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 "But my babies were all born dead..."

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- Attachiant de service - Punching-ball adoré!

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: "But my babies were all born dead..."   23.11.08 23:40

[suite de "You may see me..."]


Une table basse, deux poufs, deux fauteuils, un canapé. Pour certains de ses clients, ça ne faisait pas très sérieux. Caleb, lui, aimait bien cette ambiance un peu plus détendue que celle d'un véritable bureau. Il s'enfonçait dans l'un des grands sièges de cuir, croisait les jambes, intriquait ses doigts sur sa cuisse et souriait, attentif et commercial. Il se sentait chez lui, et son assurance s'en trouvait redoublée, sans compter qu'en plus de son confort le mobilier de la mezzanine avait un avantage inappréciable aux yeux du Techie: on ne pouvait pas lui tirer dans le ventre sous la table.

Le trafiquant s'était laissé tomber dans son fauteuil attitré, et à présent son regard se perdait dans les poutres qui soutenaient le plafond, territoire attitré de Chips. Sa main droite massait sa jambe endolorie juste au-dessus du genou, là où sa cicatrice le tiraillait le plus. Est-ce qu'il avait encore de la morphine pour Seel, dans le coffre? Sans doute. Il en piquerait un comprimé au Balayeur, qui ne s'en rendrait sans doute même pas compte, vu que pour ce que Caleb en avait vu il en avalait une demi-douzaine à la fois.

Il avait laissé dix minutes à Rodrigue. C'était peu, mais si cela ne suffisait pas au barman pour déterminer s'il acceptait d'entrer dans l'illégalité, alors il ne serait jamais prêt. Le trafiquant n'avait pas besoin de collaborateurs avec tant de scrupules.

Dix minutes. Le temps de fumer une cigarette.

...

Le Techie extirpa sa montre à gousset de son gilet, y jeta un coup d'oeil, la rangea. Puis il sortit son étui à cigarettes de sa poche de pantalon et l'ouvrit pour contempler les neuf Minotaurus qui y subsistaient. Jamais plus de dix par jour; s'il en prenait une maintenant, il devrait s'en passer plus tard dans la journée. Le toubib qui l'avait opéré lui avait dit de ne pas fumer, parce que ça favorisait les caillots dans le sang, d'autant plus qu'il avait un implant cardiaque. Après, ce que faisaient les caillots en question, Caleb ne s'en rappelait plus dans le détail. Il savait simplement qu'il avait trouvé cela... déplaisant.

Il hésita encore quelques secondes, avant de porter à sa bouche l'un des cylindres marqués d'un anneau doré. Il reposa l'étui sur la table, sortit son briquet, alluma la cigarette. Inspira. Ferma les yeux avec délice. Tant pis pour les caillots. Le chirurgien n'avait jamais dû goûter au tabac supérieur de ses Minotaurus. Pour Caleb, c'était tout simplement l'un des plus grands plaisirs de la vie.

Neuf minutes.

Huit minutes.

Sept minutes...
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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MessageSujet: Re: "But my babies were all born dead..."   29.11.08 19:31

Lorsqu’il entendit son patron l’appeler, Rodrigue esquissa un léger mouvement de tête. Une très, très légère inclination de côté, comme pour s’assurer qu’il avait bien entendu, ou -plus improbable- comme pour mieux goûter à ces sonorités si… normales. Oui : ce n’était que son prénom, et de plus, Caleb ne roulait pas les « r », lui. Peut-être aimait-il tout simplement qu’on prononce son nom ; ça lui donnait l’assurance d’être encore là, qui sait ?

