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 Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]

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- Attachiant de service - Punching-ball adoré!

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   23.06.10 21:27

    Notes de LMdD sur l'aspect Temporel : une bonne dizaines d'heures se sont écoulées, depuis l'animorphisation. Nous en sommes donc au crépuscule, la nuit s'avance à grand pas.




[Leto, éventuellement Rodrigue]


Le soleil se couchait. Et Sécaria était toujours en proie au chaos.

Dans le Downward, Caleb s'efforçait de donner un minimum de sens à toute cette folie. Au cours des dernières semaines, il avait appris à ses dépends que, dans les situations de crise, l'inactivité est le pire des ennemis; elle laisse le temps de penser, d'envisager l'avenir. De le craindre. Alors pour éviter que tout le monde (y compris lui-même) panique à l'idée de rester coincé dans un corps quadrupède ad vitam eternam, il avait décidé de prendre les choses en main. Enfin, en patte.

Fièrement juché sur l'auroch qu'était devenu José, Caleb avait commencé par faire flanquer à la porte tous les animaux qui manifestaient des difficultés à retenir leurs instincts les plus primaires. Seuls quelques carnivores connus de l'équipe du bar furent autorisés à rester, malgré la contrariété évidente du maître des lieux qui ne comprenait décidément pas pourquoi il n'avait pas lui-même droit à quelque chose de plus imposant qu'un chat sauvage.

Puis Caleb mit tout le monde à contribution pour réparer ce qui devait l'être dans le pauvre Downward: les plus massifs des animaux furent chargés de repousser sur les côtés les tables et chaises renversées, tandis que ceux qui disposaient encore de mains tentaient de boucher le trou béant qui avait remplacé la façade du bar. D'autres encore furent envoyés chez les fournisseurs de l'établissement, avec pour mission de rapporter autant de nourriture qu'ils le pouvaient: Caleb était du genre prévoyant, et si la situation devait s'installer dans la durée, il préférait ne pas avoir à se soucier de la quantité de vivres à leur disposition. Quiconque lui aurait parlé de chasse se serait pris un coup de griffe mémorable: le trafiquant avait très mal digéré le fait qu'une araignée géante ait pu tenter de les bouffer, lui et son barman.

Petit à petit, le calme était revenu dans le Downward. Ceux qui y avaient trouvé refuge s'installaient pour la nuit, les Eveillés rassurant de leur mieux les Bienheureux terrorisés. Caleb quant à lui s'était allongé sur la solide nuque de José, ses volumineuses pattes antérieures posées entre les cornes du bovidé, sa queue annelée oscillant d'un air pensif contre le cou de la bête. Assez ironiquement, et pour la première fois depuis des semaines, Caleb se sentait bien. Certes, son bar était ravagé, il était un volumineux chat à la fourrure hirsute, et son coeur malade risquait de devenir rapidement problématique. Mais comment pouvait-il se plaindre? Pour la première fois depuis des semaines, il respirait de l'air frais. Il pouvait parler à quelqu'un dans les yeux, sans avoir à craindre ni pitié ni moqueries. Ses pattes fonctionnaient, son esprit avait de quoi s'occuper. Il était redevenu monsieur Mancuso, patron du D Bar, et ce simple constat lui donnait envie de ronronner d'aise.

Seule ombre au tableau: Chips avait disparu. Caleb avait déjà demandé à ses "invités" d'ausculter les murs et le sol, des fois que la bête rouge se soit fait surprendre par la métamorphose alors qu'elle faisait la sieste dans l'une de ses cachettes - car selon toute vraisemblance, Chips était à présent hume, comme les chiens attachés à l'entrée du bar. Un hume ne se dissimule pas aussi bien qu'un reptomarsupial. Pourtant, nulle trace de l'animal dans le Downward, à aucun de ses étages. Un capucin était même monté sur le toit, sans plus de résultat. Caleb aurait bien mené les recherches lui-même, mais il ne pouvait décemment pas abandonner son poste au bar: sa présence était essentielle au maintien du semblant d'ordre qu'il était parvenu à instaurer. Alors, la mort dans l'âme, le trafiquant avait dû se contenter d'espérer que sa chère bestiole s'était contentée d'une petite promenade et qu'il ne lui était rien arrivé de grave, en repoussant l'idée que pas un des humes présents dans cette salle ne valait Chips. Tout au plus s'était-il autorisé à envoyer Rodrigue explorer les alentours et à demander à ses indics d'ouvrir l'oeil.

Car oui, Caleb disposait toujours de certains de ses hommes de l'ombre. De son poste près de la chaudière (on est chat ou on ne l'est pas, même si c'est aux dépends d'un auroch qui ne demandait pas autant de chaleur), il avait une vue parfaite sur les allées et venues d'un groupe de carnivores qui rôdait autour des réfugiés, des individus que personne ne connaissait, même pas les Balayeurs, mais qui avaient tous eu l'assentiment discret de Caleb pour rester dans le bar. Des poseurs de peau de banane et des indics soucieux de rester dans les petits papiers du maître des lieux. En tout, ils étaient près d'une vingtaine, et Caleb était très satisfait de savoir que son organisation continuait de tourner même dans ces circonstances pour le moins extrêmes.

De fait, il avait même commencé à récolter des informations sur ce qu'il se passait en ville, et il y avait de quoi être préoccupé. Un balbuzard lui avait dit que la métamorphose semblait concerner toute la ville, jusqu'à l'Ussidaho. Une fouine avait ajouté que quelques animaux s'organisaient d'une manière curieusement efficace pour rassembler les anciens humes en déroute et les diriger vers les docks, information bientôt confirmée par un corbeau à qui la curiosité avait valu quelques belles plaies dûes aux serres d'un épervier peu enclin à l'indulgence; l'oiseau couleur charbon ne devait son évasion qu'à son astuce de brigand rompu aux arrestations en tout genre.

Tout cela laissait Caleb songeur; des militaires? Ceux de la garnison régulière de Sécaria? Peut-être. Ou peut-être pas, et si peut-être pas, qui alors? Le trafiquant avait renvoyé la fouine vers les docks dans l'espoir d'en apprendre davantage. Le petit animal s'était faufilé dans une faille du patchwork coloré de tissu et de bois qui bouchait feu l'entrée du bar et Caleb avait donné leur congé à ses autres employés. De toute façon, il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre que la situation se développe.

Elle allait le faire de manière explosive.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   24.06.10 9:38

Maurice, le casseur de clavicules, ou Momo pour les intimes, était pris depuis quelques instants d'une furieuse envie de faire la sieste. Normal, ça devait bien faire plus de deux heures qu'il était planté là, dans ce qui était une entrée de garage vidée de ses calèches, flanqué de ses deux acolytes (présentement un hippopotame et un alligator). Il était forcé d'attendre et ça en lui plaisait pas. Bon, il y avait au moins deux bons points dans cette animalerie. De une, il allait pouvoir mettre un beau bordel chez les balayeurs (non, il n'aime pas Mr. Johnson) et de deux, avec sa forme actuelle de gros rhinocéros mal léché, peu de chose pouvait l'emmerder. Ouais, enfin presque. Parce qu'honnêtement, ça l'emmerdait d'avoir un lémurien armé d'une carabine vautré sur le dos. Ah, et ça l'emmerdait aussi d'avoir Joséphine dans le même garage (même en gorille, elle gardait sa sale gueule celle-là...). Mais ce qui lui courait le plus sur le ciboulot, c'était l'autre là, tranquillement couchée sur une poutre, avec son air de j'm'en foutiste à taper la sieste réellement. Ce devait être le côté félin, ouais. Que des grosses loques ces trucs. ça pense qu'à dormir, même quand ça a des grosses griffes. En plus, c'était elle qui devait diriger, qu'il avait dit le boss. Et depuis quand on fout une gonzesses aux commandes d'une baston généralisée, hein? Son statut de mâle dominant en prenait un coup. Il secoua la tête, poussant un soupire sonore digne d'une soufflerie, frappant du pied (heu... triple sabot) obligeant un rat planqué là à se relever, le poil dressé.

*Hey!! Fais gaffe, y'en a des plus petit!*
*T'avais qu'à pas roupiller là, Ed...*
*Silence.*

Ah non, elle dormait pas la boss du moment. Ce qui aurait bien donné envie à Momo de percuter une bonne fois le pilier central, histoire de la faire tomber de sa poutre. Seulement dans la seconde de silence qui avait précédé l'ordre de Leto, un "bzzzzzzzzzzzzz" s'était fait entendre. Philibert était (enfin) de retour. La grosse mouche volait en tout sens, pour finalement trouver son site d'atterrissage entre les oreilles d'une Leto qui aurait presque failli s'ennuyer.

*Alors?*
*Bah... Heu... J'ai pas osé entrer.*

Si cet andouille n'avait pas été posé sur le crâne même de Leto, il aurait finit écrasé sur le champ. Dans le garage, un murmure de frustration s'éleva parmi les animaux.

*T'es trop con!*
*Non mais quel abruti!*
*Phil, tu sers à rien!!!*
*Mais... C'est-à-dire... Vous z'avez pas vu!! Ils sont nombreux! En plus y'a un chat, je l'ai aperçu depuis l'extérieur!*
*Et moi je suis quoi, hein?*

La lassitude de Leto commençait quand même à apparaître dans le ton de sa voix. Elle secoua à son tour la tête, obligeant la mouche à se relever. Et pour la première fois depuis le commencement de cette longue attente, elle donna l'ordre tant attendu par Momo.

*Vous savez ce que vous avez à faire... Alors à l'attaque. Les primates et tous ceux qui ont une arme, n'oubliez pas de les abandonner, mais videz les chargeurs avant. Toi, la mouche, va prévenir ceux qui attendent encore à l'extérieur qu'on y va. La buse, le colibri et le martinet, vous restez avec moi. Votre boulot consistera à transmettre les ordres.*

Satisfait de voir enfin l'action arriver, Momo défonça plus qu'il n'ouvrit la porte du garage et la ménagerie s'engouffra dans la rue, renforcée par quelques autres bestioles (principalement des prédateurs, de divers acabits, allant du gros fauve à la petite grenouille venimeuse), qui avaient jusqu'alors attendu sous des avant-toits, sur des gouttières, ou ailleurs. Grimpant plus haut sur les poutres, Leto sorti à son tour, par une ouverture du toit vétuste et suivit l'avancée, mais sur les hauteurs, bien à l'abri des regards, accompagnée de trois volatiles. Dès qu'il aperçu la façade déjà mise à l'épreuve du D-bar, Momo impatient, chargea l'entrée...


[Bastooon!!!]
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   24.06.10 19:27

[mon bar... T___T]


Un bruit strident au-dehors, comme du métal que l'on déchire. Caleb leva une oreille, puis la tête. S'il avait pu, il aurait froncé les sourcils: est-ce que c'était le bruit de quelque chose qui court, ça? Quelque chose de lourd qui court?

*Tu entends ça José?*
*Entendre quoi, patron?*

Caleb n'eut pas besoin de s'expliquer: un gibon toujours occupé à rafistoler la façade du bar venait de jeter un coup d'oeil entre deux planches et de pousser un cri strident. Toutes les têtes se tournèrent instantanément vers lui tandis qu'il dégringolait de son perchoir, en proie à la panique la plus totale.

*Ils chargent! ILS CHARGENT!*

Les oreilles de Caleb bougèrent brièvement, trahissant son incrédulité: comment cela, ils chargent?...

Puis, pour la deuxième fois de cette journée de cauchemar, l'entrée du Downward explosa.

*MORT AUX TRAITRES!*

BAOUM!

Toile et bois furent arrachés, démontés, pulvérisés. La masse grise et haletante d'un rhinocéros surgit dans le bar, engloutissant sous le rouleau compresseur de ses pattes courtaudes un gros crapaud et un malheureux chien qui n'avaient pas eu le réflexe de s'écarter. L'énorme animal ne se donna même pas la peine de ralentir avant de foncer dans l'escalier tout proche, qui ploya sous la violence du choc. Le rhinocéros, pourtant arrêté net, broncha à peine. Personne n'avait eu le temps de faire le moindre geste.

L'odeur du sang commença à se répandre. Et ce fut l'anarchie.

Nombreux furent ceux qui se précipitèrent vers le fond du bar, en pensant que les grosses chaudières les protégeraient de la charge de l'animal en fureur. Caleb, lui, fut pris d'un vertige à l'idée qu'un coup de corne touche les conduits de vapeur:

*Pas par-là, bande de crétins!*

Évidemment, personne ne lui prêta la moindre attention. Un hippopotame pénétra à son tour dans l'établissement, avant de s'acharner à détruire le peu qu'il restait de la façade. Une dizaine d'intrus lui emboîtèrent le pas, rat, autruche, alligator, gorille, loup... Rien que du vicieux et du violent, qui se répandit dans le bar pour mordre et détruire. Il y eut des coups de feu, qui visaient les bouteilles et les vitres encore intactes. Les échardes de verre tombèrent en cascade sur les assaillis, occasionnant une nouvelle vague de hurlements en tous genres.

*Putain de...*

Alors Caleb se rendit compte que le rhinocéros s'était dégagé de l'escalier et qu'il effectuait un lent virage sur la droite. Il préparait sa prochaine charge. Il visait la colonne de refroidissement dans lequel était entreposé le Gerety.

Ce constat suffit à balayer tout sentiment secondaire qui pouvait encombrer l'esprit du trafiquant d'armes. Surprise, peur, incompréhension disparurent en un éclair, effacés par une rage outrée tout à fait meurtrière. Caleb sentit ses oreilles se plaquer en arrière sur son crâne, la fourrure de son échine se hérisser, ses crocs se dévoiler d'un air mauvais: peu importait pourquoi, mais on cherchait à démolir son bar. Son bar.

