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 "You may see me..."

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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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Signalement : Hume, la trentaine, carrure solide, 1m85, cheveux noirs, yeux bleu pervenche, cicatrice sous l'oeil gauche.


MessageSujet: "You may see me..."   29.10.08 19:02

[Priorité au Boss What a Face ]


Rodrigue entremêla ses doigts avant d’étirer paresseusement ses bras devant lui. Il lâcha un soupir compatissant face aux quelques craquements qu’émirent ses coudes endoloris, et considéra d’un œil mi-clos
le D-Bar. C’était tout juste l’aurore qui berçait la ville brumeuse : il n’y avait plus personne dans l’établissement, et les portes venaient d’être fermées par ses soins. Le silence qui y régnait désormais avait alors quelque chose de surnaturel, d’inquiétant même. Comme si des spectres décolorés de clients hantaient toujours les chaises vides et que la rumeur fantomatique de leurs conversations caressait toujours ses oreilles. Rodrigue se frotta l’œil gauche, fatigué. Caleb était parti il y a un moment déjà, José était rentré chez lui –enfin…disons que lui aussi, il était parti, l’Etat seul savait où il pouvait bien vivre et ce qu'il pouvait bien faire de son temps libre. Restait Chips, qui après ses exploits de la nuit s’était vautré sur la banquette pour y piquer un somme : étalé de tout son long, les pattes plus en étoile qu’en croix, il sifflait voluptueusement en passant parfois sa langue mauve sur son museau pour y récolter d’éventuelles miettes de chips. Lui passait une matinée idyllique, c’était le cas de le dire.


Rodrigue poussa un autre soupir, cette fois en massant consciencieusement son œil valide assailli de tâches colorées et autres étoiles fuyantes. Juguler ses impressions l’épuisait, chaque jour davantage. Une sieste, quelle bonne idée ! Mais son travail n’était pas encore terminé ; il lui restait deux bonnes heures de ménage devant lui avant de pouvoir rentrer chez lui. Le Lespurien jeta un coup d’œil à l’horloge imposante qui égrenait ses grincements mécaniques loin au-dessus du rez-de-chaussée, puis s’absorba à nouveau dans sa tâche. Laver, essuyer et ranger les verres…cela avait quelque chose de hautement soporifique, à la longue ; ses gestes devenaient trop mécaniques, et son regard se perdait assez tôt dans le vide. Il n’aimait pas ces moments-là.


« And in the middle of the night, you may see me…giving birth…»


Rodrigue leva la tête. Ophélie était là, assise à une table, à fredonner son air favori tout en le regardant, lui. Ses poignets étaient bandés, ses lèvres charnues tuméfiées au coin. Mais qu’elle était belle, avec son opulente chevelure bouclée et noire, sa peau de bronze et ses fins yeux noirs. Il lui sourit, heureux de la revoir. Mais elle, elle s’en alla aussitôt, happée par la pénombre. Elle le laissa à nouveau seul dans le bar.
Et le silence en devint oppressant.
Rodrigue inclina la tête et reprit son travail plus lentement, murmurant les paroles de la chanson à son tour.


«But my babies were all born dead…
‘cause I have made them…all alone…
But I’ve given each one a grave…»


Il finit par refermer le robinet, s’essuya les mains avec lenteur et embrassa du regard le D-Bar, comme pour s’assurer que rien n’avait changé de place depuis la dernière fois qu’il avait levé la tête –et peut-être aussi pour s’assurer qu’aucun autre fantôme ne s’y était invité. Chips s’était roulé sur le dos, et ronflait avec plus de détermination que jamais. Rodrigue étira un sourire amusé, et contourna tranquillement le bar. Sa chemise blanche, irréprochable toute la soirée, accusait à l’heure de fermeture une singulière négligence ; les manches étaient retroussées jusqu’aux coudes, le col effrontément ouvert sur sa clavicule et le reste dûment froissé par ses va-et-vient continuels. Rodrigue passa une main dans ses cheveux noirs pour stopper l’invasion de mèches sur son front, et s’apprêta à se charger du reste de ses tâches lorsque son œil tomba, presque fatalement, sur la très longue banquette, là où reposait Chips. La faible lumière tamisée jetait quand même quelques reflets dorés sur le cuir lisse des sièges, que l’on devinait confortables à souhait. Une invitation presque indécente à la détente.


Rodrigue coula son regard bleu persan vers l’horloge. Six heures dix. Il pouvait bien fermer les yeux quelques minutes, n’est-ce pas …?


Avant même qu’une décision claire fut prise en lui-même, il s’affalait sur le fauteuil dans un soupir exténué –qui s’accompagna d’une myriade d’étincelles aux coins de son œil valide. Il grimaça, tendit sa gorge en levant la tête vers le plafond lointain du bar, puis ferma les yeux avec prudence. Les sourcils froncés, il sentit en lui quelques remous familiers, des échos d’impressions fugaces, maltraitées et tues avant même d’être comprises. Il les laissa de côté. Il ne voulait plus de ça. Ophélie lui avait fait trop peur.
Le Lespurien enfonça légèrement sa tête entre ses épaules, et tâcha de réinstaurer le calme en lui. Un calme reposant. Noir, sereinement noir.


Et il s’endormit.
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- Aéro-propulsé -

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Signalement : Grosse bête rouge et dodue d'environ 7kg, toupet de la queue et pointe des oreilles bleues, mâchoire de reptile pleine de dents pointues, griffes aiguisées capables d'escalader n'importe quoi y compris votre jambe


MessageSujet: Re: "You may see me..."   02.11.08 20:20

Un frémissement, vague transmission d'un choc, qui atténua ses ronflements et l'incita à entrouvrir une paupière avec paresse: quelqu'un s'était assis sur son lit? Son lit rien qu'à lui dès que Rodrigue obligeait les gens à quitter leur maison? Qui osait s'asseoir sur son lit rien qu'à lui dès que Rodrigue obligeait les gens à quitter leur maison? Personne n'était censé s'asseoir sur son lit rien qu'à lui dès que...

Bref, on vous épargnera la suite des élucubrations elliptiques du reptomarsupial à moitié endormi. Tout ce qu'il y a à savoir, c'est qu'après de longues minutes de réflexion, Chips décida d'ouvrir suffisament les yeux pour identifier le sans-gène qui envahissait son espace. Reconnaissant le barman, la bête laissa échapper un long baillement perplexe: pourquoi Rodrigue n'était-il pas derrière le bar ou au toilettes? Pouvait-il donc vivre hors de ces deux espaces, comme Caleb? C'était un concept nouveau pour l'animal, qui avait toujours considéré les barmans humes comme vivant en symbiose avec leur comptoir.

