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 Beyond the sea

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- Attachiant de service - Punching-ball adoré!

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Beyond the sea   12.02.11 10:46

[pour un gros chat rancunier ]


James était Celui Que l'On Ne Voit Pas. Homme sans caractère, sans âge, sans visage, aussi lisse et banal que son prénom, il pouvait se tenir devant tous et n'être vu de personne. C'était comme cela depuis toujours, aussi loin que remontaient ses souvenirs: l'archétype du gamin qu'on oublie, du jeune homme qu'on ne situe pas, du citoyen auquel on ne pense pas, tout au plus un élément du décor. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'il se fût trouvé un métier aussi translucide que celui de groom au Grand Aquarium.

James était content de ce poste. Après tout, il était bien payé, pour faire quelque chose qui n'avait rien de compliqué - ouvrir la porte, fermer la porte, ouvrir la porte, fermer la porte... Vanorien de naissance, il ne craignait pas le froid. Il se distrayait simplement, par l'observation machinale de ces beaux messieurs et de ces demoiselles endimanchées venus pousser des "oh!" et des "ah!" devant les terrariums, ou glousser d'une frayeur empruntée quand les grands requins de Twinkil Sud tentaient de les charger pour mieux s'écraser sur le triple vitrage des parois de leur prison. Parfois ils le gratifiaient d'un remerciement ou d'une pièce qui trainait dans leur gousset. Jamais ils ne croisaient son regard. Et James, qui n'en demandait pas tant, se sentait satisfait de sa parfaite insignifiance.

Les choses avaient commencé à se compliquer lorsque le groom avait vu son corps devenir celui d'un moineau et son lieu de travail se transformer en un chaos certain. Hagard, il avait voleté quelques instants à travers le musée en délire, incapable de comprendre, incapable de savoir quoi faire. Puis, en contrebas, il avait entendu un hurlement de terreur, le genre dont on rêve longtemps, même quand on s'appelle James et qu'on n'existe qu'à peine. Il avait vu un léopard réduire en bouillie quelque chose qui ressemblait à un suricate ou un lémurien, mais qui criait comme un hume. Le groom avait alors jugé plus sage de disparaître derrière les ornementations sises au sommet d'une immense armoire vitrée et d'y rester tant que la ville n'avait pas récupéré un semblant de santé mentale.

C'était près de deux mois auparavant, mais les stigmates de la folie se voyaient toujours dans le malheureux établissement toujours fermé. Il avait été facile de réparer les vitres brisées et les vitrines abîmées, moins de les remplir à nouveau; en effet, à part dans une salle de l'aile sud où les aquariums avaient été mystérieusement éventrés, les animaux marins devenus soudainement humes s'étaient tous noyés.

Alors, faute d'avoir des visiteurs auxquels tenir la porte et plutôt que de rester chez lui, James s'était installé dans le hall d'entrée du musée pour observer de son éternel regard absent la progression des travaux. Comme il était en uniforme, les ouvriers le prenaient pour le gardien et ne lui demandaient rien. Encore une fois, cela lui convenait tout à fait.

Puis une voix inconnue brisa l'harmonie de son petit monde sans relief.

"Eh! Est-ce que l'ascenseur fonctionne?"

James se retourna en sursaut pour faire face à un homme qui ne pouvait pas faire partie du chantier. Beaucoup trop bien habillé. Beaucoup trop en fauteuil roulant, aussi. Il avait le visage marqué de ceux qui ont perdu beaucoup de poids en peu de temps, un regard hanté, l'expression livide et grondante d'un hume qu'il ne vaut mieux pas contrarier. Le groom retint un frisson.

"Je suis désolé Monsieur, mais l'Aquarium est fermé."

"Ce n'était pas ma question."

James se mordit la lèvre. L'homme avait dû rentrer par la porte de derrière, depuis la cour; c'était le seul moyen d'accéder au bâtiment sans passer par des escaliers. Ou devant un gardien. D'un oeil humide, le groom quémanda un peu d'aide auprès des ouvriers, mais ceux-ci n'étaient pas pressés de jouer les videurs dans une ville où près d'un habitant sur deux se baladait armé.

"Monsieur..."

"L'ascenseur."

"Oui, euh... Il fonctionne. Mais le musée est ferm..."

"Faites-moi descendre au second sous-sol."

Le ton de l'homme n'admettait pas de réplique et James décida qu'il n'était pas de sa responsabilité de refuser. Consterné mais docile, il précéda son indésirable invité jusqu'à la grille qui barrait l'accès à l'ascenseur. Il l'ouvrit, s'effaça pour laisser passer l'inconnu avant de le suivre. Il referma la grille, hésita un instant. Puis, rappelé à l'ordre d'un regard ombrageux, il abaissa le levier de commande de la cabine. Un sifflement de vapeur s'éleva des profondeurs du bâtiment et l'ascenseur se mit à descendre sans heurt.

James l'arrêta comme demandé au second sous-sol, celui de la Grande Galerie Océanique. Il ouvrit la grille sur une interminable et somptueuse allée couronnée de verre et d'arceaux de fer puddlé, le seul endroit de Vanor où on ne se tenait pas seulement devant l'aquarium mais également en-dessous: partout, on ne voyait que de l'eau et des décors reproduisant les fonds marins les plus exotiques. Quelques créatures aquatiques fraîchement arrivées parcouraient cette immense étendue d'un air placide, passant d'un côté à l'autre de la galerie en exposant au passage leur ventre clair à travers le plafond de verre. Le tout n'était éclairé que par la lumière bleutée qui filtrait à travers l'eau depuis le bord des bassins.

Le groom baissa timidement les yeux vers l'homme qu'il accompagnait et fut surpris de deviner un sourire sur ses lèvres, le genre que l'on a devant une vision familière et agréable. Presque malgré lui, James demanda:

"Désirez-vous autre chose, Monsieur?"

