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 Dents dantesques enrouées

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- Léonard mégalomane -

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Signalement : Hume (Faut croire !)


MessageSujet: Dents dantesques enrouées   26.08.11 19:52

Sur le message qu'avait du recevoir Adam Z. la veille, il y a écrit:
Cher Adam,

Graziela Galimacia m'a écrit que vous ne souhaitiez pas le titre de Doyen ?

Voila quelques mois que je fréquente la perle du Nord où vous avez vos entrées. Je regrette de n'avoir pas de vos nouvelles en ces temps troublés. J'espère pouvoir vous rencontrer demain au restaurant "Chez Charlotte" dans l'après-midi. Votre présence me remplirait de joie.

Le trop peu modeste concepteur d'un engin qui jadis avait soit-disant trop de recul.

Ps : Un baiser de ma part à votre épouse.




Parmi toutes les boissons plus ou moins chaudes qui avait court dans la bonne société. Le thé était l'une de celles qui revêtait un aspect traditionnel plus important. D'ailleurs plutôt que d'organiser des fêtes dans les jardins de leurs demeures, où les émanations industrielles de Sécaria rendaient leurs petites sauteries rapidement infernales, ces gens de la haute préféraient pour la plupart se retrouver l'après-midi dans le confort molletonné d'un salon de thé ou d'un restaurant chic.

C'était tout à la fois, un lieu de fins plaisirs de bouche, mais également de confidences, de conversations et parfois de débats enflammés pour la joie simple d'un hypocrite duel de mots à couteux rangés. L'un d'eux avait court en ce moment ! Et il opposait de manière totalement déséquilibrée un arriviste de Falkenur qui voulait se faire une petite, John A. Lund, à un homme de Lespure plus connu sous le nom de Magna Vaure. Chacun se souviendrait que 'le touriste' aurait fait ce jour là, le plus mauvais choix d'intégration qu'il lui fut donné de faire dans sa vie. L'enjeu du débat était simplement une décision de politique locale.

- " [...] Car, chers amis, si l'on en croit les traditions présentes dans les peuples civilisés placés sous la Sainte Égide de l'Etat, les nations les plus amicales à l'égard du thé sont celles des continents de Lespure et d'Adhenor." disait l'académicien, avec une telle emphase, que des curieux étaient attirés autour du débat comme des mouches autour d'un steack de brahmine.

- "Il est vrai que Malengha revendique une certaine tradition dans ce domaine, mais en réalité, celles-ci sont le fruit de la forte migration rurale en provenance de Lespure, qui atteint un pic durant le mois de Floréal de l'année 563, comme chacun sait... Ce n'est donc pas si ancien que cela..."

Venir embêter un homme qui aimait s'écouter parler était une dangereuse entreprise, quand vous même n'étiez pas autant familier que lui avec le domaine de la conversation.

- "Tout cela pour vous répondre mon cher monsieur Lund, que la logique politique qui voudrait que le maire de Falkenur proclame sa ville capitale du thé (alors que ce sont les spécialistes du récaf) est un marasme sans nom à l'égard des producteurs traditionnels et qui vise seulement une politique de pénétration d'un marché sur lequel le continent de Twinkil n'a absolument pas sa place en tant que producteur... C'est selon moi un appel d'offre communicatif qui vise à cacher la gestion désastreuse du marché des céréales..."

*Jamais mon entreprise n'acceptera cette appellation quitte à ce que nous lancions une vaste attaque sur le marché du récaf... Misérable idiot !* Avait-il ajouté dans sa tête pour lui-même.

- "Nan pour moi, j'y vois la malhabile lubie d'un élu pour conserver son siège l'année prochaine..." conclu-t-il sous les petits rires amusées de la troupe qui connaissait bien la répartie de l'inventeur contrairement à son adversaire. Ce disant, Magna finit sa tasse et se leva d'un geste calculé avant de regarder parmi la petite foule pour voir que son rendez-vous était arrivé. "Maintenant si vous voulez bien m'excuser..."

Magna ramassa son manteau large manteau et allait s'avancer vers son rendez-vous. Quand il aperçu une main tendit vers lui. Il la serra. Inutile d'humilier un peu plus son adversaire devant des gens. Même quand un noble remet un valais à sa place, il se doit de ne pas se montrer trop cavalier. L'étiquette l'exigeait. Il y eut quelques petits applaudissements accompagnant les mines ravies des quelques spectateurs qui avaient trouvé là une anecdote pour meubler leurs politesses. Le jeu avait amusé l'inventeur, mais c'était fini maintenant. Il l'avait décrété.

La scène qui suivrait sera plus intéressante. Il était toujours intéressant de revoir des vieilles connaissances après quelques années. Spécialistes de la technologie, chacun d'eux avaient leurs succès entrepreneuriaux. Chacun d'eux vivaient de leurs passions de plusieurs manières. Tous les deux avaient perdus un être cher récemment. Et surtout chacun d'eux possédait la tutelle d'une loge puissante de l'Académie. Tout deux très semblables, c'était l'une des rares personnes que Magna acceptait de considérer comme un égal sur le plan intellectuel. C'était peut-être prétentieux, mais lorsque vous aviez les moyens de votre prétention, ce n'était pas rien !
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   30.08.11 23:54

Il avait failli ne pas venir.