*José? Pulvérise-moi ce fils de pute.*

L'auroch ne se le fit pas dire deux fois: tandis que le chat sautait à bas de son encolure, José lâcha un mugissement rauque et chargea le rhinocéros, toute sa pauvre cervelle de ghoule occupée par l'idée de faire très mal à ce gros tas qui détruisait son lieu de travail bien aimé. Au dernier moment, il abaissa la tête pour aligner ses immenses cornes en lyre avec le sol et fonça dans le flanc de sa cible. Le barrissement indigné qui s'ensuivit tira un sourire intérieur à Caleb: le naturaliste qui avait jugé que seul l'hume et quelques dinosaures pouvaient faire du tort à un rhinocéros n'avait sans doute pas disposé pour ses expériences d'un auroch d'une tonne.

Le chat sauvage, hérissé de toutes parts, bondit sur le bar pour haranguer ceux de ses hommes qui n'avaient pas encore réagi:

*Allez, on se bouge! Foutez-moi ces tarés à la porte!*

Et de fait, sans doute stimulée par la charge héroïque de José, la résistance s'organisait. Les crocs se découvraient, les griffes jaillissaient. Un puma s'en prit au loup qui s'acharnait sur la banquette de cuir du bar, tandis qu'un jeune raptor bondissait sur le flanc de l'hippopotame. Le souffle court, Caleb prit quelques secondes pour évaluer la vitesse de ses battements de cœur. Puis, décidant que cette saleté de palpitant allait bien tenir le coup encore quelques minutes, il prit son élan le long du bar pour se jeter sur un gorille tout proche, avec la ferme intention de lui crever les yeux.

Hors de question qu'on touche à son bar!
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   24.06.10 20:50

En plein dans les côtes! Momo n'a pas du tout apprécié. Son barrissement arriva sans mal jusqu'à une Leto quelque peu étonnée qui agita les oreilles en direction du D-bar. Il n'y avait pas qu'un soucis de nombre, visiblement. Elle posa son arrière-train sur des tuiles mal fixées. Sa réponse arriva, précédé du "bzzzzzzzzz" caractéristique, Philibert se percha une fois encore sur le crâne d'une Leto quelque peu troublée par la riposte qu'elle jugeait sans doute un peu trop rapide.

*C'est le chat qui donne les ordres... Ils ont un auroch, et d'autres trucs avec plein de dents. On fait quoi?*
*Toi, tu n'y retourne plus pour le moment.*

Bon. Les infos avaient le mérite d'être claires. De sa position, Leto n'avait une pleine vue que sur la façade à présent défoncée. Toute la joyeuse bande de destructeurs était en train d'entrée, peut-être qu'un ou deux planqués dans le bar en profitaient pour se faire la malle. Normal, il fallait dire qu'une charge de rhinocéros donnerait envie de fuir à n'importe qui ou presque. Le presque étant de toute évidence un tas de muscles de passé une tonne avec une paire de cornes. Il allait forcément y avoir des victimes. Ce genre de considération suffisait à satisfaire Leto, étrangement. Et peu importait le camp le plus lésé. La seule chose qui l'embêterait, ce serait que parmi les morts on ait à compter Caleb ensuite. Le maire n'apprécierait pas de perdre une future marionnette de cette façon. Un vague grognement fut le premier son qu'elle émit depuis son point d'observation pas si clair que ça.

"Bon... Le colibri, voici les consignes. Eviter de tuer le chat. Par contre, l'auroch, si vous tenez à vous y mettre à plusieurs dessus, pourquoi pas. Que tous ceux qui ont des armes fassent feux, et de préférence sur les chaudières ou la colonne métallique derrière le comptoir. Les primates libres sont invités à essayer de rejoindre le premier étage pour y mettre un maximum de bordel."

L'essentiel serait de faire un maximum de dégâts. Pour le reste... Les ennuis viendront s'ajouter les jours suivants. Si tout se passait comme prévu, la rumeur comme quoi les balayeurs sont responsables des transformation viendrait ajouter de l'huile sur le feu aux activités du gérant du D-bar. L'odeur de sang venait peu à peu chatouiller les narines du léopard. Qu'il était difficile de rester en retraits pour donner des ordres alors qu'il aurait été tellement plus plaisant de charcuter en plein coeur de la bataille! Dire qu'elle ne pouvait même pas se permettre de démolir encore plus la façade avec un bon DTG. Il lui fallait rester discrète...

Le colibri prit son envol et fusa à toute vitesse entre les parties détruites de l'entrée pour dispenser ses ordres, voletant dans les hauteurs tout d'abord, repérant les animaux armés, puis tâchant de voleter de primate en primate, pour finalement s'arrêter près des plus gros bestiaux. Donc précisément l'hippopotame aux prises avec un raptor qu'il tentait de décrocher de son flanc en prenant d'assaut l'auroch, veillant à coincer le dinosaure entre lui et le bovidé au moment du choc. Le gorille se mit à pousser des cris strident, se prenant des coups de griffe en pleine figure. Les grosses paluches humanoïdes balayèrent brutalement l'air devant elle dans l'idée d'écarter son assaillant inconnu. Cet saleté de félin s'en prenait à son visage! Son si beau visage! (Même si tout le monde au sein de la Lune Rouge s'accorde pour dire qu'elle a vraiment une sale tronche.) Le chat allait le payer... Et le colibri? Oups, il a dû zapper un ordre. Ou alors dans la cohue générale il n'a tout simplement pas encore repérer le chat donc parlait Philibert et Leto. Bah, c'était qu'un chat, pas de quoi en faire un plat...

"Phil... Retourne en bas finalement... Mais n'entre pas. Je veux un rapport dans deux minutes. Les deux autres, tenez-vous prêts."

Elle voulait y aller... Elle voulait VRAIMENT y aller. Mais que dirait Lilia si elle grillait sa couverture? Aaaah, l'amitié...

"Gromph", fit le léopard.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   25.06.10 13:28

Caleb avait déjà vu des chats en colère. Hérissés, grondants, crachants. Il avait même déjà vu des chats se battre, une fois, sur des docks près de Falkenur. Ils poussaient des hurlements effroyables, nimbés d'une rage folle, et ils ne formaient qu'un tourbillon confus de fourrure, crocs et griffes, presque comme dans les bande-dessinées qu'il lisait étant gosse. Les marins s'était arrêtés pour observer le spectacle et en rire, mais Caleb avait remarqué qu'aucun d'entre eux ne s'approchait à moins de deux mètres. Il s'était alors fait le réflexion que lui non plus n'avait pas envie de découvrir les dégâts que pouvait faire une telle boule de fureur lorsqu'elle s'attaquait à un être hume.

Être hume, gorille, il y a une ressemblance certaine, non?...

Griffes sorties, le trafiquant d'armes avait atterrit en plein sur le visage du grand singe. Ce dernier - ou cette dernière, plutôt, lâcha un cri d'horreur qui mêlait de manière surprenante la voix rauque et informe du gorille aux intonations mentales de l'hume. Caleb eut le temps de se dire que cette bonne femme avait une vraie voix de mégère, avant qu'une grosse paluche tannée le heurte de plein fouet et manque le déloger de son perchoir. Mauvais joueur, il se cramponna de plus belle, s'appliquant à larder de coups les yeux de la bête aussi vite qu'il en était capable. Nouveau mugissement quand les pointes brûlantes de ses griffes s'enfoncèrent dans le cuir du primate. Caleb, un peu étourdi par l'adrénaline et son coeur qui battait la chamade, ne put retenir un éclat de rire féroce.

*T'en veux encore, ma grosse?*

Une volumineuse main trouva enfin le moyen de le saisir sous les pattes avants pour le repousser. Ses mâchoires emportèrent avec elles un lambeau d'oreille. Hurlant, le gorille leva le poing, visiblement décidé à exploser contre le bar cette saleté de chat qui avait ruiné son beau-merveilleux-visage-foi-de-Joséphine-tu-vas-morfler. Caleb n'avait aucune chance de se dégager en se débattant, et cela son corps de chat le savait; alors, instinctivement, il planta les griffes de ses quatre pattes dans le bras au bout duquel il était accroché et ses crocs plongèrent profondément dans le poignet du primate, assez profondément pour qu'il sente soudain du sang artériel brûlant gicler sur son museau. Le poing de Joséphine se desserra de lui-même et elle n'avait pas encore terminé son beuglement de douleur et de colère que la silhouette fauve de Caleb avait déjà disparu sous une chaudière proche.

Haletant, l'hémoglobine jetant des ombres rouges sur la fourrure planche de son plastron, le trafiquant prit le temps de faire le point sur la situation depuis sa cachette. Le gorille femelle, méchamment amoché, battait en retraite en tenant son bras dégoulinant de sang. Caleb, qui n'avait que quelques hématomes et un peu mal aux côtes, pensa un sourire narquois: en fait, si les dockers ne s'approchaient pas des chats, c'était tout simplement parce qu'ils ne faisaient pas le poids.

Le triomphe de Caleb fut cependant de courte durée: s'il s'en était bien tiré avec l'autre andouille de Joséphine, ailleurs la situation restait périlleuse. Le puma semblait avoir pris le dessus sur le loup qu'il avait attaqué par surprise, mais José était en mauvaise posture; l'une de ses cornes était restée coincée dans les replis de l'épaisse peau du rhinocéros, que l'auroch maintenait vaillamment contre le mur du fond afin d'éviter qu'il fasse des dégâts supplémentaires. L'effort avait rouvert les plaies occasionnées plus tôt par l'araignée lespurienne et le sang coulait lentement le longs des flancs écumants du videur, qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Il ne devait pas être aidé par la soudaine charge de l'hippopotame, qui parvint à coincer entre lui et José le dinosaure qui lui tailladait le lard. Aux cris poussés par le raptor, Caleb reconnut Fred, la petite frappe des quartiers nords toujours un peu trop pressée de poser une peau de banane pour le compte du patron. Efficace, pas trop con, mais encore beaucoup trop crâneur pour être fiable à cent pour cent; ce n'était pas lui qui allait débloquer la situation. Bon sang, où était Rodrigue quand il avait besoin de lui?!

Caleb parcourait le bar du regard en s'efforçant de repérer un truc avec des dents qui soit de son côté lorsque de nouvelles détonations se firent entendre, aussitôt suivies par le claquement sec des balles qui heurtaient le métal. Le trafiquant se tassa au sol, avant de détaler brusquement hors de sa cachette, évitant de peu de se faire roussir le poil par un jet de vapeur.

*Protégez les chaudières! Par l'Etat, empêchez-les de tirer sur ces putains de chaudières, ils vont tout faire exploser!*

Cela avait le mérite d'être clair. L'idée d'une explosion en fit fuir la plupart, mais paradoxalement elle inspira à quelques autres l'envie de se défendre. Caleb reconnut le vieux Bill, bûcheron de son état, pour l'heure castor géant au poil grisonnant, qui flanquait ce qu'il fallait bien appeler un grand coup de poing dans un lémurien armé d'une carabine. Le petit animal s'envola (littéralement) pour un monde meilleur. Un varan se décida à jouer au plus gros lézard avec l'alligator tandis que José et Fred recevaient un secours inattendu de la part d'un frelon, qui commença à harceler l'hippopotame en visant les yeux de son dard.

Caleb bouillait. Il fut tenté de se mêler à l'improbable bataille, mais il savait que quelqu'un dans ce bordel devait garder la tête froide. Se faufilant entre les combattants, ses oreilles avides de la moindre information, son esprit tendu pour intercepter toutes les conversations, il s'efforçait de réfléchir. On attaquait son bar. Pourquoi? Pas important dans l'instant. Qui? Une troupe de bras cassés un peu trop bien organisés pour leurs QI respectifs. Ils tiraient sur les chaudières, cherchaient à escalader l'escalier de guingois pour pénétrer dans le bureau de la mezzanine, détruisait...

Une minute. Comment avaient-ils fait pour décider tous en même temps de s'attaquer aux chaudières? Caleb n'avait pas entendu clamer d'ordre, et pourtant ils ne l'avaient pas fait d'entrée de jeu. S'étaient-ils mis d'accord pour respecter un délai avant de faire feu? Ou bien...

Soudain il le vit. Passant d'un combattant ennemi à l'autre, faisant du sur place grâce aux battements flous de ses ailes d'émeraude. Silencieux, Caleb se faufila sous un tabouret renversé et se ramassa sur lui-même, tous ses muscles se tendant l'un après l'autre. Malin d'utiliser un colibri pour les transmissions, très malin. Qui ferait attention à un si petit oiseau, dans un tel capharnaüm? Qui serait capable de l'intercepter?

Qui à part un chat?...

Le colibri changea de direction. Et Caleb bondit en silence.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   25.06.10 14:28

Ah... Joséphine se faisait la malle, hurlant autant de cris de douleur que de rage. Les prunelles dorées suivirent avec un intérêt très vague le détalage du gorille. Bon... Un combattant de moins. En même temps, la mégère faisait parti de ces gens qui ont une sale tête, font croire qu'ils sont dangereux, et finalement ne sont pas foutu d'aller jusqu'au bout. Le léopard poussa un grommellement indignée en se reportant sur la façade.