« Oui ? »

Il se retourna docilement, avec ce sourire poli toujours aux lèvres, d’une distante bienveillance, d’un amusement dont on ignorait éternellement la cause. Il posa les paumes sur son plan de travail, s’appuya avec nonchalance sur ses coudes tendus, et l’écouta. Car il devinait que Caleb allait parler longtemps, l’Etat seul savait pourquoi -oh, si, peut-être ce ton suspicieux sans l’être vraiment, cette infime ridule entre ses yeux, dorés sans l’être vraiment. Sa voix grave lui fit battre placidement des cils ; en effet, ce devait être important. Et si ses premiers propos purent tracer du bout des mots des frissons le long de son dos, il cacha avec une admirable maîtrise la plus infime trace d’étonnement. La façon dont Caleb présentait les choses n’était pas sans lui évoquer ses fameuses « impressions »; il ne s’était jamais vraiment rendu compte de ce tri systématique des clients. Rodrigue s’autorisa un fin sourire. Il saurait faire attention, à l’avenir - Merci, Patron…
Le verre se posa sur ta table, vidé. Et tandis que Caleb poursuivait son discours Rodrigue plissait légèrement ses yeux à la manière d’un chat, pour finalement hausser les sourcils lorsque son patron lui signala le danger qu’il courrait en travaillant pour lui.

« Vraiment…? »

Il lâcha cette petite trille grave, qui n’avait rien de moqueuse. Il souriait tout comme, pourtant. En effet, ce que venaient chercher les clients à l’étage, et ce avec quoi ils repartaient d’ailleurs, ne l’intéressait que très moyennement ; lorsqu’il avait été engagé ici, il avait eu d’autres préoccupations plus urgentes et vitales, mais maintenant, c’était la force d’une habitude déjà ancrée qui lui faisait fermer les yeux sur cette circulation de clients particuliers. Alors, il mettait sa vie en danger ici ? Rodrigue estompa son sourire, conscient que Caleb n’attendait pas de lui qu’il lui rie au nez en arguant qu’il pensait avoir déjà vu pire. Il l’écouta lui proposer de lui expliciter ses activités, et ne marqua sa surprise que lorsque son patron lâcha un inattendu « je t’aime bien, Rodrigue » …Le Lespurien laissa tomber son regard comme deux gouttes de plomb bleuté sur lui. Par automatisme, il esquissa un sourire qui aurait presque pu paraître taquin en d’autres circonstances, mais bien trop furtif pour arracher à son patron une éventuelle -mauvaise - réaction. Intérieurement, c’était…autre chose. Un peu de colère, bien plus de frustration, avec une infime par de plaisir malsain. Infime.
Rodrigue se servit un fond de maltas, afin de dissiper un peu les remous électrisés de son esprit fatigué. Après tout, il avait à présent un choix à faire, non ? Le Lespurien coula un regard vers Chips, puis vers Caleb qui venait de se lever et se dirigeait déjà vers les escaliers. Le barman ne lâcha pas un mot, se contentant de le suivre des yeux avec une certaine insistance. Lorsqu’il disparut dans les ombres dévorantes de l’étage supérieur, Rodrigue s’accorda quelques secondes d’un silence ferreux. Il glissa un regard placide sur le bar endormi, les chaises, les tables, leurs fantômes et les échos dissipés de la nuit. Quitter cet endroit, au nom d’une paix plus moribonde ? Ce choix que Caleb qui avait présenté comme difficile n’en était pas un pour lui. Il avait beaucoup erré, mais cette fois, il était fatigué - bien trop pour fuir encore plus loin. Et…quelque chose le rattachait à Sécaria. Insensiblement.
Le Lespurien rangea la bouteille, glana d’un crochet de doigts le verre abandonné par Caleb, puis le sien. Dix minutes, c’était amplement suffisant pour décider d’une vie à mener. Il rinça les verres, rangea la bouteille de maltas, essuya pensivement ses grandes mains meurtrières. Nouveau regard vers Chips, puis vers le silence et enfin vers la gorge dilatée de l'escalier, bloqué dans un béant hurlement muet. Exactement comme la…la quoi, déjà ?
Rodrigue se dirigea tranquillement vers les marches plongées dans une douce pénombre tamisée, prenant son temps. Il avait rarement eu l’occasion de monter vers la mezzanine du Patron.

Six minutes.