Lorsqu'on lui avait apporté la missive signée Magna Vaure, Adam avait pris le temps de la relire plusieurs fois, avant de se tasser dans sa chaise de travail avec un soupir : il n'avait pas envie d'y aller. Depuis son retour à Secaria, moins d'un mois auparavant, il n'avait plus envie d'aller nulle part en-dehors de son atelier, et surtout pas pour se mêler à cette haute société dans laquelle il s'était retrouvé inclus bien malgré lui. Peut-être étaient-ce les cicatrices de ce qu'il avait subi à l'Académie, mais il ne parvenait pas à s'y sentir à sa place, comme s'il n'était toléré dans ce milieu que parce qu'il était distrayant, une sorte d'animal bien dressé dont la biographie rocambolesque et les répliques si naïvement exemptes d'hypocrisie prêtaient à rire. C'était devenu encore plus insupportable depuis la mort d'Arthur, que ses interlocuteurs utilisaient pour singer la compassion avec parfois des arrière-pensées si palpables que Adam, le calme et patient Adam, avait eu envie d'en frapper certains au visage. Aussi, l'invitation serait-elle venue de n'importe quel autre chef d'entreprise secarien, il l'aurait déclinée aussi poliment que sans la moindre hésitation.

Mais c'était Magna Vaure, et Adam avait des scrupules à refuser. Déjà parce que s'il y avait bien un homme de ce milieu haïssable avec lequel il pouvait avoir une conversation intéressante, c'était avec celui qui avait fondé à lui tout seul la doctrine de l'Arachnotechnologie. Mais l'hésitation de l'Arcano trouvait surtout sa source dans un fait beaucoup moins objectif : il appréciait Magna. Ils n'étaient pas amis, ils ne se connaissaient pas assez pour cela, mais Adam avait un immense respect pour l’œuvre et l'intelligence de son collègue et pour une fois il était à peu certain que c'était réciproque. De plus, l'homme lui-même lui plaisait, avec sa personnalité sans concession et ses opinions passionnées. Il était sincère. Il lui rappelait Arthur.

Adam n'avait pas envie de faire de la peine à cet homme-là, fût-ce involontairement. Alors il s'était obligé à faire un effort.

Sur la lettre qu'Adam a renvoyée par retour de coursier, il y a écrit:

Cher Magna,

C'est avec plaisir que je vous retrouverai « Chez Charlotte » demain vers 16h30. Nous aurons alors tout le loisir d'aborder les préoccupations dont vous me faites part dans votre missive. Je tâcherai de transmettre d'ici-là votre salut à mon épouse, qui saura certainement l'apprécier à sa juste valeur.

Bien cordialement,
Adam Z.

PS : Cet Acréage avait vraiment trop de recul.

Adam avait failli sourire en rédigeant le post-scriptum. Puis il s'était rappelé celui qui était à l'origine de la taquinerie. Et il s'était remis au travail.




Il n'avait jamais douté de pouvoir rapidement repérer Magna Vaure parmi les clients du restaurant, mais il ne pensait pas que cela lui serait aussi simple : qui d'autre pouvait provoquer un attroupement en parlant avec fougue et passion d'un sujet aussi quelconque que le thé ?...

Adam se laissa aller à sourire avant de se mêler à la petite foule, son chapeau dans une main, la poignée ornée de fils de cuivre de sa canne-épée dans l'autre. Grand comme il l'était, il n'eut aucun mal à suivre la fin du débat – du monologue – par-dessus les épaules des autres spectateurs, et Magna n'eut aucun mal non plus à le repérer dans la petite foule. Adam lui fit signe qu'il n'était pas pressé, mais l'étrange orateur tint tout de même à s'interrompre : il salua son adversaire et ses admirateurs, avant de s'avancer vers son collègue académicien qui, de toute évidence, ne regrettait plus de s'être obligé à se déplacer.

« Rappelez-moi de ne jamais prétendre en votre présence que je connais quoi que ce soit au thé. »

Ce fut avec plaisir qu'il serra la main qu'on lui offrait. Sa satisfaction resta cependant discrète, tempérée par les subtils signes de fatigue qui altéraient ses traits et par son costume toujours aux couleurs du deuil.

« Bonjour Magna. »
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- Léonard mégalomane -

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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   01.09.11 5:33

Le choix du lieu n'était pas anodin. Il savait d'emblée que son collègue et néanmoins camarade Adam ne goûtait guère les joies de la société mondaine tyrienne. Pour tout dire, Magna y semblait un peu plus à l'aise. Ce qui vous en conviendrez est plutôt logique quand on connait l'éducation psychorigide de sa belle-mère.

Toutefois, ses goûts personnels n'étaient pas très éloignés de ceux de son invité : Il avait beau considéré la question sous plusieurs prismes, cet endroit était un repoussoir. Sous l'ange du critère d'appartenance à cette société, Magna souffrait du problème inverse d'Adam : C'est à dire que tous ces gens étaient des bouseux de première bourre, si on les comparait à la noblesse d'un membre d'une des grandes familles de Tyr. Mais bon, quand votre famille appartient au Chapter, vous ne faites pas trop la fine bouche, sinon vous ne parlez plus à grand monde. Heureusement Magna était dans sa classe sociale, sans doute l'une des personnes les plus ouvertes d'esprit sur ce point. D'un point de vue plus personnel, les valeurs de ces lieux n'étaient pas du tout, mais alors pas du tout les siennes...

