un accent des plaines dans les rues de Secaria, et il releva la tête avec un espoir hébété. Mais le brouillard assourdissait et déformait les sons, et l'alcool se chargeait de brouiller le reste: il n'y avait aucun Salem à l'horizon, et il n'y en avait peut-être jamais eu.

Avec le soupir résigné de celui qui a appris à se perdre à peu près en même temps qu'à marcher, Adam tituba jusqu'au bord du trottoir et s'assit lourdement. Avec des gestes lents et ridiculement minutieux, il déposa la paire de chaussures à côté de lui, avant de les recouvrir avec la chemise. Puis il ramena ses poignets sur ses genoux, et pencha la tête pour souffler profondément, les yeux clos. Il tint à peu près trente secondes, avant de vider son estomac dans le caniveau dans un long hoquet acide, qui laissa un gémissement consterné au fond de sa gorge à vif.

D'accord, il avait vraiment eu tort.

"Eh mon prince, ça va?"

Une main, sur son épaule. Adam, déjà bien trop confiant quand il n'était pas complètement ivre, se contenta d'un geste rassurant pour le bon samaritain: oui oui, tout allait bien, il allait juste vomir encore un peu, puis peut-être trouver un coin où dormir, et...

Est-ce que le sus-mentionné bon samaritain venait de partir en courant avec sa montre?

Adam se redressa brusquement, pour voir une silhouette grise et sale détaler le long du trottoir. C'était presque trop prévisible: Georges le Roi des Haillons avait bel et bien prévenu ses sujets de ne pas s'attaquer à un gitan piercé de partout et très porté sur la torture à la petit cuillère, mais pourquoi se priver de délester de quelques richesses excessives un bourgeois naïf venu s'encanailler dans le mauvais quartier de la ville? Franchement, de l'extérieur, ce grand machin vautré sur le trottoir avait tout du client à risque zéro.

Sauf que le grand machin était un Arcano très désinhibé par l'alcool. Que s'il n'avait pas senti la main du pickpocket sur son gousset, il devinait en revanche très bien l'absence soudaine de la magie qui s'y tenait jusque là. Et que même bourré au dernier degré, il ne pouvait pas ne pas se rendre compte qu'on venait de lui voler sa montre.

Sa montre, créée et offerte par Arthur.

Dans un immense fracas de verre brisé, trois fenêtres de la rue volèrent en éclat, laissant échapper lampe, casserole ou tuyauterie. Rejointes à mi-parcours par une volée de tuiles arrachées des toits environnants et par un quatrième projectile issu d'une rue adjacente, elles se jetèrent dans un bel ensemble sur le voleur, qui ne dut même pas entrevoir plus qu'un vague éclat cuivré avant de tout se prendre en pleine tête.

Un grand bruit de métal, et l'homme s'effondra sur le trottoir au milieu des ustensiles tordus, inerte.

Dans le silence soudain beaucoup plus épais, Adam se releva, vacillant, l'air hagard. Il s'approcha tant bien que mal, l'air de ne pas comprendre ce qu'il venait de se passer - ce qu'il venait de faire: c'était de la crasse, sur le visage du pickpocket, ou autre chose?... Peut-être eut-il vaguement l'intention d'aller examiner le voleur, mais il fut distrait par un mouvement parmi le cuivre: le fameux quatrième projectile, aussi improbable qu'inattendu, qui portait le parfum d'une magie connue.

"... Pinpin?"

Le lapin mécanique repoussa d'une ruade les restes de la casserole, avant de se rétablir sur ses pattes d'un petit soubresaut. Toujours un peu hébété, Adam fit un geste de la main, et l'automate s'approcha de la main du voleur pour récupérer la montre dans sa mâchoire cuivrée. Un autre signe de l'Arcano et il se mit en marche avec un délicat cliquetis pour rejoindre son créateur. Adam tomba plus qu'il ne s'agenouilla pour récupérer Pinpin d'un geste maladroit, et lui retirer la montre: le verre en était étoilé, mais le mécanisme avait l'air intact. Soupirant, et sans prêter plus d'attention à l'homme toujours inconscient (ou pire?) juste à coté de lui, Adam rangea son précieux trésor dans son gousset, avant de serrer Pinpin dans ses bras pour le caresser d'un air absent, lissant au passage les quelques impacts que le choc avait laissés sur sa délicate armature:

"Ben alors, qu'est-ce que tu fais là, toi? Tu t'es perdu toi aussi? Elle t'a laissé tout seul?"

Et peut-être fut-ce à cause de ses propres paroles, ou de l'alcool, ou parce que c'était l'anniversaire de la mort de Klaes, ou parce qu'il sentait la magie d'Arthur dans ce petit automate qui lui évoquait des jours où ils étaient encore quatre Zolnerowich et un Salem. Peut-être un peu de tout cela à la fois.

Pour la première fois depuis la mort d'Arthur, Adam se surprit en train de pleurer.
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- La Brute (Muy Calliente) - Des p'tits trous, des p'tits trous...

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MessageSujet: Re: L'heure de la lune   29.04.17 19:10

“ Mais il est où, ce fennec…” marmonnait Salem dans sa (copieuse) barbe.

Il marchait en zig-zag dans la rue indiquée par le passant (à peine) terrorisé plus tôt. Il espérait qu’Adam s’y trouverait. Autrement, il en aurait pour des heures à le retrouver ici. Il était déjà incapable de savoir exactement d’où il venait. Le gitan avait pourtant toujours eu un bon sens de l’orientation. Enfin. Disons qu’il ne se perdait jamais ; il faisait du tourisme éclairé et immersif, il faisait dans l’authentique, quoi. On n’avait cependant jamais eu à se plaindre de ses “raccourcis” et de ses chemins détournés. On pouvait lui faire confiance. Du moins jusque là.

