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 Sans Raison apparente

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MessageSujet: Sans Raison apparente   08.02.10 0:32

Dans les ténèbres vétustes de son laboratoire, le chercheur cherche.

Sur son visage séduisant et concentré glisse une mèche châtain qu’il repousse sans réfléchir. Courbé autour de sa table, les cuisses stables sur ses pattes velues, le faune, l’ingénieur sybarite et immoral, dessine.
Ses yeux cillent à peine, sa bouche est légèrement entrouverte. Il met toute son énergie et sa pensée dans les courbes violentes de sa plume.

Cyndrel-Jaeret n’est pas seul sur scène. Autour de sa tête, lévitent trois sphères de magie brute. Des Voix d’Ensorceleurs de la lointaine galaxie du Frimas ; des Lucioles d’espoir et de vœux ; des Effluves tyriennes…des ‘morceaux’ intangibles du Voile. Du résidu de magie...d’une rareté et d’une puissance inconcevable.
Les sphères de verre, gravées de symboles ésotériques, retenaient les échos de cette magie prise au piège dans son plus pur apparat, emprisonnée des quatre coins de l’Univers au moyen de technique inimaginable à l’esprit hume.

Et l’escroc, le fouilleur de rêves, l’amoureux de l’étrange les étudie. Il les déplace avec attention, observe leur rencontre, leur interaction. A ces étoiles qui rendraient fou l’Initié lambda.
Et soudainement, très soudainement, une de ces lueurs colorées.... Vacille.

Puis implose.
Dans le laboratoire résonne un son : le son du silence tandis que la plume cesse son va-et-vient sur le parchemin jauni par l’humidité.

Le chercheur lève la tête. Ses yeux ambrés se posent aussitôt sur la lueur responsable du phénomène. Sphère tyrienne, échantillon 627, orangée, forme aléatoire. Il n’a pas découvert sa correspondance dans le schéma du Voile et ne sait donc ce qu’elle peut bien signifier.

« Par les putains des Septs Mers Inversées ! »


Alors qu’il plisse les yeux pour mieux observer le vide, la lumière…se rallume.
Car la Nature a horreur du vide. Et il en est de même pour la Magie.
Elle s’allume. D’un seul coup.
Comme si…elle n’avait jamais disparu de la toile dans laquelle elle dansait.

« Par toutes les patates des Plaines Fertiles de Hion ! »

Et elle bouge.
Oui, elle se déplace. L’échantillon 627 se déplace ! Bon sang, c’est tout bonnement impossible !
Et la lueur absorbe les particules de ses voisines…
Non. Non, elle ne les absorbe pas : elle les ….oh !

« Saint Pistou de cornemusaille ! Eléna ! Eléna ! Appelez le Gardien, vite ! C’est urgent ! Mais non, pas comme ça ! Envoyez cet idiot, là, le gamin...Gavroche ! Qu'il marche, qu'il coure, qu'il vole, coup de pied au cul s'il le faut ! »

Les mains désormais crispées sur le rebord du bureau, le Rhazal ne peut détacher le regard de ce qu’il vient de voir.
Quelque chose de totalement impossible.
Qui ne rentre pas du tout dans les lois et les règles du fonctionnement du Voile.
Jamais, jamais il n’a vu ça auparavant ; et il travaille sur ces sphères depuis un siècle !
Toutes ses hypothèses sont bouleversés, mises à mal par la soudaine danse de l’étincelle tyrienne. Sans raison apparente…

Le vendeur de rêves perçoit quelque chose qui n’a jamais été auparavant : une infime parcelle de chaos.

« Par les couilles de Satan ! C’est la fin du monde, l’Apocalypse, les chiens couchant avec les chats et les Rhazals avec les ourses ! »

Puis, arrive ce qui arrive en ce moment exact, aux quatre coins de la ville de Sécaria.
Le Rhazal est métamorphosé.
....En un petit singe roux, velu, poilu. Très mignon, certes, même adorable, si ce n’était les cicatrices qui barrent son visage et son abdomen. Sans parler des griffes rétractiles de ce qu’il faut bien appeler des mains.
Le singe lève la tête. A droite. A gauche.
Se gratte et mange une puce. Et pense :

• Si je m’attendais à devenir un pongo pygmeus des jungles d’Adhénor ! Une espèce en voie de disparition, rarissime, un trésor de connaissance et de savoir ! Oh bon sang ! On ne sait rien sur la société des pongo d’Adhénor !
Et par tous les poils de cul du Grand Bouc, je suis obligé d’avertir illico presto fissa fissa la Camorra d’une perturbation magique inattendue dans le Voile. Et d'expliquer à des abrutis du cerveau les liens intangibles et fragiles qui animent le Voile. Et merde !
Coincé entre deux découvertes scientifiques toutes deux aussi innovantes l’une que l’autre : l’anthropologie ou les arcanes ? Quel dilemme ! *

Mais le sicaire n'a pas le temps de se tordre les mains. La situation est urgente !
Le singe bondit sur la table. De ses pieds, il attrape une multitude de parchemins qu’il roule et cale sous…son…eh bien, bras.

Il faut qu’il prévienne sa gouvernante récemment embauchée, la jeune et belle Eléna (qu’il a embauché justement pour ces qualités.)
Cyndrel-Jaeret retombe sur le sol du laboratoire. Et court jusqu’à la porte, qu’il ouvre à grand renforts de saut périlleux.

• Eléna !*

Un magnifique cygne se retourne vers lui.