"Qu'on me foute la paix. Pour une fois."

L'inconnu quitta la cabine d'une poussée sur les roues de son fauteuil. James se mordit une nouvelle fois la lèvre:

"Très bien... euh... Vous n'aurez qu'à presser le bouton d'appel quand vous aurez terminé, Monsieur."

L'intéressé le congédia d'un geste de sa main gantée, sans se retourner, et James s'activa pour refermer la grille et remonter au plus vite vers le hall et la sécurité de ses habitudes.

Il ignorait qu'il n'était pas au bout de ses peines. De loin pas.


Dernière édition par Caleb Mancuso le 23.07.11 22:34, édité 1 fois
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- La Brute (Muy Calliente) - Des p'tits trous, des p'tits trous...

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Signalement : Hûme mâle. Trentaine d'années. 1m78, quelques 71 kg de muscles rôdés, bronzé et tout en angle. Des yeux gris. Des cheveux bruns mi-long. Mal rasé. Piercing innombrables au visage.


MessageSujet: Re: Beyond the sea   14.02.11 22:26


Encore troublé par sa rencontre, James arborait, au sortir de l’ascenseur, un air distrait. Personne le remarqua.

Le groom se demanda quel genre d’hommes, exactement, est-ce qu’il venait d’accompagner à l’intérieur d’une bâtisse en travaux. Et ce qu’il pouvait bien chercher par ici. Sécaria était remplie de bien d’autres divertissements qu’une balade en solitaire au second sous-sol. Puis James se dit que ce n’était, après tout, pas ses affaires. Il ne demandait qu’une chose : ne pas être dérangé.

Alors, il effaça l’information de son esprit et s’occupa à redevenir invisible. Ça, ça lui convenait, l’opacité. Faire partie des meubles.

Et Personne le remarqua.

Le groom s’affairait à rouler une cigarette lorsqu’il entrevit un mouvement sur sa droite. Un des travailleurs venait vers lui. Vêtu d’une salopette orange, les manches retroussées sur des muscles nerveux et étroits, l’individu avait une face qu’on devinait mauvaise, éclairée par le jeu de la lumière se réfléchissant sur ses nombreux…piercings. Il passait d’ailleurs une large langue rose et trouée sur le pourtour de ses lèvres.
Il dégageait quelque chose d’animal.

Le geste arracha un frisson au groom.

Salut James. Ça va ?

Excusez-moi, je ne crois pas que l’on se…

Non, on s’connait pas. Pour tout t’dire, je suis Personne. Nouveau ici.

Il y avait quelque chose de dangereux chez ce type. Ça tenait peut-être à son allure d’animal sur le point de bondir. Ou à l’éclat fiévreux de ses yeux. Si le précédent inconnu paraissait…hanté, celui-ci tenait tout du croque-mitaine. Celui qui fait peur aux enfants.
Le groom voulut chercher du secours du côté des travailleurs. Mais ils ne le remarquèrent pas.
Personne remarqua James. Et sourit.

T’inquiètes donc pas. Je bosse ici, James. Sinon, comment j’aurai eu l’uniforme ?
Oui.

C’était logique, le groom devait le reconnaître.

J’prends ma pause. J’vais pisser. En cloper une. Leur dis rien.

Non, Monsieur. Ce ne sont pas mes affaires, répondit le groom.

Personne acquiesça doucement, prenant le temps de bien le regarder.
James sentit son estomac se nouer en se rendant compte que, pour la première fois depuis des éons, quelqu’un le regardait comme s’il était le centre du monde. Il n’y avait là aucun romantisme. Il ne faisait pas de doute à James que Personne s’occupait simplement de fixer son visage dans sa mémoire, d’accrocher un physique à un nom. Les médecins pratiquaient sans doute des dissections avec le même œil acerbe et calculateur.

Puis il partit. Le groom regarda sa roulée, qui poissait sur ses doigts moites.

Et, de la même manière qu’il avait oublié l’entrée illicite d’un handicapé au second sous-sol, il oublia l’infraction d’un travailleur dément à l’intérieur de la bâtisse. Si James se doutait qu’il devait avoir un lien entre ces deux évènements, il s'efforça de l'oublier aussi ; et puis, de toute façon, le groom n’entendit rien en provenance de l’ascenseur. C’était donc que Personne ne prenait le chemin du second sous-sol.

A moins qu’il ne prenne les escaliers.

Mais ça aussi, James l’oublia.

**

Salem est de bonne humeur.
D’une incroyable bonne humeur !
D’une gaieté telle qu’il se sent des envies de danser, de flâner, de chanter, de siffloter.
Si ses amis l'y voyaient, ils se rongeraient les sangs. Quand Salem est de bonne humeur, c'est que des dents vont voler.
Son sang de manouche se délie à l'appel du ring. Il n'est jamais aussi heureux qu'après une bonne bagarre. Ou avant.

Il a retrouvé son homme. L’espion qu’il a collé au cul de Mancuso l’a contacté d’un air gourmand : « Oui, oui, on atteste qu’on le voit partir…d’après nos informations, il va vers l’Aquarium… »
Le gitan n’avait pas hésité longtemps. Une promesse était une promesse.

