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 Terminus

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Sadicomaso-chiche

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Signalement : Grande perche de 1m90 toute en maigreur, membres trop longs, cheveux bruns peu disciplinés, yeux bruns, visage osseux mais souriant, air pas méchant, un peu à côté de la plaque, vêtements bien taillés


MessageSujet: Terminus   20.08.11 18:21

[pour Suzanne]




La locomotive émit un long sifflement de vapeur qui le tira de sa somnolence. Sa main serra instantanément la poignée de la mallette qui reposait sur ses genoux, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là. Puis son regard embrumé se porta vers la fenêtre pour découvrir le lent défilement des quais secariens: il était arrivé.

Oui, mais où? Chez lui? Il n'en avait pas l'impression. C'était simplement un autre lieu, une sorte de décor, aussi riche et solide en apparence qu'il était en réalité creux et factice. Pas antipathique, vaguement familier. Mais ce n'était pas chez lui. Il n'était pas certain de jamais retrouver un endroit où il se sentirait chez lui.

Avec un soupir, Adam tira sur ses épaules pour décontracter son dos. Ses quarante heures de voyage se faisaient cruellement sentir, d'autant plus qu'il n'avait pratiquement pas dormi: même dans son wagon-lit de première classe, son esprit endolori semblait refuser le sommeil. Alors il s'était contenté de petites siestes inconfortables, comme à l'instant. Un quart d'heure par-ci, un quart d'heure par-là. Et le reste du temps, il veillait sur sa mallette.

Le train ralentit jusqu'à s'arrêter et l'Arcano rassembla le reste de ses affaires - son chapeau, son manteau, sa petite valise de voyageur de nuit. Il portait un costume noir, celui qu'il avait acheté à Neven pour la cérémonie: il n'avait pas d'autre habit de deuil à sa disposition.

Adam quitta son compartiment et se dirigea vers la sortie la plus proche. Arrivé sur le marchepied, il marqua une pause, comme surpris par l'explosion de vie que constituait la foule présente sur le quai: c'était la première fois qu'il remarquait à quel point elle mêlait les humes de toutes origines, de tous niveaux sociaux. Il y avait là des familles, des couples, des notables seuls qui fendaient la foule, des domestiques affairés, des mécanos, des vagabonds, des contrôleurs. Il y avait des embrassades et des cris, quelques larmes. L'enthousiasme d'un signe de main, la colère face à un bagage perdu. Et lui avait l'impression de contempler tout cela à travers une vitre épaisse, dans le détachement le plus total. Comme s'il n'avait plus sa place dans un tableau aussi vivant.

"Monsieur? Monsieur! S'il vous plaît!"


"Oh, pardon..."

Il descendit sur le quai, s'écarta sans protester. D'un regard panoramique, il chercha un visage connu dans la cohue, peut-être Suzanne, ou Isabelle leur domestique. Un instant, il pensa à Katryn, avant de se rectifier aussitôt avec une certaine lassitude: sa cadette ne savait pas qu'il était rentré à Sécaria. Et même si cela avait été le cas, ce n'était pas son genre de venir le chercher à la gare - du moins, il ne le pensait pas: cela faisait quelque temps qu'il n'aurait plus juré de rien en ce qui concernait le comportement de sa sœur.

Quelqu'un le bouscula violemment. Hoquet d'angoisse, giclée d'adrénaline, un pas sur le côté, la valise la moins précieuse lâchée pour se saisir vivement de deux billes de cuivre dans sa poche de manteau. Mais ce n'était qu'une jeune fille, habillée à la garçonne, qui courait le long du quai. Elle se jeta en riant dans les bras d'un grand gaillard aux cheveux en bataille, qui la fit tournoyer dans les airs au mépris de la foule.

Adam ferma les yeux dans un geste qui avait quelque chose de douloureux, avant de remettre délicatement les projectiles de cuivre à leur place. Il ramassa sa valise et prit la direction du guichet des bagages pour récupérer ses malles. Celles qui contenaient les affaires d'Arthur.
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Suzanne Zolnerowich

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MessageSujet: Re: Terminus   20.08.11 23:17

Pour une fois, elle a prit un soin tout particulier à se vêtir et se parfumer en cette curieuse matinée. Tout autour d'elle la vie reprend son cours comme après un long moment de coma et cela lui rappelle l'histoire - à dormir debout - d'une princesse enfermée dans un château loin sous les mines de charbon, attendant dans son sommeil le retour du chevalier dragon. Les gestes quotidiens sont ceux des automates qu'Adam construit parfois pour les fêtes de la Grande Réunification. De sa fenêtre, tandis qu'elle caresse la montre à gousset logée au creux de son corsage, elle cherche dans le dos des gens le mécanisme à clé.

Mais le seul cliquetis de la rue provient de la calèche qui se profile enfin et c'est avec une moue satisfaite qu'elle se dirige à grands pas vers la porte de sa chambre, dans un froufroutements de tissus rouge sombre, les lèvres peintes de même, et laissant dans son sillage comme une vague odeur de bois de rose et de prunes.

Il était temps.

Les semaines se sont enfuies bien trop vite pour elle, cloitrée dans cette maison sans autre moyen de communication (que ses pépiements) que des messages (étranges) adressés à la bonne Isabelle qu'elle entendait parfois ruminer (réellement) dans la cuisine, loin au-dessus d'elle. Suzanne s'était parfois aventurée dans le salon (là où trainent généralement des corbeilles de fruits de saison) et elle avait apaisé sa soif au goutte à goutte d'un robinet fuyant au deuxième étage (réparé depuis hier à l'aide de ses mains et des outils délaissés dans l'atelier - elle n'avait pu s'empêcher de penser à son père et de râler pour la forme).  Elle s'était cassée un ongle, ses cheveux étaient dans un état épouvantable et elle avait reçu un message prioritaire de monsieur Jean Aldwig la sommant de le rejoindre à son bureau dans la journée. Evidemment, son professionnalisme la tenaillait pour qu'elle gagne la mairie dans les plus brefs délais mais Suzanne savait pertinemment qu'elle ne calmerait pas ainsi la boule d'angoisse qui était apparue dès le départ d'Adam.

Cela n'expliquait en rien sa coquetterie, elle le savait, mais à bientôt 35 ans Suzanne avait bien le droit de se comporter en épouse rassénérée et enthousiasmée par le retour de son mari (merde !). Cela ferait moins jaser les commères qui spéculaient sur son ventre bien trop plat. Et puis de toute façon, il était clair qu'Adam n'obtiendrait rien de plus qu'un vague sourire avant qu'elle ne l'enferme dans son atelier histoire de rattraper le retard monstrueux qu'avait prit leur entreprise par rapport aux filiales arcanotechniciennes des autres continents.

Et puis, avec un peu de chance, il ramenait dans ses valises quelques idées originales d'Arthur en plus des salutations cordiales de sa mère et des habituelles bonnes nouvelles.

Comment pouvait-il en être autrement ?