*Qu’est-ce que tu as encore fait, Cyndrel ?!! C’est encore une de tes expériences qui a mal tourné, c’est ça ?!*


Décidément, le beau sicaire n’avait aucune chance avec les femmes, qu’elles soient Rhazal ou glabres.

• Non, non, je ne cherche pas à te plumer, très beau cygne. Mais il me faut absolument mon chapeau. Je ne sors jamais sans mon chapeau, tu sais bien, Eléna, une faiblesse de Rhazal…Et il faut que je voie Eltanin immédiatement. La Camorra doit être mise au courant. Tu as envoyé Gavroche j'espère ?

Imagine l’argent que nous pourrions nous faire en distribuant le remède miracle sur le marché ! Tout simplement génial !*


• Je suis indignée par ton comportement et ton caractère égocentrique, Cyndrel ! Entre nous, c’est fini ! Trouve ton chapeau tout seul ! Et oui, j'ai réveillé ce gamin pouilleux exprès pour la course !!*

Le cygne bat furieusement des ailes et prend son envol vers la fenêtre.
Le singe, lui, reste, hébété, ses papiers sous les bras, puis secoue la tête.
Ah, les femmes. Ces créatures que même le plus ingénieux des chercheurs ne pourra jamais décrypter…

Cyndrel-Jaeret sort de sa boutique. Et observe le marché.
C’est un véritable capharnaüm.
Sa tête rousse et velue engoncée sous un minuscule haut-de-forme, le pongo pygmeus d’Adhénor attend, comptant les minutes qui passent sur une montre à gousset élégante qu’il porte en collier.
Cyndrel-Jaeret sur son apparence éternellement excentrique et sa présence psychique pour retrouver le lien avec son confrère.

Ou avec n’importe quel être pensant et intelligent, s’entend.


[J'attends Eltanin, mais tout le monde est convié à la fête : plus on est de fous, plus on rit...]
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   16.02.10 8:28

Les tenèbres sont éternelles paraît il. Du moins est ce les mots qui ont franchit mes lèvres pour l'oreille perdue. Ais je seulement parlé vrai ? Même moi il m'arrive de me perdre dans les méandres illusoires des désirs qui s'éveillent a moi. La bise agite mes cheveux, danse sans rythme qui a l'avantage de chasser le mal de tête qui me ronge depuis quelques heures. Quelque chose a frémit. Quoi ? Comment ? Là sont des réponses que je n'ai pas. Dommage. Mes sabots claquent sur l'asphalte et il me prend l'envie d'une claquette soudaines qui laisse échapper le tempo sauvage dans le silence ambiant. Un rire d'enfant vient titiller ma gorge mais il ne s'échappera pas de mes lèvres. Barrières que je commande avec la volonté minérale qui m'anime. Pan facétieux, voilà bien un sobriquet que j'exècre. Je soupire. Ils ne comprendront jamais, c'est indéniable.

Silhouette sombre frôlant les murs, la roche avance dans le silence. Je me moque de l'heure ou des saisons, je suis au delà de ses considérations, sauf dans le trésor dormant dans mon jardin, mais chut, ne dévoilons pas mon secret.

Etrangement, l'air frémit, mon nez se lève sur le ciel d'encre, l'iris bleutée de mes prunelles s'agite, incompréhension totale et amusement foeutal. Oh...Y aurait il une déchirure dans le Voile ? Un noeud dans les fils qui le noue ? Une griffe de chat malencontreusement agressive ?

L'ombre change, frétille, s'enroule sur elle même alors que mon champs de vision change indéniablement. Que...

« Gardien ! Gardien ! Mais où est passé ce foutu cornu ?! Me réveiller pour ça...Ah non, mais non, ce n'est pas hume ! »

Quelle chanson bizarre, quel ronchonnement enfantin...Pourquoi le nez me gratte-t-il soudain et surtout, pourquoi ne puis je me soulager de ce picotement ? Par la patate divine ! Ma frange était elle si longue auparavant ? La clé qui ornait si joliement mon cou pend désormais perdu dans la toison brune et épaisse d'un...Enfer et damnation ! D'un bison ?! Ma tête imposante se tourne vers la voix entendue tantôt. Je reconnais le timbre et la mise, un ronflement entre colère et consternation s'échappe de mes...naseaux. Quelle déchéance ! Je reconnais l'enfant et mon sabot droit frotte le sol dans une manifestation d'agacement coriace. Au moins ais je gardé ses cornes dont je suis si fier...Par Pistou le grand !? Qu'a fait ce chercheur aux idées folles ?!

Oeuvrer a quatre pattes n'est, helàs pas mon lot quotidien, aussi ma danse semble un peu malhabile, fragile et en même temps le mouvement de ma queue prends des allures de pendule hypnotique alors que je me dirige vers l'antre du savant fou. Regarde où tu marche Gardien, ou tu pourrais écraser sous ton sabot vengeur une petite boule de poil rousse au haut de forme ridicule.

« Aurais tu retricoté la trame du Voile Cyndrel ? »

Diantre ! Aurais je aimé tempêter ! Hurler ! Me jetter a corps perdu dans une bataille de patates ! Mais je ne le puis, l'Evrest s'est incliné devant la magie...et...

« Je crois que nombres de parasites ont élus domicile sur mon dos... »
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   21.02.10 7:59

Le chapeau haut-de-forme bouge un instant. Le temps que la main velue de son propriétaire déniche une puce sur son crâne qu’il fait exploser entre ses appendices préhensiles. Crac.
Cyndrel-Jaeret redresse la tête vers l’encolure, beaucoup plus haute, de ce qui est, à n’en pas douter, Atlas, le Gardien, le secret, la montagne – poreuse et pourtant inébranlable : Eltanin. Sous la forme quadrupède d’un bison. Il ressent un bref élan de compassion pour la désagréable situation de son confrère. Quatre pattes, quel Enfer !