Pourquoi choisir un tel lieu me demanderez-vous ? Et vous auriez-eu raison de poser la question ! Eh bien c'était avant tout pour deux points stratégiques essentiels. Premièrement, quand deux personnes avec un quotient intellectuel de plus 130 et une instruction de haut niveau décidaient de parler ensemble de sujets techniques et sensibles ; il était de bon ton de choisir un lieu vide ou de préférence, ou l'intelligence et la culture collective se calculent à d’inversement proportionnelle du nombre de convives présents (en incluant, le personnel éventuel). Secondairement, et ce n'était pas moins importants, bien que certains esprits de razhals cartésiens lui trouveront un certain côté trivial : En dehors de la demeure de Magna, c'était l'un des seuls endroits de la ville où le thé n'était pas trop mauvais.

- "Bonjour, Adam. Je ne pensais pas parvenir à vous convaincre de venir batifoler avec les vautours. C'est un plaisir d'avoir cette chance."

Magna afficha l'un des rares sourires francs que ses masques et personnages surcomposés lui autorisaient avec parcimonie. C'était une bonne idée qu'il avait eu d'organiser ce petit meeting, alors que Séléna et lui espéraient la délivrance de sa dernière invention S.O.P.H.I.A.
Le duo infernal fut conduit à une table par un serveur, qui apporta des cartes avant de s’éclipser laissant le lespurien poursuivre la plaisanterie d'Adam :

- "Je dois dire que je suis quelque peu admiratif. D'aucuns disent que ma prétention est trop imposante pour qu'ils puissent eux-mêmes s'en revêtir quelque soit le domaine !"

Il eut un petit rire et posa la carte discrètement sans y jeter un regard. Son excellente mémoire des choses inutiles à retenir lui avait déjà soufflé à l'oreille ce que serait la pâtisserie locale qu'il s'empresserait de dévorer, voire de re-dévorer.

*Crème brulée, miam...*

Mais maintenant qu'il était là, Magna ne savait pas trop par où commencer dans ce qu'il avait à dire. Il était en train d'y présent quand le rejeton du maudit usurpateur de Twinkil l'avait tiré de ses projections. Si nous re - contextualisions, chacun d'eux étaient les stars de leurs loges respectives. Quoi ? C'est quoi toutes ces histoires de loges ? Vous ne lisez jamais des encyclopédies tyriennes vous ?! Pour vous faire la version courte. Du côté des sciences (et de la magie) à l'Académie, les vents de la connaissance peuvent se voir colorés de six teintes différentes.
Et à présent Constance, la Lune Bleue des Surréalistes, faisait face à l'Araignée violette des Divins Ingénieurs ; comprenez : Une chaleureuse et amicale rencontre entre Astrotechnologie et Arachnotechnologie. Et quand deux scientifiques de renom, quittent leurs ateliers respectifs c'est nécessairement pour parler de sujet très importants :

- "Alors comment ça va ? Sur quoi êtes-vous en ce moment ?"

Mais non, pas ça ! Bande de pervers ! Il s'agissait uniquement de travail.
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   08.09.11 0:38

Adam ne répondit que d'un sourire à la phrase de bienvenue de Magna: confirmer le fait qu'il se sentait bel et bien au milieu des vautours, c'était quand même impliquer que son hôte en faisait partie, ce qui on en conviendra n'est pas un sous-entendu des plus agréables. Aussi l'Arcano préféra laisser son confrère entretenir les débuts de la conversation tandis qu'ils se dirigeaient vers une table un peu à l'écart. Là, Adam confia ses affaires au chasseur qui s'approchait d'eux, avant de prendre place dans le siège qu'on lui désignait - opération rendue fort complexe par le fait qu'il devait trouver une position confortable tout en casant ses interminables jambes sous la table; à le voir faire, on comprenait sans peine d'où lui venait cette détestable habitude qu'il partageait avec Arthur de se renverser dans sa chaise pour croiser les pieds sur son bureau.

Enfin, cette habitude qu'il avait partagée avec Arthur.

Adam ne chercha pas à éviter la douleur provoquée par cette sinistre correction. Il savait qu'il n'en était pas capable. Tout ce qu'il pouvait faire à ce stade, c'était encaisser. En silence.

Heureusement, il disposait pour cela d'une excuse toute trouvée: le menu, longue liste de pâtisseries que, contrairement à son vis-à-vis plus habitué à l'établissement, il était loin de connaître par cœur. En fait, même avec la carte sous les yeux, il avait du mal à imaginer les desserts qui se cachaient derrière certains noms élaborés. Histoire de ne pas passer pour un parfait péquenaud, il envisageait de se rabattre sur un classique du genre fondant au chocolat lorsque la question de Magna le tira de sa réflexion:

"Alors comment ça va? Sur quoi êtes-vous en ce moment?"

Adam redressa la tête pour dévisager l'Arachnotechnicien par-dessus le papier glacé du menu, ne sachant trop quelle question le mettait le plus mal à l'aise. Comment allait-il? Mal, il suffisait de croiser son regard ou de jeter un œil à son allure pour le comprendre. Sur quoi travaillait-il? Quelque chose qui, dans un monde où les brevets d'arcanotechnologie valaient de l'or, ne regardait certainement pas un autre académicien, et surtout pas un membre d'une autre Loge.

Mais comme cela a déjà été évoqué, Magna n'était pas "un autre académicien". Adam ne le connaissait qu'à travers quelques courts entretiens et d'innombrables rumeurs, et l’État sait qu'il ne soupçonnait pas le quart des exactions et manipulations dont l'homme s'était rendu coupable, mais il ne le pensait pas du genre à voler les idées des autres. Parce que cela aurait été s'abaisser, mais surtout parce qu'il était déjà assez occupé avec les siennes. Et de toute façon, en l'occurrence, la question ne se posait pas:

"A vrai dire, en ce moment, je ne suis pas sur grand chose."