Elle traversa le hall d'entrée en recouvrant ses épaules d'une étoile en peau épaisse, le brun acajou se mêlant aux reflets rougeoyant de sa robe, un haut de forme à voilette vissé sur le crâne, et lança à peine quelques recommandations à la bonne qui acquiesça en silence, le visage passablement fatigué. Sur le perron, elle croisa le livreur de journaux, n'obtint de lui aucune autre missive urgente et grimpa dans la calèche avec la grâce des femmes de ce monde empressées d'aller à un rendez-vous galant, le tout sous le regard surprit du cocher qui avait à peine eut le temps de lui ouvrir la portière.

Le convoit démarra sur les chapeaux de roue et Suzanne baissa la tête sur le cadran de sa montre.

Si, comme à son habitude, elle avait jeté un regard en arrière, sur le seuil de leur maison entièrement rénovée, juste pour se satisfaire de ses biens et s'assurer encore une fois que sa vie de rêve n'en était pas un, elle n'aurait pas manqué le regard affolé d'Isabelle qui se précipita à leur suite, en vain, tenant à la main le journal du matin.

Quelques minutes de retard, seulement.

« Où voulez vous que je vous dépose madame ? demanda très aimablement le cocher qui remplaçait Roger ce jour-là.
_ Devant la gare, lui répondit Suzanne, sans hauteur. Vous vous occuperez des bagages de monsieur, uniquement. Je me charge de le racompagner à la calèche.
_ Êtes vous sûre madame Zolnerowich ? A cette heure les voies sont bondées, nous risquons d'avoir du retard sur le train, et la gare sera habituellement bondée.

_ J'y tiens. » Et son ton ne souffrait d'aucune discussion. Le cocher prit aussitôt note des attentes de sa passagère d'un simple signe à la casquette mais Suzanne ne se formalisa pas de la familiarité du geste. Elle avait bien autre chose à penser.






Les voies étaient effectivement bouchées sur plus de 500 mètres. Le cahut des voix rappelait douloureusement le quotidien de cette ville empêtrée dans ses habitations et quand la calèche s'extirpa de ce noeud humain pour se garer quelques longues minutes plus tard devant la gare de Secaria, Suzanne se massait les tempes douloureusement, le regard rougit par la tension. Evidemment, le monde qui se glissait hors des boyaux de la gare n'allait en rien arranger sa migraine et le cochet eut un long regard hésitant avant de répondre à l'ordre muet de cette dame, lui ouvrant la portière puis l'aidant à descendre.

« Puis-je au moins vous accompagner ?

_ Cela ne sera pas long, mon époux doit déjà m'attendre. Stationnez devant, voici quelques dons pour vous, et ceci pour certains agents qui chercheraient à pinailler.

_ Bien madame » remercia le cocher en empochant bien vite l'argent.

Sans plus attendre, Suzanne réajusta son chapeau ainsi que son étole et s'enfonça sous les voûtes formant l'entrée de la gare, dans la chaleur humide de la vapeur des trains et de la sueur des hommes. Elle fronça le nez, cherchant des yeux un panneau qui ne fut pas long à se présenter, et après un bref passage à l'aide des voyageurs où un homme ressemblant à s'y méprendre à une taupe lui conseilla la bagagerie, elle remarqua enfin la silhouette déguingandée de son époux, tranchant avec les hommes trapus majoritairement présents à Secaria.

Le soupir qu'elle poussa se perdit dans la foule et Suzanne modéra à peine son pas bien trop rapide.

Mais si son enthousiasme était clairement présent dans son regard, elle stoppa tout de même à un mètre de lui, évitant le moindre geste tendre, les mains crispées sur sa pochette et clamant d'une voix assurée:

« Vous voilà enfin ! »


Et Adam la regarda. La migraine, le carnage de ces dernières semaines et autres détails légèrement traumatisants se dissipèrent aussitôt.

Suzanne ajuste son masque.

« Votre voyage s'est bien passé très cher ? Vous m'avez l'air passablement épuisé... »

Un simple regard critique sur le costume (mal taillé et noir - par l'Etat il fallait vraiment qu'Adam fasse les boutiques sans elle ?), le nombre de bagages bien supérieur à ceux qu'il avait en partant et ses cheveux ébourrifés lui suffit pour comprendre que son mari venait de passer une semaine surchargée.

« Ne restons pas là, le cocher nous attends. Je ne sais pas ce qu'il vaut en stationnement et j'aimerais éviter que quelques agents s'approchent de trop près de la calèche. Vous savez que je n'aime pas marcher et au vu du nombre de valises que vous nous rapportez, nous ferions mieux de ne pas nous attarder. »


Elle eut un vague sourire sans joie.

« Et vous vous reposerez bien mieux en notre demeure. En parlant de santé, comment se porte Arthur ? » enchaîne-t-elle aussitôt. « Je comptais lui écrire une missive ce matin, et transmettre ainsi mes amitiés à votre mère. Mais j'imagine que vous avez fait le nécessaire pour excuser mon absence... »

Disons que c'était la joie de le revoir, même si elle ne l'avouerait qu'à demi mots camouflés sous bien des tournures de phrases, ou alors le fait qu'elle était bien trop concentrée à surveiller ses paroles (et ne pas s'épancher sur l'état déplorable d'Adam - ce dernier supportait bien mal ce genre de critique et Suzanne se refusait à commencer la journée, ainsi que leurs retrouvailles, par des disputes). Quelques furent ses raisons à ce moment, elles étaient indéniablement mauvaises et bien évidemment maladroites. Elle le regretterait plus tard. Suzanne avait passé trop de temp à battre des ailes en vain (hallucination ou non). Et il n'y avait qu'avec lui qu'elle se sentait capable de voler (oh chut, coeur imbécile).

Déjà elle fait mine de se détourner pour l'entrainer à sa suite, en femme de ce monde qui manie la laisse et les sourires enjôleurs comme personne. Cela ne l'empêche pas de l'embrasser du regard, discrètement.
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Sadicomaso-chiche

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MessageSujet: Re: Terminus   30.08.11 21:39

Adam s'était appuyé contre le mur à côté de la bagagerie pendant que deux jeunes employés de la gare entassaient ses valises sur un chariot à vapeur. Abruti de fatigue, il avait osé déposer sa précieuse mallette à ses pieds pour se masser les tempes : en plus du manque de sommeil et de l'oppressante rumeur de la foule, il devait composer avec les énormes quantités de cuivre présentes dans le bâtiment, que ce fût dans les chaudières, les ornementations ou même les kilomètres de câbles électriques qui parcouraient le grand ordinateur de la mairie, juste au-dessus de lui, et tout ceci nourrissait un début de migraine qui risquait de devenir rapidement intolérable. Le seul avantage d'une telle situation, c'était que la douleur lui évitait pendant quelques précieux instants de penser à Arthur en train d'agoniser dans son lit d'hôpital.

Il ferma les yeux, serra les paupières. Tout était bon pour repousser ce souvenir. Il voulait rentrer chez lui, prendre une douche brûlante, puis dormir pendant deux jours ou s'enfermer dans son atelier pour y travailler jusqu'à en oublier son propre nom. Il voulait en parler, en parler jusqu'à ce que les mots aient vidé la réalité de son sens et qu'elle soit devenue supportable, ou au contraire se taire à jamais, ne plus jamais mentionner son frère, refuser éternellement de s'avouer qu'il n'était plus là. Il voulait qu'on le laissât tranquille, il voulait qu'on s'occupât de lui. Il voulait... il voulait juste...