"Kwi Rodrigue?"

Pas de réaction. Chips observa l'homme avec un peu plus d'attention et nota enfin qu'il dormait. Nouvelle surprise: Rodrigue savait dormir? Mais alors, Rodrigue était un Hume Ordinaire? Non, rectification: les Humes Ordinaires n'étaient pas gentils avec Chips, ils l'embêtaient toujours pour un oui ou pour un non - lâche cette montre, rends-moi ce portefeuille, arrête de mâchouiller ce chapeau... Pas drôles du tout. Rodrigue appartenait donc à la même catégorie que Caleb, à savoir les Humes Copains. Et Chips savait qu'il avait une conduite bien précise à tenir face à un Hume Copain endormi.

Le reptomarsupial se leva et s'étira mollement, avant de trottiner jusqu'au barman assoupi. Il contempla un instant son visage aux yeux clos, puis il s'approcha en déployant des trésors de lenteur pour ne pas le réveiller. Il s'allongea contre la cuisse de Rodrigue, en éprouva la résistance et la chaleur en se dandinant un peu. Puis, satisfait de son test, il se roula en boule avec application, ramena le toupet de sa queue entre ses pattes antérieures et recommença à ronfler comme un bienheureux.
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- Attachiant de service - Punching-ball adoré!

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Re: "You may see me..."   02.11.08 22:37

Par l'Etat, mais quelle journée de merde! La montre cassée, le cheval blessé, le mécataxi et la réparation hors de prix, l'abruti du métro, et pour couronner le tout aucune de ces putains de calèches-taxis n'avait daigné s'arrêter pour le laisser monter. A bouts de nerfs, sans liquidités et sans autre idée, Caleb avait dû regagner le Downward à pied depuis la station de métro où il était descendu, à une bonne demi-heure de marche du bar. Il ne faisait plus d'efforts pour dissimuler sa jambe douloureuse, il en avait même oublié la rouste mémorable qu'il avait le projet d'infliger à Chips; tout ce qu'il était encore en mesure de souhaiter, c'était monter directement dans son appartement, se gaver d'anti-douleurs et s'effondrer sur son lit bien douillet sans même prendre la peine de se déshabiller. Lorsqu'il arriva en vue du bar au rideaux baissés, il extirpa sa montre à gousset de son coûteux gilet. Elle indiquait sept heures et quart; à cette heure-ci, Rodrigue devait être rentré chez lui. Personne ne le dérangerait - Chips savait se tenir à carreau lorsque son maître lui signifiait qu'il en allait de sa survie.

Réfrénant un soupir de soulagement, Caleb inséra sa clé dans la serrure de la porte d'entrée, pour constater avec surprise qu'elle n'était pas verrouillée. Ce n'était pourtant pas le genre de Rodrigue de partir en oubliant de fermer. Persuadé que ce n'était qu'un détail, le trafiquant d'arme fit néanmoins preuve de vigilance en pénétrant dans le bar: il était habitué à se méfier de tout, toujours, venant de tout le monde. Une leçon qu'il avait apprise le jour où il avait failli perdre sa jambe droite et accesoirement sa vie. Le barman avait très bien pu faire preuve d'étourderie, mais il pouvait également être toujours là. Avoir pris du retard en cassant quelque chose. Avoir fait un malaise. S'être fait attaquer après le départ de José. Ou, même si cette éventualité n'était guère plus qu'inconsciente pour Caleb, on avait pu l'acheter pour tendre un piège à son patron.

"Rodrigue? Chips?"

Pas de réponse à proprement parler, mais un ronflement sifflant un peu plus prononcé qui amena un sourire sur les lèvres du Techie: au moins l'un des deux interpelés était là, et en pleine forme apparemment. Caleb referma la porte sans faire de bruit et s'avança un peu, jusqu'à ce que l'escalier qui menait au premier cesse de lui boucher la vue. Ce fut alors avec une stupeur certaine qu'il découvrit Rodrigue en train de faire la sieste sur la banquette. Depuis à peu près un mois qu'il l'avait embauché, Caleb n'avait jamais eu à se plaindre de la moindre pause intempestive, de la plus petite fainéantise. Il imaginait encore plus facilement le barman oublier de verrouiller la porte d'entrée que piquant un somme pendant ses heures de travail.

Et puis, depuis quand Chips dormait-il collé à n'importe qui?...

Un peu mal à l'aise sans parvenir à déterminer pourquoi, Caleb ôta ses gants, son manteau, sa veste, et déposa le tout sur le comptoir pour rester en bras de chemise. Il envisagea un instant d'aller secouer son employé, mais comme dit, ce dernier n'était pas coutumier des siestes inopportunes. Et puis, il était assis, pas allongé: sans doute avait-il simplement voulu se reposer sans réellement s'endormir. Si cela s'était produit, c'était qu'il devait être singulièrement épuisé. Autant ne pas le réveiller en fanfare. Mais à présent, Caleb ne se voyait pas monter se coucher comme il l'avait prévu. Ce n'était pas à cause de la présence de Rodrigue dans le bâtiment - le Techie faisait souvent la sieste l'après-midi, alors que l'établissement était déjà ouvert et le barman à son poste. Mais... comment dire... eh bien oui, il aurait aimé que ce soit avec lui que Chips dorme.

Alors Caleb passa derrière le comptoir pour se saisir d'une bouteille de Maltas. Il l'attrapa par le goulot et la fit tourner en l'air, avant de la rattraper par le fond avec une habilité qui trahissait son entraînement: les premiers mois après le lancemant du Downward, c'était lui qui tenait le bar, et il avait encore de beaux restes. Avec la même maîtrise, il se saisit d'un verre et y versa l'alcool ambré jusqu'à mi-hauteur. Il était un peu tôt pour boire, mais après tout, cela correspondait à la fin de sa nuit de travail. De toute façon il avait besoin d'un remontant pour dénouer ses nerfs en pelote - c'était pourquoi il prenait du Maltas, pas du Gerety; le second se dégustait quand le premier se buvait. Caleb avala une gorgée, puis il sortit son étui à cigarettes de sa poche pour y piocher l'une des dix Minotaurus qu'il s'autorisait par jour. Avec son coeur opéré, il n'était déjà pas censé fumer; officiellement, il se fichait des toubibs et ne se priverait pas de ce plaisir pour si peu. Officieusement, il se restreignait tout de même: il se souvenait extrêmement bien de ce que l'on éprouvait lors d'une crise cardiaque, et il n'avait aucune, mais alors aucune envie d'en faire une autre.