Adam reposa son menu avec un soupir tout en se tassant dans sa chaise.

"Notre... mon entreprise ne se porte pas très bien. Je dois réorganiser dans l'urgence la gestion de l'antenne de Neven, et je suis littéralement submergé par les lettres de clients inquiets. Ils se demandent tous dans quelle mesure leurs appareils seront affectés par le décès de mon frère."

Malgré ses efforts pour conserver un ton factuel, sa voix s'était voilée sur la fin de sa phrase - de peine, mais aussi d'amertume à la pensée de ces innombrables doléances déguisées en mauvaises condoléances. Un instant, il hésita à s'en excuser. Un regard à Magna lui apprit que ce n'était pas la peine: si l'un de ses collègues était bien placé pour le comprendre, c'était lui. Adam eut envie de lui demander comment il avait fait, comment il faisait toujours pour s'en sortir après l'horreur qui s'était abattu sur sa famille. Il ne le fit pas, sans trop savoir si c'était parce qu'il ne voulait pas forcer Magna à aborder ce sujet douloureux, parce que lui-même ne voulait pas en parler ou parce qu'il sentait que, quoiqu'il advînt, il n'aurait pas de réponse satisfaisante à sa question.

"J'ose espérer que vos affaires se portent mieux?"
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- Léonard mégalomane -

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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   08.09.11 6:11

- "Votre entreprise n'est pas que une simple activité marchande. Le travail des étoiles de Constance a surtout relancé l'appétit de l'Hûme pour la conquête du ciel. Ce n'est jamais évident d'incarner ce genre d'élan de volonté. Je crois que les gens n'ont pas envie de voir, votre entreprise défaite autrement que selon les règles du Saint Marché. Je suis attaché à l'idée du Progrès. Si jamais vous avez besoin d'un coup de main, même si celui-ci est un coup de patte d'araignée, n'hésitez pas !" dit Magna d'un ton franc. Il aimait bien aller aider des confrères de temps en temps. Même si c'était ceux d'une autre loge. Quelques part, les grandes loges de l'Académie étaient toutes complémentaires en dépit de la guéguerre à laquelle elles se livraient.

C'était une manière assez étrange de "Désolé pour votre frère, l'ami. Je compatis. Moi aussi j'ai perdu des proches, je sais quel genre de douleur ça peut causer. Vous avez mon soutient, et gnagnagnagna". Mais Magna ne voulait pas saouler Adam avec des condoléances formelles supplémentaires, on lui avait fait le coup lors des enterrements auxquels ils avaient eut l'occasion d'aller en tant que proche des défunts...

De plus, il était vrai que les jumeaux Zolnerowich du temps de leur duo et de la sortie du GPS, avait incarné (en outre d'une puissante relance de la loge surréaliste) la relance d'un espoir perdu depuis presque un siècle : Comme le disait Magna, l'idéal de la Conquête du ciel. C'était une relance plus que le bienvenue après l'échec du dirigeable supersonique Chapter's Will de l'entreprise Concordia soutenue par les antennes académiques de Jakata et de Falkenur. Une vraie réussite politique et stratégique pour l'Académie de Neven. Magna, de son côté, avait inventé, une fois, des trains pour le continent de Vanor, des machines brise-glace rapides, mais il n'était jamais entré en concurrence directe avec Adam et son frère pour deux raisons essentielles.

Premièrement, les dirigeables sont avant-tout une affaire de transports intercontinentaux sur la plupart des régions de Tyr, deuxièmement, il n'avait pas (encore) de compagnie de transport. L'idée des calèches automatisée ne lui étant finalement pas parue adéquate suite à son aventure avec Léto, la versatilis alors qu'ils étaient tous deux poursuivis par un troupeau d'autruches dans la toundra. Il ne put toutefois s'écarter de ce que sa politesse et l'étiquette l'obligeait à formuler :

- "Par ailleurs, je tiens à vous présenter humblement mes excuses quant à mon absence au Grand Temple d'Ashagan. J'ai développé récemment une légère phobie de ce type de célébration." avoua Magna, un peu gêné.

Il décida de répondre à la question d'Adam, pour couper sa gêne et aussi parce que ce dernier avait l'air d'avoir besoin d'en sortir. Ainsi Magna décida d'orienter la suite de son propos sur le business et la recherche.

- "Eh bien sinon moi... Comme vous en doutez, l'entreprise que j'avais créé avec Sarah et la marque, m'appartiennent désormais complétement depuis environ 3 ans, mais de manière effective, j'en assumai la gestion depuis 657. Pas grand chose ne change donc. Les joies des cadeaux de l'amour maternel..." dit-il avec une ironie dont il savait qu'il serait le seul à réellement la comprendre, mais qui pourrait passer facilement pour de la tristesse eut égard à la perte de celle qui avait été son âme-sœur. Oui, Magna était triste, profondément dévasté et à un doigt de la folie, mais il s'était juré qu'il ne pleurerait que quand sa vengeance serait exécutée. Que quand sa mère, l'infâme, serait convaincue d'adultère et de la mort de son père, mais aussi celle de sa nouvelle famille, les Mipton.

Ainsi il comptait récupérer sa maison, l'honneur de celle-ci et son nom, mais surtout il vengerait sa femme. Mais plus le temps passait, et plus Magna se demandait quoi faire après que sa vengeance soit exécutée ? Quelque part, il était toujours et avait toujours été Daniel Bénédict Varimathras Vaure de Soveyur, bien qu'il s'en cache sous un pseudonyme. Et alors que l'eau coulait sous les ponts, sa vengeance, ne devenait pour lui qu'une étape sur le chemin d'un but plus grand... Il avait bien une idée mais c'était peut-être la folie qui commençait. Alors il cessa d'y penser.