« Vous voilà enfin ! »

Surpris, il rouvrit les yeux et baissa la tête, plus par une réaction instinctive au ton péremptoire que par véritable reconnaissance de la voix qui s'adressait à lui. Puis il reconnut le visage levé vers le sien et il se surprit à esquisser un sourire, lui qui pensait ne plus jamais en être capable : son soulagement de voir un visage connu – son visage à elle – devait fugitivement être plus fort que son chagrin et sa fatigue. Sans tenir compte du fait que son épouse ne faisait pas un geste vers lui, il posa pudiquement la main sur son bras et se pencha pour l'embrasser comme il avait l'habitude de le faire, au coin des lèvres et sans insister, comme une bise rigide de convention qui aurait malencontreusement glissé vers la marque de tendresse. En guise de réponse, Suzanne jugea utile de lui signaler qu'il avait l'air épuisé ; dans sa bouche, cela sonnait comme un reproche.

Adam, trop las pour se vexer, se contenta de hausser les épaules et de ramasser sa mallette, laissant son épouse à son babillage tandis qu'il faisait signe aux bagagistes d'acheminer ses malles vers la sortie. La futilité des préoccupations de Suzanne, qui s'inquiétait d'avoir laissé leur calèche en double file, ne le surprit pas outre mesure : il pensait que c'était un moyen de défense comme un autre, sa manière à elle de réagir à une nouvelle aussi cruelle que la mort d'Arthur. Il était simplement un peu amer de constater que même dans ces circonstances elle ne semblait pas le juger digne d'une quelconque marque d'affection.

Puis elle le fusilla d'une unique phrase.

« En parlant de santé, comment se porte Arthur ? »

Elle devait vraiment être absorbée dans son numéro de la parfaite épouse pour ne pas remarquer la manière dont le visage d'Adam se décomposa, délavé de toutes ses couleurs et expressions sous l'effet d'une stupeur si intense et douloureuse qu'elle ne parvenait pas à s'exprimer sur ses traits. Une foule de pensées incohérentes se pressèrent sous son crâne – pourquoi comment folle impossible une farce ce n'est pas drôle – avant de disparaître aussi vite qu'elles étaient apparues, ne laissant derrière elles qu'une souffrance hébétée. Il ne pouvait juste pas croire qu'elle eût pu dire une chose pareille.

Alors Suzanne se détourna pour suivre le chariot de bagages, et dans ses gestes de séductrice nonchalante Adam comprit la vérité, cruelle dans sa simplicité. Il la rattrapa par le coude et la ramena à lui d'un geste presque brutal, l'obligeant à lui faire face. Il sonda ses yeux clairs. Puis, dans un souffle, il lâcha :

« Vous ne savez pas. »

Ce n'était pas une question, juste ce qu'il avait lu dans le regard déstabilisé que son épouse levait vers lui. Et lui, consterné, ne savait pas quoi dire. Certes, il n'avait explicité la nouvelle dans aucun des deux télégrammes qu'il avait envoyés à Suzanne pour lui annoncer son retour, mais c'était parce qu'il pensait qu'elle était au courant. Elle aurait dû l'être, la photo d'Arthur était dans tous les grands journaux arcanotechnologiques de la planète et Adam était abonné à au moins six d'entre eux – bon sang, même la presse grand public avait évoqué son décès. Et puis, au-delà des arguments logiques, l'Arcano n'avait tout simplement pas songé que l'un de ses proches pût tout ignorer de l'évènement qui venait de ruiner sa vie.

Adam regardait Suzanne dans les yeux, sans la lâcher, et l'expression lasse mais digne qu'il était parvenu à conserver jusque là se fissurait de toutes parts pour laisser entrevoir l'insondable détresse qui le minait depuis une semaine. Il déglutit, articula péniblement :

« Arthur... »

Sa voix se brisa et ses yeux commencèrent à le brûler de vouloir pleurer sans y parvenir. Il ne voulait pas prononcer cette phrase, surtout pas au milieu de cette foule d'anonymes affairés qui rendait tout recueillement impossible. Ces mots-là, dits à voix haute, c'étaient autant de banderilles plantées dans sa peau, du sel sur les blessures muettes par lesquelles il se vidait lentement de son sang. C'étaient la réalité, celle qu'il ne supportait plus.

Pour Suzanne, Arthur était encore en vie. Lui affirmer le contraire, c'était comme tuer son frère une nouvelle fois.

Il fixait son épouse avec quelque chose de suppliant dans le regard, en espérant contre toute attente qu'elle comprendrait, qu'elle le dirait à sa place. Mais ce ne serait pas le cas, n'est-ce pas ? Même si elle devait commencer à comprendre, ce ne sont pas des choses que l'on dit sans en être sûr.

Adam ferma les yeux pendant quelques secondes. Il cherchait un second souffle qu'il ne trouva pas. Et lorsqu'il parla, en employant les mots qu'il pouvait, ce fut vraiment comme s'il arrachait un harpon à sa chair :

« Je l'ai perdu, Suzanne. J'ai perdu Arthur. »
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Suzanne Zolnerowich

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MessageSujet: Re: Terminus   11.09.11 13:38

Mais dans cette symphonie de retrouvailles aux spectateurs inattentifs se cache, et se cachera toujours, une fausse note. C’est ainsi que la vie rattrape Suzanne, par un geste un peu brusque et tellement surprenant de la part d’Adam qu’elle en reste coïte un instant. Dans les yeux de son époux se cache une attente et une agressivité qui changent aussitôt ses mains en deux pâtes moites et hystériques de tremblements. Il se passe quelque chose, bien évidemment, mais jamais Adam ne l’a regardé ainsi, pour quelques problèmes que ce soit. Même au cœur de leurs disputes les plus violentes il n’y a jamais eu cette terreur bouleversée dans ses yeux bruns. Et si Suzanne garde le contrôle la plupart du temps, face à ce qu’elle connait évidemment, elle ne peut que répondre en miroir face à ce genre d’expressions nouvelles. C’est avec agressivité qu’elle se dégage, apeurée :

« Mais enfin Adam, puis-je savoir ce qu’il vous prend ?? » Qu’il se reprenne, qu’il arrête de me fixer ainsi, il n’y a plus de problème puisqu’il est là, qu’il arrête ce cirque, qu’il arrête de tout gâcher, que tout se passe comme prévu, que tout continue tranquillement. Que tout soit une route lisse, sans cahots, sans surprises de ce genre.

Mais à l’instant même où elle pose cette question, et la traduction que cela sous-entends clairement sur son visage à la moue à la fois répugnée et quémandeuse, elle sait qu’il n’en sera rien, que sa tranquillité espérée va se faire envoyer foutre dans le fossé et qu’une course endiablée va commencer sur un chemin de terre où pourtant elle ne voulait pas s’engager. Ses œillères ne lui serviront à rien cette fois-ci et l’acrobate habile qu’elle s’est construite en personnalité dominante va devoir cesser son numéro de voltige pour se casser la gueule, sans filets, sans harnais. En vérité, il n’y aura rien pour l’aider.