Il est enjoué, certes, et allègre – oh oui ! – mais il doit néanmoins faire attention à ses gestes. Le Caleb, ce salopard à belle gueule, est trafiquant d’armes. Nul doute qu’il est armé, et au dernier cri - que le manouche compte bien lui faire sortir, en l'honneur de tous ceux qui l'ont poussé sous les yeux des canons des revolvers. Peut être un brin pour son père héraut-héros, buté par un milicien en arme. Peut être un peu parce qu'il en a envie, comme ça, et que Caleb, c'est le bon bouc émissaire.
Salem en éprouve un pincement au cœur. Si sa nouvelle combinaison pare-balles devait être remplacée, ça lui coûterait la peau des fesses. Son patron finirait bien par le coincer entre quatre z’yeux pour lui demander ce qu’il fiche : « C’est quoi, votre délire, Yéhouda ? Vous remplacez souvent les cibles sur le terrain de tir ? »
Non, non, m’sieur l’instructeur. J’suis juste un sale con qui fout sa pâtée à un autre sale con. Envie de faire respecter la justice avec un grand J, m'sieur l'instructeur, celle qu'on ne viole pas, parce que c'est moi.

Et tout va bien.

Coulé dans l’ombre, silencieux, Salem prend son temps pour descendre ces foutus escaliers. Le Mancuso aura le temps de souffler un peu.
Avant de voir un reflet d’ombre s’encadrer sous les lumières bleutées.
Et un travailleur louche sortir de la rangée d’escaliers, fixant sur lui un regard assombri par la pénombre sous-marine.

C’pas mal ici.

Puis qui se tait. Baisse les yeux sur le fauteuil mécanique. Les redresse sur Caleb. Les rebaisse.

…Et merde. Tout le monde est handicapé, dans cette putain de ville, ou quoi ?
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MessageSujet: Re: Beyond the sea   15.02.11 23:45

L'ascenseur et son pilote translucide avaient disparu dans un concert d'engrenages et un nuage de vapeur. Caleb avait néanmoins continué d'avancer sur près de vingt mètres avant de faire pivoter son fauteuil face à la concavité de l'une des immenses baies vitrées. Après s'être assuré d'un regard qu'il était bel et bien seul, il avait ôté ses gants pour les déposer sur ses genoux, à côté de son chapeau. Il avait allumé une Minotaurus, tirée non plus d'un élégant étui mais directement du paquet, son second de la journée.

Puis il avait écarté manteau et veste pour sortir son Blacklight de son holster et l'observer un long moment, posé sur ses paumes comme l'objet rare et précieux qu'il était. Une belle arme, le dernier modèle de revolver Gjiat&Wolf destiné à l'armée étatique. Sa robe sombre, auréolée de bleu pétrole par la pénombre de l'aquarium. La sensation bien ferme de sa lourde crosse dans la main. Le lustre menaçant de son barillet à dix coups, aussi propre et bien entretenu que s'il sortait de l'usine. La bouche béante de son canon, qui se gardait bien de révéler si elle avait déjà visé autre chose qu'une silhouette de paille dans un stand de tir.

Depuis quelques semaines, Caleb le contemplait souvent, ce revolver. Il y posait un regard sans âme et pourtant vaguement rêveur qui aurait horrifié les rares personnes qui tenaient à lui.

Finalement, le Techie avait laissé l'arme reposer sur la chair insensible de sa cuisse droite, sans en lâcher la crosse. Il avait levé la tête, ses yeux atones s'étaient perdus dans les reflets dorés qui trahissaient la surface et il s'était laissé porter par le toxique courant de regrets dans lequel il se complaisait depuis des mois.

Pourtant, à la base, c'était pour s'en extraire qu'il se trouvait là, seul, sans personne pour veiller sur sa petite personne infirme. Il avait voulu s'éloigner de son business au bord de la faillite, de son appartement devenu prison, de ceux qui s'efforçaient d'améliorer son calvaire et qui ne parvenaient qu'à le rendre chaque jour plus conscient qu'il n'était plus qu'une épave que rien ne pourrait sauver; il n'en pouvait plus d'encaisser sans arrêt les regards de Rodrigue ou les silences de Talula - bon sang, même les insultes d'Asphodèle, ce petit génie si désireux de faire comprendre à Caleb qu'il n'éprouvait aucune pitié pour lui, avaient fini par devenir une aumône pour l'égo en miettes du trafiquant d'armes.

Alors il avait fugué. Lui qui n'avait plus envie de rien depuis des lustres, il s'était soudain ranimé quand Rodrigue lui avait parlé de s'absenter dans la soirée pour un rendez-vous qu'il ne pouvait pas se permettre de manquer. Caleb avait coupé court à ses excuses et lui avait presque donné sa bénédiction, au point que le barman s'était montré méfiant; mais ses obligations devaient être vraiment très importantes, car il n'avait pas insisté. Avec l'aide un peu récalcitrante de José (à croire que Rodrigue et ses attentions à la con étaient contagieux), Caleb avait alors quitté son appartement par la porte de derrière, celle qui s'ouvrait au premier étage sur un escalier métallique situé dans l'arrière-cours du bar. Il avait grimpé dans son fiacre, donné la destination au cocher et vu avec soulagement le Downward disparaître par la vitre arrière du véhicule.

Il avait choisi le Grand Aquarium parce qu'il le savait en travaux, donc fermé au public, mais surtout parce qu'il y était déjà allé, peu après son arrivée à Sécaria. Il se souvenait avoir parcouru la galerie dans les deux sens, les mains dans les poches, le sourire aux lèvres. Dans cette ambiance feutrée de décor sous-marin qui poussait les visiteurs à chuchoter, il s'était rappelé son adolescence sur un vieux cargo miteux, le capitaine qui lui confiait sa marchandise illégale, l'Arcano qui lui avait fabriqué son premier implant, le jeune matelot qui lui avait appris à jouer de la guitare, même la prostituée qui avait eu la patience de l'aider à surmonter sa terreur de reproduire ce qu'il avait subi. Caleb se rappelait également que, ce jour-là, il avait fait du charme à une jolie petite bourgeoise pourtant venue au bras de son fiancé, un de ces intellectuels gras du bide sortis de l'Académie avec les honneurs. Le jeune homme n'avait même pas osé l'insulter. La fille avait rougi, dissimulant son sourire tenté derrière un éventail.