- "Sinon en ce qui concerne le second bilan trimestriel de Mipton : Un ralentissement des ventes pour ce qui est du matériel (tasses et autres théières), mais le thé ne s'est jamais aussi bien vendu. L'essentiel est sauf. Le siège de Soveyur rendra les chiffres publics dans approximativement deux heures. Si vous avez des actions, leur court risque donc d'enchérir. Saint État merci, celui-ci n'interdit pas encore les quasi-monopoles sur les marchés..."

Il eut un petit rire. Il était vrai que dans l'idéal de l’État de Tyr, le capitalisme était une notion de première importance. Cependant étant de fait, le seul État de toute la planète, il était plutôt souple sur les questions de concurrence : Il accordait beaucoup de prêt pour les créations d'entreprise et était contre les abus de position dominante sur le marché, mais il était relativement souple sur la question de la détention d'un monopole durant un instant donné. Tyr était, par certains côtés, le paradis du requin capitaliste dans toute sa splendeur.

Quelque part, heureusement que l’État était là pour s'assurer que la population continue à vivre sinon elle aurait été exterminée plusieurs fois par des chefs d'entreprises moins anodines que celles de Magna et d'Adam, dans le but de conduire des tests ou de maximiser les profits. C'était ce qu'avait notamment essayé de mettre en place une entreprise de pompes funèbres dans les années 90, quand elle avait découvert que l'on pouvait maximiser les profits et anéantir le seul aléa de son cycle économique en provoquant elle-même la mort de ses futurs clients... Heureusement on avait aboli depuis longtemps ce genre de pratiques commerciales archaïques que l'on avait jugé "légèrement déloyales" quand au "consentement" du client.

- "Et c'est une bonne chose, si je peux dire... Si on enlève le budget des archives, les crédits publics pour la recherche n'ont jamais été aussi bas, et sont raflés pour les deux-tiers par les loges de l'étoile et de la chimère. Autrement dit, si vous ne fabriquez pas de l'industrie lourde, ou de l'armement révolutionnaire pour chasser le brahmine, on vous paye vos stylos... Mais bon je ne vous apprend rien. En bref, je n'assure aujourd'hui mon génie qu'avec mes propres deniers entre le thé et les investissements. La loge a bien plus besoin des fonds de la recherche pour les nouveaux élèves que moi." pesta l'inventeur sur le ton de la conversation.

Magna ne s'occupait pas de sa loge directement, mais les loges avait en général tendance à allonger une grande partie de leur budget, pour les oeuvres de leurs "stars" et leurs différents laboratoires de recherches (qui embauchaient souvent des élèves à la sortie de l'Académie. Ainsi, il préférait refuser les dotations afin que les élèves puissent bénéficier de cours pratiques avec suffisamment de budget et de laboratoires uniquement réservés pour eux. Dans le contexte actuel au sein de l'Académie, il ne pouvait permettre que sa loge soit moins bien lotie que les autres alors que celle-ci et la loge surréaliste étaient les seules à pouvoir résister aux avancées de la loge du génie, et surtout de la loge minimaliste.

- "Du coup je mène des recherches sur un petit projet qui est plus ludique et frimeur que réellement rentable : La domotique, ou comment moderniser un bâtiment en terme de sécurité, confort, communication grâce à l'arcanotechnologie. Cela doit sans doute paraître trivial ou enfantin formulé de la sorte, mais en fait cela revêt l'utilité scientifique de travailler sur les interface de contrôle et les modes de transmission. Ce qui est plutôt rigolo en fin de compte..." dit-il en repensant à son expérience avec Selena.

Il n'avait pas peur de parler de son travail. Pas même à un confrère d'une autre loge. Techniquement, un minimaliste comme Akaska Poi'N'te aurait trouvé ça trop loufoque pour être crédible, un archiviste aurait simplement été intéressé pour conserver et protéger la découverte, un biomancien comme Janus Stone s'en serait foutu comme de sa dernière chemise mais aurait été client, du côté de Gladys Frime et des médecins pareil que pour un biomancien, et enfin les surréalistes préféraient la subtilité à la complexité. Ce fut toutefois le moment de la fin de son explication qu'un serveur choisit pour faire irruption dans la conversation des deux scientifiques et prendre les commandes.

- "Oui, je prendrais un thé aux amandes, gingembre et miel, avec une crème brûlée à la lespurienne." répondit-il au serveur. "Allez-y Adam, c'est moi qui régale."
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   11.10.11 20:26

Adam fut touché par l'aide offerte par Magna, même s'il ne sut pas très bien comment le montrer: le leader arachnotechnicien ne voulait de toute évidence pas s'attarder sur le chapitre des condoléances. Adam le comprenait, mais contrairement à ce que son vis-à-vis semblait penser, il n'aurait pas été contre quelque chose d'un peu plus explicite, n'aurait-ce été qu'un simple "je suis désolé". Les marques de sympathie ne font pas de mal lorsqu'on les pense; pour Adam, c'était une évidence, et il fut un instant troublé de constater que ce n'était pas le cas pour Magna. Puis il se rappela que, encore plus que les autres académiciens, son interlocuteur n'avait pas été éduqué dans un milieu qui faisait la part belle à la sincérité. Or quand les mots ne servent qu'à mentir, le seul moyen d'être honnête, c'est de ne rien dire.

