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 Solutus

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- Très surfait - PATATE royale avariée

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Signalement : Fragment de l'Etrange, 1m90, cheveux noirs, yeux très verts, peau pâle, yeux cernés de rouge par la fatigue, la maladie et la dépendance. La lumière est comme déviée de lui.Élégant en noir, porte toujours des gants. Charismatique de par son statut de démon, voir même beau. Mais finalement plutôt effrayant et dérangeant. On ne cherche pas sa compagnie. Aura glaciale : La température chute au fur et à mesure que l'on s'approche de lui. Le contact de sa peau nue dépose une pellicule de glace sur les objets et la chair, gèle et coagule tout à long terme ( Peau à environ -15 degrés ). On peut le toucher à travers le tissu.


MessageSujet: Solutus   17.03.09 23:22

Les genoux cèdent, et tout s’effondre. Plus de course poursuite acharnée, plus de traque sanguinaire jusque dans les recoins isolés de la toundra glaciaire de Sécaria. Juste lui et le souffle, volute désirable, dans le froid ardent, tranchant comme une lame. Le laboratoire protège à peine ce corps qui tout entier se joint à l’élément, se fait neige acquise, fondant sur le béton de brut et de fer forgé. Englobe-moi, je n’attends que ça.

Les doigts se délient, les yeux se ferment, douloureux comme rayés par le sable. Tout n’est que torture, derrière ça hurle, ça grimace et ça griffe si fort qu’il en pleure lui-même, de ces larmes d’un noir plus sombre que l’anthracite. C’est terminé.

Le bourreau est la victime.

Ce n’est pas un quelconque humain qui se tord sur ce sol, c’est le Seelenzerstörer lui-même qui souffre, sans pouvoir le hurler, n’en verse que ces pleurs amers de goudron qui se perdent dans la noirceur des lieux.
Ca contraste… avec ses yeux rouges, sa peau blafarde, ses lèvres violetées de myriades de petites veines enflées.
Ave maria, on en ferait un tableau.

Les mains tremblantes s’arrachent au sol qu’elles ont tordu jusqu’à le déformer et les gants sont lestement arrachés plus qu’enlevé. La moitié du cuir se colle à la peau refroidie, s’y gèle avec l’allure de verrues de peaux mortes gonflées.
Et de sa poche, de la craie.
Un simple morceau, blanc sur noir. On attendait les médicaments.

Longtemps qu’ils ne font plus assez effets.

Le bras s’étend, Seel n’en sourit pas, trace un cercle net, parfait sur le sol. Réduit ce qui reste en une poudre qu’il répand au centre, friable quantité entre les doigts d’airain.
Il marmonne puis se détourne.

Son estomac humain recrache sans ménagement ce qu’il avalé depuis des jours, lui qui ne digère pas.
Ca brule, et la lumière découpe l’ombre de sa main qui se plaque sur sa bouche, arrête le flot putréfié qui s’échappe de lui.
C’est infect, l’odeur lui monte au nez.

Il s’essuie sur sa manche, sort finalement la morphine, tremble en préparant la piqure et s’en injecte la fiole d’un coup, si puissant que le liquide chasse le sang sur tout l’avant-bras.

Il a mal, c’est insupportable. Chaque os, chaque veine demande grâce, appel à la mort. C’est un corps esquinté, un virus attaqué sans cesse. Il se consume si comme chaque molécule d’oxygène était le plus ardent des brasiers, le plus corrosif des acides. Et chaque lambeau de chair, qui s’arrache là de ses avant bras alors, pouvait encore le faire hurler. Mais ça ne s’évacue pas, bien sur non. La tête lui en tourne. Toutes les tortures imaginées par les humés, les humains, chaque race n’est que brin de paille à côté de ce qu’il l’étreint. C’est la mort elle-même qui octroie crise cardiaque, mort, souffrance indigne alors qu’elle se refuse à venir.
Bien sur, il n’est pas vivant. Et chaque fois que ce faux cœur arrête de battre pendant plusieurs minutes, la douleur l’assomme. Parfois même, elle ne repart pas avant que toute cette impuissance ait rédui le démon aux limbes de l’inconscience.

Il ne cesse de crever. Et il le mérite, lui l’assassin. Le meurtrier sans nom dont on scande le nom, la derrière. Seel, Seel. Ce sont eux, ces vermines qui se vengent, se trainent dans chaque articulation, étendent leur esprit de damnés par son squelette et le torturent... de l’intérieur.