Il se retrouva devant la porte du bureau, et marqua une pause alors que sa main s’était déjà naturellement tendue vers la poignée dorée. Eh bien ? Qu’attendait-il ? Le barman retint sa main. Cinq minutes.
Quelques notes de musiques tintèrent dans sa tête, mêlées à la voix brune et suave d’Aurelia -ou d’Ophelia, il ne savait pas. Rodrigue tourna la tête à gauche, faisant glisser son œil mort sur l'extrémité du balcon, plongé dans la pénombre. Elle était là-bas, la belle, accoudée à la rambarde du balcon, à fredonner sa chanson avec cette effronterie qui la caractérisait. Qu’est-ce qu’elle lui voulait, cette fois ? Il lui adressa un sourire, et encore, elle disparut. L’éternelle jalouse.


On frappa à la porte quelques petits coups secs, et la porte s'entrebailla. Rodrigue parut dans l’encadrement, un sourire indéfinissable aux lèvres. Il avait passé une main dans ses cheveux noirs pour chasser les mèches de son front, sa chemise blanche était toujours passablement froissée et ses manches retroussées avec nonchalance jusqu’aux coudes. Il entra avec une juste lenteur dans le salon privé, attendit un petit signe de Caleb pour s’asseoir en face de lui.
Rodrigue posa ses coudes sur ses genoux, passant sa main gauche autour de son annulaire comme pour triturer une alliance fantomatique. Ses yeux se posèrent sur Caleb - lui et sa nouvelle Minotaurus, lui et ses yeux redevenus noirs, noirs d’être trop marrons.

« Je vous écoute, Patron. »


Il ponctua sa remarqua d’un sourire amical. Il n’avait pas peur de ce qu’il allait entendre - il en était à un point où le monde des autres et ses plus improbables mystères lui paraissaient secondaires. Il espérait que ce que Caleb allait lui révéler était à la hauteur de l’avant-goût périlleux qu’il lui en avait donné plus tôt…
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MessageSujet: Re: "But my babies were all born dead..."   30.11.08 22:32

Quelques heurts sur la porte. Caleb baissa un regard surpris sur sa cigarette seulement à moitié consumée: déjà?... Il se redressa dans son fauteuil et invita Rodrigue à entrer. Lorsqu'il découvrit l'expression sereine du barman, un infime froncement de sourcil vint creuser une virgule entre les yeux du Techie: cet homme venait de prendre une décision qui allait affecter le reste de sa vie, en à peine cinq minutes, et il parvenait à rester à ce point... détendu?

Caleb laissa le temps à Rodrigue de découvrir la mezzanine, avant de lui désigner le fauteuil en face du sien. Le barman s'assit, et l'expression de son employeur se ferma un peu plus: oui, il venait de faire un choix important, et il en était conscient, mais il n'en paraissait nullement affecté. Ce n'était pas de l'inconscience que Caleb lisait dans ce sourire (ce perpétuel petit sourire qui par moment agaçait le Techie au moins autant que les iris pervenche le mettaient mal à l'aise), mais bien une désarmante... confiance. Le fameux "tu peux y aller, j'ai déjà connu mille fois pire".

Les yeux de Caleb glissèrent insensiblement vers la cicatrice de Rodrigue: qu'avait-il bien pu arriver à cet homme pour qu'il se considère à ce point au-delà de tout danger?... Cela, même le roi des indics pouvait ne jamais le découvrir. Mais il s'obligea tout de même à entreposer dans sa mémoire le comportement actuel de Rodrigue. Il le fit machinalement, "au cas où". Tout comme il avait inconsciemment enregistré l'éclat des yeux du barman lorsque ce dernier avait manqué lui sauter à la gorge, lors de son trop brusque réveil.

"Je vous écoute, Patron."

Caleb ne répondit pas au sourire avenant de son interlocuteur. Il tira une nouvelle bouffée de sa Minotaurus, s'humecta pensivement les lèvres. Quelque chose ne lui plaisait pas dans la situation présente. Cela faisait quelques temps qu'il pensait faire passer Rodrigue au statut d'Eveillé, évolution qui se serait de toute façon avérée indispensable. Mais à ce moment, de cette manière, alors que tous deux étaient épuisés et pas tout à fait sobres? Alors que le sourire affable du barman prenait d'étranges accents menaçants, dans la pénombre de la mezzanine?