Notre histoire aurait pu s’arrêter là : Salem, ivre mort, passant tel un spectre à quelques mètres de Katryn sans même l’apercevoir, Adam utilisant une technique inédite à base de rejets gastriques pour marquer son territoire, et Katryn perdant la moitié de ses affaires dans la ville à la façon d’un petit poucet enragé et dangereux.

Curieusement, il faut remercier ici ce brave voleur de montres qui, par son sacrifice narratif, permit à Salem de retrouver la position d’Adam. Il faut dire que même saoûl comme il l’était, Salem aurait eu du mal à ne pas remarquer le fracas de quelques fenêtres explosant sur la rue. Malgré son état imbibé, des années dans l’armée l’avaient conditionné ; il se raidit un peu et prit couverture derrière une façade ; quelqu’un l’attaquait-il ? Un tireur embusqué, un commando kamikaze venu lui faire la peau ? Ce n’était pas impossible ; une fois, lors d’une mission avec Klaes, ils avaient été surpris par une telle équipe. Salem s’était dissimulé dans un trou de mortier pendant plusieurs heures avant de pouvoir rejoindre le reste de sa compagnie. C’était encore un jeune soldat à l’époque.

Il n’était plus aussi efficace aujourd’hui. Un peu lent dans ses réflexes. Avec dégoût, Salem se demanda à nouveau ce qui lui avait traversé l’esprit lorsqu’il avait “invité” Adam à partager un verre de commémoration. Il ne se sentait pas dans son assiette. Ni même dans sa soucoupe. Son nez cassé l’élançait, mais jusque là il parvenait assez bien à l’ignorer - ça ne facilitait pourtant pas son fragile équilibre.

Mais non, pas de tireur ni de commando ; il avait bien regardé (ou pensait l’avoir fait.) A la place, il y avait dans la rue un type agenouillé et des gravats. Adam, peut-être ? Une façade d’habitation semblait avoir été soufflée, mais par quoi, Salem n’aurait su le dire. D’ici ça n’évoquait aucune arme militaire. Un accident industriel ? Surnaturel ?

Après avoir vérifié dans un élan de paranoïa que personne n’allait lui tirer dessus, Salem trotta vers la figure agenouillé, espérant y reconnaître Adam. Bingo ! Il avait tiré le gros lot. C’était bien Adam.

“ - Te voilà, poto. J’savais pas par où tu t’étais parti rampé, racaille.”

Salem échangea sa trotte flegmatique pour une station verticale quelque peu tanguante. Il se racla la gorge. Le gitan n’était pas très fort en empathie, ça non, mais d’aussi près c’était difficile d’ignorer le fait qu’Adam avait un peu de vomi aux coins des lèvres, et que ça lui rappelait sa propre nausée qu’il avait du mal à retenir, mais aussi que ce dernier sanglotait en serrant contre lui Pinpin. Yallah, ça, c’était louche.
“ - Tout va bien, poto ? Ta caboche a raflé ? ”

Salem jeta un oeil aux gravats derrière Adam. Ce dernier avait-il subi un coup ? Cela expliquerait pourquoi il sanglotait désormais. Un sale coup à la tête peut-être. Cependant, en même temps que Salem essayait très fort de manifester de l’empathie (à son humble niveau de mollusque de la compassion), une nouvelle remontée acide lui brûla la gorge et il comprit légèrement trop tard qu’il ne s’agissait pas d’une autre séance de rots.

Salem n’eût pas vraiment le temps de se détourner d’Adam et régurgita un ensemble de nouilles et de carottes mêlés à du Maltat. Les remugles visqueux et à peine digérés tremblotaient poétiquement sous la lueur des lampadaires.

“Puteborgne…désolé... fallait qu’ça sorte...mieux dehors que dedans, hein ? Ahahaha !”

C’est alors seulement que Salem prit conscience de la présence de Pinpin. Il l’avait remarqué plus tôt, bien sûr, mais ne s’en était pas étonné. Maintenant qu’il lui avait vomi en partie dessus cependant, il était difficile d’ignorer la bestiole mécanique dont les oreilles pointues s’agitaient. Le gitan n’avait jamais su décrypter cette créature bizarre et avait toujours manifesté à son égard une forme de trouille superstitieuse un peu inattendue chez un grand gaillard comme lui. Son réflexe, en prenant conscience de la proximité de la créature, fût donc de s’écarter précipitamment :

“ - Bordel ! Qu’est-ce-qu’il fout là, lui?”

Salem n’avait jamais aimé ce...truc, et ce n’était pas un grand secret qu’il avait du mal avec tout ce qui ressemblait à une manifestation magique. Son séjour chez les Traqueurs n’avait pas amélioré ses préjugés naturels. Mais ce n’était pas la seule raison de son mouvement de recul et de crainte. Cela faisait des années qu’il n’avait pas croisé cet automate. Il se rappelait pourtant toujours de sa propriétaire : Tigresse, Numéro Quatre, la chieuse. Sa dernière entrevue avec l’emmerdeuse Zolnerowich ne s’était pas exactement terminé avec le sourire et cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas eu de nouvelles d’elle.
Tigresse se trouvait-elle ici ? Il jeta un oeil méfiant aux environs. Ou était-ce une autre de ses hallucinations, comme la fois où, pour une raison absurde, il avait été persuadé de croiser Klaes ?
Mal à l’aise, Salem attendait une réponse de la part d’Adam, surveillant froidement son environnement.

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