"Merci Magna, je saurai vous faire signe si j'en ai besoin. Et ne vous frappez pas pour la cérémonie: Arthur n'aurait pas voulu que vous vous obligiez à subir vos propres deuils pour une simple histoire de protocole."

L'Arcano laissa passer un silence avant de changer légèrement de position, mal à l'aise: sa phrase sonnait moins abrupte dans sa tête. Ils savaient tous les deux que si Magna était venu ce jour-là, ce n'est pas Arthur qu'il aurait vu dans le cercueil. Cependant il y a une grosse différence entre penser et dire, et à force de vouloir exprimer les choses importantes Adam était peut-être tombé dans l'excès inverse à celui de son hôte, au risque de le blesser sans le vouloir. Aussi l'Arcano fut soulagé d'entendre Magna changer de sujet pour en aborder un nettement moins douloureux, à savoir la santé de son entreprise.

Enfin, moins douloureux... Pour l'héritier Vaure, oui. Pour Adam, cela restait à prouver: Magna le perdit dès les mots "bilan trimestriel", et l'ingénieur en aéronautique passa tout le reste de l'explication économique de son vis-à-vis à s'efforcer de ne pas laisser paraître à quel point ces réflexions sur le capitalisme mondial lui passaient au-dessus de la tête.

Adam se considérait comme un inventeur, pas comme un chef d'entreprise. Il dessinait, concevait et bricolait depuis sa plus tendre enfance, si bien que son travail était pour lui un jeu et une passion bien avant d'être un gagne-pain. Il ne se sentait vivant que lorsqu'il était dans son atelier, sa table de travail couverte de plans et sa tête tellement emplie de magie qu'elle lui semblait sur le point d'éclater. L'argent, c'était la chose en plus, un précieux bonus que la vie avait daigné lui offrir - pas grand chose, à la réflexion, en regard de ce qu'elle lui avait pris.

Car si Adam avait toujours eu du mal à s'intéresser à la triste réalité qui est qu'on ne peut pas vivre de son seul talent, les questions financières lui étaient apparues encore plus ridicules après le décès de son frère aîné, et à présent qu'Arthur était mort rien ne semblait avoir moins d'importance. Que lui importaient le cours de ses actions (qu'il ne gérait pas) ou l'état des comptes de la Loge Surréaliste (dont il ignorait pratiquement tout) quand cet Etat si jaloux de sa richesse et de ses secrets l'avait obligé à mettre en terre une moitié de son âme? Bon sang, comment Magna, qui avait vu massacrer toute sa famille, pouvait-il se passionner pour une chose pareille?!

Mais peut-être, justement, parce que c'était tout ce qui lui restait pour s'occuper l'esprit et éviter de penser au champ de ruines qu'était devenu son existence. Cela, par contre, Adam pouvait le comprendre; après tout, depuis trois semaines qu'il était revenu à Secaria, il n'était sorti de son atelier pratiquement que pour manger et dormir. Et encore, même cela il le faisait parfois dans ce qui était plus que jamais devenu son refuge. Alors il laissa Magna parler, en se contentant d'acquiescer à sa défense des fonds accordés aux nouveaux académiciens. Il fallut que l'arachnotechnicien mentionne son projet actuel pour vraiment ramener Adam dans la conversation et le pousser à se redresser dans son fauteuil:

"La domotique?"

Interrompu par le serveur, l'Arcano jeta à ce dernier un regard vide: qu'est-ce qu'il voulait, celui-là? Puis il lui revint à l'esprit qu'il se trouvait dans un salon de thé et que pour la plupart des humes cela signifiait commander quelque chose à grignoter et à boire. Bref instant de panique à la pensée de l'interminable menu refermé sous son coude gauche, avant de retrouver le souvenir de la solution de facilité qu'il avait déjà envisagée:

"Ahem... Pour moi, ce sera un fondant au chocolat et le même thé que monsieur, s'il vous plaît. Merci."

Il tendit son menu au serveur, qui s'en saisit avec une indéniable surprise. Adam s'y attendait: dans un monde où il était considéré comme plus conforme à l'étiquette de ne même pas adresser la parole au petit personnel sauf pour lui donner un ordre direct, sa politesse prenait des allures de révérence hors de propos. Cela lui attirait les railleries de ses confrères et avait le don de crisper Suzanne, mais c'était l'un des points de sa personnalité qu'il n'avait pas envie de sacrifier à son nouveau milieu. Quant à la seconde partie de sa commande, il l'explicita à Magna en souriant:

"Comme je vous l'ai dit, je ne ferai pas semblant de m'y connaître en thé devant vous."

Il se renfonça dans son fauteuil, l'air de commencer enfin à se sentir un peu à son aise. Sans que l'on puisse déterminer comment elle avait glissé hors de sa poche de costume, il se retrouva en train de jouer distraitement avec une petite bille de cuivre, qu'il faisait passer entre les doigts de sa main droite d'une manière subtilement incompatible avec l'agilité d'un hume normal comme avec les lois de la gravité.

"Vous me parliez de domotique. Il se trouve que j'ai moi-même travaillé sur le sujet, il y a longtemps - en dilettante, bien sûr, et j'étais très jeune. Mais nous avons obtenus quelques beaux résultats, principalement en ce qui concernait les équipements ménagers. Je me souviens d'un aspirateur à vapeur robotisé qui vous aurait certainement plu: ses multiples accessoires étaient organisés en bras articulés et du coup il ressemblait à une grosse araignée. Il était assez efficace, quoiqu'un peu nuisible pour la santé des animaux de compagnie."