Bah, tant pis.

"D'accord."

Rodrigue l'écoutait. Alors Caleb parla. Longtemps, si longtemps qu'à un moment il se leva pour aller se servir de l'eau de Zelzt dans le petit bar réfrigéré qu'il conservait à cet étage, et qu'il vida son verre avec l'impression que sa gorge était un désert douloureusement aride.

Il expliqua au barman que l'arcanotechnologie était en fait de la magie, ni plus, ni moins. Une magie omniprésente sur Tyr, qui s'était unie à la Nature pour interdire tout un continent au sud de la planète, pour bouleverser Adhenor et y engendrer des créatures telles que Chips. Pour preuve de ses dires, Caleb alla jusqu'au coffre qu'il dissimulait dans le mur, derrière une cloison, et en revint avec des photos de son voyage en Adhenor. C'était de belles photos, prises avec un appareil visiblement très pointu: le grain était beaucoup plus fin que de coutume, et les contrastes du noir et blanc avaient été réhaussés. On y voyait toutes sortes de créatures (notamment un Spook en cage et une Cala en train de dévorer ce qui ressemblait à un daim), mais également de nombreux humes, Vegetalis pour la plupart, qui obligeaient mentalement le lierre à se contorsionner en figures ésotériques, qui se changeaient partiellement en arbres ou faisaient jaillir de la sève de leurs doigts.

Indifférent aux possibles doutes de Rodrigue, le Techie continua sur sa lancée en exposant ce qu'il savait de l'arcanotechnologie au quotidien, celle qui maintenait les bâtiments debouts dans le Centre et qui faisait avancer les tankers à vapeur. Celle qui (et Caleb insista sur ce point), avait déchiré la trame de l'Univers au Pôle Nord, et qui avait livré Tyr aux habitants des autres dimensions. Parce que non, les pylônes ne servaient pas à retenir un nuage radioactif, mais bien ces envahisseurs venus d'ailleurs. Bien sûr tous n'étaient pas des monstres - Caleb ne cacha pas l'affection amusée qu'il avait pour les Rhazals, et il promit d'envoyer Rodrigue faire des courses chez eux, à l'occasion, qu'il voit de lui-même de quoi il s'agissait. Mais certains extra-tyrrestres étaient dangereux. Extrêmement dangereux. Et ceux-là étaient impitoyablement chassés par les Balayeurs.

"C'est là que j'interviens."

Caleb désigna le revolver qui pendait sous son aisselle gauche.

"Je les arme et je les renseigne. Je centralise toutes les informations sur la magie et les extra-tyrrestres, tout ce qui est hors-la-loi pour le gouvernement, et je redistribue les contrats à ceux qui sont demandeurs, en fonction de la somme et du niveau de difficulté qu'ils en attendent. Je suis en contact avec les Rhazals pour ce qui est du commerce d'armes, le reste me vient de tout un réseau d'indics à travers Vanor. Un réseau très développé."

Enfin son sourire se fit franc. Il s'avança pour éteindre sa cigarette dans la cendrier de la table basse, et constata alors avec une surprise certaine qu'elle était à peine entamée. Il en avait allumé une nouvelle sans s'en rendre compte.

"Oh, il y a une dernière chose dont j'ai oublié de te parler: les Versatilis et les Spectres sont tous magiciens, et sur Tyr c'est aussi le cas des vampires. Mais les Arcano sont des humes, de bons vieux humes comme toi et moi; simplement, ils ont du talent pour la magie. C'est sans doute le cas de beaucoup d'entre nous: le monde fourmille de Psykers qui s'ignorent. Et pour être complet, il existe même une petite communauté de Roughs. Ce sont des gens doués pour la magie, eux aussi, mais leur don leur échappe. Ils ont des capacités étranges, que la plupart du temps eux-mêmes ne comprennent pas: ça va du très utile (genre, une force surhumesque) au complètement débile. Si tu veux un exemple, j'ai connu quelqu'un qui colorait en bleu tous les êtres vivants qu'il touchait."