Mais à présent qu'il se trouvait face à cette grande étendue bleue presque vide de toute vie, il devait se rendre à l'évidence: ses espoirs d'apaisement étaient vains. Ses jambes ne pouvaient plus le porter le long de l'allée de verre. Les femmes ne le regardaient plus, ou seulement avec gêne. Et le seul souvenir que la mer lui évoquait, c'était le jour où il avait quitté le cargo sans même remercier l'Arcano pour sa sollicitude, sans lui dire à quel point son affection avait été la bienvenue et combien il était désolé de ne pas avoir pu la lui rendre. Il avait fui, comme un voleur. Comme un lâche.

Coïncidence? Ce fut à peu près au moment où il pensait cela que le Techie entendit des pas. Non loin de l'ascenseur, il vit un homme sortir de la pénombre de la cage d'escalier. Un homme que, contrairement à James, il ne prit pas une seule seconde pour un ouvrier venu là pour fumer une clope en cachette. Son sourire était trop ciselé, son regard trop acéré, son pas trahissait trop d'aisance. Et Caleb savait reconnaître un tueur quand il en voyait un.

Se dit le patron de Rodrigue Llorandes... Mais passons.

Le trafiquant savait que la rumeur de sa déchéance s'était répandue dans tout le milieu sécarien et que sa tête allait finir par être mise à prix par ses concurrents les plus hardis. Il n'était pas surpris de tomber sur ce qui était selon toute vraisemblance l'un de leurs assassins. Il n'avait même pas peur, seul avantage d'être assez dépressif pour que pratiquement plus rien n'ait d'importance. Tout ce qu'il éprouvait clairement, en cet instant, c'était de l'amertume. Et un profond ras-le-bol: ça commençait à le faire vraiment chier de ne même pas avoir une demi-heure à lui dans cette ville de merde.

Le Techie fit tourner son fauteuil de la main gauche, pour faire face à l'inconnu sans lâcher son arme. Il subit sans mot dire l'habituelle descente du regard de son vis-à-vis sur ce qui se substituait péniblement à ses jambes, mais haussa un sourcil à la réflexion qui s'en suivit: est-ce que ce type était vraiment... déçu? C'était bien la première fois que Caleb entendait quelqu'un lui parler de son handicap sur ce ton. De manière un peu perverse, ce n'était pas désagréable.

"Surpris? Tu ne fais pas les mecs en fauteuil roulant?"

Caleb tira une dernière fois sur sa cigarette, presque consumée jusqu'au filtre, avant de rejeter le mégot loin de lui.

"Ton patron va faire la gueule si tu n'exécutes pas ton contrat pour si peu."

La situation paraissait claire. Néanmoins, quelque chose mettait le Techie mal à l'aise. Peut-être était-ce l'attaque de front, peu compatible avec le mode opératoire des tueurs à gages. Peut-être était-ce quelque chose dans ce visage tout en arêtes. Caleb ne l'avait jamais vu, il en était certain. Mais paradoxalement, ce regard, cette voix trouvaient un écho dans sa mémoire.

Un écho néfaste.

"On se connait, hein?"


Dernière édition par Caleb Mancuso le 23.07.11 22:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Beyond the sea   19.02.11 16:07

Les informateurs.

Vous les payez des fortunes, juste comme ça, le temps de trouver un mec convenable et bien rôdé pour accomplir votre tâche, bref, vous leur faites combler un trou en attendant que les pions encerclent le roi, et ces cons-là n’étaient pas fichus de vous dire que votre cible avait les deux jambes dans le plâtre et la gueule d’un mec sur le point de se faire sauter la cervelle, si vous voyez c’que j’veux dire.

L’imbécile en question s’appelait John, Smart ou bien Pierre, ça dépendait de ses journées. C’était un petit gars bien connu des services gouvernementaux, et ce, depuis que l’arnaqueur avait eu à faire à un pacha du Chapter. Il s’en était sorti de la même manière que tout le monde. En vendant son âme au diable.

Civil de son état, l’infiltré qui s’était coulé chez les employés de Caleb avait subi, comme le reste de la populace, le lavage de cerveau collectif monté par l’Etat ; ses rapports avaient été concis, précis, cachère.

Mais selon toute vraisemblance, le dit infiltré avait eu envie de se faire la belle et avait décidé de mentir par omission…en entretenant la supposition naturelle de Salem, selon laquelle le revendeur fonctionnait sur ses deux jambes, l’espion s’était prévu une porte de sortie. L’un dans l’autre, il pourrait prétendre au survivant de ce rendez-vous impromptu qu’il avait œuvré pour lui. Double-jeu.

Salem est tout du moins certain que ce sont là ses motivations. Le petit gars veut se faire la malle, et il y a certainement des tas de choses sur Caleb dont le gitan n’a pas été tenu au courant. Bref, il s’est fait avoir et cela lui plaît moyennement.

Dans l’ombre de l’arcade, le visage ciselé du traqueur se froisse. Un pas en arrière, et il est ravalé dans l’ombre ; sa ridicule tenue de travail orange le délimite, néanmoins, mais sa casquette rabaissée ne permet plus de discerner les expressions arides et directes de son faciès.

On est tout seuls ici.

Sa voix est grave et profonde comme une horloge dans la nuit. Son ton, son raclement de consonnes, c’est tout un peuple de nomades dans les brumes levant les yeux vers le conteur.

Toi, moi…ton flingue, mon flingue…des poissons…y a bien la sonnette pour appeler James…à, quoi, une dizaine de mètres ?
Autant dire : personne.


Dans le recoin de pénombre, une étincelle.