Il renifle bruyamment, les yeux mis clos. Poser les mains à plat sur ses genoux pliés est une torture. Articuler le fait souffrir, chaque muscle de sa mâchoire grince, ses dents se déchaussent, du moins le croit-il. La langue n’est elle-même qu’une chape de plomb assoiffée qui se refuse à bouger.

La litanie. C’est ce son grave qui lui arrache la gorge. Des mots ; presque une chanson. C’en serait beau si ce n’était pas venimeux.
Et alors qu’il récite ce texte appris à cœur, le cercle s’embrase, devient flamme contrôlée puis rougeoiement intense de braise encore fraiches.

Le vent d’abord, si ce n’était pas plutôt le souffle de la bête qui s’engouffre dans les cheveux noirs, les soulève. Apparait de ce sol encore anodin. Puis l’intérieur du cercle fond, se disloque dans une marre putride, tombe à l’infini.
Un puits, Seel s’y penche sans peur du vide.

Les yeux verts retournent à leur couleur d’origine, de ce marron humain. Terriblement mortel. Et les effluves qui s’en échappent sont elles de ce vert si effroyable.

Ca ne dure que cinq minutes où toute la pièce semble raisonner de hurlements.

Et ça se bouche. Du tracé ne reste qu’une fine ligne de cendre. Seel a les mains devant les yeux. Et quand ses paupières se relèvent enfin, le vert est à sa place.
Brulant l’obscurité.

Silence. Il n’a plus mal. La morphine injectée fait effet subitement, le plonge dans un trip délirant. Il n’a pas le sourire non.

Seel accumule les âmes, se constituant au travers d’elle un réseau complexe de sentiment, d’émotion.
Il est désormais vide, une coquille dans la flotte.

Un démon. Le Seelenzerstörer et pas Seel.
Calliope déteste ces quelques jours.
Elle a raison.

D’un geste souple, le démon se relève, promène son regard sur la pièce puis achève de nettoyer son visage sans grande conviction. C’est... qu’il ne se voit pas.
Les mains nues viennent épousseter le pantalon, puis la chemise.

Il y a quelqu’un, le démon relève la tête comme un animal dont on a trop souvent courbé l’échine. Sa nuque lui en fait presque mal.

Il y a quelqu’un.

Quelques pas, qui sonnent clairs dans le silence ambiant. Il se jette en avant, attrape de sa paume nue un bras qu’il enserre, comme le serpent. Il ne sourit pas non, ses dents cloitrées derrière cette expression fermée. Il dévisage sans reconnaitre, du moins pas encore.

« Qu’as-tu vu ? »


Dernière édition par Seel le 09.09.09 21:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Solutus   18.03.09 18:05

C'est une main fine. Manucurée. Aux ongle un peu longs. Et très pâle, pleine d'os. Se trisse un p'tit peu alors que Seel saisit le poignet maigre qui s'y rattache, et on entend un glapissement distingué, quoi que sincère. Au bout du bras, c'est la gueule lunaire et pointue d'une créature que tu connais, Seel, et que tu ne pensais jamais revoir. Les lunettes studieuses et les longs cheveux ligneux ne trompent pas. Non plus que ces yeux dévorés de noir, plus encore que d'ordinaire, à cause de l'obscurité.

Tu as choppé Daje par le bras et sa peau est en train de chuinter de froid, lui coupant son sifflet d'ordinaire si aiguisé. Il y a beaucoup plus d'enfants de la nuit la nuit, Seel. C'est ce que son expression semble traduire. Aleister tire sur son bras, visage contracté comme s'il était inquiet -en fait, le froid le dévore, il souffre, c'est épouvantable. Peut-être pourrais-tu lui laisser sa main ? A moins que tu ne comptes l'emporter avec toi comme trophée ?

Pourtant, Daje pensait qu'il aurait la paix, ici. Il n'y avait ordinairement que des rats maigrelets à y traîner, et quelques junkies auquel il collait une frousse de tous les diables. Ca le détendait, et son humanité n'en était que stabilisée.
Mais là, cette nuit, c'était différent. On aurait cru quelqu'un à l'agonie. Audible depuis très loin pour le Versatilis. Il s'était approché pas à pas, méfiant, armé. Peut-être était-on en train de régler un compte ? D'assassiner quelqu'un ?
Non. La silhouette était seule, tourmentée. Il regardait quand la morphine s'injecta dans le bras. Il reconnu les gants, avant qu'ils ne soient arrachés. Le rituel, il le reconnaissait aussi. On n'est pas bibliothécaire ésotérique si on ne sait pas de quoi on parle. Il avait vu les pleurs, les vomissements, le cercle brûlé...