A peine quelques instants plus tard, les détonations retentirent en simultané, avec un accord un peu trop... Comment dire... Ajusté.
Il risquait d'y avoir quelques suspicions pour ceux qui dans la mêlée prenaient le temps de réfléchir. Bon, de toute manière, même un assaut à la sauvage pouvait être bien coordonné. Leto ne voulait pas trop traîner pourtant. Il ne fallait pas donner la moindre opportunité à qui que ce soit de trop douter de la source de l'attaque. Les prunelles du fauve se reportèrent sur le martinet un court instant.

*On passe à la vitesse supérieure. Que ceux qui ont des armes vident leurs chargeurs. Chaudières et colonnes de refroidissement sont de bonnes cibles. Ceci fait, qu'ils abandonnent les armes. Ceux qui le veulent sont invités à piller la réserve, de l'autre côté du bar. Et histoire de bien marqué le coup, faîtes en sorte que l'auroch ne s'en remette pas.*

Perte de marchandise, réparations à assurer et du sang bien versé. Voilà qui devrait suffire. Les quelques armes qui seront abandonnées ne laisseront pas de doute quand à la nature de balayeurs des assaillants. Leto se demandait quelle tête allait faire Caleb quand, après la débandade, il prendrait le temps de constater que l'armement avec lequel il avait été attaqué était celui-là même qu'il avait vendu à des balayeurs. Dommage qu'elle sache d'avance ne pas être là quand ça arrivera. Le martinet prit à son tour son envol et piqua droit dans le D-bar. Entre les sorties paniquées et les coups distribués, il passerait très certainement inaperçu.

Le pauvre colibri, lui, changea de direction. L'option suivante qu'il envisageait était de ressortir pour aller demander la suite des ordres. Seulement il n'eut pas le temps de s'approcher de l'entrée défoncée. Il ne pu que sentir son coeur manquer un battement quand, dans son angle de vue, quelque chose de très gros lui bondit dessus. Sous la surprise, il n'eut même pas le temps de pousser un cris alors que son petit corps frêle, emporté par le bond du chat, alla se fracasser au sol. Pauvre petite chose...

La bataille faisait rage du côté des plus gros. Momo, n'appréciant pas les cornes, beuglait en tentant de se dégager. Seul l'hippopotame, survolé par le martinet, se désintéressa de Fred pour ouvrir grand sa gueule et abattre ses dents imposante sur l'auroch, faisant fi des blessures que le raptor, un peu sonné, continuait pourtant de lui infliger.
L'instant d'après, une nouvelle série de tirs se firent entendre. Sauf que ça parait dans tous les sens à présent, blessant aussi bien alliés qu'ennemis, dans une série de coups de tonnerre qui n'en finissaient pas. Certains bestiaux s'attelaient déjà à piller bar et réserve, freinés dans leurs gestes par les défenseurs du D.

Le crocodile, quant à lui, venait de réussir à saisir une patte du varan et... Roulait sur le sol, comme au ralenti. Ah, les vieux instincts reptiliens! Le lézard allait devoir suivre la danse s'il ne vouait pas se faire arracher un membre. Le pauvre lémurien ne se releva pas, mais un panda roux se jeta sur la carabine et réussit à faire feu... Sans trop savoir où tirer. C'était difficile à contrôler, des pattes pareilles.

L'odeur du sang se faisait plus intense. Les coups de feu comme les cris exacerbaient les sens d'une Leto qui, tout bien considéré, commençait à haïr son rôle de leader. Elle était tellement mieux au coeur même d'une bataille! Mais là, elle se tâtait. Peut-être... Peut-être qu'en choper un au passage pour son casse-croûte ne serait pas une mauvaise idée.

*La buse... Tiens-toi prête.*

Le "bzzzzzz" caractéristique de Phil se refit entendre. Cette fois-ci, l'insecte se posa sur l'épaule musclé du léopard.

*Ils ont eut le colibri. Tout le monde est dans la débandade. Il paraît que ça peut exploser en tirant dans la chaudière, c'est vrai?*
*Oui... Et?*

Visiblement ce n'était pas une considération pour Leto. Certes, le bar, elle l'aimait bien. Oui, il valait mieux éviter de tuer Mancuso. Mais ce bougre saurait comment faire pour s'en sortir. Le reste était finalement sans importance. Tant qu'il y avait des dégâts et des preuves incriminant les balayeurs.

*Non, rien. Heu... Je dois y retourner?*
*Oui. Et signale tout changement."

Des fois que quelque chose lui donnerait une bonne raison de passer de spectatrice à participante...
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   25.06.10 16:06

Le colibri n'avait même pas eu le temps de crier. Caleb retira ses griffes du pathétique petit tas de plumes et d'os qu'il venait de faucher en plein vol et s'en écarta d'un air satisfait. Plus tard, il réaliserait qu'il avait de ses mains ôté la vie à un hume (du moins, il penserait qu'il s'agissait d'un hume) et cela lui laisserait une sensation étrange au creux de l'estomac. Mais là tout de suite, il n'avait pas le temps pour les états d'âme à la con.

Du côté de José, cela devenait critique. L'hippopotame avait refermé sa mâchoire cauchemardesque sur l'échine de l'auroch, lui plantant dans le ventre des crocs aussi grossiers qu'effroyablement longs. Un flot de sang jaillit sur la toison blanche et Caleb se surprit à hurler, mais José resta de marbre. Silencieux, déterminé, il pesait de toutes ses forces contre le flanc du rhinocéros, l'une de ses cornes coincée entre les côtes de l'animal cuirassé, l'autre cherchant à s'enfoncer davantage dans un point faible sous la patte antérieure. Un peu secoué, Caleb se rappela enfin que son videur était une ghoule. Pire, c'était une ghoule consciencieuse. José ne sentait pas la douleur, il devait à peine avoir conscience que ses entrailles étaient à deux doigts de se répandre sur le sol du bar. Il ne quitterait pas son poste autrement qu'en mourant.

*Fred! Remue-toi grand con! Sur ta gauche, ta gauche!*

Oui, sa gauche, dans l'angle que l'hippopotame avait un peu ouvert en pivotant pour massacrer José. Le raptor se tortilla de son mieux, s'ancrant dans le flanc de l'énorme animal avec ses griffes acérées pour se déplacer sur le côté. Le poids lourd s'agita un peu, avec un agacement aussi surréaliste que le flegme de José: il secouait le dinosaure comme il aurait pu essayer de se débarrasser d'une mouche.

Sauf que soudain, la grosse mouche parvint à se libérer de l'étau dans laquelle on la broyait. Fred se hissa sur le dos de l'hippopotame et entreprit d'arracher des morceaux de chair de sa nuque avec de grands coups de tête rageurs. Au même instant, le puma qui bataillait derrière l'escalier abandonnait son adversaire à l'agonie pour bondir avec un feulement féroce sur la croupe de l'énorme amphibie.

Caleb était tellement pris par l'incroyable spectacle qu'il manqua se faire aplatir par la masse sombre du varan et de l'alligator, qui roulaient tête-bêche sur le sol du bar en une embrassade de folie. La patte arrière du gros lézard, broyée par la formidable mâchoire de son adversaire, n'était plus reliée à son corps que par un ridicule paquet de muscles. Cela ne semblait pas l'émouvoir outre mesure, alors qu'il venait enfin de trouver le moyen de mordre dans le ventre clair du monstrueux reptile.

Puis un coup de feu et Caleb poussa un cri de douleur: un grand trait acide venait de lui parcourir l'échine, là où une balle l'avait frôlé. Il saignait. Il était fou furieux. Il tourna la tête, surprit la vision démente d'un adorable panda roux avec une arme entre les pattes. Ignorant si c'était lui qui avait tiré et n'en ayant absolument rien à foutre, Caleb se jeta sur lui en feulant. Ils roulèrent au sol, tas de fourrure et de griffes qu'un grand chien noir (celui qui avait libéré ses semblables devenus humes plus tôt dans la journée) enjamba lestement pour aller mordre les jarrets d'une autruche qui sortait de la réserve à la porte défoncée; sur le dos de l'oiseau, un capucin tentait de maintenir en place un énorme sac de patates royales. L'ensemble de l'improbable équipage s'effondra sous la charge du canidé.

Entre deux coups de crocs, Caleb perçut un bruit de verre brisé en provenance du premier étage, ce qui lui fit l'effet d'une décharge électrique: son bureau! S'arrachant d'un coup de griffe à la prise du panda roux, le chat sauvage fonça ventre à terre jusqu'au bar, négligeant les tâches de lumières qui envahissaient sa vision: coeur merdique ou pas, il s'évanouirait plus tard! Il bondit sur le bar, se rata, glissa, tomba de l'autre côté du comptoir, dans les débris de verre. Nouveau miaulement blessé. Mais Caleb n'en était pas à cela près: si quelqu'un qui lui voulait du tort mettait la main sur le contenu de son coffre-fort, il était foutu. Alors il s'obligea à se relever, à chercher du regard l'interrupteur qu'il savait planqué sous le bar, à un endroit que même Rodrigue ne connaissait pas. Encore quelque chose qu'il avait conçu "au cas où". Là, derrière la petite ornementation! Le Techie repoussa le panneau de bois de sa patte ensanglantée, découvrant un bouton poussiéreux. Il le pressa d'un air féroce.

La mezzanine explosa, soufflant tout ce qui restait de verre intact dans le bar.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   25.06.10 20:12

Hm... Mouais. C'était un sacré bordel en bas. Pendant un instant, plus personne ne sorti du D-bar. Cela voulait-il dire que chacun avait trouvé son adversaire? En tout les cas, les sons qui se faisaient entendre maintenant dans tout le quartier commençait à intéresser les curieux. Quelques animaux avaient pointé leur museau/bec dans les environs... Pour finalement choisir de rester à sage distance, quand il ne fuyait pas par simple bon sens. Il n'y aurait personne pour s'en mêler, c'était du moins l'évidence qui frappa Leto quand, après un regard circulaire, elle ne repérait pas une seule bonne âme pour venir tenter une phrase pacifiste. En même temps, dans leurs corps actuels, les humes ne pouvaient qu'exacerber leur égoïsme.

Du changement, elle en attendait pour le moment. Soit Phil allait revenir, soit le martinet reviendrait avec des nouvelles après avoir donné les ordres, soit... Les dernières informations sur la bataille lui explosèrent littéralement à la figure. L'instinct dominant la fit bondir par-dessus le sommet du toit où elle se trouvait, pour se terrer de l'autre côté. La buse tenta la même chose, mais un débris de bois la faucha au passage. Paix à l'âme du rapace dont le corps partit à la dérive pour aller s'écraser plus bas dans la ruelle.
A l'intérieur, ce fut une véritable hécatombe. Tous les animaux à l'étage furent soufflés, mourant sur le coup. Leto avait sous-estimé la volonté de Caleb de protéger ses petits secrets.

Leto su où en était le martinet quand ce dernier ressorti, son vol gracieusement lamentable le faisant pencher de tout côté avant qu'il ne se prenne la gouttière pour retomber à son tour plus bas, non loin de la buse. Phil... Ben Phil, était de retour, avec cette foi-ci un "bzzztzzzttttzzzzz" qui trahissait sa peine à diriger son vol lui aussi. Il arriva à s'écraser, plus qu'à se poser entre les pattes d'un léopard qui contemplait à la limite de l'incrédulité, l'étendue des dégâts. Ce n'était pas une chaudière qui avait fait ça, non. Seul le niveau supérieur avait sauté.

*Y'A EU UNE EXPLOSION.*
*Sans blague...*
*QUOI?*

Trop choqué, sa tête n'enregistrait plus rien si ce n'était un bourdonnement intense. Leto en arriva à la conclusion que quelle que soit la pensée, il ne pourrait plus percevoir ses ordres. Là, elle tenait la bonne raison de s'en mêler. L'ennui, c'était qu'il allait falloir rester discrète pour ne pas être reconnue. Heureusement, personne au D-bar ne s'attendait à la voir débouler en léopard. Rebroussant chemin, elle repassa sous le toit, sur la poutre, bondit à bas dans le garage et rejoignit la ruelle pour se diriger vers la façade du D-bar. Au moment où elle s'apprêtait à entrer, ce fut pour tomber sur le capucin qui, abandonnant son amie autruche aux crocs du chien, comptait s'en aller pépère. Il déchanta en heurtant Leto pour chuter sur son postérieur. Le faciès félin se baissa vers le dégonflé. Pour lui murmurer sur un ton passablement menaçant.

*Nouvelle mission pour toi... Sonne le repli. Que ceux qui n'ont pas vidé leurs armes le fassent et mettent les voiles. Chacun a le droit d'emporter ce qu'il veut en souvenir. Suis-je assez clair?*

Pas décidé à contrer un léopard, le capucin fit demi-tour sur ses pattes et revint dans le D-bar, cette fois-ci pour dispenser les nouveaux ordres. Ces derniers étaient en accord parfait avec ce que lui voulait faire. Leto, quand à elle, considéra les différentes option. Momo et son pote étaient en train de se débattre entre l'auroch et le raptor. Quelque chose lui disait que l'hippopotame n'allait pas survivre bien longtemps. Maurice allait le suivre dans sa fin. Dommage, c'était des bêtes imposantes et utiles. Silencieuse, elle s'approcha d'abord de la débandade entre le crocodile et le varan... Pour décrocher se dernier du ventre de son "collègue" en venant refermer brutalement et sans prévenir sa mâchoire sur la nuque exposée. Lui non plus, ne vivrait pas longtemps. En tout cas, il lâchait déjà sa proie quand elle serra assez pour lui démonter les cervicales. L'avantage de l'effet de surprise.