Adam haussa les épaules tandis qu'on leur ramenait leur commande: quel besoin Katryn avait-elle eu de s'enticher d'un vrai chat, aussi? Forcément, une créature semeuse de poils et un appareil conçu pour éliminer les sources de saleté, cela ne pouvait que mal se terminer.

"Ah, au fait, je vous conseille de faire attention aux commandes vocales: elles ont un charme certain, mais leur imprécision a un petit côté potentiellement dangereux. Surtout si vous ne centralisez pas les dispositifs récepteurs. Vous travaillez sur une intelligence artificielle plutôt multi ou mono-centrique?"
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   16.10.11 16:25

La formulation d'Adam était plutôt clair dans l'esprit de Magna.

*J'ai commis une erreur de formulation.*

Toutefois le regard d'Adam lui avait indiqué qu'il avait été compris. Il avait ensuite fait dériver la conversation sur l'Académie et les financements pour se sortir du piège dans lequel il s'était lui-même enfermé. Toutefois, ce sujet n'avait fait qu'inverser le bourbier. La différence majeure entre les deux inventeurs était que Magna, sans forcément s'intéresser à ces sujets, avait une conception plus entendue de la notion d'outil de création que ne semblait avoir son ami créateur. Mais cela il pouvait le concevoir. C'est vrai que comme un bon petit membre du Chapter en herbe, Magna avait tendance à penser que le reste du monde existait pour le pousser dans son esprit créatif tout autant que l'inverse. Ce qui le faisait parfois apparaitre légèrement déroutant aux yeux des individus qui vivaient pour leur travail comme de ceux qui vivaient de leurs passions. Son esprit était centré sur un idéal qui lui était propre...

Livrons nous donc sur la domotique puisque ce fut sur ce sujet que nos compères avaient visiblement trouvé en commun pour deviser. Magna attaqua d'emblée sa crème brûlée avant de répondre au conseil de l'autre aracno.

- "J'ai récemment livré un dispositif énergétique qui prenait en compte ces informations. Le client croit qu'il s'agit d'un accélérateur énergétique pour stimuler un ordinateur géant. En vérité, le dispositif ne laisse échapper de l'énergie que selon un protocole sévèrement donné. Je cherche à combiner un protocole de ce genre avec les commandes vocales pour la domotique. Donc rien à voir avec une intelligence artificielle. Ce type de travail n'est pas encore dans mes recherches actuelles..."

Ces travaux sur des intelligences artificielles étaient ceux d'un fange radicale d'une sous-loge œcuménique mais secrète. C'était une structure indépendante que Magna cherchait à minimiser mais dont il faisait partie des financiers les plus importants (pour ne pas qu'elle avance trop vite). Il ne croyait pas vraiment dans un sure-esprit de la machine contrairement à une bonne partie de ces tarés mais les travaux sur des créatures mécaniques réellement intelligente étaient une idée très séduisante. Toutefois Magna pensait que la civilisation n'était pas encore prête pour une telle innovation, surtout avec les groupuscules mal intentionnés qui sillonnaient Tyr. Cependant ce n'était pas une raison pour pas se mettre en position de pouvoir le faire si jamais on en avait envie...

- "Les travaux sur l'intelligence des machines ne sont ceux que des plus radicaux des académiciens toutes loges confondues... Je ne suis pas adhérent de la philosophie scientifique qui conduit ces originaux à ouvrir ce que je considère comme une boite de Pandore. Les véritables intelligences mécaniques seraient un fléau dans un monde aussi... "Dangereux" que l'est notre chère planète..."

Le monde... Ceci était le point qui touchait le plus Magna. Mais ce n'était pas encore le moment d'en parler à coeur ouvert.

- "Tout cela pour dire que je pense que les commandes vocales sont un outil idéal quand les protocoles d'identification et de sécurité sont au point."

Cette crème brûlée était vraiment délicieuse.

- "Cependant... Si j'avais une préférence dont il fallait que je vous fasse état, je vous dirais que je serais plus enclin au multi-centrisme qu'au mono-centrisme. Après tout cela est plus conforme à la doctrine du Saint-État."

*Ouh que je suis tendancieux quand je m'y mets...*

Magna pensait que le contrôle hûme était une obligation majeure sur la vie mécanique. Ne serait-ce que pour éviter que les hûmes imparfaits se fassent détruire par leur propres créations. Aussi valait-il mieux privilégier un degré d’intelligence qui monte avec le nombre, ainsi une machine seule et isolée serait incapable d’élaborer une stratégie complexe en cas de conflit.
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   04.12.11 20:38

Tout en prêtant une oreille plus attentive qu'il n'y paraissait aux opinions de Magna sur l'intelligence artificielle, Adam reniflait son thé avec curiosité: comme il l'avait avoué à demi-mot, il n'avait guère l'habitude de consommer cette distinguée boisson. Oh, il ne lui reprochait rien sur le plan gustatif, au contraire, mais elle lui posait quelques problèmes bassement techniques: faire du thé, cela impliquait de faire bouillir de l'eau sans l'oublier sur le feu, puis de mettre le thé à infuser non sans surveiller le temps qu'il passait dans l'eau frémissante, et enfin de le laisser refroidir juste assez pour être consommable tout en pensant à le boire avant qu'il ne fût froid. Autant d'étapes que le cerveau un peu encombré d'Adam avait l'habitude de reléguer à la fin de sa liste de priorités et qui faisaient qu'au final il ne buvait guère de thé si ce n'était pas quelqu'un d'autre qui le lui préparait - déjà que même dans ces cas-là, il l'oubliait une fois sur deux sur un coin de sa table de travail... Magna en aurait sans doute eu les larmes aux yeux de savoir le nombre de tasses qui avaient fini dans l'évier des Zolnerowich sans même avoir été touchées.