Caleb rit doucement et tira sur sa Minotaurus. Il laissa quelques secondes s'écouler.

"J'ai fait ce discours un certain nombre de fois depuis que je fais ce métier. Et tu sais ce qu'il y a de surprenant, Rodrigue? Je ne suis pas Psyker, je n'ai jamais pu prouver ce que je disais sur la magie. Je n'ai jamais gardé de tête de Versatilis dans mon coffre. Et pourtant, pratiquement personne n'a remis mes dires en doute."

Il imita Rodrigue et s'inclina pour poser ses coudes sur ses genoux. Ses iris noisette paraissaient prêts à étinceler, mais bien malin qui aurait pu interprêter cet éclat.

"Parce que tout être un peu intelligent a compris que quelque chose cloche dans les explications du gouvernement. Que Tyr, notre Tyr, fonctionne d'une autre manière que ce qu'on voudrait nous faire croire. Je suis sûr que tu as déjà croisé des gens étranges, bizarres, qui étaient différents d'une manière indéterminable. Dans l'absolu, peut-être même que tu t'es toi-même senti comme cela. Je veux dire, après ton adolescence."

Caleb rit et se rejeta en arrière dans son fauteuil pour inspirer une nouvelle bouffée de tabac. Histoire de dédramatiser son long exposé, il taquinait Rodrigue: honnêtement, il ne pensait pas que son barman était homme de magie. C'était le genre de choses qui se remarquait aisément, avec un peu d'entraînement, non?
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MessageSujet: Re: "But my babies were all born dead..."   07.12.08 0:11

Rodrigue ne partagea pas le rire de son patron. Si avant l’entretient le barman avait pu paraître confiant et presque désinvolte, au fil du discours pour le moins surprenant de Caleb, une sorte de vent invisible avait patiemment érodé les reliefs d’expressions sur son visage, polissant ses traits hâlés jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un masque, assombri de trop de fixité, lissé par un détachement progressif et glacial. Seul ses yeux esquissèrent alors un mouvement, signe de vie tout relatif : son regard coula sur le côté, un œil triste, un œil acéré, tout deux égarés sur le mobilier cossu du bureau. Silence.

Étrange, bizarre. Une différence …?

Rodrigue esquissa enfin un véritable geste. Sa main s’éleva de son genou, vint se fermer devant sa bouche dans un signe de réflexion profonde.

Des capacités étranges…?

Bien sûr il avait été surpris par tout ce que lui avait révélé Caleb ; mais, quelque part, il sentait que cela ne le concernait pas -ou de très loin. Ces extratyrrestres, l’Etat, le pôle nord, le trafic d’armes, non…définitivement non : c’était les autres, pas lui. Pas son monde. Pour cette raison, sans doute, il eut l’air bien moins choqué par le début de son discours que par le moment où Caleb aborda le sujet de la magie, et de ce qu’il appelait les Roughs.

Ses « impressions » . Les paroles que lui avait adressé son patron dans le bar lui revinrent à l’esprit, mêlées au mordant souvenir du fiel. De ces moments de délivrance inouïe, où il s’était senti aussi mort, aussi désespéré et empli de haine que ceux qui expiraient sous ses doigts d‘amoureux. Du bruit, des couleurs qui accompagnaient chaque rencontre. Et eux, les autres, qui étaient sourds et aveugles…Différents. De lui. Ou lui, différent des autres.