Caleb alluma sa cigarette, inspira longuement, accompagna la fumée d'une autre goulée de Maltas. Son regard retomba sur le barman endormi, et surtout sur le reptomarsupial lové contre lui. Il contempla longuement ce tableau, d'un regard impossible à interprêter, avant de décider soudainement qu'il avait laissé assez de libertés à Rodrigue et que la situation actuelle était tout à fait agaçante. Il reposa son verre et contourna à nouveau le bar, pour se diriger vers l'improbable couple de dormeurs d'un pas qui aurait été sec s'il n'avait pas boité. Le Techie envisagea un instant de crier plus ou moins dans l'oreille de l'hume, mais son soudain accès de colère s'estompa lorsqu'il vit de plus près l'expression de ce dernier: sans son perpétuel sourire poli, sans ce regard presque violet, perçant au point d'en être troublant, Rodrigue ne présentait plus du tout le même visage. N'importe qui paraissait plus doux lorsqu'il dormait, mais chez le barman, le contraste était tel que cet apaisement donnait une impression de... vulnérabilité. Un peu embarassé d'avoir pu songer à le brutaliser, Caleb se passa la main dans les cheveux, avant de murmurer d'un ton hésitant:

"Rodrigue? Eh, Rodrigue?"

Apparemment, cela n'allait pas suffire. Sans trop savoir s'il faisait le bon choix, Caleb saisit sa Minotaurus de la main droite, avant d'aller lentement poser la gauche sur l'épaule du barman.

"Rodrigue?"
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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MessageSujet: Re: "You may see me..."   03.11.08 1:37

Ce fut comme un éclair. Toute la fureur du ciel condensée en un harpon de foudre qui le frappa là, sur la nuque. Son rêve vola en éclats, calciné, dévoré et réduit à l’état de cendres gelées, emportées par le vent de l'Oubli. Miroir brûlé d‘une rencontre surnaturelle -un miroitement de trop et l'orage avait décoché sa flèche meurtrière : l’éveil du psychopompe enchaîné, mort ou renaissance : il ne savait plus et c‘était pareillement douloureux.

Ce n’était qu’un geste de main. Une pression de quelques secondes d’une main nue sur son épaule, à travers la texture de sa chemise ; à peine plus pesante qu’un effleurement.

Cela avait suffit.


Et tandis que les éclats dansants du verre voletaient encore, tintinnabulantes de surprise, le Blessure s’ouvrit, déchiquetée, monstrueuse, comme une bouche béante dans un hurlement sanglant. Jamais, jamais plus. À l’aide. Pourquoi. Jamais. Et eux ?
Et moi ?


Éveil.

Rodrigue hurla de douleur. Mais son cri dépassait de trop loin les capacités de ses cordes vocales. Le hurlement, laissé au stade d’esquisse vertigineuse dans son esprit, lézarda son crâne d’une souffrance inouïe, puis retomba mort, et un silence vibrant de violence s‘installa en lui. Plus de rêve, plus de Blessure : il n’en garda pas le moindre souvenir, si ce n’était cet élancement dans la nuque, et cette détresse hameçonnée à sa poitrine.

Une maigre seconde s’était écoulée depuis que Caleb avait posé sa main sur son épaule. Ses yeux s’ouvrirent en grand : deux orbes bleu lavande, figées droit devant lui et brillantes de ce filament d’angoisse éperdue qui accompagnait chacun de ses réveils. Il tourna aussitôt son regard vers Caleb -aveugle, car il ne le reconnut par immédiatement. Et sa main droite s’était déjà envolée dans un réflexe défensif : à l’instant où ses pupilles accrochaient vivement les yeux noisettes de Techie, ses doigts s’étaient déjà refermés en en étau cruel sur son poignet, prêts à broyer et à tordre. À chasser la brûlure déjà oubliée.

Caleb.

Ce prénom eut l’effet d’une douche froide déversée sur son esprit nauséeux et endolori. Le confus mélange de violence froide et de désarroi impuissant se gomma progressivement de son visage au profit d’une expression surprise. Caleb. De retour.
Il relâcha la main de son supérieur, eut un mouvement de recul qui ne fit que le caler un peu plus contre le dossier de la banquette. Il s’était… endormi. Génial.

« Caleb… »

Caleb, plutôt que son habituel « Boss », ou « Patron ». Soufflé presque comme une marque de soulagement, ce prénom sonné pour la troisième fois acheva de dégager les brumes lancinantes de son entendement. Rodrigue inclina la tête, laissa son regard errer (Tiens, Chips était sur ses genoux…?) comme pour se fixer des repères dans le monde réel, avant qu’il ne passe une main lente et pesante sur son visage.

« Pardon, Boss…reprit-il d’une voix blanche. Je n’ai pas encore terminé… »

Rodrigue raccrocha -enfin- son sourire poli, quoiqu’en ces circonstances estompé d’une ridule penaude, et baissa le regard vers les sept kilos de fourrure colorée qui l’empêchaient présentement de se remettre au travail. Il flatta mécaniquement la douce encolure de Chips, qui ne semblait pas avoir frémi d’un poil et continuait de sommeiller paisiblement. Glissant ses mains avec une précaution habile sous le ventre et les pattes antérieures du reptomarsupial, il le dégagea délicatement de ses genoux pour le laisser poursuivre sa sieste sur la place encore chaude qu’il venait de quitter. Une fois redressé de toute sa hauteur, il se figea. Une petite déflagration migraineuse pour le moins incongrue cribla ses méninges d’élancements, et fit par la même occasion tanguer dangereusement le D-Bar et le maître des lieux dans un étrange kaléidoscope pailleté de blanc. Quelques gouttes de sueur glacée perlèrent sur sa nuque scarifiée. Rodrigue cilla. Le vertige s’estompa alors de façon tolérable, et il put décrisper les muscles de son corps, à peu près certain de ne pas perdre l’équilibre dans l‘immédiat.
Sa sieste -il consulta d’un coup d’œil douloureux l’horloge- d’une bonne heure ne lui avait pas été d’un grand secours. Dommage. Il concentra son attention sur Caleb, et, étirant un sourire aspirant à toute la confiance du monde, il fit d’un ton tranquillement enjoué :