La lueur d’un cigare qu’on allume, et qu’on visse au coin de la bouche. Brève illumination d’une paire d’yeux vrillée dans ceux du trafiquant. Il ignore délibérément les remarques et les questions de ce dernier.
Le regard n’est plus mauvais. Il réfléchit.

S’il est certain que Mancuso ne tirera pas à vue sur lui de suite – pas avant d’avoir retrouvé la rémanence de leur rencontre : Salem prend le risque de considérer que ce dernier est dans un état psychologique trop lamentable pour résister à une curiosité banalisante – le gitan ne doute par contre pas une seule seconde que ce dernier, au moindre geste brusque, le mettra en joue. Bien qu’infirme et diminué, le bandit reste un bandit, et, certainement, un bon tireur.
Sursaut de bonne humeur.

L’idée d’être flingué contre le mur l’effraie à peine.
Il est content, Salem. Si content.


T’as une gueule à te flinguer, Kaleb. Pourquoi me fatiguerai-je à accomplir ce que le temps viendra accomplir de lui-même ? C’est trop facile lorsque les cibles se foutent toutes seules dans la merde.


Il ricane.

Aucun doute : le patron va vite remettre une image sur son accent des plaines. Jérusalem Yéhouda s’accroupit lentement, gardant l’handicapé dans sa ligne de mire. Quoiqu’il exsude l’assurance, le traqueur n’hésitera pas à tirer en premier si Caleb fait un geste déplacé.

On se connaît, ouais.


Prend une taffe.

On n’est pas amis.

Silence.
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MessageSujet: Re: Beyond the sea   01.08.11 19:54

En proie à un étrange malaise mnésique, Caleb observait l'homme tapi dans l'ombre. Il n'avait jamais vu ce visage tailladé, son excellente mémoire était formelle. Pourtant il sentait avec une force égale qu'il connaissait ce regard gris brièvement révélé par la lueur du cigare, que cette voix nonchalante et acerbe ne lui était pas étrangère, et ce paradoxe était tellement vif que le Techie mit de longues secondes avant de comprendre l'évidence: combien d'hommes à Secaria pouvaient se traîner un tel accent du désert? Et combien d'entre eux répugnaient tant à être de ses amis?

"Bien sûr... Je me disais bien que j'avais déjà vu cet orange quelque part."

Caleb se redressa contre le dossier de son fauteuil, un sourire incrédule aux lèvres: dire qu'il pensait naïvement que sa situation ne pouvait pas empirer... En quittant le bar, il savait s'exposer à des représailles, mais certes pas à celles-ci. Quelles étaient les probabilités pour que l'un de ses concurrents embauchât justement le seul gitan de la ville, voire du continent, que Caleb avait personnellement vexé dans le mois précédent et qui en plus avait une personnalité profonde si charmante qu'elle s'incarnait en l'un des félins les plus meurtriers de Tyr?

... Nulles. Elles étaient nulles. Pas difficile d'en déduire les motivations du prédateur.

"Laisse-moi deviner: tu commençais à fatiguer de jouer la pute pour Coutelier, alors tu t'es dit que ça te ferait du bien de régler quelques vieux comptes."

Caleb fit un geste ample de la main gauche pour montrer ses jambes.

"Désolé de te gâcher ton plaisir."

Sa main droite ne lâchait pas son revolver, elle le tenait même très fermement. Et elle ne tremblait pas: pourquoi avoir peur? Non pas que Caleb fût aussi tranquille qu'il le laissait paraître - il avait vu de très près les yeux de tigre de l'homme qui lui faisait face et il y avait lu le meurtre. Il n'avait pas hâte de mourir. Mais comme le gitan l'avait pointé sans délicatesse, il n'était pas vraiment contre non plus.

Un infime trouble passa sur les traits de Caleb à cette pensée. C'était dérangeant de vouloir vivre et de pourtant considérer sa propre mort avec un tel détachement. Comme si, comme l'avait cruellement affirmé le gitan, tous ses efforts ne servaient à rien, que le temps se chargerait de toute manière d'amener la bouche de son pistolet contre sa tempe. C'était lugubre. C'était vraisemblable.

Soudain la situation ne paraissait plus tellement intéressante à Caleb.

"Ok, on est seuls. Tu sais quoi, monsieur Sans Nom? C'est exactement pour ça que je suis venu ici, pour être un peu seul. Alors si ton but était de me faire chier, bravo, c'est réussi. Tu peux repartir."

D'un geste très lent, le Techie éleva son arme pour mettre l'intrus en joue. Il ne souriait plus. Et il ne paraissait plus si pressé de mourir.

"Ou alors tu restes et on verra bien si je suis assez au bout du rouleau pour me laisser menacer sans réagir."
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MessageSujet: Re: Beyond the sea   11.09.11 19:48


Toujours ramassé contre lui-même, dans ce coin d’ombres.

L’océan tout autour qui tourne autour de lui et repeint les longs corridors en bleu.
Mancuso aussi a sa tête couronnée d’ombres marines. Le sait pas, le con, qu’il est roi : de sa propre solitude.
De longs fils d’argent qui passent au coin de ses paupières. Salem sait ce que c’est : l’adrénaline qui commence à monter.

Le calme. Le détachement.
La perfection vrillée et douloureuse d’une lucidité sans bornes.
La bouche noire du canon ouverte vers lui.
La bouche noire du canon qui l’appelle.
La promesse de la balle qui pourrait heurter son crâne,
Transpercer son épiderme,
Faire de lui un scalpé de la dernière heure,
Le mettre à la retraite.
Effacer une longue bobine.
Le danger qui lui bourdonne aux tempes, Salem sait ce que c’est,
Une tête qui fleurit. Une gerbe de sang. Et son corps comme une tige, ployé sous la pluie, qui échouerait dans les lueurs marines.
Les couleurs lui paraissent plus vives, d’un coup.