Magnifique encolure, si je peux me permettre, Gardien. Tu dois t’être réincarné dans un bison des plaines de Lespure. A n’en pas douter, un de ces rares spécimens dominants qui finissent par quitter le groupe social pour entreprendre un long voyage vers l’Est où ils se cachent pour mourir. Intéressant. A ce jour, les Tyriens cherchent toujours la dite cachette. Quant aux parasites, c’est normal. Les mouches sont attirées par ta mauvaise odeur et les autres microbes qui tapissent ton corps sont des nettoyeurs qui récurent tes cellules mortes. C’est pour ça que ton cuir est très prisé dans toute la planète. Ta chair est aussi couramment consommée et tes os sont utilisés par les Hume Vegetalis pour en faire la poudre blanche sacrée du mariage. Tes viscères deviennent des saucisses et tes cornes le summum de la décoration de luxe. On dit souvent : ‘dans le bison, tout est bon.’ Toutes mes félicitations.


Crunch-crunch, fait la puce sous les dents attentives et éclatantes du petit singe roux. Pourtant, sous l’apparence inoffensive, c’est toujours le même esprit, huilé et vif comme de l’acier, qui fait tourner idées et prévisions dans les sons rauques d'une scierie ou d'un orage.


Bref, assez discuté science naturelle, par la petite culotte de la reine Panpan, je ne t’ai pas dérangé pour rien.

Les Sphères ont déconné. Les Sphères de Magie que j’étudiai.
Tu sais que ce monde, Tyr, est une plaque tournante de la réalité universelle, un édifice à la gloire de l’énergie, un pur et brut concentré de ce qu’on ne peut appeler que magie, absorbée d’autres mondes, filtrée par le Voile que l’on lève ou déchire, et qui, finalement, s’assimile sur cet espace, se cale dans les moindres recoins de terre et de boue, strient minéral, végétal, animal, de raies, de pulsions, de liens détournés d’une énergie créatrice, génératrice, quand bien même ne créerait-elle que la destruction.
Tyr est le monde le plus riche et le plus improbable qui existe. De la puissance qui coule dans l’univers, il trie l’orange de la patate, la boue du rubis. Ce monde est…ce monde est une mine d’or qui se fond elle-même, qui se forme elle-même. C’est juste purement incroyable ! Patastisque !

Mais…
Mais la machinerie a déconné. Le Voile…j’ai réfléchi en t’attendant. Je ne sais pas exactement ce que j’ai vu.
Dans la Sphère qui correspond aux échantillons de magie volatile tyrienne, quelque chose a brillé. Disparu. Puis ait réapparu. Pour…pour aller vers les autres.
Comme les synapses d’un système nerveux ; le courant est passé, des impulsions, des ordres ont été donnés.

Ça ne s’est pas produit...ça ne se produit pas. Tout simplement. Ici, sur ce monde, c'est impensable.

J’ai employé le mot tout à l’heure de machinerie. Objectivement, il vaut mieux comparer la relation Tyr/magie à..un organisme et c’est comme si, brusquement, ton cœur décidait de faire le travail de ta rate. Et que les autres organes étaient d’accord !
C’est une improbabilité de rang dix sur l’échelle du Très Très Archi Super Improbable !
Ça tient du…du…de l’Aléatoire. Pur. Simple. Le même chaos que celui qui a provoqué le Big Bang dans la Voie Lactée.

Il y a quelque chose de profondément Aléatoire qui se promène sur Tyr et qui est la cause de notre apparence…que je ne pourrais qualifier au mieux que de burlesque.


Cyndrel-Jaeret, emporté dans son flamboyant discours, bouge, gigote, écarte les bras ; mais là, arrivé à la drastique conclusion que son esprit a tiré de l’affaire, il ne peut que pousser un énorme soupir dans sa cage thoracique étriquée.


Un phénomène purement inexplicable et chaotique. Mon fantasme secret. Rien qu'à imaginer tout ce qui pourrait se passer, j'en ai les sabots ferrés.

Je vois deux raisons de le retrouver :
1. En opposant à la force Aléatoire l’exact opposé de sa force, nous devrions arriver à lancer cette force en magie contraire ce qui veut dire, pour simplifier, que tous retrouveraient leurs formes originelles ;
2. La Camorra doit étudier l’Aléatoire. Je ne sais pas à quoi ça pourrait nous mener exactement, mais pour obtenir une telle action sur autant de monde, et à en juger le temps passé, une action magique permanente qui plus est ! – ce que nul Tyrien n’est capable de faire – l’Aléatoire doit être en train de complètement assécher la magie d’un autres univers. Comme une sangsue magique cosmique, un vampire de l’espace. C’est…enfin…je n’ai jamais vu ça avant et je n’y suis pas préparé. Je ne sais pas, voilà.

Gardien, j’ai besoin de toi et de l’assentiment de la Camorra.
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   14.03.10 12:13

Diantre que cela me démange. Telles de petites piqures amoureuses, je les sens s'imprimer a travers le poil soyeux de ma...Nouvelle apparence. Quelle honte ! De quelle abération du Voile suis je victime ?! Le discour adorable du singe m'émeut, comme la patate qui laisse apparaître sa première racine. Mélange d'excitation, de fierté et d'égoïsme. Mais chut ! Je ne dois pas me laisser aller a la délicieuse impression flatteuse. Que nenni ! Je renacle.