« Accordez-moi une petite heure pour tout boucler, et je m’en vais. Promis ! »
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MessageSujet: Re: "You may see me..."   08.11.08 15:27

Il s'attendait à un sursaut, une exclamation. Peut-être même à un geste défensif; après tout, avec ses terreurs nocturnes, il était lui-même un habitué des réveils brusques et angoissants. Il était même prêt à formuler une phrase apaisante toute faite, quelque chose du type "du calme tout va bien c'est que moi". Rodrigue aurait été gêné de s'être endormi, il aurait pardonné avec mansuétude, et tout serait allé pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais lorsque le barman ouvrit les yeux, ce ne fut pas la surprise qu'il exprima en premier. Et même si la peur et la confusion étaient présentes, elles l'étaient bien moins au yeux de Caleb que la glaciale et terrible violence qui le frappa comme un coup de poing au visage. Violence, dans ces doigts soudain refermés autour de son poignet en une douloureuse étreinte, cette main large et musclée qui mordait son bras avec férocité et serrait au point de faire gémir son articulation, au point de lui tirer un léger cri étranglé. Violence, dans ce visage crispé, contracté par la souffrance et la colère. Violence, surtout, dans ces yeux d'un myosotis brûlant, dans ce regard qui harponna celui de Caleb et le laissa pétrifié comme un animal pris dans les phares d'une voiture. Il ne pensa pas au poignard dissimulé dans sa manche droite, encore moins à sa magie. La menace qu'il lisait dans ces prunelles était trop puissante, trop inattendue, à un point tel qu'il en était presque plus stupéfait qu'effrayé: où donc était Rodrigue? Où donc était cet homme calme et posé qu'il croisait tous les jours depuis un mois? Il ne connaissait pas ce... ce...

Fou?... Monstre?...

"Caleb..."

Et ce fut fini. Les traits du barman redevinrent aussi lisses qu'à l'accoutumée. L'éclat violet disparut de son regard. Ses doigts relachèrent leur prise et Caleb, bien plus pâle et secoué qu'il ne voulait bien l'admettre, fit un pas en arrière. Dans sa confusion, il se laissa aller à un vieux réflexe et porta une main à sa poitrine, inquiet de sentir son coeur cogner contre ses côtes. Puis Rodrigue prit la parole, et ces quelques mots, ce simple "je n'ai pas terminé" étaient tellement pragmatiques, tellement familiers et rassurants, que le Techie laissa échapper un bref soupir de soulagement. Tout allait bien. Pas de problème, tout allait bien.

"Eh bien, tu as le réveil mauvais on dirait..."

Il émit un petit rire, coinça sa Minotaurus entre ses lèvres et inspira une longue et âcre bouffée de nicotine. Tout allait bien. Son coeur se portait comme un charme. Il était chez lui, dans son bar, avec un excellent employé tout sauf dangereux, qui était juste sorti de sa sieste de façon un peu brusque. C'était tout. Déjà son esprit rompu au déni oubliait l'éclat des yeux de Rodrigue, l'indicible brutalité qui avait transparu sur ses traits. Il relativisait la peur qui l'avait saisi sans qu'il puisse rien y faire, sans qu'il parvienne à esquisser le moindre geste de défense: il avait été surpris, cela arrivait à tout le monde. A la limite, il pouvait être mécontent de ses réflexes, qui auraient dû être bien meilleurs avec l'épuisant entraînement qu'il s'obligeait à suivre pour utiliser son double magique comme une protection pare-balle: s'il ne pouvait pas matérialiser son reflet lorsqu'un hume lui saisissait le poignet, il n'était pas près de prendre une balle de vitesse...

Rodrigue se releva, abandonnant derrière-lui un reptomarsupial que toute la scène n'avait même pas fait frémir. Simplement, lorsque la bête prit conscience que sa bouillotte-copain n'était plus là, elle se tassa au fond de la banquette pour récupérer la place bien chaude, et continua à ronfler avec bonheur. Caleb l'observa pendant quelques secondes d'un air rien moins que pensif, avant que son employé n'attire son attention par une demande de délai. Le Techie fronça les sourcils et jeta un coup d'oeil à l'horloge qui trônait au-dessus du bar.

"Il est déjà sept heures et demi, tu devrais être chez toi depuis longtemps. Et tu as l'air crevé. Tu peux finir maintenant si tu veux, mais si tu préfères rentrer dormir et revenir un peu en avance cet après-midi pour finir, ça me va aussi."

Caleb s'accorda un instant de réflexion et promena son regard à travers le bar, avant de revenir à Rodrigue et à sa mine mal recomposée. Un sourire indulgent vint alors orner les lèvres du trafiquant, qui haussa négligemment les épaules:

"Bah, après tout le bar n'est pas si sale, tu fais le ménage à fond à chaque fois. On s'en remettra si pour une fois tu t'occupes seulement du comptoir et des verres."

Il tira à nouveau sur sa cigarette et pivota sur ses talons pour aller finir son verre de Maltas. Pour couper court à toute question concernant sa claudication nettement plus accentuée que d'habitude, il proclama sans tourner la tête:

"Je suis revenu ici à pied depuis l'arrêt de l'avenue Tsel: j'en ai plein le dos, et je n'ai qu'une envie, aller me coucher. Alors crois-moi, je ne t'en voudrai pas si tu pars maintenant."

Une fois le comptoir atteint, il se saisit de son verre et se retourna vers Rodrigue. Machinalement, il fit jouer son poignet gauche, toujours engourdi. Son expression s'était fait songeuse.