Ceci fait, elle balaya l'espace du regard pendant que le crocodile tentait dans un effort grotesque de se remettre sur le ventre pour quitter les lieux. Le panda roux pressa une nouvelle fois sur la détente, mais aucun coup ne partit. L'arme était vide. Il saisit une bouteille qui avait roulé jusqu'à lui et prit ses jambes à son cou. Leto, quand à elle, s'avançait tranquillement vers le chien. Ce serait bête que l'autruche soit trop blessée pour fuir et pas assez pour ne pas parler.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   26.06.10 0:10

L'explosion avait été planifiée par un professionnel. Orientée sur les côtés, pour occasionner un minimum de dégâts au rez-de-chaussée et au second étage. Conçue pour éviter les structures porteuses. Peu de flammes et un système anti-incendie, pour éviter de faire flamber tout le bâtiment. Un véritable petit bijou, lui avait dit l'artificier. Tant mieux, Caleb était tout disposé à le croire. Mais belle explosion ou pas, un bon tiers de son bar adoré venait d'être métamorphosé en copeaux de bois, de verre et de métal et lui tombait à présent sur la tête; c'était le genre de situation qui rendait le Techie hautement insensible à toute forme de beauté.

Il resta tapi derrière son comptoir jusqu'à ce que l'avalanche s'interrompe, que les derniers cadavres s'abattent et que l'eau se mette à couler en pluie fine des conduits de plomb fixé au plafond. L'air aussi navré que pouvait l'être un chat mouillé, Caleb se hissa sur le bar d'un coup de rein et posa un regard froid sur la salle soudain beaucoup plus calme. Au milieu des gémissements de stupeur et de douleurs, les assaillants semblaient battre en retraite. Le trafiquant ne se donna pas la peine de les menacer, ou d'exprimer son triomphe. Il se contenta de les observer, alors qu'ils vidaient leurs chargeurs et se précipitaient vers feu la porte. Froidement, il se fit la promesse de les retrouver. Tous. Et, oh, il se ferait un plaisir de leur enseigner le concept de "conséquence".

Du côté des poids lourds, le combat prenait fin. L'hippopotame, qui avait perdu beaucoup de sang, relâcha sa prise sur José pour esquisser un semblant de demi-tour; qu'il ait entendu les ordres ou qu'il ait pris cette initiative en se sentant dévoré par deux mâchoires distinctes, il cherchait visiblement à se sortir de cette galère. Mais José, rancunier à sa tranquille manière, ne l'entendait pas de cette oreille. A nouveau libre de ses mouvements, il se dégagea d'un coup de tête des replis de peau de Momo, pivota sur lui-même, prit son élan en se ramassant sur ses postérieurs et visa la panse de l'animal amphibie. Ses cornes s'enfoncèrent jusqu'à la garde dans la chair vulnérable et l'hippopotame poussa un horrible barrissement avant de s'écrouler sur le ventre. Momo essaya de foncer dans le flanc exposé de José, mais il ne parvint qu'à bousculer la croupe de l'auroch. Visiblement, c'était fini pour son gros pote; ça allait l'être pour lui aussi s'il ne saisissait pas très vite l'opportunité qui lui était offerte de foncer droit devant lui et de sortir de ce qui restait du D-Bar.

Satisfait, Caleb voulut faire le point sur les autres points chauds de cette bataille sans sens. Il fut surpris de voir le varan gisant au sol, sa tête formant un angle improbable avec le reste de son corps: comment l'alligator était-il parvenu à faire cela? Le Techie s'apprêtait à aller voir ça de plus près lorsqu'un piaillement outragé attira son attention sur sa gauche: le grand chien noir se cramponnait de tous ses crocs à la patte osseuse de l'autruche pilleuse, l'empêchant de se relever. Caleb s'ébroua pour alléger sa fourrure qui commençait à se charger d'eau, avant de se diriger d'un pas vif vers l'extrémité du bar:

*Eh, toi! Le chien! Ne la lâche pas surtout, j'ai deux trois questions à lui poser.*

*Et après je vais la bouffer vivante, même si ça doit me prendre la nuit.*

Alors qu'il sautait à bas du comptoir, il nota la présence fauve d'un félin beaucoup plus grand que lui. Une panthère, ou un léopard - Caleb n'avait jamais été fichu de faire la différence. Contrairement aux assaillants, l'animal se déplaçait sans hâte, et pas vers la sortie. Mais quelque chose dans son attitude parut étrange au patron du bar, qui préféra hausser le ton pour appeler du renfort:

*Fred? Ici. Tout de suite.*

Le jeune raptor s'en donnait toujours à cœur joie sur le dos de l'hippopotame à moitié mort, mais il connaissait assez bien Caleb pour savoir que, même si ce n'était qu'un chat sauvage, il était plus sage de ne pas discuter ses ordres. Il rejoignit le plancher des brahmines d'un silencieux bond de prédateur avant de se diriger lui aussi vers l'autruche, le pas léger et la tête oscillante comme un étrange pigeon carnivore. Un étrange pigeon carnivore couvert de sang.

A cet instant, Caleb comprit ce qui n'allait pas chez le léopard: sa fourrure était immaculée. Pas une égratignure. Pas une trace d'hémoglobine. Sans doute un lâche, ou un sadique qui faisait du tourisme. Ou quelque chose d'autre, que le trafiquant peinait à envisager, mais qui le laissait mal à l'aise. Caleb décida que puisque qu'il disposait de soutien (en plus de Fred, quelques animaux dont Bill le castor géant s'intéressaient à la conversation), la meilleure manière de trancher, c'était encore de demander.

*Excusez-moi? Je peux savoir qui vous êtes et ce que vous foutez là?*
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   26.06.10 1:32

La bagarre n'allait pas tarder à se terminer. En tout cas, c'en était finit pour les fauteurs de troubles. Les quelques membres de la Lune Rouge survivants avaient fait du bon boulot. Le bar était saccagé, encore plus que précédemment, des preuves étaient abandonnées par-ci par-là, il y avait eu des morts dans les deux camps (tout projet nécessite des sacrifices pour être menés à bien), mais rien de vraiment embêtant du côté de Leto. Le seul bémol à venir était des éventuels prisonniers dans le mauvais camp. ça, c'était très gênant. La fine pluie qui s'abattait sur la salle ne semblait pas le moins du monde gêner le léopard. Les gouttelettes ruisselaient sur le pelage, sans que ça ne vienne perturber l'objectif du fauve. Seule une chose pouvait vraiment 'enquiquiner...

... Que quelqu'un d'autre s'en mêle. Ce qui fut un peu trop rapidement le cas à son goût. Elle reconnu sans mal la "voix" de Caleb. Donc oui, c'était bien lui le chat. Mais ce qu'elle n'aimait pas, c'était l'intonation qu'il avait prise. Il appelait du renfort. La tête du fauve se tourna calmement vers le seul animal à se rapprocher d'eux: un raptor. C'était bien sa veine. Face à elle, le dinosaure n'avait pas la moindre chance. Enfin... Il n'aurait pas eu la moindre chance si elle pouvait se permettre d'aller jusqu'au bout de ses capacités. Mais quelque chose lui disait que ce ne serait pas très prudent de faire étalage de ses pouvoirs devant le seul hume (exception faite de Lilia) à savoir qui elle était réellement. Même si Caleb pouvait ignorer la nature de sa magie, il ne pourrait que faire le lien tôt ou tard. Que c'était enquiquinant, vraiment...

La déception céda place à une sorte de satisfaction malsaine. Derrière le raptor, dans son champs de vision, Momo avait abandonné le combat avec l'auroch et reculait. Il ne pouvait plus rien faire pour sauver son acolyte. Il lui restait l'opportunité de la fuite et... Une possibilité de vengeance. Si l'auroch était résistant (c'en était surnaturel) le raptor, lui, était plus menu. Momo cavala brusquement en direction de se dernier dans l'optique de le faucher en chemin et de l'entraîner avec lui à l'extérieur pour un piétinement en règle. Même en cas d'échec, Fred allait être détourné d'un quelconque soutien pour un petit moment. Décidément, sous son sale caractère, Momo avait vraiment une utilité.

Pour le reste... Ce ne serait qu'une question de timing. Le léopard cessa sa course à quelques pas, puis s'arrêta, considérant d'un oeil étrangement bestial le chat à la fourrure couverte d'hémoglobine. Pauvre Caleb. Il avait sérieusement trinqué pour la peine. Mais il était en vie, donc mission parfaitement accomplie. Leto ne s'inquiétait maintenant pas plus que ça du comité qui s'intéressait à la conversation. Le léopard était repéré, mais pas la versatilis qui se trouvait sous ce déguisement inquiétant.

Une question... Il avait posé une question? Ah oui, ce qu'elle foutait là. Si seulement elle n'avait pas d'identité à cacher... Si seulement elle pouvait faire tout ce que lui dictait son instinct carnassier, la réponse se serait traduite par le craquement sinistre des vertèbres du chat, noyé sous un gargouillis de sang. C'était si tentant. Mais elle lui devait quelque chose. Et le boss n'apprécierait pas qu'un personnage aussi exploitable que Mancuso termine sa vie aussi bêtement. Mieux valait chasser ces envies de meurtre. Non, en fait, il ne fallait pas les chasser, il fallait les reporter sur un autre sujet.

Avec une lenteur calculée, le léopard se baissa, se ramassa pour se préparer à bondir, sans lâcher le chat des yeux. Allait-il vraiment se faire son cousin éloigné? Tout dans l'attitude l'indiquait. Presque tout. Pendant une fraction de seconde, les prunelles passèrent sur l'autruche à terre. Le bond se fit, mais en direction de l'imposant volatile. Leto atterrit sur le dos de ce dernier, poussa un rugissement violent en direction du chien pour le faire reculer d'instinct, puis ses crocs se rabattirent une nouvelle fois... Sur le cou de l'autruche qui, surprise n'eut qu'un sursaut avant d'émettre un cri étouffé. Le bec piqua droit vers le plancher pour ne plus bouger du tout. Un témoin gênant qui aurait pu parler, le problème est résolu. Il ne restait plus qu'à s'assurer qu'aucun membre de la Lune Rouge ne prenne le risque de s'attarder. Avec ce qu'elle venait de faire, aucun risque que ça arrive.

Par contre... Elle, maintenant, comment allait-elle fuir? Bonne question. Ramassée, oreilles rabattues, elle poussa un nouveau grondement, profond. UN avertissement clair en langage animal. Celui qui tenterait de l'avoir allait se prendre un méchant coup de crocs, dans le meilleur des cas.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   07.07.10 23:26

Le regard du léopard. La férocité dans ses iris d'ambre. Comme lorsqu'il avait bondi sur le colibri, Caleb sentit tous ses muscles se contracter les uns après les autres, une mise en tension progressive et croissante qui le tassa légèrement sur ses pattes. Il n'aimait pas la manière dont le léopard l'observait. Il ne l'aimait vraiment pas, du plus profond de ses instincts conjugués de chat sauvage et d'indic paranoïaque; qui que fut la personne qui se dissimulait dans ce fauve, c'était quelqu'un de dangereux. Extrêmement dangereux.

Inhumement dangereux?...

Mais cette idée fut trop fugitive pour que Caleb y prête attention: un terrible barrissement couvrit soudain tous les autres cris. L'énorme masse grise et rouge sang de Momo s'était remise en marche et il fonçait vers la rue, les cornes brandies et l'oeil en rage. Fred, sur sa trajectoire, n'eut même pas le temps de tourner la tête avant que l'énorme animal ne fût sur lui. Dans une impulsion désespérée et totalement instinctive, le raptor ploya ses puissants postérieurs et bondit dans les airs. Mais Momo était trop proche: le rhinocéros parvint à heurter le bassin du dinosaure en suspension. Il y eut un craquement de bois brisé et la belle trajectoire ascendante de Fred devint un roulé-boulé le long du dos du mastodonte. Le raptor s'écrasa dans le sillage de Momo, retomba sur sa patte fracturée avec un feulement de colère et de douleur. Sans ralentir, le rhinocéros continua droit devant lui, traçant sa route entre le léopard d'un côté, l'autruche, le chien et Caleb de l'autre.

Sa masse grise une fois passée, Caleb vit que le léopard s'était ramassé sur lui-même, en position d'attaque. Ses yeux n'était que féroces calculs. Ils étaient braqués sur lui.

Adrénaline. Des muscles tendus comme des câbles de débardage. De l'électricité dans ses membres, sa tête. Son coeur, qui battait trop vite. Lentement, le chat abaissa ses oreilles. Ses crocs se découvrirent et un grognement rehaussé d'un crachat vindicatif monta de sa poitrine. Il savait que sa seule chance face au léopard résidait dans la fuite (il était plus petit, plus vif, il pouvait le faire). Il avait peur. Mais à ce stade, saoul de trop d'émotions, Caleb était surtout dans un état de fureur difficilement descriptible: on avait foutu en l'air son bar et cela faisait deux fois dans la même journée qu'on le prenait pour du gibier. Lui. Caleb Mancuso. Du gibier.

Non. Pas moyen.

Le léopard bondit, effroyablement beau et silencieux, et nul ne sait ce qu'il serait advenu du trafiquant d'armes si le fauve n'avait pas soudain dévié sa trajectoire. Un rugissement écarta le chien, qui n'était pas suicidaire. Peut-être que pendant une seconde, l'autruche se crut libérée. Puis elle croisa le regard de la bête qui l'écrasait et un hurlement abominable transperça la tête de toutes les personnes vivantes encore présentes dans le bar. Le cri de panique d'une voix tout ce qu'il y avait de plus hume. Arrêté net d'un unique coup de croc.