« C’est…un angle de vue nouveau. »

Il s’étonna presque de s’entendre parler. Sa voix, grave et lente, posée et toujours souriante même lorsque ses lèvres restaient tristes. Il se redressa un peu, l’air tranquille, et son regard remonta sans empressement vers le visage de Caleb. Caleb et ses cigarettes, et son regard qui n’avait plus cette fascinante couleur de miel, et ses photos, et l’ombre qui dessinait un horizon précoce sur son front. A qui il était à présent lié, d’une certaine façon. C’était étrange.
Rodrigue cilla, se frotta mécaniquement l’arcade sourcilière. Son sourire était revenu, plissant ses lèvres presque insensiblement, et plus haut ses yeux félins, réduits à des fentes bleu pervenche. Il se leva. Ses muscles étaient un peu gourds, presque aussi douloureux qu’après son inconfortable sieste assis sur la banquette du bar. Il s’approcha de la baie vitrée qui donnait sur le rez-de-chaussée et ses lumières boréales, profitant de l’occasion pour se dégourdir les jambes -et éventuellement, se remettre les idées en place.
Il resta un bref instant silencieux, à regarder Chips déambuler paresseusement autour du bar, puis il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, et dit :

« Au fait…Moi aussi je vous aime bien, Patron. »


Il marqua une pause, esquissa un sourire de dérision qui n’infirmait pas ses propos mais tâchait de les faire passer le plus naturellement possible aux oreilles susceptibles dudit patron.

« J’avoue ne m’être jamais posé de questions sur tout ça, l‘État, les pylônes, les étrangers… J’aurais pu vivre très longtemps en ignorant tout cela, et, honnêtement, connaître la vérité ne me fait pas grand-chose. Peut-être justement parce que c’est la vérité, et que je ne peux rien contre elle. Et puis, si c‘est pour rester ici, au bar, pourquoi ne pas devenir votre « complice» ? Je n‘ai rien à perdre. »

Il se retourna tranquillement, les mains dans les poches de son pantalon, la mine pensive - et ce sourire, encore, pendu à ses lèvres. Il se demanda vaguement où se trouvait son étui à cigarillos, puis revint d’un pas lent vers les fauteuils, sans se rasseoir pour autant. Son regard retomba sur les photos, étalées sur la table basse, et il sourit. Rien à perdre, vraiment, rien du tout.
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MessageSujet: Re: "But my babies were all born dead..."   26.12.08 23:54

Caleb était un peu déçu. D'accord, c'était idiot d'attendre d'un être à sang froid comme Rodrigue qu'il se roule par terre en hurlant d'angoisse, mais tout de même... Ce n'était pas tous les jours qu'on vous annonçait que les extra-tyrestres avaient débarqué et qu'en plus votre voisin était le descendant de Werlin l'Ensorceleur. Et tout ce que le barman trouvait à dire, c'était que tout ceci lui apportait "un angle de vue nouveau"?! Pitié...

Le Techie soupira et porta sa cigarette à ses lèvres. Rodrigue lui tournait le dos, sans doute en train de songer à ce qu'il venait d'apprendre. Caleb s'apprêtait à lui faire une remarque cynique sur son air résolument bouleversé quand son employé le prit de vitesse:

"Au fait…Moi aussi je vous aime bien, Patron."

Fumer tue. La preuve: le trafiquant d'armes s'étouffa avec la fumée qu'il était en train d'inspirer. Il se mit à tousser comme s'il s'arrachait les bronches, non sans jeter un regard furibard à Rodrigue. Qui souriait, l'enfant de salop. Non, Caleb ne trouvait pas ça drôle, pas du tout même! C'était exactement le genre de phrase qui avait le don de lui hérisser le poil, surtout si on la lui balançait comme ça, complètement à froid. Le Techie se racla bruyamment la gorge, ce qui eut pour seul effet de déclencher une nouvelle quinte de toux qui l'obligea à se plier en deux. Arrêtant d'un geste de la main un possible geste de secours de la part de Rodrigue, il dut faire un effort quasi héroïque pour se calmer le temps d'avaler une longue gorgée d'eau de Zeltz. Ca piquait un peu, mais au moins cela eut le mérite d'interrompre ses râles.

Lorsqu'il releva les yeux vers Rodrigue, le miel était devenu franchement noir.

"Ca ne me fait pas rire."

Il écrasa sa Minotaurus et but à nouveau, puis se redressa dans son fauteuil en rajustant son gilet, histoire de rassembler ce qui restait de sa fierté.