"Dis-moi juste: est-ce que je te donne trop de travail, Rodrigue? Même si on oublie ce qu'il vient de se passer, je te vois souvent te frotter les yeux ou les tempes, comme si tu avais mal au crâne. Tu ne serais pas un peu surmené, en ce moment?"
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MessageSujet: Re: "You may see me..."   09.11.08 12:45

Rodrigue eut un moment d’inquiétude qui lui glaça les sangs de par sa nature malsaine. Cette réaction brutale ne lui ressemblait pas ; ou du moins, ne ressemblait pas au Rodrigue qu’il était ici, à Sécaria. Mais ce n’était pas tant cela qui le piqua furtivement d’un visqueux sentiment d’angoisse, non ; plutôt la crainte de se voir découvert. Dénudé de son masque de toile par une main amie. Un tendre spectateur qui en avait malheureusement trop vu sous la poudre blanche. Et au nom du ciel il ne voulait pas que…

« Eh bien, tu as le réveil mauvais on dirait… »

Le Lespurien releva la tête et sourit d’un air désolé, tout en étant conscient que la clémence de son patron lui était déjà acquise. Non. Tout allait bien. Il n’avait rien soupçonné, il ne s’était pas même offusqué de son geste réflexif contre lui - et pourtant sa main pulsait encore doucement d’avoir trop étreint une chair étrangère…y était-il allé si fort ?
Écartant cette préoccupation secondaire d’un revers de pensée, Rodrigue passa une main sur sa nuque raidie par sa sieste et fit jouer les articulations de ses épaules comme pour se préparer à se remettre énergiquement au travail. Caleb reprit la parole, et, surpris, le barman coula un regard passablement étonné vers le Techie. Lui, et ses ridules indulgentes aux coins des lèvres, son paisible regard noisette et les volutes argentées de sa cigarette qui troublaient les lignes de son visage. Cela faisait grosso modo un mois qu’il était à son service, et la clémence bienveillante dont ce trafiquant faisait preuve à son égard le dérangeait sensiblement. Pas que cela ne s’accordât difficilement à son image de « dandy aux mains sales » …mais il s’était inséré presque trop facilement dans ce cercle restreint de personnes à qui Caleb témoignait une amabilité qui n’avait rien à voir avec ses onctions mercantiles. Évidemment cette situation l’arrangeait ; mais quelques fois ces infimes marques lui inspiraient une sorte de déception frustrée -en ce moment, oui, il éprouvait un peu de regret face à cette naïveté qui s’ignorait elle-même -ou bien n’était-ce au final qu’un dégoût nourri pour sa propre facticité. Il ne savait plus trop.
Revenant aux propos tenus par Mancuso, Rodrigue fronça un peu plus les sourcils. Ses tendances maniaques protestèrent vigoureusement face à la proposition pourtant généreuse du patron ; il était inconcevable de quitter les lieux sans avoir accompli son travail entièrement et de façon satisfaisante, d‘autant plus qu'il s'était laissé aller à une pause qui n'aurait jamais dû durer si longtemps.
Tandis que son patron tirait sur sa cigarette, le Lespurien esquissa un vague signe de tête négatif et se permit de rétorquer :

« J’aimerais autant finir ce que j’ai commencé, Patron. (il esquissa un sourire)…Pour me faire pardonner, au moins. »

Caleb se dirigea vers le bar, et Rodrigue, qui le suivit du regard, ne put que constater la démarche inhabituelle du Techie. Ce dernier s’en expliqua d’emblée, et Rodrigue se contenta de hocher la tête, sans répondre autre chose qu’un docile « Je vois ». Son œil bleu persan caressa la jambe raidie de son patron, remonta sur son dos et s’attarda sur la cigarette qui oscillait à peine entre ses lèvres alors qu’il prenait déjà place sur une chaise de bar. Il boitait ? Comment ce détail avait-il pu lui échapper jusqu’ici ? Rodrigue passa encore longuement sa main sur la cicatrice qui balafrait sa nuque, tout en s’approchant à son tour de son bar. Tant pis pour son sens de l’observation. C’était terminé, n’est-ce pas ? Il était un homme comme les autres. Aussi aveugle et sourd que les autres.
Le Lespurien contourna tranquillement le bar et se plaça en face de son patron. Son regard se posa sur le verre de Maltas de Caleb, l’image fut aussitôt dévorée d’une multitude de points lumineux, et il inclina derechef la tête en faisant mine de se concentrer sur la basse paillasse impeccablement rangée de son comptoir.

Rodrigue releva la tête, interdit par la soudaine question de son employeur. Son sourire finit pas s’affiner poliment, et il occupa ses mains à se verser à son tour une verre de Maltas tout en répondant d’un ton léger :

« Surmené… non je ne pense pas, Patron… »

L’alcool coula voluptueusement dans le verre ; Rodrigue releva la bouteille d’un geste souple et la déposa sur le comptoir doucement. Il était pensif, malgré tout. Il ne s’expliquait pas clairement ces défauts visuels et sa fatigue sans cesse plus grande, qu’il rapprochait instinctivement des impressions qu’il muselait si férocement. Mais l’expliquer, concrètement, c’était bien plus difficile. Rodrigue lança de but en blanc :

« Je suis borgne. »

Il tapota du bout de l’index la peau scarifiée sous son œil gauche en adressant un petit sourire en coin à Caleb. Il but une gorgée de maltas, dans l’espoir qu’il éparpillerait convenablement cette sorte d’aura colorée qui nimbait Caleb comme autant de doubles se détachant lentement de leur socle originel. Il était singulièrement dérangeant que chaque chose qu’il fixât plus de quelques secondes devienne aussi insoutenable que contempler le soleil directement et d‘être durablement hanté par ces silhouettes monochromes.

« Du coup, c'est l'autre qui encaisse tout à lui seul, ajouta-t-il. Mais je ne m’inquiète pas, ce n’est que passager. »

Il émit un rire grave qui roula dans sa gorge réchauffée par l’alcool. Il fallait qu’il s’habitue à être sourd à ces impressions. Il devait être plus fort que ça, les choses ne pouvaient aller autrement.
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MessageSujet: Re: "You may see me..."   15.11.08 18:24

"Borgne?..."

Sincère surprise de la part du Techie. Rodrigue désigna la cicatrice sous son oeil, et l'expression stupéfaite de Caleb s'accentua encore un peu: il s'attendait à tout sauf à cela. Jamais il n'aurait pensé que ce qui avait occasionné cette petite plaie ait pu coûter un oeil au barman, d'autant plus qu'il avait totalement oublié avoir vu cette cicatrice quand elle était encore bien fraîche, presque rouge sur le visage d'un enfant. Et puis, il avait déjà croisé un aveugle (un putain de petit con d'aveugle) ce matin, tout ceci commençait à faire beaucoup pour une seule journée.

"Tu aurais dû me le dire plus tôt, c'est le genre de choses que je préfère savoir. Tu as d'autres handicaps que tu aurais "oublié" de me signaler?..."