Caleb se redressa vivement, ses oreilles pointées au-dessus de sa tête en signe d'extrême attention. Le léopard se redressa, les babines maculées de sang. Gronda. Comme s'il s'agissait d'un signal, les derniers assaillants encore présents dans le bar se ruèrent vers l'extérieur, emportant bouteilles, nourriture, bijoux trouvés dans les vêtements accumulés dans un coin du bar. Bizarrement, la plupart abandonnèrent leurs armes.

Chat sauvage et léopard très sauvage se jaugeaient. Caleb aimait de moins en moins l'atmosphère de cette soudaine attaque; que pouvait bien être un ennemi pourtant féroce qui restait à l'écart de la bataille et venait y prendre part uniquement pour achever les blessés? Un passant qui avait perdu le contrôle de son corps animal? Ou au contraire quelqu'un de beaucoup plus réfléchi, de beaucoup plus froidement logique. Quelqu'un qui ne voudrait pas qu'il y ait de prisonniers.

*Patronne...*

Une voix, bourrue mais faible. L'hippopotame? Caleb orienta l'une de ses oreilles vers le mastodonte, sans quitter le léopard des yeux. Il entendit le puma grogner, il y eut un bruit de déchirure et la voix cria faiblement tandis qu'un meuglement angoissé résonnait dans le bar.

*Patronne... Momo... soyez pas chiens, merde...*

Le grand canidé noir prit un air vexé totalement délirant. Caleb, lui, n'osait réfléchir de peur d'accorder un instant d'inattention en trop au fauve sanguinaire. Mais cela ne l'avait pas empêché de tiquer: "patronne"?...
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   08.07.10 2:40

L'eau continuait de tomber en fines gouttelettes sur tous les protagonistes de la salles. Le ruissellement glissait sur la fourrure tachetée, le long de ses oreilles rabattues, entre ses yeux ouverts et suffisamment attentifs pour avoir l'air malsain, puis sur le museau, glissant sur les babines pour emporter un peu de sang qui retombait en parfaites formes rondes d'un rouge dilué sur la peau du cou de l'autruche inanimée. Un "allié" en moins pour parler au patron du D-bar.

Dans un capharnaüm pas possible, le reste des attaquants prenaient la poudre d'escampette, conformément aux ordres donnés. Le capucin avait fait son office. La seule raison qui retenait encore Leto était le soucis de ne laisser aucun indice susceptible de permettre à Caleb de remonter jusqu'au maire. Ce qui, dans un langage moins poétique, signifiait achever les blessés. L'autruche ne parlerait pas, le premier danger était passé. Même Momo, malgré ses blessures graves, avait réussi à fuir du D-bar. Qu'allait-il rester?

Hm... Manque de bol. Le pote à Momo était toujours là et respirait encore. S'il était resté silencieux, peut-être aurait-il pu vivre quelques minutes supplémentaires. Mais il a commis la plus grosse des erreurs... "Patronne..." Malheureux écart. Leto ne dévia pas une seule seconde ses prunelles de Caleb. Oh, elle le sentait, au fond de ses entrailles, l'évidence qu'elle pourrait le mettre en morceau, rependre ses restes sur plusieurs mètres, ou juste se contenter de terrorisé le "chaton", comme l'avait si habilement suggéré le maire.
Mais il n'était pas la cible. Qui plus est, mine de rien, elle ressentait par-delà l'envie de mettre en pièce une proie éventuellement facile, comme une sorte de reconnaissance. Après tout, il savait pour elle et l'avait tolérée, elle, la versatilis, la représentante d'une race qu'aucun balayeur ici présent n'hésiterait à tuer juste pour le principe. Et puis bon, une marionnette morte ne servirait pas au maire.

De toute manière, elle avait plus urgent. Comme résoudre le problème de l'hippopotame. Ce dernier a à peine eu le temps de lancer sa lamentation mourante que Leto avait déjà bondit... Par-dessus Caleb. Pas d'hésitation... Aucune. Il devait mourir. Rien que pour la supplique qu'il a osé prononcer. Ventre à terre, Leto cavala à travers le bar, récupérant entre ses crocs le pied brisé d'un tabouret, solide, et effilé, idéal pour percer. Sans ralentir son élan, elle bondit à nouveau... Sur le puma, l'écrasant de sa masse pour le faire chuter, pour le détourner de Momo. Peut-être qu'il allait croire à un élan subit de bonne volonté de la part de sa patronne. Pas de chance. Leto était rapide, précise.

Elle ne voulait surtout pas laisser à qui que ce soit le temps de l'arrêter. Reprenant son élan dans l'autre sens, elle détourna la tête, et d'un coup sec, planta l'extrémité du bois dans la plaie déjà ouverte à la gorge par les efforts précédemment conjugués du puma et du raptor. L'hippopotame poussa un nouveau brame, qui se perdit en gargouillis quand le sang afflua en grande quantité hors de la plaie, éclaboussant une Leto qui n'avait pas lâché son arme improvisée. Pire, elle tira même sur le coté pour agrafer la blessure et augmenter la perte de sang.

Déjà aux portes de la mort suite à la bataille, le pauvre animal sombra, sa lourde tête retombant lourdement sur le sol. Mission accomplie. abandonnant son ex-employé et le pied du tabouret, elle fit demi-tour, et reparti tout aussi brusquement dans l'optique de quitter le D-bar. Il fallait qu'elle fuie. Il ne restait à présent plus qu'elle pour parler. L'ennui, c'était que le cadavre de l'hippopotame n'était pas à côté de la sortie, et qu'il y aurait certainement deux ou trois "courageux" clients pour essayer de l'arrêter.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   08.07.10 14:07

Et de fait, cette fois, Caleb n'eut même pas besoin de donner d'ordres. Peut-être était-ce le dégoût de voir la mare de sang qui s'étendait sous la tête du défunt hippopotame, approvisionnée par les ultimes giclées rouge vif de ses artères éventrées. Peut-être était-ce l'indignation de le voir abattu de manière si cruelle alors qu'il appelait à l'aide. Peut-être était-ce la révolte de voir le dernier assaillant filer en toute impunité alors que le bar était en miettes. Sûrement un peu de tout et rien de précis.

Le puma fut le premier à réagir. D'un coup de rein, il se remit sur ses pattes, bondit sur le cadavre de l'hippopotame et flanqua un coup de griffe vers la croupe du léopard en fuite. Le vieux Bill, usant de ses habiles pattes de castor géant, ramassa un pied de table arraché pour le lancer tel un javelot. Fred, toujours à terre, fit claquer sa mâchoire et fouetta l'air de sa patte arrière valide au passage de l'animal dans l'espoir évident de faire un accroc dans sa belle fourrure tachetée.

Le léopard filait à une allure démente. Caleb, sans doute galvanisé par le simple fait d'être toujours en vie, eut envie de s'interposer entre lui - non, elle - et la sortie, mais un infime sursaut de son instinct de survie le retint: outre le fait qu'un chat sauvage fait difficilement le poids face à une panthère, son coeur était déjà bien trop tachycarde pour qu'il se risque à le malmener davantage. Jurant, l'air encore plus contrarié à présent que l'eau imbibait sa fourrure et dégoulinait de ses moustaches, il fit quelques pas en arrière pour se mettre hors de portée de la bête. Il fallait se rendre à l'évidence: l'ennemie allait s'enfuir.

Néanmoins, le trafiquant prit la peine de crier un encouragement à ceux de ses hommes situés sur la trajectoire du fauve. Il savait déjà qu'ils ne l'arrêteraient pas, mais ce n'était pas cela qu'il avait en tête; Caleb voulait que l'assaillante soit blessée. Il voulait une plaie, une griffure, une morsure, n'importe quoi qui laisserait une cicatrice. Et qui rendrait la prédatrice reconnaissable par la suite.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   11.07.10 15:09

Embarrassant. Une patte griffue frôla sa croupe, semant au passage quelques poils de sa si belle fourrure tachetée (et surtout mouillée). Le puma l'avait loupée de peu. Très peu. Leto décampait déjà, fonçant droit vers la sortie. Elle ne devait en aucun cas laisser des traces d'elle, ou permettre à Caleb de faire un jour le rapprochement entre un léopard et la versatilis.

Quelque chose passa dans son angle de vision, quelque chose de très rapide. Leto rendit grâce à ses instinct animaux qui la firent se tasser au sol, roulant avec son élan. Le Javelot improvisé alla se planter au sol, presque à l'horizontal. Elle dû ramper pour s'extirper de sous l'engin, avant de reprendre sa course.

C'était sans compter sur les encouragements de Caleb. Par un réflexe malheureux, et pour éviter le chien Leto fit un écart dans sa trajectoire, et rencontra la patte valide et agressive du Fred en raptor. La fourrure n'y survécu pas et une longue estafilade vint se tracer, contre la hanche du félin, du flanc au haut de la cuisse. Saleté!
Dans un sursaut de vengeance, elle balança un furieux coup de griffe en travers de la figure du raptor avant de reprendre sa course. Impossible de s'attarder avec une blessure. Les autres assaillants furent esquiver du mieux possible, ne laissant plus d'autres bêtes déposer la moindre égratignure supplémentaire sur son corps.

Le fauve bondit au travers de la façade définitivement explosée et prit la poudre d'escampette dans les ruelles humides de Secaria...



[Un peu court, désolée. ^^' Caleb aura une éventuelle blessure à repérer comme ça. Very Happy Fin du topic, j'imagine. \o/]
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   13.07.10 18:55

[ Ce post ci-dessous, en abrégé : kyaaa! . J'arrive mon chaton~ Cool ]


Il était déjà difficile de circuler dans les venelles de Secaria, avec toute la brume qui opacifiait l’air jour et nuit. Imaginez seulement l’ennui que représente cette purée de pois nocturne pour un renard roux qui était habitué à une altitude toute différente : la première demi-heure à trottiner dans les rues s’était déroulée dans un silence serein et attentif. L’heure suivante, dans un calme résigné. Ces vingt dernières minutes, c’était une frustration contenue mais frémissante qui roulait dans la gorge de Rodrigue.

Emergeant d’une épaisse nappe grisâtre d’une ruelle étroite, la silhouette rousse se faufila sur un trottoir, laissant entendre le raclement feutré de ses griffes sur les pavés. Il s’était considérablement éloigné du Downward, ratissant avec un soin obsessionnel le quartier dans l’espoir d’y retrouver une trace de Chips. Tâche on ne peut plus difficile compte tenue de la mobilité légendaire du bestiau en question et du grand point d’interrogation qui trônait désormais dans le champ « aspect physique »… Mais Rodrigue ne s’avouait pas vaincu pour autant. Il avait croisé une bonne vingtaine d’hûmes errant nus dans les parages, émettant des cris inarticulés quand ils n’étaient pas occupés à se sauter mutuellement à la gorge, et il en était venu à la conclusion que Chips ne pourrait que se démarquer des autres. C’était évident. Beaucoup d’autres animaux, hûmes transformés donc, couraient également en tout sens, mais maintenant que la nuit était belle et bien tombée, leur bon sens leur avait dicté que rester calme et se trouver un abri était une meilleure solution. Ce qui arrangeait bien Rodrigue : Chips n’ayant peur de rien, ou plutôt, étant attiré par le danger, il avait peut-être plus de chances de le retrouver à se promener plutôt que terré dans un coin obscur de la ville. Du moins, c’était ce que le barman espérait. L’avenue dans laquelle il circulait à présent était déserte. Il distinguait à peine, au-dessus de sa tête, les tâches lumineuses des lampadaires, créant des bulles de clarté diffuse dans le smog glacé.
A un moment donné, Rodrigue entendit un rire hûme, et dressa l’oreille. Le rire était masculin, mais délié, hilare et chantant…et surtout, semblait ne venir de nulle part. Une ombre brouilla un bref instant les volutes du brouillard ; un papillon de nuit passa par là, titubant dans les airs comme s’il était ivre. Rodrigue le regarda passer et rire, circonspect, puis reprit son chemin en trottinant. Il ne trouverait rien en errant à tâtons comme il ne faisait, c’était une évidence que son entêtement peinait à intégrer.
Le renard bifurqua sans bruit dans une venelle qu’il lui semblait reconnaître, et grimpa aussitôt sur un empilement de caisses jouxtant une épicerie. En quelques sauts alertes, il parvint à se jucher sur un balcon, et profita de ce point de vue pour…ne pas voir grand-chose. Le calme régnait sur Sécaria comme si la ville s’était changée en cimetière. De loin en loin, il n’y avait que les façades fantomatiques des immeubles et les chapelets dorés des lampadaires. En se concentrant un peu, il parvint à identifier le fouillis lumineux qui indiquait l’emplacement du D-Bar, un peu plus à l’Est. Il savait que Caleb serait déçu s’il revenait sans Chips sain et sauf, et lui-même ressentait une sourde mais tenace déception à l’idée de rentrer bredouille…Cependant, le vent froid qui caressait sa fourrure à rebrousse-poil n’était que pure invitation à retourner se réfugier dans la lumière chaude du Bar. Le renard resta immobile, hésitant.
Au moment où il posait une patte en avant, avec l’intention de poursuivre sa recherche – « juste un quart d’heure supplémentaire » - un curieux scintillement lumineux accrocha son regard, accompagné par un grondement sourd. L’explosion de la mezzanine du D-bar avait un air un anodin, vu de loin. Mais cela suffisait amplement à Rodrigue pour deviner que cette soudaine luminosité n’avait rien de normal, et justifiait amplement son retour immédiat.
D’un bond feutré, le renard sauta depuis le balcon sur le toit d’une voiture, puis à terre, et fila dans l’obscurité de l’avenue à toute vitesse.