« Arthur... »

Les yeux d’Adam porte soudain une douleur si vive que Suzanne craint un instant qu’il va disparaitre, bouffé par ce noir qui engloutit ses iris, qui floutent son regard. Elle raidit ses doigts, assèche ses paumes, pour les crisper sur les avant-bras de son mari, avec un sourire qui se veut engageant mais n’en est que plus tremblant, comme si la secousse qui parcourait son cœur aux battements affolés devait absolument se voir.

Il ne faut pas qu’on me voit comme ça, grogne une partie de son esprit qui se drape obligeamment dans l’une des dernières robes à la mode. Quelle misère cela serait qu’un parasite ennuyeux aux ordres d’un torchon particulièrement vulgaire vienne prendre une photo de cette scène pathétique.

Il ne se passe rien. Il ne se passe absolument rien.

Il va me dire une horreur. Je ne veux pas écouter ça.

Arthur est encore souffrant ? Arthur est handicapé ? J’ai déjà vu un handicapé, prisonniers de ces fauteuils à roues dans lesquels ils se trainaient le long des calèches pour quémander une pièce. J’ai déjà vu leur misère de ne pouvoir rien faire et leur détermination comme un rouage actionné par une mécanique obscur de leur fauteuil. J’ai déjà vu leur haine envers les roues qu’ils agrippaient pour se pousser en avant. A quoi bon tout ça ? Pathétique, ignoblement pathétique, nous, Arthur. Comment expliquer cela aux gens. Comme rendre cela intéressant pour l’entreprise. Ne me dit pas qu’Arthur est handicapé, ne me dit pas qu’Arthur est souffrant. Dis-moi que ta mère est morte. Dis-moi qu’elle a fini par rejoindre son époux.  Apporte de la logique, le reste me fait peur, on ne se comporte pas comme ça, c’est étrange. Juste de la logique, du mécanisme à clé. Pourquoi la vie ne nous appartient pas vraiment Adam, pourquoi ?

C’est toujours l’oiseau dans sa tête avec ses pépiements suraigus.

« Arthur va bien, n’est ce pas Adam ? C’était vraiment de mauvaises semaines, mais tout va s’arranger. »


Acquiesce, ordonnent les mains qui enfoncent leurs ongles dans le tissus noir. Oh si noir. Mon dieu elle vient seulement de comprendre que – c’est la mère, la mère est morte. C’est logique.

« Je l'ai perdu, Suzanne. J'ai perdu Arthur. »


Bien sûr que non, je ne l’ai même pas revu. On doit discuter du nouveau projet pour l’amélioration du moteur à pompes sur le dernier dirigeable en test. Je dois le revoir pour qu’il meure.

C’est la mère. Pourquoi ce n’est pas la mère bon sang.

Mais le visage d’Adam est – non il n’y pas de visage en vérité. Il n’y a que la mort.

Quelque chose, loin dans son ventre, chute sans trouver de sol pour se fracasser. Tout n’est qu’une éternelle retombée.

Mais d’abord elle doit respirer, c’est vrai. Et puis dire quelque chose.

Quand ? Pourquoi ? Ce n’est pas amusant Adam. Arthur est jeune, en pleine santé. Arthur doit encore aller charmer des minettes aux quatre coins de Tyr et faire hurler des pères de famille respectables. Arthur doit encore arriver à la faire rire, avant qu’elle ne le fusille du regard parce que bon sang, c’est une soirée sélecte Arthur, tiens-toi tranquille, je ne veux pas te materner et je n’ai certainement pas à m’amuser. Pourquoi est-ce que tu rends tout si amusant Arthur ?

Mon frère, un peu comme mon fils.

C’est étrange comme soudain tout a cessé de trembler. Et ses yeux à elle désespèrent de demeurer secs, mais c’est pour mieux voir la vérité sur le visage d’Adam, pour la comprendre, pour lui donner un sens – CE N’EST PAS LOGIQUE – et puis agir en conséquence. Plus tard elle dira à son cœur de parler et ils auront une petite conversation, une petite conversation intimiste, sans oreilles pour les écouter, arracher des bribes de douleur et se repaitre de leur bien-être – Ça n’arrive qu’aux autres ça c’est bien connu – tout en les regardant de côté.

Les gens. La foule de gens.

« Rentrons. »

Suzanne à la barre d’un bateau qui prend l’eau et assène sans le vouloir le coup fatal, brise la coque, enfonce tout ce joli monde dans la mer. Mariage à l’eau, mariage pas rigolo dis donc. Elle ne s’est pas mariée pour porter le deuil.

L’une de ses mains laisse une empreinte chaude, humide, sur le tissus – noir tout est si noir tout est un automatisme oh j’ai un mécanisme à clé il va s’arrêter il ne doit pas s’arrêter – quand elle l’a retire, sans pour autant le lâcher. Son visage porte une marque étrange, une attente saupoudrée de terreur nocturne, qui s’efface quand elle croise le premier regard inconnu d’un passant qui la lorgne avec une compassion / courtoisie / curiosité malsaine. Elle se ressaisit immédiatement, comme piquée au vif de sa colonne vertébrale.

Nous discuterons de cela à la maison, rentrons, rentrons nous cacher.

Elle ramasse un bagage qui parait bien lourd, puis un deuxième, les hisse au bout de son bras avec un grognement de douleur, et tant pis pour les ragots des Zolnerowich qui ne peuvent même pas se payer un chariot de bagagiste. Ça, son mari, elle les traine à la calèche, fusille le cocher du regard qui tarde à descendre pour leur ouvrir la portière. Elle laisse installer toutes les valises, des papiers, des centaines de testaments, la mort, à l’arrière de la calèche – la calèche est déjà d’un bois sombre, presque noir, ajouter des tentures, commencer à préparer la maison – avant qu’elle n’enfonce son corps dans le ventre du véhicule, trainant toujours Adam à sa suite.

Elle pourrait – elle ne sait pas – attendre que le cocher ait fermé la portière pour se saisir d’Adam, l’embrasser, le serrer contre elle, passer ses mains dans ses cheveux épais comme elle en rêve chaque jour, lui faire l’amour – la vie, lui montrer la vie.

Mais son regard accroche un paysage dans contours distincts, et elle se contente de se poser intérieurement, oiseau abattu par la balle d’un chasseur – la mort la vie la fatigue.

Le temps s’étire, se fractionne en de minuscules secondes, avant qu’une voix

« Quelles – quelles ont été les d… »

Non ce n’est pas la sienne, elle est moins éraillée et puis merci bien elle ne bégaye pas ainsi – reprendre contenance, réitérer :

« Quelles ont été les dernières volonté d’Arthur ? Il faut que nous travaillions sur les mentions légales, si vous pouvez reprendre des travaux signés à son nom. L’entreprise va souffrir de son départ »

Il n’est pas partit, il est mort.