Il était un peu cynique, mais c'était pour dissimuler sa gêne, ironiquement très semblable à celle éprouvée par Rodrigue quand ce dernier avait réalisé que son patron boitait: Caleb se vantait d'être le meilleur indic de Secaria, et il ignorait que son propre barman était borgne... D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, il ignorait beaucoup de choses sur ce Llorandes. Il bu une gorgée de Maltas et l'observa avec une attention plus soutenue, presque comme s'il le voyait réellement pour la première fois. Peut-être était-ce le cas, d'ailleurs. Evidemment, il avait chargé ses employés de l'ombre d'enquêter sur Rodrigue lorsqu'il l'avait embauché, mais en l'absence de véritable réseau informatique, la collecte d'informations n'était pas une chose facile sur Tyr. Tout ce que ses agents avaient découverts, c'était ce que Rodrigue n'avait de toute façon pas caché: malgré son accent de Twinkil Nord, il avait grandi en Lespure, sous le toit de son oncle. Après, il apparaissait par-ci par-là sur les deux continents agricoles, sans qu'on puisse vraiment lui attribuer un itinéraire - de toute façon, sur ces terres mal développées, beaucoup de gens avaient pour habitude de courir après la richesse en déménageant régulièrement. Il n'appartenait à aucune secte, apparemment il ne côtoyait même pas le monde de l'occulte.

Voilà pourquoi Caleb n'éprouvait pas vraiment de méfiance vis-à-vis de cet homme; à ses yeux, on faisait difficilement plus normal et banal que Rodrigue Llorandes. Enfin, peut-être pas si banal que cela, dans la mesure où l'unique mois qu'il avait passé au D Bar avait démontré à son patron qu'il tenait là un employé rien moins qu'exceptionnel. Toujours à l'heure, Rodrigue avait appris à une vitesse stupéfiante à servir tous les cocktails et alcools imaginables, toujours dans les bonnes proportions et à la bonne température. Il savait quand dire stop à ceux qui buvaient trop, il savait amadouer ceux qui n'osaient pas consommer. Il redirigeait les clients de son patron vers José, sans poser une seule question sur ce que le Techie leur vendait. Il cuisinait le plat du jour sans véritable art mais avec une application indéniable, sans jamais se plaindre, y compris tout à la fin de son service, alors qu'à la même heure Caleb avait parfois l'impression qu'il allait imploser. Ensuite, chaque matin, Rodrigue rangeait et nettoyait tout de fond en comble. Et n'oublions pas un dernier argument, négligeable en apparence mais qui avait fortement joué en la faveur du barman lorsque le Techie avait envisagé de l'embaucher: Llorandes savait (presque) maîtriser Chips. Vu ce que Caleb avait vu à l'instant, il pouvait carrément s'aventurer à dire que Rodrigue était aimé du reptomarsupial; alors même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, il avait effectivement du mal à se méfier de cet homme. Pour cela, les animaux sont censés avoir plus d'instinct que les humes, non?

Un peu perdu dans ses pensées, Caleb remarqua enfin l'expression que sa dernière question avait fait naître sur les traits de son employé, et il s'empressa de rectifier:

"Ca va, ne t'inquiète pas, je plaisantais. Je ne vais pas te mettre à la porte pour si peu; tu as bien vu, moi-même j'ai une jambe un peu rebelle, alors... C'est juste que j'aurais aimé savoir, voilà tout. Comme j'aurais apprécié que tu me dises que tu n'aimais pas qu'on te touche pendant la sieste."

Pour appuyer son sourire taquin, il posa sa Minotaurus sur le bord d'un cendrier avant de lever le bras gauche et de faire jouer son poignet. Il n'avait pas prévu que son articulation allait craquer de manière sonore et fusiller tout son avant-bras d'une décharge électrique rien moins que douloureuse. Le Techie sursauta, presque au point de renverser son maltas.

"Oh merde... tu n'y es pas allé de main morte... Evite ça la prochaine fois, quand même."

Il grimaça et secoua mollement les doigts, en espérant que cela ferait passer la douleur. Ce n'était rien, sans doute un hématome ou une petite contusion, mais par l'Etat c'était franchement désagréable! Caleb coinça machinalement l'articulation entre ses genoux, avant de reprendre sa cigarette pour en tirer une nouvelle bouffée âcre et délicieuse.

"Tu as fait de la boxe? Ou du rotz, peut-être? C'est comme ça que tu as perdu ton oeil?"

Un temps, puis:

"Sans vouloir être indiscret, bien sûr. Ressers-moi, tu veux?"

Oui, il n'avait pas la sensation d'être curieux. Il était un patron qui bavardait avec son employé et qui en profitait pour se renseigner, voilà tout. Ce n'était pas si éloigné de ce qu'il faisait avec ses fournisseurs. Se laisser appeler par son prénom ou se faire tutoyer, faire attention de ne pas froisser la sensibilité de Rodrigue, de ne pas fouiner dans son passé, cela aurait transformé la conversation de routine en discussion amicale. Et quand Caleb savait aisément gérer l'une, il tenait à tout prix à éviter l'autre.

Il ne se méfiait pas de Rodrigue. Mais il ne lui faisait pas confiance pour autant.
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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MessageSujet: Re: "You may see me..."   16.11.08 18:16

Rodrigue souriait - mais pas son sourire habituel fantomatique, celui qui accueillait les nouveaux clients, celui qu’il adressait à Chips ou qu’il laissait errer sur ses lèvres lorsqu’il rentrait chez lui, seul. Non, ce sourire était plus ouvert, franc dessin qui creusait les commissures de ses lèvres d’ombres plus marquées que d’ordinaire, dévoilant jusqu’au blanc de ses canines, un sourire qui changeait presque curieusement les traits de son visage, les adoucissant, creusant des ridules précoces au coin de ses yeux violets. Jubilait-il d’être capable d’instiller quelques gouttes de vérité acide dans ce colossal mensonge dont il s’était drapé ? Ou était-ce que la situation l’amusait pour qu’il paraisse si soudainement allègre ? Peut-être, oui ; l’expression de surprise qui s’était peinte sur le visage de Caleb était tout à fait charmante, mais par ce sourire il essayait également d’atténuer « l’importance » -nulle à ses yeux - de cette information. Il avait un œil invalide, et puis ? Cela ne l’avait jamais empêché de travailler jusqu’alors, ni de lire des dizaines d’ouvrages au cours de son adolescence. Cet œil mort n’était qu’un souvenir de ses parents qui l’avaient trop aimés ; un héritage familial et une tare précieuse. Rien de plus - et rien de moins.
Mais le ton cynique de Caleb le ramena à des considérations bassement pragmatiques ; et il se rendit compte -avec un peu de retard, certes- que cette annonce glissée comme une anecdote avait aussi à voir avec son emploi. Il ne s’était jamais considéré comme désavantagé à cause de cet œil mort, et il n’en pensait pas moins actuellement. Rodrigue fronça légèrement les sourcils, affecta un vague air inquiet de circonstance, et il répondit d’un ton qui se voulait léger -tout en observant la modestie polie de l’employé pris en faute :