Je le sens.

Rodrigue cavalait le long du dernier pâté de maison qui le séparait du Downward.
Je le sens, je ne sais pas pourquoi.
Plus de calmants, plus de drogue, pas le moindre petit agent chimique pour dérégler son pouvoir...Eh, il aurait dû s’y attendre… Le déploiement d’une minuscule corolle, un frémissement dans la toile qui le reliait aux autres. A lui. Une agression. Sans rien savoir de ce qui s’était passé au D-Bar, il ressentait l’évènement comme tel. Une agression. C’était insensé, mais il le ressentait.
Au terme de sa course effrénée, Rodrigue s’arrêta, hébété, au milieu de la rue sur laquelle donnait l’entrée du bar. La façade éventrée était grotesque, comme une bouche déformée aux dents de verre. Le lien s’était aussitôt rompu, cassé net par la vision du Downward proche de la ruine ; Rodrigue, le souffle court, s’avança à vive allure entre les énormes blocs de pierre éclairés par la lumière vacillante des appliques. Bien avant de voir les premiers cadavres d’animaux, il huma l’odeur de la mort et du sang, mélangée à celle de la poudre. Il entendit des soupirs, et tourna les yeux vers un raptor au service de Caleb, affalé au sol. Salement amoché. Beaucoup d’employés officieux du bar étaient dans le même état. D’autres étaient morts, des hûmes inconnus... Il y avait eu une grosse bagarre.
Glacé, Rodrigue se surprit à ralentir, se faufilant prudemment, comme avec appréhension, entres les reliefs démontés du décor et les dépouilles d’hûmes transformés. Il s’arrêta, passablement décontenancé, devant l’imposant cadavre d’un hippopotame.

* Rodrigue. *

Simple constat de la part de la voix éternellement posée de José. Le barman manqua de sursauter, et il repéra bien vite l’immense auroch blanc affalé contre un mur. Son fin pelage blanc était couvert de sang encore frais, et de profondes marques de morsure crevaient sa peau. Les oreilles rabattues en arrière, Rodrigue se précipita vers le videur avec une inquiétude bien trop spontanée pour être contenue :

* Mais par l’Etat, José ! Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?! *


Hochement de tête docile du bestiau, comme si les traces de morsure n’étaient que pure coquetterie de sa part. Rodrigue se souvint alors du SAINT ; José ne devait plus éprouver nettement la douleur, et sa constitution herculéenne aidant, il serait sûrement sur pieds d’ici quelques jours…Le renard avisa rapidement les deux énormes cadavres proches du videur, probables victimes du zèle de l’auroch, et soupira. Son deuxième combat en l’espace d’une seule journée cauchemardesque ; cette ghoule était incroyable. Et désespérément trop calme.

* Le Patron est là-bas. A côté du castor géant. Il va bien.*

Rodrigue haussa les oreilles, et adressa un regard vaguement surpris à José. Ce dernier le regardait paisiblement, comme s’il attendait juste que le renard s’en aille. Rodrigue ne s’était même pas inquiété du sort de Caleb – parce qu’il savait, il l’avait ressenti avec trop de violence pour que ce soit faux…- parce qu’il savait qu’il était vivant. Peut-être pas indemne, néanmoins. Silencieux, faute de savoir quoi répondre à l’auroch, le renard se détourna et trottina le long des tables fracassées. Ce ne fut qu’à ce moment qu’il remarqua que la mezzanine était la cause du grand éclat qu’il avait perçu dans la nuit : le premier étage était détruit, mais, fort heureusement, les colonnes porteuses semblaient avoir tenu le choc. Cela n’avait donc rien d’un accident.
Le castor géant était là, près du comptoir du bar, les bras ballants, l’air exténué ; un chien noir se tenait à ses côtés. Et Caleb, si curieusement petit comparé à ses subalternes, se trouvait là également, digne mais manifestement harassé. Sa fourrure trempée était rougie de sang sur la ligne de son dos. L’expression animale du renard sembla se durcir tandis qu’il s’arrêtait. Il arrivait après la bataille. Il n’aimait pas cette sensation de flottement, son absence de prise sur cette réalité catastrophique qui avait frappé le bar – son bar.

* Patron…*


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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   24.07.10 19:06

L'odeur d'adrénaline se dissipait lentement dans le bar meurtri, laissant la place au sang et à la mort. Un calme feutré régnait dans la vaste salle, entrecoupé de gémissements, de cris, de quelques bruits de verre brisé quand un survivant parvenait à s'extirper des décombres tombés de la mezzanine. Entre les fuyards et les morts, la population du Downward s'était réduite de manière drastique, et à présent on ne comptait guère plus d'une dizaine d'animaux plus ou moins amochés qui erraient entre les monceaux de débris, tous des Balayeurs ou des employés officieux de Caleb.

Celui-ci fixait toujours la rue baignée de la lumière pourpre du crépuscule, comme s'il s'attendait à ce que le léopard revienne poliment lui expliquer comment le D-Bar avait pu passer en quelques minutes d'un établissement public un peu en désordre à un champ de bataille jonché de cadavres et de bois calciné. Sur le coup, il avait poussé un cri de victoire lorsque la massive griffe du raptor avait trouvé le flanc du fauve inconnu, mais à présent que la prédatrice s'était éclipsée dans le brouillard, cette marque de reconnaissance semblait bien dérisoire à Caleb. La seule certitude qui lui restait, en fait, c'était qu'on venait d'attaquer sciemment son bar, qu'il ne savait pas qui, qu'il ignorait pourquoi et qu'il n'avait pratiquement aucun moyen à sa disposition pour enquêter sur la question.

Avec un soupir las, le Techie prit enfin le temps de s'observer dans un grand éclat de verre arraché à la porte d'entrée. Nonobstant le malaise certain provoqué par le fait qu'il savait que le chat sauvage qu'il voyait était bel et bien son reflet, Caleb estima que cela aurait pu être pire. Certes, son épaisse fourrure partait dans tous les sens, l'eau qui continuait à couler du système anti-incendie brûlait son dos bien entaillé et la dizaine de coupures plus menues qu'il avait récoltée en tombant dans les éclats de verre, derrière le bar. Il haletait tandis que son coeur épuisé cognait contre ses côtes, toujours douloureuses d'avoir été compressées par la prise de la grosse Joséphine, et un sifflement aigu persistait dans ses oreilles depuis l'explosion. Mais non, vraiment, cela aurait pu être pire. Il suffisait d'un regard panoramique pour s'en rendre compte.

La tête bourdonnante, Caleb s'obligea à rester sur ses pattes encore quelques minutes: un certain nombre de mesures d'urgence devaient être prises et personne ne le ferait à sa place. Il s'ébroua, lâcha un bref grognement de douleur et se dirigea vers le castor géant. Ce dernier le vit approcher et lâcha d'un air éreinté:

*Ces conneries ne sont plus de mon âge, Mancuso...*

*Désolé, Bill. Rien de cassé?*


*Rien qui ne repousse pas.*


*Bien. Vous pouvez me suivre une seconde? J'ai encore besoin de vous, il me faut quelqu'un avec des mains.*

Le castor géant haussa les épaules, spectacle déjà peu banal en soi, avant d'emboîter le pas à Caleb. Le trafiquant fit le tour du comptoir à petits pas précautionneux, histoire d'éviter de se déchiqueter les coussinets sur le tapis de tessons de bouteilles qui couvrait le sol, et guida le bûcheron jusqu'à la réserve. Là, une autre désagréable surprise attendait le gérant de bar, qui sentit quelque chose se vriller dans sa poitrine lorsqu'il jeta un coup d'oeil dans la petite pièce: il ne s'attendait pas à un tel niveau de ravage.

Ce que les intrus n'avaient pas emporté, ils l'avaient démoli ou répandu sur le sol. Une forte odeur d'urine émanait des pièces de viande encore présentes et la cave à vin n'était plus qu'un triste tas de bois et de verre arrosé d'alcool. Bill marqua le coup en lâchant un juron imaginatif qui impliquait les membres du Chapter 88, la mère du responsable de ce massacre et un certain nombre d'animaux dont même Adhénor n'avait pas voulu. Caleb se contenta d'un plus sobre:

*Ne vous inquiétez pas. Tout ceci se paiera.*

Le ton glacial du Techie se solda par un silence précautionneux de la part de Bill. Caleb soupira, s'arracha à la contemplation du macabre décor et désigna au castor géant une manivelle à la peinture rouge écaillée qui jouxtait le tableau électrique:

*C'est la vanne du système anti-incendie.*

Quelques secondes plus tard, il cessait enfin de pleuvoir dans le bar. Caleb et le vieux Bill revinrent sur leurs pas, croisant la route du chien noir qui ramenait vaillamment le sac de pommes de terre repris au lémurien et à l'autruche. Le trafiquant s'arrêta, le temps de quelques remerciements et de demander son nom au canidé, histoire de savoir à qui il devrait prouver sa reconnaissance par la suite. Le chien répondit de bon coeur, et Caleb était en train de s'excuser de l'avoir pris pour un mâle (avec toutes ces fragrances de sang et de brulé, son odorat ne valait plus grand chose) lorsque quelqu'un l'interpela à voix basse. Surpris, le Techie tourna la tête. Et quelque chose en lui se détendit de manière perceptible lorsqu'il reconnut le masque roux et blanc qui lui faisait face.

*Rodrigue, je te présente mademoiselle Rosabella Norton. Tu connais déjà ce cher Bill. Quand nous retrouverons nos apparences civilisées, ce sera open bar pour tous les deux; j'ai une petit dette envers eux.*

Il leva les yeux vers la mezzanine, dont il ne restait que l'ossature roussie. Il émit un rire grinçant qui trahissait l'usure de ses nerfs, avant de commenter:

*Il y a eu un peu de grabuge, ici. Je suis désolé, j'ai dû prendre des mesures radicales pour les empêcher d'accéder au second. J'espère que tu n'avais rien laissé de précieux là-haut.*

Il rit à nouveau, encore un peu plus faux, et le vieux Bill échangea un regard inquiet avec sa voisine. Caleb, sentant qu'il perdait pied, ajouta alors d'un ton sec:

*Vous deux, j'aimerais que vous alliez remettre un peu d'ordre dans la réserve: avec ce trou dans la façade, il va faire trop froid ici pour qu'on y passe la nuit. Ah, et mettez à l'abri les blessés, surtout ce pauvre Fred, j'ai peur que cette saloperie de gros chat lui ait crevé un oeil. Quant à José...*

Il jeta un coup d'oeil vers le fond du bar pour découvrir que le videur ne l'avait pas attendu pour prendre soin de lui-même: toujours à genoux, la ghoule s'était trainée jusqu'au cadavre de l'hippopotame pour laper sereinement le sang répandu sous sa tête. L'auroch renifla les plaies de l'animal mort d'un air appréciateur et Caleb préféra se détourner avant de ressentir plus qu'un haut-le-coeur; connaître la théorie des repas de ghoule ne prépare pas forcément à assister à la pratique.

*... Il se débrouille très bien tout seul. Allez allez, avant que la nuit tombe, on pourra tous se reposer plus tard.*

Le castor géant et la chienne s'éloignèrent. Caleb les suivit du regard. Puis, lorsqu'il les estima à une distance suffisante, tous ses muscles semblèrent se relâcher dans un bel ensemble. Il s'effondra plus qu'il ne s'allongea sur le ventre, les yeux clos et dodelinant de la tête. Une nuée de paillettes blanches dansait sur le fond noir de ses paupières.

*L... Laisse-moi une seconde, Rodrigue. Juste une seconde.*

Il souffla profondément, plusieurs fois de suite. Puis il redressa la tête, le regard encore un peu trouble, l'air complètement épuisé. Quand il reprit la parole, ce fut d'un ton différent, beaucoup plus sombre. Beaucoup plus triste.

*Je ne sais même pas qui est le responsable. Ils ont attaqué, c'est tout. Un troupeau de cinglés. Comme s'ils voulaient juste faire le plus de dégâts possible. Putain, quelle journée de merde...*

Un instant de silence.

*Et tu ne l'as pas trouvé, n'est-ce pas? Rien, pas une trace?...*


Dernière édition par Caleb Mancuso le 08.08.10 18:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   25.07.10 12:14

[Ninours ! <3]

Tandis que Caleb parlait, Rodrigue glissa un regard vers les deux hûmes transformés, un regard qui était scrutateur mais sans curiosité, appuyé mais désintéressé. Il inclina la tête en guise de salut poli, sans piper mot. « Quand nous retrouverons nos apparences civilisées », ah ! Une journée qu’ils étaient changés en animaux, et cela lui paraissait déjà être des semaines. Il ne savait pas vraiment s’il serait capable de reconnaître cette femme d’ici là. Mais il la salua tout de même, avec sa déférence habituelle, et avec autant d’élégance que son corps d’animal était en mesure de fournir. Et le signe de tête qu’il adressa à Bill était reconnaissant, sans fard. C’était tout ce qu’il pouvait faire, lui qui savait à peine ce qu’il s’était passé, alors que ces trois créatures en face de lui portaient des marques manifestes de lutte. Il ne pouvait qu’attendre que Caleb lui explicite ce qu’il entendait par « grabuge ».

Les deux autres s’éloignèrent alors, à la demande du Techie. Rodrigue les regarda partir, une seconde ou deux, puis porta attentivement son regard sur Caleb. Il avait l’air exténué ; et il le démontra fort bien en s’écroulant devant lui, à bout de souffle. Les oreilles du renard se dressèrent sur sa tête, puis s’abaissèrent tandis qu’il allongeait le cou pour mieux observer le faciès du chat sauvage.