Le monde devient plus clair, il vient avec une extraordinaire lucidité. Le monde ! Le monde ! Ce bleu ! Ce gris ! Ce noir ! Tout cela, tout cela, tout cela, qu’il y a, dans le monde ! Des fleurs de couleurs, des fleurs entières qu’on voudrait boire et cueillir et offrir à une femme, des fleurs qu’on voudrait respirer à pleins poumons, à pleines pensées. Le monde ! La silhouette distincte de l’handicapé sur sa monture roulante et grinçante,

Le gout âcre du cigare dans sa bouche,
Il en redemande.
Le monstre bronche à peine lorsque le canon s’ouvre à lui.
Un grand sourire rempli de dents blanches dans le noir.
La lueur orange du cigare.
Une gueule de crocodile affamé et hilare.
Des yeux bleus aquariums, grisés, grisés de folie, de rage, d’infini.
C’est un homme tordu qui se relève, plié par sa colère et sa joie.

« J’ai rien à perdre, connard. Fous-toi tes sales humeurs au cul, j’en ai rien à battre.»

Le gitan regarde le marchand.
Droit dans les yeux.
Une intensité de meurtrier et de justicier à la fois.
Peut-être, d’ailleurs, que la frontière n’est pas si large entre les deux. Il suffit de tout perdre.
Ses larges mains calleuses et nerveuses plaqués contre ses cuisses athlétiques,
Le monde est clair tout à coup, parfaitement clair et il prend forme à partir du tube noir pointé sur lui,
A partir d’une fatigue deviné dans les pupilles de Mancuso,

"T’es las, faiblard. Mou du gland. Mou du cerveau. Mou du corps. Tu vaux que dalle. "

Le nez busqué du gitan rejette de la fumée grise.
Qu’est-ce qu’il fout là, déjà ?
Ses yeux comme deux harpons vrillés dans ceux du roi des ombres,
Eh oh, salut Kaleb, on se connaît bien,
Deux hommes qui vivent par sursauts,
Deux épileptiques,
Surfeurs de la nonchalance,
Des nerfs entremêlés,
Des solitudes en comètes,
Des hommes profondément seuls.


« Ose dire ! Que c’est faux, »

Que le métal n’a pas remplacé la chair,
Réconcilié le cœur avec la main,
Deux félins : le tigre et le chat,
L’un est puissant, l’autre est curieux,
Et la curiosité tue le chat,
Et la folie tourmente le tigre,
Du dedans ça le dévore,
Tant et tant qu’il voudrait tout détruire.

« Ta petite gueule d’amour va en Enfer, le roi »

Une chance, une seule,
De changer le décor,
De faire fleurir la bête,
Une gerbe de sang, une seule,
Et des racines de muscle qui s’effondre sous l’écarlate des pétales.
Frénésie sanguine.
Fais voir ce que t’as dans le ventre.
Fais voir !

« Vas-y, tire, connard,
Bute-moi si tu peux,
Petite fée carabine,
Petit vendeur de merde !
»



Le monde est clair comme de l’eau d’oasis,
Un regard lancé comme une pierre,
Une caresse,
Un mensonge,
Un cri.
Un hurlement.
Deux bras vêtus d’orange qui s’écartent,
Un sourire dingue,
Une voix grave qui monte des tréfonds de la gorge.
Une incantation.
Un défi.


"TIRE !"

Ce n’est pas un démon qui ricane et qui grince, ce n’est pas un monstre.
C’est un hume.
Rien qu’un hume.
Une mince couche de peau à peine, de l’organe à foison.
Ce n’est pas un démon, non, c’est bien pire que ça.
Voici un homme.

Tendu comme un cerf-volant fou, le gitan à la peau brune ponctue chaque injonction d’un pas en avant.
Alors, Caleb…


Tu tires ?

[hrp : Muy Macho ze remix, baby !]
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MessageSujet: Re: Beyond the sea   03.10.11 19:59

Et Caleb tira.

Deux fois. Deux pressions fermes sur la détente, clic clac, deux explosions, blam blam, deux mouvements de recul absorbés par le poignet qui n'en était visiblement pas à son coup d'essai. Deux balles, pour deux yeux défunts qui pourtant recommencèrent à briller, deux miroirs sans tain soudain illuminés de bronze par la colère et la tristesse. Deux gestes de mort pour ramener un peu de vie.

Parce que c'était faux, ce qu'avait dit le gitan. Ou peut-être que c'était vrai, mais que Caleb ne voulait pas que cela le fût.

Oui, il aurait aimé être fait comme cet inconnu taillé dans les roches du désert, un dur assemblage de lignes brisées et d'os compacts. Il aurait aimé avoir la même aura, cet éclat d'évidence qui ancrait l'homme dans la terre et le rendait présent, massif, inaltérable. On l'aimait, on le haïssait, mais on ne pouvait l'ignorer. Il était force faite hume, il était puissance. Il était fort. Il était tigre. Et Caleb était un chat.

Sauf que être un chat, ce n'est pas être que un chat.

Il avait mis longtemps avant de le comprendre, mais être autre ne signifiait pas être inférieur. Là où le gitan était fait de pierre, Caleb était fait de vent. Patient, acharné, imprévisible. Prêt à se briser sur les obstacles pour mieux les contourner, les encercler, ramasser du sable pour harasser leurs points faibles, les éroder, les émousser, et enfin les faire disparaître. Faute de pouvoir conquérir la lumière, il s'était fait prince de son royaume d'ombres, drapé de solitude et d'amertume. Il ne brillait pas. Mais il était bel et bien là.