« A-t-il autorisé que tout continue sans lui ? » dit-elle avec une nonchalance feinte, le visage sans expression, la voix morne, concentrée sur un point où le débit de ses paroles sur un sujet aussi futile n’est qu’une parade pour mieux se tenir, tenir sa douleur. «  Il est vrai que son absence va désormais peser sur la création des derniers moteurs, et que nous risquons de perdre des investisseurs, mais avec la collaboration de certains puissants et l’organisation d’une soirée mémorielle je pense… »

Suzanne, il n’est pas absent. Il est mort.

« Oh par tout les…. » Ses épaules s’affaissent brusquement.

« ….. Quand ? Quand cela est-il arrivé ? Et pourquoi, pourquoi est-il… pourquoi n’est-il plus là ? »


Merci Suzanne. Si tu ne peux sauver le navire, essaye quand même de sauver le noyé.
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MessageSujet: Re: Terminus   11.10.11 22:29

Elle le traînait comme il traînait sa mallette, comme quelque chose qu'on déteste autant qu'on le chérit, et cela lui convenait. Il avait passé sa semaine à tout gérer, à porter tout le monde à bout de bras alors que lui-même était en train de s'effondrer. Katryn l'avait laissé tomber, sa mère avait même trouvé le moyen de lui faire des reproches. Alors si Suzanne voulait prendre les choses en main au point de lui dire vers où et comment marcher, tant mieux, parce que lui n'en était plus capable.

Lors du décès de Klaes, il avait cru mourir de douleur. Il avait pleuré pratiquement sans arrêt pendant des jours, parfois sans s'en rendre compte à moins qu'on le lui signalât, et chaque minute passée avec la certitude que son frère était mort, mort et enterré, était une brûlure vive et profonde comme un coup de poignard à l'estomac.

Avec Arthur, c'était différent. Depuis qu'il avait vu le cœur de son jumeau s'arrêter sur un moniteur d'hôpital, il n'avait pas versé une larme, pas une seule. Sa souffrance n'était ni intime ni aigüe: elle le submergeait, l'engloutissait. Elle l'avait mis à l'écart du monde, mais l'avait également coupé de lui-même, et il avait l'impression de n'être plus qu'une enveloppe creuse et fragile en train de se consumer de l'intérieur. Il n'avait même pas envie de mourir pour que cela cessât: il n'avait plus envie de rien.

Il se rappelait cet automate qu'ils avaient construit avec Arthur, quand ils étaient enfants. Son seul but était de marcher, simplement marcher, en ligne droite. Mais cela avait été suffisant pour causer sa perte: quand ils avaient remonté la clef dans le mécanisme de son dos et l'avait libéré, les secousses de ses pas avaient commencé à faire sauter ses rouages. Il les avait semés derrière-lui, l'un après l'autre, jusqu'à s'arrêter dans un gémissement métallique avant de tomber face contre terre, comme mort.

Adam se vidait de sa vie, un peu plus à chaque seconde qu'il passait sur cette terre où son reflet n'était plus, et il ignorait combien d'engrenages il lui restait à perdre avant qu'il ne s'arrêtât lui aussi. Que, véritablement, il mourût de douleur.

Pourquoi nous cacher, Suzanne? Peu importe si les gens voient mon cadavre.

Son épouse l'obligea à se hisser dans la calèche. Il posa la mallette entre ses pieds et se laissa tomber sur la banquette, à côté d'elle et pourtant loin, très loin dans son propre calvaire. Pour la première fois depuis que l'irréversible s'était produit, il pouvait se permettre de lâcher prise, d'arrêter de penser. Simplement se noyer dans sa détresse, la laisser tout recouvrir avec une hébétude malsaine, et oublier son nom comme les trois qu'on avait gravés sur la tombe de sa famille. Pleurer, peut-être. Enfin laisser aller un peu de cette angoisse vide qui l'étranglait.

Suzanne parlait de choses qui n'avaient pas de sens, des signatures, des soirées. Adam sut qu'il aurait dû la haïr pour cela, mais il n'avait plus la force d'éprouver quelque chose d'aussi puissant envers autrui. Il n'était pas certain de pouvoir encore partager la moindre émotion. Parce qu'il était seul, soudain, effroyablement seul, et qu'il le serait pour le restant de ses jours.

Pourtant, même si ses yeux ne voyaient plus rien, il continuait d'entendre Suzanne. Il sentait sa chaleur, sa vie, juste à côté de lui, et c'était la seule chose dont il avait conscience à part le lent tic tac de la magie d'Arthur dans la montre glissée dans son gousset.

Quand?

Une voix, celle de l'automate agonisant.

"Il y a huit jours, à Neven. La crémation était avant-hier. J'ai essayé de vous joindre, mais les communications avec Secaria étaient coupées, à cause de cette histoire d'attaque terroriste."

Des faits, juste des faits. Il n'avait pas changé de ton en parlant de la cérémonie mortuaire, en prononçant ce mot si laid qui traduisait le fait que l'on avait mis Arthur, son associé, son meilleur ami, son frère, dans une boîte que l'on avait poussée dans un four. Que le visage qui était parti en cendres ce jour-là était identique au sien.

Avant-hier. Deux nuits. Et déjà deux fois, le cauchemar prévisible où c'était lui qu'on mettait dans le cercueil, lui qui s'arrachait les ongles sur le couvercle en hurlant pendant que les flammes léchaient les parois de sa prison. Il ne se réveillait que pour réaliser que c'était bien réel, que Arthur n'était plus là, et que lui brûlait vif pour de bon dans ce monde où il était à présent si seul.

Et tout cela pourquoi?

Adam cilla, un bref éclat passa dans ses iris sombres et sa main alla s'emparer de celle de Suzanne pour la serrer au creux de sa paume sèche et glacée, se cramponner à cette vie qui le fuyait. Oh, il avait tellement envie de le dire, de le hurler. Se mettre en colère, pour ne plus avoir si mal.

On a assassiné mon frère.

On l'a. Assassiné.

Il tourna la tête vers son épouse. Il aurait tant aimé lui dire la vérité, par pur égoïsme. Se soulager de ce poids mort posé sur ses épaules, mais aussi éviter les conséquences du mot "cancer", la déduction qui s'imposerait à Suzanne sur les risques qu'il avait de tomber malade lui aussi, l'inquiétude qu'il aurait à subir au quotidien, la dispute qui s'en suivrait certainement, comme avec sa mère.

Il dévisageait son épouse et étrangement il avait l'impression que cette femme-là, ce petit bout de secrétaire, pourrait gérer une telle information. Peut-être mieux que lui, en fait. Même dans son état, il s'étonna de la clarté de cette sensation et se sentit intrigué par ce qu'elle sous-entendait: connaissait-il vraiment cette jolie femme qui partageait son foyer?

Les traits livides de Suzanne accusaient la blessure, la stupeur hantait ses prunelles d'azur, un tremblement fugitif passa sur ses lèvres soigneusement maquillées. Adam se détourna. Et choisit.

"Leucémie. Foudroyante. C'est arrivé en moins d'une semaine."