* Patron …? *

*L... Laisse-moi une seconde, Rodrigue. Juste une seconde.*


Rodrigue eut une esquisse de mouvement de recul, indécis, puis il s’immobilisa. Il n’était pas en mesure d’aider Caleb, naturellement ; mais le voir affaibli, en plus d’être blessé, le plongeait dans un malaise frôlant de près une colère plus profonde et anonyme. Le renard s’assura d’un regard circulaire et particulièrement féroce qu’aucun animal ne trainait dans les parages ; les rares spectateurs, glacés par les yeux violets du barman, se détournèrent aussi naturellement qu’ils le purent. Mais la satisfaction d’avoir fait fuir les curieux ne l’apaisa pas bien longtemps : son regard retomba sur le chat sauvage, et il se sentit soudainement obligé de dire quelque chose - n’importe quoi, pourvu que Caleb n’oublie pas qu’il était là.

* Ça…ça a été si soudain…Comment… *

Caleb reprit alors la parole, avec cette espèce d’intonation sourde et lisse d’homme éreinté. D’homme vaincu. Le renard l’écouta, ravalant la fureur stérile que lui inspiraient ces paroles, mais se faisant la promesse intérieure, aussi inflexiblement que son employeur quelques temps auparavant, que cette attaque saurait être vengée. Cette résolution spontanée lui fit un drôle d’effet, juste assez pour le distraire un infime instant ; jamais, songea-t-il avec stupeur, il ne s’était engagé dans quelque entreprise qui ne fût pas exclusivement la sienne. L’idée était neuve, angoissante même ; mais cela ne le ferait pas renoncer pour autant.
Les yeux pervenche du renard se plissèrent légèrement lorsque Caleb évoqua ensuite Chips sans vraiment le nommer. Bien sûr ; pour parachever la dite journée de merde, il lui fallait évidemment annoncer à Caleb que le reptomarsupial du bar était encore dans la nature. Le Lespurien inclina sa tête, et répondit d’une voix grave où perçait sensiblement son immense déception :

* J’ai fouillé chaque coin de rue jusqu’à l’avenue d’Arcadie, mais le quartier est étrangement vide. *


Il marqua une pause, goûtant âprement à ses propres paroles, puis ajouta en soupirant :

* Je continuerai demain, dès la première heure… *


Le renard se tut, incapable d’articuler la moindre formule d’encouragement. Il se sentait fatigué, les nerfs usés par sa recherche infructueuse et la frustration de ne pas avoir été là pour défendre son bar. Caleb avait voulu qu’il retrouve Chips, et il était revenu bredouille, pour constater que son lieu de travail avait été détruit ; ses collègues blessés ou tués ; et son patron, anéanti. C’était une sale journée pour lui aussi.

* Patron…*

Le Lespurien s’inclina au niveau de Caleb, ployant ses fines pattes gantées de noir pour se coucher face à son employeur. Il sembla hésiter longuement, étirant son silence en faisant mine de conforter sa position et de chasser d’un balayement de queue quelques bris de verre. Rodrigue se demanda vaguement où étaient passés ses talents d’acteurs, car maintenant qu’il était face à ce chat aux yeux dorés, il peinait à trouver ses mots. Comme s’il n’était pas loin d’épuiser la coupe de ses mensonges coupés de détours et d’ambiguïtés, et qu’il touchait des lèvres une lie au goût étrange. Inquiet, le renard posa sa tête sur ses pattes antérieures, l’inclina légèrement de côté, puis laissa filer en désespoir de cause la première remarque qui lui vint à l’esprit :

* Ça vous va bien d’être un chat, quand même. J’aime bien les chats. *


Il ne pensait pas qu’un jour il adresserait une phrase aussi surréaliste à l’un de ses employeurs. Il secoua légèrement la tête, et se reprit presque aussitôt :

* Je fatigue, on dirait. Excusez-moi. (il releva son regard vers Caleb) … Patron, ceux qui ont attaqués le bar paieront, en temps venu. Je sais que je n’ai pas à vous le dire, mais…essayez de vous reposer, maintenant. Vous en avez assez fait pour tout le monde, aujourd’hui.*

Rodrigue hésita, l’espace d’une seule seconde, mais qui s’étira langoureusement dans sa tête ; cette fameuse lie, c’était juste un peu vérité. Il avait toujours eu peur de parler avec ses propres mots, par un effort de précaution profondément ancré dans sa chair. Il avait maintenant l’impression que c’était tout ce qui lui restait, face à Caleb. L’envie de dire vrai.

* Vous êtes quelqu’un de fort. Je vous envie. *

Le Lespurien déglutit faiblement, et redressa lentement son corps de renard en position assise, faute de savoir comment se tenir. Il n’avait pas l’habitude de dire ce qu’il pensait de façon si claire ; ces quelques mots, ridiculement authentiques, lui laissèrent un goût étrange au fond de la gorge, et comme l’impression d’avoir fait un énième faux pas.
Il était comme titubant, incapable d’exprimer les sentiments positifs qui bourgeonnaient en lui… Incapable, aussi, d’assumer leur pesant de vérité. Et surtout, il était angoissé de ne pas pouvoir prédire la réaction de Caleb. Il avait peur de s’aventurer sur une pente savonneuse, et qu’une vérité en entraînant d’autres, il finirait par se révéler ; sa crainte était sans doute injustifiée, mais il se résolut au silence, et détourna douloureusement son regard de côté.
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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   26.07.10 19:25

[... marshmallow...]


Allongé en sphinx sur le sol du bar ravagé, les anneaux de sa queue dessinant des arabesques dans la poussière de verre et la sciure, Caleb fixait le mur du fond d'un regard vide tout en essayant vaillamment de repousser le monstrueux coup de fatigue qui cherchait à le submerger: tout cela commençait à faire un peu trop pour ses pauvres nerfs. Depuis le lever du soleil, il avait cru mourir d'une crise cardiaque, s'était fait poursuivre par une araignée trois fois plus grosse que lui, tabassé par un gorille. Il avait dû faire exploser la moitié de son bar pour sauver les revenus qui lui permettraient de récupérer péniblement ce qu'il restait de l'autre moitié. Il avait perdu Chips, l'un de ses garde-du-corps avait failli se faire mettre en pièces en le sauvant et l'autre s'était pratiquement fait éventrer sous ses yeux. Lui-même se trouvait au bord du malaise à chaque geste trop brusque ou émotion forte qui venait bousculer son coeur malade. Enfin, histoire de faire bonne mesure, le corps avec lequel il avait pris l'habitude de vivre depuis plus de trente ans était devenu celui d'un putain de chat.

Un putain de chat qui en plus possédait son lot de surprises. Cela avait été bien utile au Techie lorsqu'il était tombé du balcon, ce qui lui paraissait des années plus tôt, mais à présent il commençait à en avoir doucement assez de cette pulsion de se lisser la fourrure à grands coups de langue, ou de cette envie tenace de rouler en boule dans un coin pour faire la sieste - cette dernière tentation étant d'autant plus compliquée à combattre qu'à cet instant la partie hume de Caleb était plutôt d'accord avec la féline sur le fait que ce serait une excellente idée.

Autant dire que lorsque Rodrigue se fendit d'un commentaire sur le fait que les chats, eh ben c'était bien, tout ce que Caleb fut en mesure de faire, c'est d'être le premier greffier de Tyr capable de hausser un seul sourcil.

*Pardon?...*

*Je fatigue, on dirait. Excusez-moi.*

Le trafiquant soupira et hocha la tête d'un air fataliste: si Rodrigue voulait un peu péter les plombs lui aussi, grand bien lui fasse. Ils n'en étaient plus à cela près.

Puis il se rendit compte que le Lespurien continuait de parler. Caleb chercha son regard par simple politesse, avant de comprendre que Rodrigue lui recommandait de se ménager. Avant d'avoir pu se retenir, le Techie avait émis un grognement désapprobateur et avait détourné le regard, comme pour vérifier où en étaient Bill et Rosabella:

*Ça va Rodrigue, je sais ce que je fais.*

Les expressions de Caleb étaient déjà difficiles à interpréter en temps normal, et c'était encore pire depuis que son visage était le masque rigide d'un félin. Pourtant, il aurait été difficile de ne pas se rendre compte que sa réplique grincheuse n'était que protocolaire et qu'en vérité il était touché par le soutien de son employé; après une telle journée, comment aurait-il pu ne pas l'être?

Puis il y eut cette phrase supplémentaire, cet aveu désarmant de franchise qui se solda par un épais silence. Caleb, totalement immobile, fixait Rodrigue comme s'il avait cherché à le transpercer. Le renard se redressa lentement, l'air terriblement embarrassé. Son patron l'aurait été encore plus que lui, s'il n'était pas resté mentalement paralysé, médusé par ce compliment hautement improbable. Quelqu'un de fort?... Qu'un autre homme pût lui dire quelque chose d'aussi bêtement gentil lui laissait une désagréable sensation d'irréalité; tout ce qu'il parvenait à penser, c'était que ce genre de choses ne se disait pas, surtout pas à voix haute. Tout comme Rodrigue lorsque son patron s'était excusé de ce qu'il s'était produit au laboratoire, Caleb trouvait juste que cette manière de faire était... anormale.

Un léger tic agita l'une des oreilles du chat sauvage. Que devait-il faire? C'était trop intime, non? Il aurait dû se mettre en colère. Ou au moins le prendre à la rigolade, dire à Rodrigue qu'il devait en effet être très sérieusement fatigué pour dire une connerie pareille. Le barman le prendrait sans doute mal, mais cela n'avait aucune importance, n'est-ce pas?...

Face à lui, Rodrigue s'évertuait à regarder ailleurs, et pour la première fois de la journée le trafiquant retrouva réellement l'hume derrière le renard. Il reconnut la rigueur de son maintien, cette fuite désespérée dans ses yeux violets, les traces de fourrure plus claire qui marquaient le rebord de son oeil gauche, la base de sa nuque... Son épaule droite. Les moustaches de Caleb frémirent, comme chatouillées par un vent invisible. Puis il finit par se lever, avec cette élégance odieusement évidente propre aux félins, avant de lâcher:

*Tu as fait de ton mieux pour Chips. On va le retrouver. Maintenant va vérifier l'état de la colonne de refroidissement du bar, s'il te plaît: je pense qu'elle a tenu le coup, mais je préfère être certain que le Gerety ne va pas nous péter à la figure pendant la nuit.*

Une infime hésitation, presque imperceptible, et un sourire se dessina dans sa voix:

*Le renard te va bien aussi.*

Il s'éloigna sans attendre de réponse. Il entreprit de faire le tour des survivants, puis il se dirigea vers les chaudières pour tenter de déterminer combien avaient été vraiment fragilisées par les impacts de balles. Il fit tout ceci machinalement, pour lutter contre sa lassitude croissante mais aussi contre la perplexité: décidément, depuis l'épisode du laboratoire, il ne savait plus quoi penser de Rodrigue. Le Lespurien semblait toujours trouver le moyen de le prendre au dépourvu, entre ses confessions imprévisibles et ses stupéfiants accès de sincérité.

Comme il l'avait évoqué devant Zack, le trafiquant ne pensait pas être de ces gens qui attirent spontanément la gentillesse; dans le doute, il se disait donc que les attentions qu'on pouvait avoir à son égard cachaient forcément quelque chose et qu'il valait mieux les rejeter en bloc. Dans toute autre circonstance, c'était ce qu'il aurait fait: il aurait remballé le flatteur d'une réplique acerbe, voire carrément méchante, et il aurait retrouvé sa tranquillité d'esprit. Mais avec Rodrigue, c'était plus compliqué. Pour commencer, c'était un bon employé, Caleb n'avait pas envie de s'en séparer pour une simple dispute. Et de manière moins avouable, il n'était pas pressé de faire de la peine au seul hume qui pour l'instant avait pensé à lui avant de songer à sauver sa propre peau.

Caleb passa près de l'un des revolvers abandonnés par les assaillants. Vu de là, un Pagan. Bizarre, d'ailleurs, cette pratique de ne pas emporter son matériel avec soi. C'était cher, une arme; pourquoi la laisser sur place après avoir vidé le chargeur? Et surtout, pourquoi l'avaient-ils tous fait? Détourné de ses réflexions philosophiques sur les relations entre êtres humes et handicapés sentimentaux, le Techie attira l'engin de mort à lui d'un habile coup de patte. A la base, ce n'était que par curiosité professionnelle; le numéro de série avait sans doute été limé, empêchant de tracer l'arme. De plus, il était conscient qu'il y avait de fortes chances pour que ce revolver soit passé par ses propres filières - ironie du trafic d'armes, le vendeur courait toujours un risque non négligeable de revoir sa marchandise dans des circonstances désagréables. Il n'espérait donc pas que l'examen du revolver lui désignerait le coupable.

Caleb commença à comprendre que quelque chose n'allait pas lorsqu'il se rendit compte que l'arme qu'il manipulait n'était pas un Pagan ordinaire, comme il l'avait cru au premier coup d'oeil, mais un modèle modifié issu des surplus de l'armée. Pas le genre de jouet que l'on trouve accroché à toutes les ceintures de Sécaria. Il retourna prudemment le revolver et même ses yeux un peu myopes durent se rendre à l'évidence: non seulement le numéro de série était toujours lisible, mais en plus il était connu de Caleb. Pas en entier, évidemment, mais assez pour que le Techie sache d'où sortait cette arme.