Enfin, il l'avait été. Puis il y avait eu l'accident, des roues d'acier avaient brisé son pas souple et conquérant et son corps était devenu un blasphème. Inutile. Mou. Et le gitan avait raison, son âme était en train de suivre. Mais une vérité aussi cruelle était insupportable à entendre. Alors, dans un sursaut de fierté et de désir de vivre, une bourrasque de tempête qui meurt, Caleb avait tiré. Deux fois.

En visant la jambe droite.

Peut-être par lâcheté, dans sa vieille logique hypocrite de dandy aux mains sales. Peut-être par honneur, parce qu'il rechignait à exécuter un homme qui n'avait même pas sorti une arme pour se défendre. Peut-être par curiosité, au cas où le manouche aurait encore quelque chose à lui dire.

Peut-être par cruauté. Pour estropier celui qui s'était moqué de l'handicapé.


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MessageSujet: Re: Beyond the sea   04.11.11 23:45

Lorsque les coups partirent, Salem eût conscience de deux choses.

D’abord, qu’il allait bientôt avoir très mal.
Ensuite, qu’il allait bientôt être à la merci totale d’un petit blanc-bec handicapé.

Il avait toujours eu horreur des armes à feu. De cette horreur teintée de fascination, de honte et de répulsion à la fois. Ses entraînements multiples et ses nombreux déboires avaient fait de lui une machine de guerre, à défaut d’un homme généreux ; il avait toujours préféré régler ses comptes aux poings, et se savait maître en la matière ; mais les fusils ? Il les utilisait toujours avec un certain dégoût.

Pourtant son éthique avait des limites qui étaient celles de sa survie. Salem avait longtemps cru que ce n’était pas le cas, pour son propre malheur. L’armée lui avait ouvert les yeux : parfois, le meilleur moyen d’être un type honorable, c’était d’être un type honorablement vivant.

Dans un réflexe, il voulut dégainer le BlackLight X.O3 qu’il portait sur lui, mais il n’en eût bien sûr pas le temps : les deux balles mordirent sa chair et son cerveau éclata de douleur.

Les ombres bleu marines gardaient encore le grand hume enfermé dans leurs reflets sombres, océaniques. Mais son avancée terrible s’arrêta sur le champ. L’hume s’écroula sans pouvoir dissimuler un râle de souffrance.

Cheh !
fit-il entre ses dents. Adiemleha !

Néanmoins il aurait été bien trop optimiste d’imaginer mettre à terre Salem si facilement.

Il se redressa à demi en employant son autre jambe. Il avait mal, mal à crier, mais ce n’était pas sa première fois en ce domaine. La pointe du BlackLight se tendait placidement vers le crâne de l’handicapé.
Oh, Salem savait ce qui se passait : ce fils de pute, ce morveux de Mancuso avait trouvé, en le frappant à la jambe, le seul moyen de mettre en échec le Traqueur. L’aurait-il abattu, Salem aurait emporté dans sa tombe le jappement hystérique d’avoir eu raison jusqu’au bout en le considérant comme un lâche et un dandy au cul mouillé.

Il ne savait pas pourquoi il détestait si viscéralement Caleb. Malgré leurs différences, les deux humes n’avaient rien fait l’un contre l’autre qui pût alimenter une telle haine de la part de Salem. Mais elle était néanmoins là et ce dernier se battait les couilles de connaître le comment du pourquoi. Il douillait sa race de gitans tout entière et sa haine était pourtant teintée, actuellement, d’une sorte d’estime pour le petit trafiquant de merde : il avait résolu une situation difficile de la manière la plus cruelle, la plus douce, la plus rusée et la plus valorisable qui soit.

Pire, en le forçant à dégainer son arme de service, et bien qu’il ne connaissait rien à l’aversion de Salem pour les armes, le trafiquant venait de remporter une véritable victoire. Salem imaginait que cela compensait les ordres qu’il lui avait donnés et remettait les comptes à zéro.

Lui aussi pourrait appuyer sur la gâchette. Caleb lui-même pourrait s’y mettre. Mais maintenant qu’ils étaient ex aequo, l’un ne ferait pas un pas sans s’attirer de lourds ennuis de la part de l’autre.

Salem plissa ses paupières. L’adrénaline était toujours là, et la tentation d’une simple pression du doigt sur le Blacklight bien trop forte. Mais cela ne se faisait pas, pas comme ça. On ne tuait pas les humes comme ça. Il aurait voulu lui refaire la gueule à zéro, pas le buter. En cet instant précis, Salem crut comprendre un truc sur Caleb, avec son petit teint palot et ses manières de dandy…

…J’parie que dans la cour de récré, t’étais le môme que tous les autres voulaient rafistoler à leur façon. Le souffre-douleur,
gronda-t-il tout bas. Dans la rue tu devais être le nabot que t’tout l’monde se payait.

Parce que n’importe quel autre type d’homme l’aurait buté ou se serait laissé allé à la crainte ; mais quel genre de type vous tire dans la jambe? A bien y penser, c’était ça, le truc : le trafiquant avait toute l’allure d’un couard et d’un chiard, et son attitude de victime laissait à penser que ça avait longtemps été sa place. Mais voilà : il savait se défendre ; et pas par la force, dont il ne disposait pas dans l’état actuel, et dont il n’avait peut être jamais disposé, mais par la tête.

Cette idée le fit éclater de rire, si le terme rire pouvait qualifier ce bref aboiement dur et raillé. S’il touchait juste, alors le petit souffre-misère de la classe avait bien grandi, tout seul dans son coin.

Toujours en gardant l’handicapé dans sa ligne de visée, Salem tâcha prudemment et progressivement de se relever. Ça lui faisait un mal de chien dans tout le corps mais il pouvait encore maîtriser ça, il avait appris à serrer les dents. Sa première tentative fût un échec, mais petit à petit, il parût se redresser ; pas assez pour se tenir droit et debout ; mais assez, par exemple, pour pouvoir se déplacer, à condition de pouvoir soutenir le poids mort de sa jambe droite par une main sur un mur, par exemple. A partir de là, l’ascenseur ne lui paraissait pas une mauvaise solution.