« Cyndrel, tu ne voudrais pas voir ton chapeau disparaître sous la taille d'un sabot transformé n'est ce pas ? »

La magnifiscience reste néamoins l'instant est dérangeant. Mais l'utilité d'un singe est necessaire et, par Pistou Ier, qu'esce que cela démange. Un parasite de moins, vite embouché, vite croqué, vite avalé. Sommes nous descendus si bas ? Nous qui connaissons des mondes que le commun des humes ne pourrait même pas imaginer. Quadrupède je suis, maudis je suis, dépité je suis...Colérique, je serais. Lorsque le Voile aura achevé son tour démoniaque.

« Es tu en train de me parler de...Hasard ? »

Le bison que je suis écarquille ses yeux chocolat, un brin larmoyant, presque dissimuler par une frange auquelle je ne me ferais pas ! Le Hasard ! Notion fntasmagorique ! Idée divine qui ne peut être. Nous sommes les maitres du hasard mais il semble que l'esclave se soit affranchit du maitre.

« Par la Divine Patate ! Cyndrel ! Ne me parle pas d'Aléatoire et de Hasard ! Cela ne se peut ! Je ne peux tolérer cela »

L'encolure s'agite de soubressauts nerveux, les naseaux frémissent avec un exotisme débordant.

« Cherche et trouve, Cyndrel et rends toi maitre du Hasard, la Carmorra doit comprendre, savoir et détenir »
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   21.03.10 19:50

Cyndrel-Jaeret examine un instant, d’un œil soudain ébahi, les mouvements nerveux qui agitent le bison, l’écarquillement de ses yeux bruns et l’accent grandiloquent de sa voix psychique.
Serait-ce la mention de hasard qui le mettrait dans cet état ?...

Eltanin aurait-il été sous sa forme originelle, et non sous l’apparence de ce quadrupède qui, malgré ses qualités énoncées plus haut (si, si, souvenez-vous), restait tout de même, comment dire, moche – c’était tout à fait le terme –le Rhazal aurait certainement été enthousiasmé par l’envolée charismatique et mouvementé de son confrère.

Dans la situation actuelle, cette ultime déclaration sombra dans un néant de consternation silencieuse et un brin d’hypocrisie. La pause dramatique se prolongea jusqu’à ce que le chimpanzé reprenne ses esprits et se rappelle qui exactement il avait sous les yeux. C’était le genre de constations qui avait tendance à vous réveiller un bouc en pleine nuit, trempé de sueur après un terrible cauchemar. Brrrrr !

N'empêche, Cyndrel-Jaeret ouvrit son petit carnet de notes mentales et rajouta, dans la liste des choses à faire, ceci :
- Détourner les fonds de Verrik Kurr à son profit
- Faire fonctionner cette putain de cafetière correctement
- Sauver Sécaria
- Dialoguer avec Eltanin au sujet du hasard sous sa forme normale.


Le lecteur pourrait découvrir avec beaucoup de surprises la liste des nombreuses choses qui traversent l'esprit d'un sicaire Rhazal à ses heures d'ennui mais, pour la préservation de sa sanité et pour la préservation de la continuité historique de la discussion, nous allons revenir au moment X où le plan diabolique de la Camorra se met en branle.


Cyndrel n’avait jamais aimé Sécaria qui était, selon lui, ‘le trou du cul hyperspatial de l’univers-bulle’. Il aurait tout fait pour se retrouver, disons, dans un continent chaud avec du sable, des plages et des Rhazales nubiles habillées de voile léger, et du ashfr. Beaucoup d’ashfr. Que voulez-vous, on est un pirate de l’inter-espace ou on ne l’est pas, et l'ashfr, dans le premier cas, est indispensable.
Dans tous les cas, la clef pour sortir de ce monde, se tenait devant lui et il avait fortement intérêt à le ménager s’il désirait obtenir ce qu’il souhaitait dans un futur plus ou moins proche.

« Euh… Ouais, bien sûr. J’y vais de ce pas.»

Le singe resta planté quelques secondes de plus dans sa fixité. A un moment, il ré-ajusta le bord de son chapeau.

Se poser la délicate question du ‘comment retrouver un tout petit grain d’Aléatoire dans un bordel pareil.’
C’était, disons, comme chercher une aiguille dans une meute de foin.
Et comment faisait-on, dans ces cas-là ? On brûlait tout.
Hmmm. Non, difficilement faisable. Ses patrons lui feraient passer un sale quart d’heure s’il recommençait à plonger des nations entières dans le chaos. On lui avait clairement expliqué ce qui arriverait au reste de ses cornes s'il faisait le con une nouvelle fois.
Alors, quoi ? Construire un aimant ? Pratique, certes, pour des objets en métal. En l’occurrence, on cherchait plutôt quelqu’un.

Les probabilités de rencontrer un tel être par hasard – ahahahahaha, quelle farce – tournaient autour de une chance sur un million.

Autrement dit : il fallait utiliser les flamboyantes ressources de la Camorra et de son ingéniosité. Cherche, cherche,…ah !

« J’ai une idée. Et si nous utilisions un microphone haut-parleur et parcourions la ville en demandant poliment à la personne qui est la cause de tout ceci de se montrer ? »
Proposa d’un seul coup le chimpanzé (reparti, certainement, dans des délires hallucinatoires de voile léger et de cocktail de pistou avec des petits parapluies dedans.)