« Aucun qui ne vaille la peine d’être cité, je crois. »

Et tandis que son patron rectifiait son tir en évoquant sa propre jambe, Rodrigue but une longue gorgée de maltas, qui incendia avec bonheur sa gorge -et rendit liquide, presque indolore le brouillard lumineux qui siégeait encore à l’arrière de son crâne. Le sourire espiègle de son patron ne trouva qu’un vague reflet de connivence sur les lèvres de Rodrigue, qui éprouvait encore une gêne agacée en repensant à sa réaction exagérée (cela avait peut-être un rapport avec le rêve qu’il avait fait…mais il ne s’en souvenait plus du tout). Il reposa le verre sur la table, à l’instant même où le poignet de Caleb émettait un craquement sonore pour le moins surprenant. Rodrigue, la tête inclinée, glissa un regard impassible sur la main de son patron, et se contenta de prime abord de hausser un sourcil. Le commentaire de Caleb lui fit relever la tête, et là son expression s’anima d’un peu plus de compassion embarrassée.

« Il n’y aura pas de prochaine fois, Patron…(son regard suivit le retrait du poignet qu'il avait broyé jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière le comptoir). Encore désolé… »

Il sentit comme le passage, obscène d’indolence, d’une couleuvre glacée le long de son dos, et son cœur rata un battement, effrayé par la pensée qui venait de lui traverser l'esprit. Pensée, non ; pire, une comparaison, une juxtaposition glaçante de deux images l’une sur l’autre. Elle remuait si délicatement ses doigts, comme lui, muette et attentive à la souffrance de ses beaux poignets brisés. Que Rafaël - que je lui ai brisés
Rodrigue cilla, le teint pâle, et finit d’un trait son verre d’alcool. NON. Non. Évidemment, non.
Il planta son regard sur Caleb comme pour se fixer à la réalité -cette réalité qui valait pour tous les autres mais à laquelle il se sentait tellement étranger…Son regard eut l’espace d’une seconde un accent d’égarement, parut accusateur, et comme si cela n’avait été qu’un mirage ses yeux violets se radoucirent, et son sourire se raccrocha à ses lèvres comme en réponse amusée aux suppositions -si normales- de son patron.

« Oh non, rien de si glorieux…»

Un rire roula dans sa gorge, et il se resservit avec une pointe insensible de précipitation. Le rotz avait l’inconvénient premier d’être un sport collectif, dont il s‘était retrouvé systématiquement exclu à Falkenur. Quant à la boxe…Disons que son père, en plus de lui avoir enseigné les subtilités du solfège, lui avait aussi appris à ne jamais oser répondre aux coups -à ses coups. Le Lespurien s’autorisa un sourire, et reprit sereinement :

« C’était un…"accident domestique", ou quelque chose qui y ressemble. Je devais avoir neuf ans, ou dix je ne sais plus. C’est dire si ça remonte… »

Rodrigue s’appliqua à en parler avec détachement, tout en versant à nouveau du maltas, et dans le verre de Caleb, et dans le sien qu'il jugeait soudainement pas assez plein, et qu’il attaqua aussitôt. Il se sentait à la fois apaisé et fiévreux - sans doute avait-il besoin de rentrer chez lui, et dormir. Profondément, sans…rêves. Mais en attendant ce repos bien mérité, il devait en finir avec le ménage, le sine qua non d’une journée de travail rondement menée au D-Bar.
Il leva son regard félin et pensif sur Caleb et sa Minotaurus au bout des lèvres. Tiens, il n’avait pas remarqué que ses yeux étaient noisettes. Décidément. Rodrigue poussa un bref soupir entre deux petites gorgées d’alcool, et reposa son verre sans lâcher Caleb des yeux. La lumière chaude des luminaires qui dessinaient comme une aurore boréale au-dessus de leurs tête creusait un peu des lignes de son visage par des ombres noires et à peine estompées. Mais par un jeu de reflets ou il ne savait quoi d’autre, ses prunelles paraissaient plus claires que d’ordinaire. Avec même quelques brides d’or.
Rodrigue cilla, esquissa un sourire qui lui était familier et inclina la tête, pour mettre de l’ordre sur son comptoir déjà impeccablement rangé et exempt de la moindre trace de poussière ou tâche d’alcool. Il n’était pas particulièrement doué pour soutenir des conversations, non seulement parce qu’il était d’une nature résolument laconique, mais sans doute aussi par défaut d’imagination, ou justement par prudence envers d’éventuelles contradictions qu'induirait un excès de zèle. On n’était jamais trop prudent. Rodrigue se détourna un bref instant, affairé à replacer avec minutie quelques tumblers propres sur son étagère de service. Il abaissa sa main, ferma les yeux un bref instant en retenant son souffle. Encore ces maudites escarbilles blanches qui parasitaient son champ visuel, encore ces sueurs froidures -encore ce frémissement lointain de ses perceptions. Bon sang.

[Pardon, j'avais pas trop d'idées pour avancer xD...(comme toujours)]
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MessageSujet: Re: "You may see me..."   23.11.08 23:41

Un accident domestique? Mouais. Après tout pourquoi pas. Une chute dans l'escalier ou une glissade dans la salle de bain sont vite arrivés, surtout quand on est un petit garçon qui court partout. Mais Rodrigue avait bien fait sentir les guillemets autour de son expression, et Caleb aurait aimé savoir pourquoi. Non pas qu'il considère cela comme essentiel; mais cela lui avait mis la puce à l'oreille. Si on parle d'une cicatrice en trébuchant sur le terme "accident", il est raisonnable de penser que c'était tout sauf un accident, n'est-ce pas?...