Assez pour que la colère blessée qui l'habitait depuis l'attaque redevienne une dangereuse bouffée de fureur.

*Rodrigue!*

Incrédule, Caleb prit le temps de relire le numéro de série. Il aurait dû consulter ses papiers pour en être absolument certain, mais si sa mémoire des noms et des nombres était toujours aussi bonne, cette arme avait toutes les chances d'être issue d'un lot qu'il avait lui-même racheté officieusement à l'Etat. Un lot qu'il avait presque intégralement revendu aux Balayeurs.

Le temps que son garde-du-corps arrive, Caleb vérifia les modèles et numéros de série de quatre autres armes. Il s'était mis à bouger de manière vive et nerveuse, sa longue queue fouettant l'air derrière-lui tandis que la fourrure de son échine se hérissait de manière visible. Lorsque Rodrigue fut assez près pour l'entendre parler à voix basse, Caleb siffla avec une rage presque incrédule:

*Des Balayeurs. Que des flingues que j'ai vendus aux Balayeurs. Les fumiers... Mais pourquoi? Ils n'ont même pas revendiqué quelque chose. Sauf le rhino, là, qu'est-ce qu'il a gueulé de nouveau? Mort aux traitres?*

Il se tourna brusquement vers le barman:

*Est-ce que tu as entendu quelque chose ces derniers temps, au bar ou dans la salle? Des rumeurs, des râleurs? Quelque chose sur mes prix, ou n'importe quoi du même genre?*
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   28.07.10 22:24


Rodrigue éprouva un sentiment de soulagement aussi soudain que profond lorsque Caleb éluda méticuleusement sa remarque. Il s’était jusque-là tenu immobile, la nuque raide, les yeux fuyants, à guetter avec une appréhension teintée de déni la réaction du Techie, tout en ayant l’air d’un animal prêt à fuir au premier signe de danger.
Aux premiers mots que le chat sauvage lui adressa, le poitrail blanc du renard se souleva légèrement, tandis qu’il esquissait ce qui ressemblait assez fidèlement à un soupir. Il n’osa pas lever son regard vers Caleb pour autant, et encore moins songea-t-il à lui répondre. Un acquiescement discret suffit à manifester son assentiment.
Il se leva presque aussitôt, et amorçait déjà un pas vers son comptoir lorsque le chat ajouta autre chose. Un « autre chose » qui n’avait rien à voir avec l’ordre salvateur qu’on venait de lui donner. Le renard te va bien aussi. L’animal roux se figea ; avec le frisson d’une hésitation, la tête du Lespurien se tourna légèrement de côté, glissant un regard surpris sur son patron. Mais ce dernier s’éloignait déjà en direction des chaudières. Rodrigue scruta pensivement les courbes mouvantes de ses omoplates de félin, puis se détourna ; et s’il avait eu la possibilité de sourire, il s’y serait probablement autorisé.

Le comptoir était dans un état épouvantable ; les réserves de verres n’avaient résisté ni à la transformation d’une cliente en Tyrex, ni à un assaut armé anonyme, et les éventuels survivants avaient succombé à l’explosion de la mezzanine. Des monceaux de bris cristallins s’élevaient près des étagères, laborieusement amassés par les animaux du bar dévolus au ménage. Rodrigue contourna le comptoir d’un pas lent, absorbé dans la contemplation frustrée de son lieu de travail réduit à l’état de champ de bataille. Il n’y avait rien à sauver ; les bouteilles de vins et autres spiritueux –non explosifs – s’étaient brisées sur le sol, et le renard sentait sous ses pattes noires la désagréable adhérence de ses coussinets à l’alcool poisseux.
D’un bond léger, Rodrigue se hissa sur un tabouret avant de grimper sur le comptoir avec lenteur : ses yeux pervenche étaient rivés sur la colonne réfrigérante, à la recherche d’un éventuel accroc ou impact de balle flagrant sur le métal mordoré. Ne voyant rien de particulier, le barman effectua un nouveau saut, cette fois sur le comptoir interne qui épousait la base de la colonne. Il sentit aussitôt, et avec une satisfaction certaine, l’air froid chatouiller ses moustaches. Il s’approcha néanmoins du petit compteur qui servait à contrôler et régler au besoin la température de la colonne ; le boitier portait des rayures sur toute sa longueur, signe qu’une petite patte griffue avait tenté de se servir de la colonne de refroidissement comme d’une bombe à retardement. Heureusement, le dispositif ne semblait pas endommagé.
Alors que le renard peinait à diriger adroitement sa patte sur le minuscule boîtier pour abaisser la température de quelques degrés supplémentaires, une voix nasillarde le détourna assez brutalement de son ouvrage :

* Z’auriez pas du Ge…G …ty pour moi, le barman ? *


Oh, Tancrède.

Le Lespurien inclina la tête par-dessus le comptoir, et aperçut en contre-bas la masse tassée du singe lui faire un signe de main maladroit. Incrédule, Rodrigue se contenta de lui demander :

* Tu es resté au bar ? *


Le poivrot se frotta de l’index son nez pendant – si semblable à son vrai nez d’hûme que ça en devenait effrayant -, puis ajouta avec bonne foi :

* Me suis dit que comme vous ‘tiez pas là je pouvais me remercier en vot’ nom…*


Et le nasique éleva coupablement sa patte postérieure, qui tenait assez habilement une belle bouteille de maltas inexplicablement intacte mais déjà vidée par les bons soins de Tancrède. Les oreilles liserées de noir de Rodrigue s’affaissèrent sensiblement, tandis qu’il se demandait intérieurement si le foie d’un primate – fusse-t-il Tancrède le Nasique – était capable de tenir de choc de soixante quinze centilitres d’alcool. Le renard descendit d’un bond précautionneux de son perchoir, prêt à aviser le Bienheureux d’aller aider à déplacer les blessés vers la réserve, lorsque la voix de Caleb fusa. Le renard frémit, et laissa aussitôt Tancrède errer derrière le comptoir pour se diriger à foulée rapide du côté des chaudières. Il repéra bien vite le chat sauvage, et s’approcha de lui à allure plus modérée ; le Techie fixait les armes éparpillés sur le sol avec une rage bien perceptible. Le renard retint un instinctif mouvement de recul, avant que le trafiquant ne mentionne d’une voix sifflante de colère les Balayeurs.

* … Que des flingues que j'ai vendus aux Balayeurs. Les fumiers... Mais pourquoi? Ils n'ont même pas revendiqué quelque chose. *

Les oreilles effilées du barman se haussèrent de stupeur. Caleb pensait que les Balayeurs étaient à l’origine de cette attaque ? Le renard allongea le cou pour mieux observer les armes jonchant le sol, comme s’il serait capable de se souvenir d’avoir vu l’une d’elle suspendue aux holsters des Balayeurs du Bar. Il eut beau faire, ces armes abandonnées n’étaient à ses yeux qu’un complexe assemblage de métal froid…Métal froid qui avait failli abattre Caleb et José. Alors, d’une façon presque irrésistible, il n’avait pas envie de savoir des habitués du bar impliqués dans cette attaque – pas des gens qu’il avait servi et salué quotidiennement. A la question du trafiquant, Rodrigue prit son temps pour compulser soigneusement ses souvenirs. Une virgule de déception logée entre ses yeux baissés, il finit par répondre sur un ton sombre :

* Des râleurs, il y en a toujours au bout d’une certaine heure. Mais je n’ai jamais entendu de reproches qui puissent déboucher sur…ça.*


Son regard se porta furtivement, avec une colère à peine dissimulée, sur l’état délabré du bar, puis sur les cadavres d’animaux qu’on avait condamné à finir sous cette peau qui n’était pas la leur. Le renard s’obligea à fixer les armes à nouveau, tout en s’évertuant à étouffer le sentiment de frustration qui grondait en lui. Il avisa les numéros de série, parfaitement lisibles sur leur fine plaque métallique. Comment pouvait-on mettre à sac un bar sans déclarer ouvertement ses motivations, et laisser sur place de si belles cartes de visites ? Ou il y avait là une belle négligence – qui allait leur coûter très cher, ou bien ces indices n’étaient qu’un leurre. Perplexe, Rodrigue ne formula pas ses doutes à haute voix, plongé qu’il était dans la contemplation impavide des armes déchargées. Au bout d’un instant de silence, il finit par murmurer, comme pour lui-même :

* Quand on se procure une arme pour autre chose que l’esbroufe, on oublie rarement d’en rayer le numéro de série. *

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Re: Chat échaudé craint l'eau froide [Vice Versa]   15.08.10 2:26

La tête de Caleb bourdonnait de trop nombreuses pensées simultanées. Il voulait réfléchir, il voulait comprendre, mais la fatigue et la colère l'empêchaient de dégager un schéma clair de cet indigeste amas de faits. Il s'était machinalement mis à marcher de long en large dans l'espoir de drainer un peu de ce surplus de sensations qui le paralysait, mais cela semblait avoir l'effet inverse: plus il passait d'un revolver à l'autre, plus sa fureur se faisait manifeste, plus le brouillard s'opacifiait. Quand Rodrigue finit par émettre une remarque sur le numéro de série des armes, Caleb cracha:

*Ils n'ont pas oublié de le rayer. Ils n'ont pas pu tous l'oublier!*

Il interrompit son pas vif et menaçant de félin hors de lui et souffla profondément, avant de s'asseoir sur son arrière-train et de fixer le sol, la respiration sonore. A l'évidence, il était à bout de nerfs; s'il voulait parvenir à réfléchir à quelque chose, il allait devoir prendre son temps, ne pas chercher à aller plus vite que ce que son esprit saturé pouvait supporter. Et pour commencer, il devait se cramponner à la remarque de Rodrigue, comprendre toute son importance. Des armes abandonnées. Des armes faciles à identifier.

*Il n'ont pas pu oublier de rayer les numéros de série...*

Caleb répéta cette phrase lentement, s'attardant sur le sens de chaque mot. Il observa les revolvers. Rodrigue. A nouveau les revolvers. Puis il continua à voix basse:

*Ils ont tous vidé leurs chargeurs avant d'abandonner leurs armes. Ils l'ont forcément fait exprès. Donc ils peuvent se permettre de les remplacer. Ils ont des moyens.*

Il repensa au léopard. A la manière dont elle avait exécuté les survivants, dans le silence le plus total.

*Et ils sont organisés.*

Sa colère perçait toujours dans sa voix, mais à présent on y décelait également de la méfiance: il entrevoyait enfin quelque chose de logique dans ce qu'il venait de se passer. Il ne savait pas encore ce que c'était, mais c'était bien là, dans ces revolvers. Et cela ne lui plaisait pas.

*Certaines familles du crime laissent leurs armes derrière-eux, pour éviter qu'un même flingue soit relié par la balistique à deux meurtres différents. Mais ils en effacent les empreintes et le numéro, ils la rendent complètement anonyme. Là c'est différent: ils voulaient que je sache qu'ils sont des Balayeurs.*


Caleb échangea un regard avec Rodrigue avant de relier ses deux constats:

*Qui irait payer un groupe de Balayeurs pour qu'ils attaquent mon bar?*

Non, décidément cela ne lui plaisait pas. S'il s'agissait davantage que de clients mécontents, s'il existait bien un groupe de Nettoyeurs dissidents qui lui en voulait, c'était un considérable problème pour ses affaires. Mais ce qui inquiétait vraiment Caleb, c'était l'organisation même de ce groupe: où trouvaient-ils leur argent? Si une nouvelle bande avait fait son apparition dans l'économie souterraine de Secaria, le Techie l'aurait su. Selon toute vraisemblance, ils étaient donc soutenus financièrement par quelqu'un. Qui ou quoi, là était toute la question. Là se trouvait la menace.

Caleb frissonna puis secoua la tête comme pour chasser une nuée d'insectes, avant de poser un regard las sur la nuit brumeuse qui s'infiltrait à présent par la porte éventrée: Rodrigue avait raison, il en avait assez fait pour la journée.

*Bon, il commence à faire frais ici, il va falloir qu'on rejoigne les autres dans la réserve. Et puis, je crois qu'on a bien mérité un peu de repos. Aide-moi juste à rassembler les armes, tu veux? Bill doit être capable de tenir un crayon, je vais lui demander de me noter les numéros de série. Puisqu'ils tiennent tant à ce que je les retrouve, autant leur faire plaisir, n'est-ce pas?*

Il avait fini sur un ton lugubre, sans aucune note d'humour: il était bien trop fatigué pour cela.

*Et demain, tu retrouveras Chips et je m'arrangerai pour découvrir qui est responsable de ce bordel. Eh, qui sait, peut-être que quand on se réveillera tout sera redevenu comme... Eh! C'est qui cet abruti?! Je rêve, il essaie de me chourer une bouteille de Gerety!*

Et ainsi finit la conversation, tandis que Caleb se précipitait vers Tancrède le Nasique toutes griffes dehors pour l'intercepter avant que son pas chaloupé l'amène jusqu'à la porte et lui faire payer le fait d'être parvenu à ouvrir le réfrigérateur du bar. Rodrigue, comme à son habitude, tentait vaillamment de rattraper la situation. Tentait.

C'était le premier soir. Le gérant du Downward Bar pensait sincèrement qu'il y avait une chance pour que leur état ne dure plus que quelques heures. Une semaine plus tard, il se résoudrait à abandonner cet espoir avant de devenir totalement fou.


[FIN TOPIC]
[Merci Leto! Zack Et greuh Rodrigue. calin smiiile]
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