Ce qui lui paraissait mauvais, c’était de fuir et de lâcher le terrain. Mais parfois, et comme le disait l’instructeur : « Lâcher le terrain, ça s’appelle être moins con. »

Alors, ça fait quoi, de tirer un coup ? J'parie que ça fait longtemps que ça t'es pas arrivé.



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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Re: Beyond the sea   09.04.12 0:58

"Alors, ça fait quoi, de tirer un coup ? J'parie que ça fait longtemps que ça t'est pas arrivé."

T'as raison, ça fait au moins une semaine que j'ai pas vu ta mère. Faudrait que je la rappelle.

Réponse immédiate, instinctive, d'un sens de l'insulte forgé au gré des innombrables engueulades que pouvait avoir un orphelin, un marin, un malfrat. Des mots qui se pressaient au bord des lèvres avant même que l'esprit ait compris leur véritable sens, un rictus déjà esquissé, un ricanement au fond du regard. La tentation presque irrésistible de recracher la frustration en même temps que l'injure et de balancer le tout dans la gueule cassée de ce connard.

Et pourtant Caleb se tut.

On peut penser que c'était à cause du revolver à présent ouvertement pointé sur sa tête et du gitan blessé et déjà fort contrarié qui avait le doigt sur la détente. Ne pas prononcer l'insulte de trop, celle qui risquait de transformer la menace en acte, relevait alors du bon sens. Seulement, Caleb n'avait jamais été très doué en matière de bon sens. Trop susceptible et orgueilleux pour cela.

Et pourtant il se tut.

Il observait la mécanique tremblante du gitan qui se hissait sur sa jambe valide, crachait de la sueur et du sang comme un moteur amoché crache de l'huile, grinçait de mille jurons, échouait, s'obstinait, recommençait et peu à peu se redressait. Celle de ses mains qui ne tenait pas le revolver s'était posée sur le mur courbé de la galerie, badigeonnant d'un rouge cramoisi la lueur d'océan de l'aquarium. Et malgré tout il avait toujours ce sourire plein de dents sous ses yeux de fauve.

Merde, il parvenait même à rire!

Sans dévier son arme d'un millimètre, Caleb hocha la tête, étrange geste d'assentiment d'un homme qui ne peut s'empêcher de diluer un soupçon de respect dans sa rancœur haineuse. Il était certain d'avoir touché la cuisse du gitan, peut-être son genou, et certainement avec ses deux tirs. Il savait très bien ce que cela signifiait en terme de souffrance. Et ce putain de gitan gérait cela avec une maestria devant laquelle on ne pouvait que s'incliner.

Ce qui nous amène à la seconde raison pour laquelle le trafiquant garda pour lui ce qu'il pensait de la mère de son adversaire: un homme suffisamment couillu pour se marrer quand il se prend deux bastos dans l'os ne se contente pas de se relever. Il réplique. Et Caleb voulait savoir pourquoi ce mec-là, qui portait tous les traits de la grosse brute stupide, préférait les mots au plomb. Sa propre vie dépendait de la réponse à cette question.

"Pour l'instant, c'est toi qui tire pas des masses, l'artiste. Mais je serais toi, j'y réfléchirais à deux fois avant de me bousiller avec ton joli jouet, là: un BlackLight série X, pas vrai? Version 0.3, ou peut-être 0.5. Double action, canon à bande ventilée en acier carboné, barillet basculant conçu pour dix munitions .357 Colosseus. A cette distance, dans ma petite gueule d'amour comme tu dis, je te donne 75% de chances que ça passe direct à travers mon crâne pour aller exploser la vitre plombée derrière-moi. Tu sais nager à contre-courant avec une seule guibole, dugland?"

Rictus.

"Mais c'est pas pour ça que t'as pas déjà tiré, pas vrai?"

Un instant de silence dans la pénombre, le temps d'un défi muet entre six yeux, les prunelles d'argent, les iris d'ambre, et les orbites noires et vides des revolvers.

"J'étais pas le souffre-douleur. Je leur étais bien trop nécessaire pour qu'ils osent me taper dessus. Et toi, t'étais pas le bourrin sans cervelle pour laquelle tout le monde te prend.
... J'ai connu un mec comme toi. Qui aimait le sang et les cris, mais aussi bien les siens que ceux des autres, et qui préférait cogner les plus forts que lui. Il a jamais su me dire si c'était par honneur ou simplement parce que c'était plus tripant."


Silence. Aaron, si tu m'entends... Puis un autre sourire creux, de ceux qu'ont les squelettes dans leur cercueil.

"En fait ça devait pas être par honneur, parce qu'à l'occaz', il était pas non plus contre casser la gueule à un petit chieur dans mon genre."

Son rire, bien que moins rocailleux, fut aussi bref et peu naturel que celui de son interlocuteur.

"C'est pour ça que t'es là, je parie. Pas pour me tuer, pas pour Coutelier ou un autre connard du Chapter. Juste parce que je t'ai fait chier et que ça te démange depuis que je t'ai foutu à la porte de mon bar. C'est tellement con que c'est classe."

Il rejeta légèrement la tête en arrière, l'air de réfléchir.

"Sauf que ça s'est pas passé comme prévu: je suis un putain d'infirme (la manière dont il prononça ce mot ressemblait à un grincement de dents), et toi maintenant t'es pas beaucoup plus en état de te bastonner. Alors vaut peut-être mieux en rester là, tu crois pas?"

D'un geste du pouce, il arma le chien de son revolver.

"Ou si t'y tiens vraiment, tu peux retenter ta chance. Mais t'as vu ce que ça a donné la première fois."
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