"Mais bon, l'essentiel c'est que tu acceptes mon offre. Tu me vois ravi que la vérité, comme tu dis, ne te pose pas de problème. Si ça devait être le cas, néanmoins, n'hésite jamais à venir m'en parler: tu dois déjà savoir que si je ne tolère pas le manque de respect (un coup d'oeil légèrement plus appuyé) je suis toujours à l'écoute des suggestions de mes employés."

Pause.

"Bon, sauf celles de José. Elles comportent un peu trop souvent les mots "viande humaine"."

Caleb se releva, lissa son pantalon. Puis il se redressa et ses yeux allèrent tout naturellement chercher ceux de Rodrigue. Ces si beaux iris violacés dans lesquels il ne parvenait pas à lire quoi que ce fût. Les lèvres du Techie se courbèrent en un sourire un peu fataliste (genre "le sort en est jeté"), puis il tendit la main à son employé:

"Re-bienvenue au D Bar, Ro..."

CLONG!

"Kwiiiiii..." T-T

"... Une minute."

L'hume contourna la table et alla ouvrir la porte principale de la pièce, celle qui venait d'émettre un bruit de gong évocateur d'une collision impromptue. Caleb fut toutefois surpris de découvrir que l'impromptu en question n'était pas exactement celui auquel il pensait: c'était bien Chips (oooh, stupeur!) qui venait de flanquer un coup de tête dans la porte, mais la raison de cette étrange attaque était tout à fait inattendue.

Assis sur son derrière au milieu du petit balcon qui donnait sur le bar, le reptomarsupial était complètement entortillé dans le vaste manteau de son propriétaire. Ses délicates oreilles et la plus grande partie de sa tête disparaissaient sous le Borzalino de Caleb.

"L'avait oublié les nhabits en bas..."

"Oh, et tu as voulu me les ramener? C'est gentil comme tout, merci bonhomme."

Dit-il en levant les yeux au ciel à l'intention de Rodrigue.

"Tu vois Rodrigue, j'apprécie l'initiative..."

L'air moqueur, il se baissa pour dépêtrer l'animal des vêtements dans lesquels il s'étouffait. Caleb rejeta chapeau et imperméable sur un fauteuil avec un autre sourire ironique, mais il ne sut pas dissimuler aussi bien sa tendresse lorsqu'il ramassa Chips pour le jucher sur ses épaules. Le reptomarsupial le remercia d'un amical coup de tête, avant de s'installer convenablement sur ce qui restait son perchoir favori - rha la la, ces fichus humes qui perdaient pied dès qu'il faisait une petite sieste... heureusement que Caleb savait se montrer un peu reconnaissant. Surtout qu'il ne lui avait même pas dit bonjour, le fourbe!

Le Techie gratifia l'animal d'une gratouille, avant de tendre à nouveau la main vers son barman:

"Donc comme je le disais: re-bienvenue au Downward, Rodrigue."

Et Chips, sceptique sur l'intérêt de la chose mais très désireux de montrer qu'il était parfaitement au courant de la situation, tendit la patte lui aussi.
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MessageSujet: Re: "But my babies were all born dead..."   22.02.09 20:22

Qu’est-ce qu’il avait dit de si choquant ?