Mais, en soi, l’idée, quoique franchement ridicule, avait l’attrait certain de leur éviter d’interroger les milliers d’habitants de Sécaria.
Rester à compter sur la bonne volonté et la conscience de ses magiciens fous.

Et du bison, bien entendu, car il était évident qu’un chimpanzé lilliputien avait peu de chances de survivre dans cette cohue, fût-il un des ressortissants de cette race superbe qui avait donné un prix aux mondes (soldé par période d'ère glaciaire).
Aussi se mit-il à observer le bison avec un regard mi-inquisiteur mi-flatteur, avec, disons, cette petite pincée d'hypocrisie et de bluff qui était censé faire plonger Eltanin du côté de la force obscure.
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   08.06.10 6:47

    Notes de LMdD sur l'aspect Temporel : Plusieurs jours se sont écoulés depuis le sortilège Vice-Versa. Les animorphés et les Humorphés ont été traqués et parqués dans des conteneurs des Docks au nord de la ville. En parallèle, un "remède" fut mis au point. On commence à peine à distribuer une mystérieuse pilule rouge, qui permettrait à tous de recouvrir une forme humesque (ou animale).




Citation :


- Sauver Sécaria
- Cambrioler la joaillerie
- Etudier les comportements humesques lorsqu’en proie à la folie > Ne pas faire confiance aux hippopotames.
- Sphères ? > Voile toujours troublé.
- Horlogerie d’Atropos ? > Atropos disparue ?...

Un singe lilliputien, aux poils longs et roux, reposa sa liste sur la table lisse de son comptoir, et raya méticuleusement les quatre dernières lignes en manipulant un gros fusain noir entre ses sept doigts. Le singe, dans lequel un expert reconnaîtrait aussitôt un représentant de la très rare et pratiquement inconnue espèce des pongo pygmeus, portait de minuscules bottines en feutre et un gilet principalement composé de poches où il avait aligné des rossignols, des allumettes et d’autres petits objets luisants inconnus des tyriens, ainsi qu’une série de fléchettes en acier qui pendait sur ses hanches et semblait presque trop lourde pour la petite créature. Un tel accoutrement avait de quoi détonner : mais le faune sybarite ne pouvait empêcher son éternelle excentricité de s’exprimer, même dans des situations proches de l’Apocalypse. De même, les cicatrices qui barraient son visage, et les protubérances sur le haut de son crâne, humanisaient singulièrement l’attitude du petit animal. Dommage que l’effet soit gâché par la manière presque compulsive qu’il avait de manger ses poux et ses puces.

Une fois qu’il eût soigneusement barré ses derniers succès, il reposa le fusain contre la machine à sous et jeta un regard mi-agacé mi-amoureux à la première ligne de toutes. Sauver Sécaria. *Toi, tu me résistes* songea-t-il, et une esquisse de sourire affina ses lèvres simiesques en une parodie affectueuse.

Lors des premiers jours de l’animorphose, Cyndrel-Jaeret n’avait pas chômé. Traversant la capitale d’un bout à l’autre, il avait bâti un mégaphone d’occasion et avait sonné l’appel, recherchant des magiciens capables de l’aider dans sa quête. Quête qui avait été contrariée par l’arrivée impromptue d’animaux chasseurs et fouilleurs de secrets, de bêtes savantes qui voulait mettre les autres en cage…dont lui, le bandit qui avait pillé les tombes d’Erohosh, le marchand qui avait accaparé le monopole économique du Sultanat, le bouc qui avait dialogué avec Tallès le compteur de pyramides, le voyou qui-ne-portait-qu’une-seule-corne, le ! …- oui, bon, oubliez cette dernière partie – certainement le Rhazal le plus vif et le plus ambitieux de la Camorra, et un des meilleurs danseurs de claquette qui se produisait sur Tyr ! Oui, ces crétins d’humes avaient osé poser leurs sales petites pattes écailleuses sur lui ! Eh bien, certains l’avaient eu dans le bec (littéralement) !

Cyndrel-Jaeret avait donc filé sans trop faire de vagues, mais il avait perdu Eltanin en cours de route. Qu’importe, s’était-il dit. Le Gardien, même sous sa forme normale, était un des extraterrestres les plus intimidants qui avaient posé pied sur Tyr ; mais sous le masque d’un bison, il devenait ‘carrément flippant’. Il avait de suite rejoint l’Ookami no Uta, et était entré précipitamment dans sa boutique pour mettre sous verrou ses affaires les plus précieuses et ses butins illégaux et magiques. Comme il l’avait prédit, quelques-uns de ces animaux disciplinés étaient venus fouiller sa boutique et avaient interrogé les Razhals alentours, avant de les escorter au centre-ville. Tout s’était passé dans une ambiance calme et cordiale ; mais loin de partager l’amabilité de ses confrères, Cyndrel-Jaeret s’était camouflé dans son laboratoire et avait veillé à ce que personne ne touche à ses petits trésors.

Et voilà où il en était maintenant. Un des rares membres de sa race à avoir refusé d’accompagner les humes dans leur plan démentiel, le chercheur continuait à ressasser son échec et à monter des projets trop ambitieux pour lui. Eltanin lui avait dit : ‘Cherche et trouve.’ Jusque-là, il n’avait rien trouvé.
Comment retrouver une aiguille dans une meule de foin ?
Comment retrouver le magicien responsable de tout ça dans Sécaria ?
Les questions se bousculaient, et restaient sans réponses. Le faune, sous ses traits de singe intelligent, avait passé des heures et des heures à retourner le problème dans sa tête. Sa première expérience avait été un échec ; mais la vie était faite d’échec. Ils étaient nécessaires pour atteindre le mieux, la perfection, le succès.