Le seul truc qui lui avait échappé, c'était la fin. Le moment où le démon se jette sur lui comme un possédé -haha.- et lui imprime ses doigts dans la chair.

Là, il avait pas vu venir. Et il s'en mord les dents à présent. Le Seel sauvage semble encore plus démentiel que le Seel urbain. Pourtant, l'extratyrestre fait presque bonne figure, esquisse un sourire -alors que les doigts de sa main libre bravent le froid foudroyant de la peau de Seel, grattant la pulpe de ses doigts du bout des ongles en cherchant à lui faire lâcher prise-, et salue.

- Vu ? Vu, pas vraiment vu. Entendu, en fait, surtout. Vous étiez de dos. La plupart du temps. Quand vous étiez debout. Et assis. Et hm-bonsang.


Ca, c'était le moment hypothétique où la main finit par être libérée. Daje, impromptue marque de faiblesse, tombe à genou -Seel le retenait à peu près uniquement par la poigne jusqu'à présent, avec le drôle d'angle corporel en prime- maculant de poussière le beau pantalon noir enrobant d'obscurité ses quilles de sauterelle. Il ressemble à présent tout à fait à une mante religieuse endeuillée, avec sa queue de pie cheloue, qui traîne par terre aussi, à présent. La peau ravagée est serrée contre son buste. Expression voilée d'un rideau épais de cheveux-balayette de soie se tâchant au sol. Il est beau et délicat, quasiment sans défenses. Un des rares Versatilis qui ne semble avoir juste que sa haine et sa folie comme armes, et hypothétiquement le Balisong qui traîne, voir le chandelier. Tu pourrais lui écraser la tête pendant qu'il est occupé avec son bras. Si ça t'amusais, Seel.

Mais au final, il est faible comme tu l'es en ce moment. Il s'en remettra. Toi aussi. Pas de la même manière, c'est vrai. Lui n'a juste pas besoin de morphine.

- Néanmoins, je pense que je suis assez content de vous revoir, Seel. Nos rencontres sont toujours chargées d'émotions.

Auto-dérision. Il se redresse comme un arbre estropié, le sourire léger et douloureux. Son front brille, et quelques mèches trop légères s'y sont collées, dessinant des arabesques couleur d'or au fronton de sa souffrance.
La chemise immaculée s'est souillée de pourpre, en aval.

Vous êtes beaux, tous les deux, dans votre horreur.


Dernière édition par Daje le 13.03.10 17:44, édité 1 fois
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- Très surfait - PATATE royale avariée

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Signalement : Fragment de l'Etrange, 1m90, cheveux noirs, yeux très verts, peau pâle, yeux cernés de rouge par la fatigue, la maladie et la dépendance. La lumière est comme déviée de lui.Élégant en noir, porte toujours des gants. Charismatique de par son statut de démon, voir même beau. Mais finalement plutôt effrayant et dérangeant. On ne cherche pas sa compagnie. Aura glaciale : La température chute au fur et à mesure que l'on s'approche de lui. Le contact de sa peau nue dépose une pellicule de glace sur les objets et la chair, gèle et coagule tout à long terme ( Peau à environ -15 degrés ). On peut le toucher à travers le tissu.


MessageSujet: Re: Solutus   24.12.09 18:35

C'est un Seel réincarné, transformé, qui observe cette silhouette au sol avec un certain intérêt. Autour de lui tout n'est que chaos de béton tuméfié, ça sonne encore un peu, véritable élément vivant. Qu'est ce qui est vrai ou pas ? Cette tignasse, concentrée sur le sol, est-elle une cloque où un être qu'il a blessé ? Une âme échouée, perdue dans les méandres de ce laboratoire qui aurait glissé hors du puits des enfers. Un rejeton échappé. Qu'est ce qui dans ce regard qu'il a croisé le différencie des choses inanimées. N'allez pas croire que le simple fait d'avoir des yeux peut l'en chasser, les choses voient aussi, et ont cette mémoire particulière des choses qui ne meurent pas.