Rodrigue regardait Caleb s’époumoner énergiquement avec un flegme souverain, se contentant de hausser un sourcil intrigué, sans le lâcher des yeux. Comme la quinte de toux se prolongeait, le barman s’autorisa un léger mouvement en direction de son patron, quoiqu’il ne su pas sur l’instant ce qu’il convenait de faire. Caleb était aussi étonné qu’énervé par sa réplique taquine ; le toucher, en plus, reviendrait à signer son avis d’expulsion (par José interposé).
Rodrigue se tut, son sourire de fantôme toujours accroché au bord des lèvres, l’œil rieur égaré sur les photos toujours étalées sur la table basse. Le patron se calma enfin, mettant un point final à sa quasi asphyxie d’une remarque cinglante mais très pertinente sur le fait qu’il n’avait pas apprécié sa déclaration. Le Lespurien se permit un sourire plus appuyé, mais lorsqu’il évoqua les doléances de José, le barman afficha une nette expression de surprise, qui se mua graduellement en une moue songeuse. Comment ça, « viande humaine » ? Et évidement, l’image de l’imposant videur du bar plantant ses dents dans un ventre blanc et tendre lui traversa l’esprit avec une aisance déconcertante, faisant rouler dans son ventre à lui des pierres délicieusement chaudes. Cela le choquait bien moins que ce que la décence recommandait. La viande humaine… ? Mais tandis que Rodrigue demeurait fasciné par le régime de son collègue, Caleb se levait, et ce ne fut que lorsque la main du Techie fut tendue devant lui qu’il s’extirpa de ses pensées. Il leva son regard douloureusement pervenche vers lui – lui, et ses prunelles presque ambrées – et cette image presque surréaliste de confiance désintéressée le ramena définitivement sur Terre. Vous savez, là où l’idée de goûter à la chair d’un semblable par pure curiosité ne vous traverserait jamais l’esprit.

Rodrigue déglutit faiblement, se releva du canapé pour lui serrer la main. Mais à l’instant où sa main se levait pour sceller leur accord, un coup sourd se fit entendre, suivit d’une plainte dépitée que leur fit tourner la tête vers la porte d’entrée. Le barman battit des cils, surpris – tellement que sa main resta suspendue dans le vide jusqu’à que ce Caleb aille ouvrir la porte. C’était Chips, qui ramenait vaillamment les survêtements de son maître. La remarque moqueuse de ce dernier tira un sourcillement concentré au Lespurien, qui envisagea alors avec beaucoup de sérieux toutes les occasions qu’il aurait désormais de « faire preuve d’initiative » à l’égard de Caleb.
Rodrigue observa les gestes de son patron tout le temps, certes bref, qu’il passa à reléguer ses affaires sur le fauteuil et à installer affectueusement son reptomarsupial sur ses épaules. Caleb n’était pas à proprement parler quelqu’un d’ordinaire – ce serait l’insulter-, mais à ses yeux, pour cet œil mort qu’il promenait quand même sur sa gorge ombragée, il l’était. Normal, en fait. Ou du moins, il priait pour qu’il le soit aussi longtemps que le silence règnerait dans sa tête. Un pantin de chair qui s’agitait, qui souriait parfois, avec une histoire écrite derrière le verre de miel de ses yeux, illisible, mais là. Peut-être une histoire comique par moments. Il l’espérait. Son souffle se tarit dans sa poitrine. C’était la première fois dans sa vie que Rodrigue en venait à souhaiter tout le bonheur du monde à ceux qu’il côtoyait, pourvue que cela les sauve, eux. Et que lui, il ait l’occasion d’être comme eux.
Ordinaire, bienheureusement insignifiant devant l’Eternel.


"Donc comme je le disais: re-bienvenue au Downward, Rodrigue."


Il sourit, gentiment. Il avisa la main à nouveau tendue de Caleb, puis leva les yeux vers la patte que Chips venait de dresser souverainement. Et parce qu’il était un peu comme les autres, enfin, Rodrigue ne put s’empêcher d’avoir une expression amusée qui frôla de peu le rire. Surréaliste, il aimait bien ce monde-là, le monde des autres. Avec ses mystères et cette explication si rassurante quant à ses « impressions ». Je ne suis pas fou, Papa, j’ai de la magie dans le sang. C’était plus beau, dit comme ça. Nettement plus beau.


« Merci de votre confiance, Patron. »


Sa main droite alla serrer celle de Caleb, avec une fermeté délicate, prenant un plaisir assez absurde à sentir glisser les phalanges de sa main sous la paume tiède de l’autre. Son regard violet alla croiser les yeux en clair-obscur du Techie, et son expression empruntait là une certaine gravité de circonstance ; gravité qui se liquéfia littéralement en tendresse pas du tout dissimulée lorsque ses yeux glissèrent du côté de Chips, et que sa main gauche effectua très naturellement un croisement au-dessus de leurs mains liées pour pincer à deux doigts solennels la patte tendue de Chips.
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