Mensonge par omission. Sans savoir si c'était parce qu'il ne faisait pas confiance à Suzanne ou parce qu'il ne voulait pas infliger toute l'horreur de la situation à ces beaux yeux clairs tendus vers lui.

"Je suis désolé de vous l'annoncer ainsi, je... je pensais que vous étiez au courant."

Et puis, d'un seul coup, sa tête tomba contre le mur de la calèche et sa voix se brisa en mille éclats de verre.

"Oh Suzanne, qu'est-ce que je vais faire sans lui?..."
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Suzanne Zolnerowich

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MessageSujet: Re: Terminus   15.10.11 16:47

Les yeux de Suzanne demeuraient désespérément secs et dans un sursaut d’angoisse elle eut envie de se gifler, craignant qu’Adam ne voit dans cette absence de réaction émotive un dédain envers Arthur. Pourtant la souffrance était là, telle des lames acérées qui la frappaient au ventre, au cœur et aux tempes sans relâche, au fur et à mesure qu’Adam parlait, qu’Adam racontait la vérité, lui expliquait que tout ceci n’était pas un rêve, pas un mensonge. Qu’Arthur était mort.

Arthur est mort, et elle ne peut pas pleurer. Peut à peine respirer et elle sent les râles qui se coincent dans sa gorge, qui l’entravent et l’étranglent. Il y a un goût de bile mêlé au café engloutit ce matin qui remonte le long de sa langue. Les ailes de son nez fin palpitent férocement et la douleur dans sa tête ne fait qu’augmenter. Elle est fourbue, ses articulations la font plus souffrir qu’un jour de pluie, pauvre petite vieille précoce.

Elle ne pense même pas à démentir sa mort ou même l’attaque terroriste (elle voulait lui en parler, parce qu’elle a des doutes et qu’Adam saurait comprendre, trouver une suite à ses pensées, sur cette impression diffuse – de pouvoir voler – d’être autre chose qu’elle-même pendant plus d’une semaine). Suzanne se contente de fixer l’ourlet de sa robe, la pointe de ses bottines en cuir. Elle redessine les traces de pas en poussière sur le sol, la ligne droite de la banquette d’en face. Elle qui pourtant est une secrétaire des plus compétentes, capable de rédiger un billet en moins d’une minute et ça sur n’importe quel sujet, peine à trouver ses mots.

A l’académie, les lettres de condoléances sont tissées  de mots dont la douleur se tient à bonne distance du cœur. Lettres pleines de compassion et d’autoprotection. Lettres pleines de mensonges.

A monsieur Adam Zolnerowich

Concernant la brusque disparition de son frère et confrère Arthur Zolnerowich

Bouleversés par cette affreuse nouvelle qui vient de vous frapper nous aimerions vous présenter nos plus sincères condoléances et vous offrir tout notre soutient dans cette douloureuse épreuve qui…


Ne fait pas de distinctions entre les âges ou les sexes, qui fauche à tout va selon une logique qui lui est propre. Cette mécanique de vie et de mort ne peut être comprise et acceptée par nous, pauvres humes perdus dans la pénombre. Nous ne pouvant qu’errer le long de cette route, mains tendues dans le noir, à ne pas savoir où aller mais espérant que la suite sera meilleure que Maintenant.

La main d’Adam la contamine de sa froideur et elle claque des dents, les muscles parcourus de légers tremblements.  La chair de poule expie sa douleur sur ses bras tendres et sa nuque tressaille sous les picotements électriques des fins cheveux qui se redressent à leur tour. Pourtant, et malgré une envie des plus féroces de le repousser, sa main reste accrochée à celle d’Adam. Mieux, elle la caresse, glisse ses doigts contre les siens pour tenter de le réchauffer, en un geste machinal emplit d’amour. La discrétion de son action est telle qu’elle ne le remarque pas. Adam non plus peut-être.

« Ca ne peut…. Ça ne peut être la fièvre, ou un rhume. Il était… il était en parfaite santé, si jeune. Ca ne peut être qu’un accident, n’est-ce pas ? »


Il n’a pas le temps de prononcer un mot que son regard dément déjà cette affirmation. Les lèvres de Suzanne forment un arc plié presque à se briser, accentuant les quelques rides de son visage de nacre.

"Leucémie. Foudroyante. C'est arrivé en moins d'une semaine."


Autant de morts que de visages pour la pluie qui finit par tomber, disait une vieille chanson. Autant d'agonies pour ce qu'on croyait n'être qu'une seule réalité.

Elle a 50 ans, puis 10 ans, et baisse la tête en gémissant un soupir.

C’est le cuivre qui l’a tué. Elle le sait.

« On m’avait parlé du cancer des arcanos mais je pensais… je pensais… »


Tu pensais que ça n’arrivait qu’aux autres, comme tout le monde. La maladie des arcanos n’était qu’une plaie de plus dans un monde où les problèmes de santé sont la résultante d’un travail acharné dans n’importe quel domaine. Empoisonnement au charbon pour ceux qui travaillaient dans les mines, empoisonnement au fer pour les soudeurs, empoisonnement au plomb pour les imprimeurs. Et pour les arcanos, tous les métaux comportaient leur lot de dangers. Comme il était dangereux pour la cuisinière de manipuler des couteaux.

"Je suis désolé de vous l'annoncer ainsi, je... je pensais que vous étiez au courant."

« Les communications n’ont pas été les seules à être coupées. Le journal aussi… Le premier exemplaire de ce mois a dû arriver ce matin mais je l’ai raté en allant vous chercher. J’ai croisé le livreur pourtant, et si j’avais… »


Elle avale une goulée d’air pour se donner le temps de calmer son cœur tandis que la calèche s’engage de nouveau sur les grandes voies, se foutant de l’oreille attentive qui peine à les écouter, installé sur le siège du conducteur. Un milliard de pensées au moins traversent sa tête à chaque seconde. Un milliard de pensées et autant de réactions. La plus violente voudrait empêcher Adam de retourner dans son labo, de l’enjoindre à contacter un médecin le plus rapidement possible. La maladie qui l’atteint est certes contrôlée par son don, ironiquement, mais si Arthur est mort, alors peut-être Adam…

Adam pourrait être atteint de ce mal. C’est un risque qu’elle mesure enfin, le visage écrasé contre le mur de la vérité dans sa plus simple cruauté.

Et elle ne veut pas qu’il meurt – quel ennui que cela lui causerait, tous ces formulaires, ces testaments, l’entreprise, sa position….

Elle ne veut pas qu’il meurt.

Le front d’Adam heurte la paroi de la calèche dans un bruit sourd qui la fait sursauter. Son visage se pare instinctivement du masque du dégoût et de la peur à voir ce cadavre brisé, ce fantôme d’Arthur qui se laisse choir au sol, dans un désespoir pathétique.

Les gens n’agissent pas ainsi, siffle une pensée perfide qui parle bien trop souvent au fond de sa tête et gouverne immanquablement ses actes. Qu’il se tienne droit, qu’il fasse honneur à son héritage, sans laisser ces charognards de journalistes et de dames de la haute société le plaisir de se repaitre au banquet de sa tristesse. Rien ne doit l’atteindre, pas même cette insulte faite par la Mort. Leur famille survivra, leur nom, leur honneur. Doit-elle vraiment TOUT faire dans cette maison ???