Ce laboratoire n'oubliera jamais ce qui vient de se passer et chaque respiration de ce lieu éminemment rough se tend vers son pouvoir, se concentre autour de sa carcasse comme un chien affectueux. L'âme de la magie s'est délectée de ce spectacle, elle ronronne de contentement et aboie pour le faire fuir, mais sans vraiment y croire. Par sa simple présence, il a réveillé d'anciennes effluves enfouies, galvanisé leur puissance. Il sent cette tension, s'il n'était pas lui, sans doute l'auraient-elles déjà attaqué. Mais il est juste pour l'instant un maître qui tend le repas. Et on ne mord pas la main qui vous nourrit, jamais. Oui, le laboratoire va s'en souvenir. Et en rire.

Mais Seel se fiche de toutes ces considérations, il est comme un enfant joueur, une fois sa colère passée, qui regarde Daje se redresser. Quelle chic, quelle élégance dans ce bras tuméfié. Pour un peu, le démon s'en jouerait, de poser sa main un peu en avant, de décorer de quelques éclats cette peau de neige, d'y fondre un peu de glace pour la briser. User de son pouvoir comme le pacte l'en interdit. Daje n'est pas tout à fait innocemment mais n'entre pas dans cette classe que le démon peut assassiner sans rien craindre. De toute façon, il n'en a pas l'intention. Seel aime cet espèce de grand épervier blanc en costume de dandy, ces manières outrées puis soudainement conciliantes, tout ce qui fait de ce simple bibliothécaire un peu plus qu'un teneur de boutique.
Entre inhumain, il paraît qu'on se comprend.
Va savoir.

Pourtant le démon se contracte, au delà de son amusement, il sait qu'il a fait une grave erreur et que si la Daje raconte ce qu'il a pu entendre ce soir, il brisera le pacte avec Calliope. « Tu resteras à mes côtés tant que tous te penseront hume, et tu aura mon âme ». Trente ans, une seule connerie. C'est une roulette russe sans balle et sans pistolet, si ce n'est ceux qui tirent au fond de ce regard noir.

« Alors vous avez vu »

Houston, nous avons un problème. Qui a vu verra, et qui verra ne verra plus. Deux pouces et c'est terminé. Qui ira croire un aveugle. Seel se saisit de Daje avec une force non contenue, plaque sans résistance la frêle silhouette contre un mur, défait l'épaule de sa poigne, arrache les vêtements et le claque au sol. Agenouillé, il attrape la tête et enfonce ses ongles au delà des paupières fermées jusqu'à sentir leur consistance craquer. Un sang noir, qui gicle en flaque, Seel qui a le sourire et les mains du versatilis qui s'agitent dans le vide.

Du calme. Daje est toujours là, avec son sourire en demi-lune et le démon cligne lentement des yeux.

« Vous vous promenez un peu tard et un peu loin de Sécaria pour être honnête M. Vargitimmen. Surtout dans un endroit où personne ne vient vérifier s'il y a des cadavres »

Joue au flic suspicieux, bien sur. Plus crédible s'il n'y avait pas cette odeur de souffre en fond, Seel ne sait plus bien si Daje connait sa nature où s'il le prend pour une espèce éteinte. Il le sait différent, il n'y a aucun doute. Mais à quel point.
Il souffle sans qu'aucune vapeur ne s'échappe dans ses lèvres, reste de longues minutes silencieux comme un serpent qui attend la faille. De manière assez patiente.

« Qu'est ce que vous voulez ? »
C'est joli de sous entendu cette phrase, très mignon pour un démon.
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MessageSujet: Re: Solutus   13.03.10 17:44

Il y a plusieurs façons d'apprendre les manuels scolaires, et puis les autres livres, ceux qui ne sont jamais, jamais au programme. La première est celle des cancres, survoler les pages, ne retenir que les informations lumineuses d'avoir été trop surlignées, et passer à la trappe tout le reste, tout ce qui relève de l'anecdotique, du manque de concret. Et dans son studieux cabinet à l'intérieur de sa tête de piaf, Daje n'as jamais été un cancre. Ses diplômes imaginaires de maître occultiste n'ont pas été trouvés dans les pochettes-surprises de sa fantaisie, chaque connaissance, clamée ou tue, le Versatilis a toujours mis un certain... Honneur à la valider avant de s'en vanter.
Alors il s'interroge.