Qu’est-ce qu’il pouvait faire de mieux pour inverser le sort que la ville subissait ? Le plus simple était de retrouver le magicien coupable, et de le persuader de se concentrer sur l’effet inverse. Mais même cette théorie ne tenait pas debout ! Qui, parmi les Rough et autres Initiés, pouvaient posséder assez de puissance pour effectuer un tel changement ? Et encore pire : qui, en possédant ce pouvoir, maintiendrait délibérément le sortilège sur la population…et sur lui-même ? Sans doute un fou, et cela n’enchantait pas particulièrement le Razhal. Ou alors, il s’agissait…d’autre chose.

Quoiqu’il en soit, Cyndrel-Jaeret était particulièrement fier de lui. Malgré les échecs répétés et les expériences ratés, il avait finalement réussi à mettre un point un petit joujou arcanique qui lui permettrait peut-être de trouver une réponse à ses questions, et à celles de la ville entière. Ce joujou était une copie des Sphères qui paressaient dans son laboratoire, et, tout comme elles, elle réagissait vivement à la magie qui l’entourait. C’était peu, mais le Rhazal avait en tête que, pour retrouver l’étincelle de chaos qui avait perturbé le monde rationnel, il faudrait aller à sa rencontre armé d’une énergie semblable.

Le pongo pygmeus ajuste d’ailleurs sa dernière création dans une sangle très spéciale de sa poitrine. Au toucher, le globe paraissait presque liquide et il dégageait une odeur de sicomanthe et d’émanlienne très forte.
Le voyou plia sa liste en quatre et la rajusta dans une de ses poches, à côté d’un morceau de fusain cassé, puis il bondit et son élan le porta directement sur la poignée de la porte. A partir de là, il s’agita jusqu’à la porte cède et s’ouvre en grand, envoyant valser dans la rue le Razhal qui se vautra aussitôt dans une flaque de boue.

• Xbrbrbxbrbxbrpooqdoijfojssuiru ! Je déteste ce village de bouseux et de paysans arriérés ! * maugréa-t-il dans ses poils. (Aux yeux d’un extraterrestre, Sécaria n’est qu’une crotte de mouche, non, un atome, une molécule, un quark, une corde parmi les autres cités des plus grands univers.)

Cyndrel-Jaeret sentit que sa journée allait être très longue. Il se releva énergiquement et progressa par bonds rapides et souples sur la place vide. C’est alors que son regard tomba sur une sorte de file d’attente qui se formait au loin, sous les alcôves sombres et mal famées du Marché. Intrigué, le Rhazal s’avança et observa le phénomène…et bientôt, il les vit !
Des humes.
Nus, mais de vrais humes. On ne pouvait pas s’y tromper : tout glabres et tremblotant, mal vissés sur leur deux pattes, et qui rougissait d’être nus. Mais dans l’esprit de Cyndrel-Jaeret, ce qui résonna à cet instant…c’est qu’il ne s’agissait plus d’animaux.
C’était un type baraqué et vêtu d’un peignoir violet qui assurait la distribution des petites pilules rouges qui accomplissaient ce miracle. Cyndrel-Jaeret en resta bouche bée. Il accourut aussitôt prendre sa place dans la file, et en profita pour doubler la moitié des animaux, se faufilant entre les pattes de plus grands. Il glissa à un moment un croche-pied à un gros mille-pattes et finit par s’immobiliser derrière le dos avachi d’un ornithorynque.

• Mais…comment…qu’est ce qui se passe ?* demanda-t-il à la ronde, complètement pris de court par le tour que prenaient les évènements.
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   28.06.10 21:26

Depuis que l'étrange phénomène était tombé sur la ville de Secaria - et peut être aussi ailleurs, qui pouvait bien le savoir - les choses étaient tout autres, et les personnes avaient un comportement qui ne leur ressemblait pas. Tout un chacun tentait desesperement de comprendre ce qui lui arrivait, mais aussi de résister face aux autorités mises en places, qui devaient accompagner leur mise en lieu sur le temps que l'on trouve un antidote au maléfice. Certains avaient choisis de se rendre et d'accepter la prison, mais aux yeux d'Anastase, il n'était que des faibles.

La jeune femme s'était retrouvée bien surprise quand elle s'était rendue compte de la petitesse de la chose qu'elle était devenue. Alors qu'elle s'employait à se vernir les ongles, comme à son habitude; elle avait entendu un grand 'ploc', le bruit lourd de la fiole de verni noir qui venait de s'écraser sur le marbre blanc de sa demeure. Comment était-ce possible ? Depuis les siècles qu'elles avait derrière elle, elle devait pourtant savoir comment s'activer à vernir ses ongles sans la moindre erreur ? La maladresse était tout autre, et elle remarque bien vite pour quelle raison elle avait laché le flacon.

Ce n'était pas bien compliqué. Ses minuscules pattes d'insectes ne pouvaient tout bonnement pas tenir la fiole de verre. Et dans les débris qui jonchaient maintenant le sol, Anastase s'était aperçue qu'elle était maintenant une toute autre personne. Ou un tout autre être; si l'on puis dire. Qui aurait un jour songé que la belle et grande dame de la Camorra ne serait un jour pas plus élevée qu'une simple abeille ? La violoniste se rappelle encore avoir songé immédiatement à son commerce. Comment allait-il pouvoir continuer ses affaires dans un tel état ? Jamais les autres ne la prendrait au sérieux sous une telle apparence ? Ce n'est que quelques temps plus tard qu'elle se rendit compte à quel point la situation pouvait être bénéfique, d'un point de vue financier.