"Oh Suzanne, qu'est-ce que je vais faire sans lui?..."


Mais qu’est-ce qu’elle en sait à la fin ?!

Suzanne lutte intérieurement pour bâillonner cette demoiselle pète-sec si raisonnable. Si ce n’est pas ainsi qu’un homme en deuil doit se comporter hors de l’intimité de leur chambre, ce n’est pas non plus la réaction que l’on attend de son épouse. Alors qu’elle se la ferme bon sang, qu’elle la ferme !

Sa main n’a toujours pas lâché celle d’Adam et prudemment, précautionneusement, elle le guide contre son sein. Avec des gestes malhabiles de celle qui n’a pas l’habitude d’étreindre, ou de consoler. Elle appuie son front contre sa gorge dénudée, respire son parfum d'homme, apaisée par le silence au fond de sa tête. Qu’importe l’entreprise, qu’importe leur maison. Ils pourraient vivre dans cette calèche jusqu’à la fin des temps qu’elle s’en foutrait – et cela est la vérité, rien que la vérité.

« …. Je ne sais pas Adam. Je n’en sais rien et j’en suis désolée… tellement désolée… »

Elle a juré d’être sienne dans la joie comme dans la souffrance.

« Mais je suis là. Je suis là, vous devez compter sur moi, vous m’entendez ? Comptez sur moi… »


Ses doigts passent et repassent dans ses cheveux, décrivent des boucles qu’elle finit par démêler. Elle ne pleure toujours pas, mais sa voix tremble assez pour laisser transparaitre ainsi sa souffrance. Cela suffit.
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Signalement : Grande perche de 1m90 toute en maigreur, membres trop longs, cheveux bruns peu disciplinés, yeux bruns, visage osseux mais souriant, air pas méchant, un peu à côté de la plaque, vêtements bien taillés


MessageSujet: Re: Terminus   23.10.11 19:29

Un instant, il resta assommé par sa propre question: il se demandait ce qu'il allait faire sans Arthur - sans Arthur - et tout d'un coup il se sentait vaciller au bord d'un terrible gouffre. Jusqu'à présent, la vérité était trop immense, trop monstrueusement titanesque pour qu'il l'eût vue dans son ensemble. Il était resté dans l'ombre de son socle, sidéré, en ne réfléchissant pas au-delà des questions pragmatiques qui se posaient à lui quant aux obsèques. Mais là, il commençait à prendre du recul, à deviner les monstrueux traits de la masse qui le surplombait, et pour la première fois il effleurait le fait qu'Arthur était mort. Pas parti, pas perdu. Mort.

Arthur est mort.


La pensée était encore floue et il luttait pour qu'elle le restât, mais son esprit commençait à faire la mise au point, dans un effort déchirant qui lui donnait l'impression que quelque chose dans son corps était tendu comme un câble de débardage, prêt à céder et à tout balayer sur son passage.

Arthur est mort.

Sa main se resserra encore un peu plus autour de celle de Suzanne, sans doute assez pour lui faire mal. Pourtant la chaleur ne fuit pas. Au contraire, elle finit par attirer à elle ses doigts engourdis, se faufiler sous son bras, s'enrouler autour de son torse, se nicher au creux de son cou. Une étreinte hésitante et vive, qui se faufila dans sa nuque, dans ses cheveux, pour l'inciter d'une caresse à se laisser faire, à ne pas rester prostré sur ce coin de banquette.

Suzanne?...

Non. Suzanne ne l'enlaçait pas ainsi, plus depuis des mois. Cela ne se faisait pas, selon elle, tout comme cela ne se faisait pas de s'embrasser hors de la chambre conjugale ou de se dire "je t'aime". Il fallait toujours être sobre, digne, propre sur soi. Comme si intime était un synonyme de honteux.

Pourtant Adam se rappelait que, quand Arthur la saluait au milieu d'un gala en lui plantant un baiser sur la joue au lieu du baisemain règlementaire, parfois elle souriait tout en le rabrouant.

Pourtant Adam savait qu'elle venait de le prendre dans ses bras. Le geste lui-même, maladroit, trahissait le manque d'habitude. Mais la fermeté de l'étreinte ne faisait aucun doute.

"Je suis là, vous devez compter sur moi, vous m’entendez ? Comptez sur moi…"

Oh, Suzanne...

Il l'enlaça à son tour, un peu gauche lui aussi avec ses bras trop longs. Son corps abandonné dans un coin de la calèche se redressa pour mieux chercher le contact avec celui de son épouse, son cou ploya et il enfouit son visage dans les ondulations soignées de sa chevelure. Odeur chaude, comme la couleur de la robe. Prune, lait, sucre. Il ferma les yeux et inspira profondément, comme s'il allait se mettre à pleurer, enfin.

Mais les larmes ne vinrent pas. La vérité s'éloigna à nouveau, la vague d'angoisse reflua. Il faudrait bien y faire face, un jour. Mais pas maintenant. En cet instant, tout ce qu'il lui importait, c'était que pour la première fois depuis une semaine il avait l'impression de pouvoir respirer sans entraves, et si pour cela il devait rester enseveli dans le parfum de Suzanne jusqu'à la fin des temps, cela lui convenait très bien.

"Merci."

Un murmure, un souffle, pour ne pas briser le charme improbable de cette étreinte un peu bancale. Il se demandait si Suzanne l'appréciait. Il se demandait si ces doigts qui s'emmêlaient délicatement dans ses cheveux avaient besoin de calculer leurs caresses ou s'ils les pensaient. Il se demandait si elle trouvait cela agréable de sentir ses bras à lui étroitement noués autour d'elle. Et il commença à réaliser, dans le brouillard de soulagement qui envahissait ses pensées, qu'il ne s'accrochait pas à Suzanne comme un noyé à sa bouée. En fait, c'était tout l'inverse: c'était lui qui la retenait. Comme si elle avait pu disparaître, elle aussi.

Adam s'écarta doucement afin de pouvoir regarder Suzanne dans les yeux. Il y vit la douleur, mais aussi quelque chose d'autre, une lumière qui lui donna envie de l'embrasser. Cependant, le geste avait quelque chose de déplacé et Adam préféra s'abstenir. Il ne voulait pas effaroucher Suzanne. Pas après ce qu'elle avait eu le courage de lui dire. Alors il se contenta de l'esquisse d'un sourire, d'un fantôme de baiser sur la tempe, en échange d'une autre bouffée de prune. Et, doucement, il s'éloigna assez pour rompre leur étreinte, mais sans oublier de reprendre la main de Suzanne dans la sienne.

"Merci également de... de ne pas m'avoir demandé si j'étais malade, moi aussi."

Une ombre de gêne, un regard qui se détournait.

"Je ne le suis pas, au fait. Max a fait toutes les analyses nécessaires. Il a de bonnes raisons de penser que je ne serai pas atteint. Mais je suis disposé à faire d'autres prises de sang, si cela peut vous rassurer."