Cependant, le Techie n'alla pas loin dans ses investigations: il venait de se rendre compte que ce n'était plus lui qui dévisageait Rodrigue, mais bien l'inverse. Comme lorsqu'il l'avait réveillé en sursaut. Comme quelques secondes auparavant, quand son poignet avait craqué et que le barman s'était une nouvelle fois excusé, mais avec un regard peu amène, presque accusateur. Et comme en ces deux occasions, Caleb soutint son regard. Pas tant parce qu'il ne voulait pas se détourner que parce qu'il ne le pouvait pas.

Frisson.

Puis Rodrigue baissa les yeux vers son comptoir, et son patron noya un soupir de soulagement dans une nouvelle gorgée de maltas. Décidément, il n'aimait pas affronter ce regard, ces iris trop bleus, trop incisifs. Certes, ce n'était rien en comparaison des hallucinantes prunelles vertes de l'autre cinglé de Balayeur - celui-là, Caleb ne supportait pas le poids de son regard plus de deux ou trois secondes. Rodrigue ne l'angoissait pas comme Seel pouvait parfois le faire, il ne donnait pas l'impression d'en savoir autant, de pouvoir enfoncer à ce point les défenses d'autrui. Le malaise véhiculé par les billes indigo du barman était plus diffus, plus indéfinissable, presque inconscient. Le Techie ne savait pas ce que c'était. Mais c'était là.

Caleb contemplait pensivement son verre. Sur une impulsion soudaine, il passa à celui de Rodrigue, puis à la bouteille dans laquelle le maltas avait singulièrement baissé de niveau. Tiens, tiens, le Techie ne s'était pas rendu compte que le barman avait bu autant et aussi vite... n'en était-il pas au fond de son deuxième verre, alors que Caleb avait commencé bien avant lui et venait à peine d'entamer le sien, de deuxième verre? Les yeux noisette passèrent sur le dos de l'intéressé et se fixèrent sur ses mains toujours en action. Peut-être un peu trop en action. Qu'est-ce qui pouvait rendre le laconique Rodrigue si hâtif qu'il en paraissait presque fébrile? Son réveil brusque? Ou autre chose?...

Peut-être que si Caleb avait été moins fatigué et tout à fait sobre, sa pensée se serait arrêtée là. Au lieu de cela, elle glissa insensiblement vers la paranoïa qui caractérisait le Techie: et si Rodrigue avait réagi aussi violemment à son réveil parce qu'il craignait quelque chose de son patron, ou du bar en général?... Qu'est-ce qu'il voyait, avec ses fameux yeux pervenche? Qu'est-ce qu'il entendait, devinait, soupçonnait? Que savait-il réellement du D Bar et de son gérant?

"Rodrigue?"

Caleb attendit que le barman se retourne. Il l'observa un instant d'un oeil critique, peut-être en espérant qu'ainsi il aurait la réponse à ses trop nombreuses questions. Puis il parla, d'une voix calme et posée, grave, très différente des bavardages presque guillerets qui avaient précédé.

"Tu n'as jamais posé de question sur ce que je fais au premier étage. Sur ceux que j'y croise, et ce pourquoi ils viennent me voir. Dès que quelqu'un d'un peu étrange s'approche du bar, tu le rediriges vers José, parfois sans même leur laisser le temps de parler - ça les impressionne, ils me le racontent ensuite. Peut-être qu'ils ne t'intéressent pas. Ou peut-être que si, mais tu ne le montres pas."

Il acheva son verre et le reposa sèchement sur le bar, avant d'enchaîner.

"Cela fait un mois que tu travailles ici, à présent, et jamais je n'ai eu à me plaindre de toi. Pour ce que j'en sais, tu es un excellent employé. Mais j'ai certaines activités que tu ne pourras pas toujours ignorer, Rodrigue. Si tu continues à bosser dans ce bar, tu entendras fatalement parler de ce que je fais et pourquoi je le fais, que cela t'intéresse ou non, que tu veuilles le savoir ou pas. Or moi, je ne peux pas me permettre de garder quelqu'un qui risque d'apprendre la vérité sans que je le sache, et de mal y réagir. Et puis, ignorer certains aspects de mon travail pourrait te mettre en danger."

Il était sincère, et son expression n'était nullement menaçante: si Rodrigue ne savait pas reconnaître un Versatilis alors qu'il travaillait pour l'un de leurs pires ennemis, il n'allait pas rester en vie très longtemps.

"Voilà ce que je te propose. Je t'explique moi-même, maintenant, ce qu'il en est. Mais ce que j'ai à te dire est une vérité complexe, qui remet en question beaucoup de choses et de valeurs. Elle ne te plaira peut-être pas. Sûrement pas. Mais une fois que tu l'auras entendue, tu en feras partie. Tu seras mon complice. Il n'y a pas d'autre solution, parce que si tu paniques et que tu essaies de me dénoncer..."

Il tira une dernière bouffée de sa Minotaurus, avant de l'éteindre dans un cendrier tout proche.

"J'ai les moyens de t'en empêcher."

Caleb massa brièvement son poignet gauche, avant de poser les coudes sur le comptoir et de croiser les doigts, sans lâcher son interlocuteur du regard. Cette fois, c'était à nouveau lui qui le fixait.

"Je t'aime bien Rodrigue, sincèrement. Alors je te laisse le choix. Ou tu acceptes ce que j'ai à te dire, et tu continues à bosser avec moi. Ou tu préfères ne pas savoir, et tu t'en vas maintenant. Si tu pars, sache qu'il n'y aura aucune représaille, au contraire je te promets de te trouver une place dans un autre bar des quartiers sud. Ne reste pas par simple peur de perdre ton boulot, cela nous nuirait à tous les deux."

Le Techie descendit du tabouret, en pliant deux fois sa jambe engourdie, avant de tourner le dos à Rodrigue et de prendre la direction des escaliers qui menaient au premier. Il monta sur la première marche et jeta un coup d'oeil derrière-lui, toujours aussi neutre et posé.

"Je te laisse dix minutes pour réfléchir. Si tu es fermement décidé, viens me retrouver en haut. Si tu ne préfères pas, ou même seulement si tu hésites, va-t-en pendant qu'il en est temps."

Caleb eut un regard pour Chips, et il ajouta avec un petit sourire:

"Ne t'inquiète pas pour la bestiole, tu seras toujours le bienvenu en tant que client."

Puis il gagna la mezzanine, laissant le barman à ses réflexions.



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