Bien des moments avaient passés depuis la découverte de cette anomalie; et désormais, la jolie Anastase ne se préocupait plus du tout des mêmes problèmes. Ni de son nouvel aspect d'insecte; ni de son commerce. Si elle était maintenant plus heureuse que jamais - en dépit d'un incident que nous developperons un peu plus tard - c'était parce que ses différents contacts avaient réussit à trouver un antidote. A vrai dire, il n'avaient fait que le voler aux autorités, ce qui revenait sensiblement à la même chose. En revanche, ce qui différait était le résultat. Depuis qu'elle avait fait cette acquisition, la jeune femme avait developpé un commerce souterrain de petite pillules rouges; et tentait vainement d'écraser toute concurrence. Si les humes voulaient reprendre leur apparance - autant que tout autre race, d'ailleurs - ils passeraient par elle et rien d'autre. Là était son objectif.

Anastase se trouvait seule, dans une grande tente tapissée de velour qu'elle avait fait dresser au beau milieu du marché. Dehors, deux gardes à l'allure de colosse veillaient à ce que les transactions se déroulent à merveille. Une troisième personne distribuaient les pillules et empochait le butin qui reviendrait directement dans les poches de la jeune femme. Ce qui était plaisant avec le personnel démoniaque, c'est qu'il n'avait que faire de l'argent; et laissait donc tout cet or dans les caisse de la jeune femme. Elle, devait trouver une autre manière de payer; chose qu'elle ne connaissait que trop depuis qu'elle avait elle-même vécue avec un démon. Elle avait toujours su à quel point le trafic d'âme était rentable ...

Pour autant, quelque chose clochait. Maintenant qu'elle devenait plus riche encore; un autre détail la dérangeait. Bien que la transformation semblait ne pas avoir d'effet secondaires sur ses clients; elle n'avait pas eût cette chance. La jeune femme s'était presentée devant son mirroir pour regarder les bienfaits de cette pillule miracle et quelque chose de spécial était arrivée. De petite abeille; elle était devenue femme. Mais pas la magnifique jeune femme au physique des plus agréable que tous connaissaient. Non, Anastase était devenue agée.

Là, devant le mirroir, une femme qui semblait avoir plus de deux siècles se regardait elle-même. Nue, et bien qu'une chevelure immensément longue couvre son corps, elle devinait ses courbes flasques, sa peau ridée, et les crevasse laissées par le temps. De plus; son corps était d'une maigreur désolante, et ses yeux aussi clairs que s'ils avaient été lavés et relavés sans interruption depuis dix ans. Il fallut plusieurs minutes à la jeune femme pour sortir de son etonnement, après quoi elle hurla de frayeur en se ruant hors de la tente. La lumière du jour lui irrita les yeux; et tous ses futur clients - gentiment rangés en rang - regardèrent l'apparition squelettique sortir de la tente en criant des jurons incroyables.


- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Je suis une vielle peau !

Elle continua à hurler pendant plusieurs secondes avant de se calmer un peu. Non pudique - elle estimait que le corps qui était là n'était pas le sien, et qu'elle n'avait donc aucune raison de se sentir gênée - ses cheveux étaient si longs qu'ils la cachaient presque entièrement. Seul son regard d'emeraude brisait les couleurs ternes de son apparence. Il y avait fortement une explication à ce phénomène, et elle devait la trouver et vite. Peut être qu'un de ses précieux artefacts allait pouvoir remédier à ce contre-temps et lui faire retrouver sa divine beauté d'autrefois. Anastase parla à voix basse dans le creux de l'oreille du garde en peignoir violet à ses côtés, après quoi elle entra de nouveaux dans sa tente. Elle venait de passer pour une hystérique, et fort-heureusement pour elle; aucune créature ne l'avait reconnue. Pas même un membre de la Guilde, qui pourtant savait à quel point elle était importante dans cette organisation. Peu après, le garde demanda d'une voix forte à ceux qui étaient dans la file s'il y avait un spécialiste en medecine magique ou en alchimie parmi eux.
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MessageSujet: Re: Sans Raison apparente   05.07.10 0:53

Il n’obtint aucune réponse, et pour cause : une hume, aussi nue que le jour de sa naissance, venait de sortir comme une furie de la tente, hurlant et injuriant les cieux – tout ceci sous les regards effarés de l’assemblée. (Le Rhazal n’était pas lui-même plus perturbé que ça : ce genre de choses arrivaient tout le temps au Sultanat ! Il se rappelait de la fois où, alors qu’il vendait des hot-dogs à la sauvette, un humain nu comme un ver avait bondi hors de chez lui, tenant dans ses mains une brosse de bains et de l’autre un canard jaune en porcelaine, en s’exclamant des « Eurêka » à tout va. A ce jour, c’était devenu une sorte de sport, même s’il lui paraissait incongru de le pratiquer dans une région aussi froide que Sécaria. Enfin.)