Il s'interroge en silence, à demi replié, même debout -de l'avantage d'être si grand que l'on peut plier depuis la verticale sans ressembler à une boule-, autour de son poignet étoilé de doigts. Sa main s'est repliée toute seule, oiseau blessé, petits ongles en demi-lunes trop coupantes un peu entrées dans la peau. Du sang sombre gâche -ou sublime- la vision de cette chair pâle, brûlée de façon toute chirurgicale, sans grande effusion de fluides. Seulement de la douleur. Blessure qui s'adresse aux nerfs plutôt qu'aux effets spéciaux. L'efficacité mortelle des petits pistolets mignons.
Ça le fascine, Vargitimmen, depuis qu'il s'en est redu compte. Ça l'obnubile un peu. Alors il réfléchit lentement à autre chose, tout absorbé qu'il est par son entaille à l'âme.. Seel a posé sa main, et le voila Marqué. Personne n'avait osé le faire, par crainte ou par pressentiment que cela n'aurait rimé à rien, que Daje était quelqu'un de trop indépendant pour obéir à ce genre de déclarations d'appartenance...

C'est drôle et Seel ne doit pas y réfléchir ainsi. Et peut-être est-ce pour cela que c'est tant un motif d'épouvante : la lésion que l'on laisse sans y penser est toujours la plus brûlante.

Le regard est trouble, piqué de choc, alors qu'il allait bien tout à l'heure. Les mots de badinage, toutes les phrases prétrempées dans le formol guindé de son existence, ont fondues sous la chaleur du froid, sous la digne épouvante, et c'est terriblement à retardement que la Daje se retrouve sans voix. On a fermé les manuels, dans sa tête, ou plutôt on leur a renversé de grandes bassines d'eau pour que les mots restent flous et la concentration une excuse lointaine.

Il a vu. Bien sûr, il a vu, il n'en a pas perdu une miette. Les créatures dénaturelles n'ont que rarement l'occasion d'apprécier un si joli spectacle. Il a vu mais il ne peut pas l'avouer, parce qu'il a été Marqué, et parce que cela justifie déjà en soi leur égalité. Si Seel se pense, soudainement, en position de faiblesse, il est le seul, et peut-être bien que cela se traduit, à travers les tessons de bouteilles raffinés et piquetés de diamants d'apparat des lunettes du Libraire. Ça et la haine, et puis autre chose de plus acide et plus doux. Un instant...

Le bras se rétracte ainsi qu'une patte de grenouille qu'on cherche à tremper dans l'acide. Et voila la Daje qui redevient elle-même, piquante et vindicative après des abords trop sucrés -un vrai radis à la croque-au-sel- et il secoue la tête, et il lisse les étendues froides de ses cheveux déneigés. Et puis il susurre, comme une confidence.

" Oh vous savez, j'apprécie assez les brancards en morceaux, les voileries de pudeur déchirées, les instruments coupants et puis perforants que l'on a laissé là à rouiller.. Je me sens un peu un élément parmi mes semblables... Je suis certain que vous comprenez le sentiment... "

Un peu vil, un peu bas, cela manque de quelques grains de subtilité... La nuit, l'obscurité de la pièce, et cet écho un peu délicat des couloirs balafrés les lui offre, et son air délicatement théâtral compte pour le reste. Il s'éloigne de quelques pas, mais c'est pour déplier une vieille affiche, d'un service médical oublié, taguée de noms qui n'existent plus dans la mémoire collective de l'endroit. Et pus se retourne et ressemble soudainement à un avocat.

"Ah, ce que je veux. Je suis à vrai dire un peu déçu, vous ne jouez pas longtemps. Peut-être est-ce une histoire d'ambiance, arracher des masques déjà ôtés ferait redondant.. (Agitation de main. En fait, il a des scalpels plein les poches, et aucun n'est couleur de métal neuf. Il s'en passe un sur le bout des doigts sans arriver à éprouver sa peau, avec le manche des autres qui ressortent de ses poches comme des sucreries un peu létales.) Fragile.. Ah.. "

Et c'est là que l'on se rend compte, toujours, que la plus grande erreur des manuels scolaires, c'est de ne donner aucune leçon de comportement. Ils préfèrent laisser ça à d'autres, d'autres qui ne sont pas toujours présents dans l'équation. Daje continue à ne rien faire avec sa tête un moment, et puis revient aussi brusquement à la charge, un coin de son sourire planté nerveusement dans les profondeurs de chacune de ses joues, comme si on le luit avait greffé (et que c'était des harpons qui les faisaient tenir.)

" Bien sur que je sais, et bien sûr que j'ai vu. Mais nous avons déjà eu un accord de ce style, et c'est déjà fatiguant. Alors à moi de vous poser une question, à propos de ce que je veux. Je veux savoir s'que vous comptez faire de moi. "

Tu m'as Marqué, après tout. C'est la seule chose qui compte, du fond de ma névrose.
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