Il retrouva ses iris clairs et un autre sourire trembla une seconde sur ses lèvres. Puis, d'un seul coup, ses yeux s'écarquillèrent comme s'il venait de se rappeler une chose extrêmement importante. Il s'empressa de demander, avec une culpabilité perceptible:

"Oh Suzanne pardonnez-moi, je... je ne vous ai même pas posé la question. Allez-vous bien? J'espère qu'il ne vous est rien arrivé de grave pendant cette attaque au gaz, je... J'ignorais l'ampleur de la chose jusqu'à ce que je lise le journal de hier, dans le dirigeable. Vous n'avez pas été blessée, n'est-ce pas?"
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Suzanne Zolnerowich

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MessageSujet: Re: Terminus   29.10.11 1:46

Elle n’avait pas espéré de réponse, ni même sa confiance. Elle n’avait pas rêvé son étreinte, elle ne l’avait pas attendu. Et de sentir ce corps se délier pour mieux se mêler au sien ne la soulagea pas, au contraire. Suzanne l’agrippa plus férocement, un peu comme ces lierres qui envahissent la vie des grands chênes, à les étouffer. Mais Adam arrivait encore à respirer, tout contre sa peau, réchauffant son épiderme, agitant les cheveux un peu fous de sa nuque. Adam arrivait encore à vivre, peut-être même était-ce grâce à elle. Bientôt reviendrait ce besoin d’intimité, de solitude, cet éloignement féroce qu’elle s’imposait. En attendant, et pour quelques minuscules secondes, elle l’aimait.

Déjà il bougeait, déjà il s’éloignait, et ce n’était certainement pas un chêne, plutôt un jonc. Une grande liane qui s’enroulait aussi autour d’elle, qui l’étouffait à sa façon, l’étouffait de ses sourires, de sa gentillesse, de sa naïveté et de sa simplicité. Un grand guignol rien qu’à elle, un clown tout en longueur qui peinait à atteindre son regard. Suzanne se mordit la lèvre pour réprimer un baiser. Qu’il était bête cet Adam, qu’il était beau.

Sa bouche avaient la saveur d’une brise trop vite tuée.

"Merci également de... de ne pas m'avoir demandé si j'étais malade, moi aussi."


Le regard dubitatif qu’elle lui offrit n’était qu’une vague parodie de ce que Suzanne lui faisait vivre chaque jour. Elle n’allait pas oser l’affront de lui affirmer qu’elle savait quand même reconnaitre un homme malade quand elle en croisait. Madame Zolnerowich s’accommoda grandement d’un claquement de langue un peu hautain suivit par un sourire glacé.

– Je déconseille fortement à toute maladie de tenter de vous extirper de notre union, monsieur. La détermination d’une épouse est bien plus solide que tous les vaccins du monde. Toutefois les examens ne seront certainement pas superflus, au moins pour nos actionnaires. Un unique rendez-vous chaque année suffira certainement à les calmer, et moi de même.


Son corps enfermé dans cette robe étriquée reprit sa place initiale sur la banquette et Suzanne se contenta de fixer le paysage, se confectionnant un autre masque, plus confiant mais tout aussi fragile que les précédents, capable de céder au moindre regard d’Adam. Le bougre avait eut le temps de la connaitre à force, et elle se doutait plus ou moins que ses maigres tentatives pour paraitre détachée face à l’homme (et sauver ainsi son investissement) seraient désormais vaines. Une partie d’elle résolue de s’y accommoder – avec plaisir même – mais cette voix agaçante, prônant la stabilité du couple face aux Autres, fit valoir son droit de véto en clamant qu’un homme qui connait tout de sa femme se lasse vite et fout tout en l’air avec des aventures extra-conjugales ou même trop amicales.

Néanmoins sa main raffermit sa prise autour de celle d’Adam.

– Que Max nous envoie les résultats au plus vite. Je ne remets pas en doute vos paroles Adam mais.
Une hésitation. Cela me rassurerait d’autant plus de lire que vous… allez bien.

Elle aurait tout le temps d’aller courir après les Chlamas à trois bosses avant qu’Adam aille réellement bien, avec ou sans son aide. D’ailleurs, il était intéressant de se demander ce qu’elle pourrait bien lui apporter de satisfaisant dans les jours qui suivraient. Devrait-elle multiplier ces étreintes ? (Cela ne la dérangeait que sur un plan purement formel en parfaite adéquation avec leur quotidien) Devrait-elle lui offrir quelques réconforts matrimoniaux (Loin au fond de son ventre une braise jaillit parmi les cendres et fut aussitôt noyée) ? Ou simplement demeurer la femme d’affaire pour que ce dirigeable en mauvaise posture puisse atterrir de force sans trop de dégâts.

Était-ce la fin de Zolnerowich & Zolnerowich ? Est-ce que cette fin avait une quelconque importance à ses yeux si Adam pouvait par cela retrouver le sourire ? Perdrait-elle le sien définitivement ?

Et l’argent, les pierres, le statut, les Autres….
Et elle. Il venait de s’enquérir de son état, alors que répondre ?

– L’incident ne nous a pas vraiment atteint, n’ayez crainte. La maison est toujours là, Isabelle s'impatiente de vous voir. Cela a été assez trouble ces dernières semaines mais le quotidien est revenu. Vous êtes revenu.


Ce n’était qu’un demi-mensonge (Ces deux-là se ressemblaient trop parfois). Il n’était pas temps de narrer ses petites aventures volatiles, si tristement réalistes et affreusement regrettées. Cela lui servirait d’histoire distrayante un soir où la tristesse d’Adam l’emportera sur son tempérament.

Elle était décidée à le sauver.

Avec une joie feinte elle agita ses avants bras, retrouvant le regard brun d’Adam, le cœur de nouveau chancelant.

– Aucune blessure même superficielle. Nous pourrons commenter la version Secarienne des récents évènements dans le journal mais la radio en a déjà fait toute une affaire. Cela le sujet de conversation de bien des soirées, préparez votre brandy mon cher.


Sa gorge se noua violemment et c’est presque paniquée qu’elle ajouta :

– Enfin, nous verrons. Laissons déjà la haute-société hors de nos murs. Je préparerais les remerciements d’usage aux billets de condoléances qui ne tarderont certainement pas à affluer, si ce n’est déjà fait. Ces prochaines semaines, nous resterons à demeure le plus souvent possible.

Cela incluait indirectement qu’elle allait devoir demander quelques jours – certainement pas des semaines il ne fallait rien exagérer – auprès du Maire. Suzanne ignorait si cette requête serait validée, et elle s’empêchait de trop espérer. Adam saurait comprendre, comme il avait compris le jour de son départ – et n’avait pas tellement insisté pour qu’elle l’accompagne. Au chevet de son frère, d’Arthur.

La boule d’angoisse coincée au fond de sa gorge fut léchée par une flamme de colère qui s’éteignit aussi vite qu’elle était apparue. Adam n’était en rien responsable. Elle préférait encore se gifler que de penser cela.
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