• Oh, ça voie une femelle glabre et ça se met dans tous ses états. Bon, profitons-en…ah ! par toutes les brebis du harem du Cornu ! Rien de plus facile que de gruger toute cette ligne d’abrutis…*

C’est ainsi que, en tant que bon opportuniste, Cyndrel-Jaeret se retrouva placé en première tête de la file, et escamota sans que personne n’y fasse réellement attention plusieurs de ces curieuses pilules rouges qu’on distribuait aux humes.
C’est aussi grâce à ce petit intermède que le pongo pygmeus commença à tourner le dos et à filer sans demander son reste, planquant le tout dans une poche secrète de son gilet, jusqu’à ce qu’une main – une main ! – l’attrape par le veston et le soulève au-dessus des pavés du sol. Surpris, il voulut se défendre contre cette attaque si primaire : mais sa petite taille et sa stature inoffensive jouait en sa défaveur. S’il réussissait à seulement mordre la main qui le tenait à bout de bras par le col, comme un vulgaire animal… !

- Toi ! Je t’ai vu ! gronda le propriétaire du bras – et à son regard mauvais, le cornu comprit que ça allait mal se terminer. Le mastodonte en peignoir violet paraissait prêt à casser du singe, quand bien même ne portait-il sur lui que des suspicions.

• Saleté de doigts simiesques ! J’ai du foirer quelque part pour me faire attraper si facilement…*

- Va falloir que tu payes maintenant. Ou j’te casse le bras. Allez, aboule l’argent !

Cyndrel-Jaeret carrait les épaules et bombait le torse, se préparant mentalement au pire mais refusant déjà de rendre le bien volé, lorsque le symbiote du duo de gardes fit une apparition publique.

- Quelqu’un s’y connaît-il en médecine magique, ou en alchimie, ici ?

Sur les faciès et autres museaux qui s’alignaient dans la scène, beaucoup d’entre eux restèrent hermétiquement fermés, et quelques-uns s’égayèrent. Dont celui du Rhazal.
L’annonce tombait, selon lui, à point nommé : à la vérité, il se moquait bien de savoir le pourquoi du comment d’une telle demande, tant que l’hume consentait à le lâcher ! Oh, eût-il été sous sa forme naturelle qu’il lui aurait déjà réglé son compte, mais du haut de sa trentaine de centimètres, Cyndrel-Jaeret se sentait moins prompt à défendre son orgueil…

• Oui !* lança-t-il assez vivement, s’attirant l’attention immédiate du second. * Oui, je m’y connais* rajouta-t-il d’un ton plus modéré. * Je suis…euh…bucolique, non c’est pas ça, crottin de chèvre…ah oui ! Occultologue…parfaitement. *

- Qu’est-ce que t’en penses ?
- Je crois qu’il se fout de notre gueule. Et je crois bien l’avoir vu s’enfiler une pilule en douce pendant que la patronne faisait son esclandre.
• C’est faux !*
- Ouais, mais c’est le seul qui jacte ici…
• En plus !*
- J’suis plutôt d’avis à le secouer un bon coup pour lui apprendre à payer ce qu’il prend.
- T’es dingue ou quoi ? Faut pas faire ça !
• Je suis tout à fait d’accord avec ce sage monsieur et…

- Prends-lui ses affaires. On lui rendra s’il ne nous arnaque pas sur le coup. T’as compris, le chimpanzé ? Ou mon pote te fout une rouste tout de suite, ou tu files tout doux. Si tu nous a menti, tu vas le sentir passer !
• …quoi ?! Non mais, attendez…hey ! Ne touchez pas ça ! C’est fragile ! Fils de broutées ! Sales bipèdes sous-évolués !*
- Il raconte quoi là ?
- J’en sais rien. Hey, t’as vu ce truc-là ?

Le Rhazal jura tout bas mais, suspendu de manière si humiliante dans les airs et incapable d’atteindre ses fléchettes, il fallait bien avouer qu’il était en mauvaise posture. Pour le moment, les gardes pensaient qu’il avait d’ores et déjà avalé la pilule : or, c’était loin d’être le cas ! Pour la simple et bonne raison que les propriétés de sa race lui interdisaient de se promener en plein après-midi à la lumière, et encore moins d'être remarqué des Bienheureux…
S’ils le pensaient, alors ils seraient décidés à lui faire payer quoi qu’il arrive. * Ex-excrementum sera !* s'agaça silencieusement l'escroc pris à son propre jeu.

Pour le moment, les deux gardes avaient pris possession de sa nouvelle création sphérique et l’avaient déposé prudemment sur le côté. Lorsqu’ils l’eurent enfin dévêtis de son gilet, ils le firent pénétrer sous la tente où le pongo pygmeus, furieux du traitement qu’on venait de lui donner et passablement agacé par le tour grotesques des évènements, fit une irruption remarquée en jetant de suite un index vengeur vers la silhouette féminine qui avait, plus tôt, provoqué la foule et qu’il retrouvait une nouvelle fois (sans prendre le temps d'accomplir une quelconque correspondance entre les évènements, voire même, pour faire court : sans penser à réfléchir sérieusement. Mais ça, jamais Cyndrel ne l'admettrait.)

• Alors c’est vous la cause de tout ceci ! D’ordinaire je ne m’attaque pas aux vieilles femmes innocentes, mais là, je très, très outré ! Je ne voudrais pas pousser mémé dans les orties mais j’espère que votre demande a au moins le mérite d’être intéressante, ou par les trente-six anneaux de Mède, ça va mal se passer entre nous, et croyez-moi je trouve ça dommage mais je ne fais point de sentimentalisme en affaires !*


Chaque point d'exclamation se traduisait par un crescendo sensible de sa voix virile et mouillée, et son index décrivait des arcs de cercle de plus en plus erratiques et mouvementés. A n'en pas douter : il était parfaitement sérieux et sûr de lui.
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