"Je vous trouve un peu dur vis-à-vis de nos collègues férus d'intelligence artificielle, Magna. Vous craignez les dangers d'une logique mécanique mal maîtrisée, et je suis d'accord avec vous, mais la crainte seule est-elle une raison de se priver d'une aide avec un tel potentiel? Pourtant, il me semble que votre loge prône le progrès comme but ultime de l'humenité, non?"

Il goûta son thé, sembla l'apprécier, reposa sa tasse pour s'attaquer à son morceau de gâteau.

"L'intelligence des machines pourrait devenir une arme, mais bien utilisée, elle pourrait également tant faire pour la paix, le bien-être des citoyens... On pourrait enfin explorer Adhénor, le Continent Interdit, voire l'espace, qui sait? Devons-nous nous priver du progrès sous prétexte qu'il pourrait être mal utilisé? Il serait temps de se détacher un peu de cette crainte maladive d'un nouveau cataclysme, tout ce que l'hume crée n'est pas mauvais, loin de là."


Il s'interrompit le temps de goûter son fondant (qui s'avéra délicieux), avant de reprendre de la même voix calme et dépourvue de toute animosité:

"Vous dites que notre monde est dangereux, que nous ne sommes pas assez sages pour en percer tous les secrets. Je suis d'accord avec vous, mais cette sagesse, ce n'est pas en refusant de la chercher que nous allons la trouver. Surtout pour d'aussi mauvaises raisons que la superstition ou le manque de rentabilité."

Adam haussa les épaules, conscient malgré ses airs détendus qu'il s'engageait sur un terrain glissant: ce qu'il critiquait, c'était ni plus ni moins que certains fondements de la religion de l'Etat, et ce n'était pas la meilleure des idées face à un homme dont la famille siégeait au Chapter. Peut-être était-il plus sage de réorienter la conversation.

"Et sans même parler d'idéologie, ne trouvez-vous pas fascinant le fait qu'une machine puisse penser par elle-même, qu'elle puisse créer des informations nouvelles à partir de celles qu'on lui a apprises? Pour l'avoir déjà expérimenté, je peux vous assurer que c'est tout bonnement magnifique."

Adam se rappelait le jour où Arthur et lui avaient offert son lièvre mécanique à leur sœur cadette, il se souvenait de la manière dont l'automate s'était mis en marche pour aller se réfugier dans les bras de sa maîtresse, et soudain il prit conscience qu'il souriait. Il souriait vraiment, de manière franche et joyeuse. Cela le surprit, le soulagea quelque peu. Et, de manière plus triste, lui fit ressentir une pointe de culpabilité: il savait que c'était stupide, mais une part de lui semblait estimer qu'il n'avait pas le droit d'être heureux, pas alors que son jumeau n'était plus qu'un peu de cendres sous une dalle de marbre.

Le sourire de l'ingénieur vacilla, manqua de s'effacer. Puis, comme d'habitude, il se reprit en trouvant un sujet concret pour s'occuper l'esprit:

"Je vais vous montrer quelque chose."

Il posa sur la table la bille de cuivre avec laquelle il jouait jusqu'à présent. Bien que parfaitement sphérique, le morceau de métal resta exactement là où l'arcano l'avait déposé, sans le moindre frémissement. Adam porta la main à sa poche et en retira une seconde bille, identique à la première. Il en attrapa une dans chaque main, entre le pouce et l'index, avant de poser ses coudes sur la table.

"Cela relève plus du tour de passe-passe que de la véritable mécanique et je triche quelque peu sur mes capacités personnelles pour ma démonstration, mais considérez ces billes. Ce ne sont que deux amas de cuivre, parfaitement inertes. Du métal, du minéral. Rien ne peux s'y assimiler à la vie telle que nous la connaissons. Et pourtant, moi, un hume, je peux changer cet état des choses. Je peux programmer chacune de ces billes pour qu'elle détecte sa semblable, la rejoigne et s'y fonde. Rien de moins minéral, rien de plus vivant. Juste parce qu'un hume en a décidé ainsi."

Les lèvres d'Adam esquissèrent un autre sourire. Il relâcha les billes.

Les deux projectiles fusèrent hors de ses doigts, passèrent de chaque côté de la tête de Magna assez près pour ébouriffer ses cheveux, filèrent à travers la salle du restaurant, explosèrent deux tasses de thé sur le plateau d'un serveur qui passait par là, avant de finalement passer à travers le hublot de verre de l'une des portes battantes qui menaient aux cuisines pour y achever leur trajectoire dans un concert de verre brisé et de bruits métalliques.

Un silence stupéfait s'était abattu sur le restaurant, dont tous les clients fixaient la porte des cuisines. Adam, livide, déglutit avant de murmurer:

"Elles ont repéré la plus grosse masse de cuivre des environs. Dans les cuisines. Logique, en fait. Prévisible. Erreur de l'hume, pas de la machine. Ahem... vous voulez bien m'excuser, Magna? Je vais juste... enfin, je vais juste m'assurer que personne n'a été blessé."

L'ingénieur se leva, rattrapa in extremis la serviette en tissu qu'il avait oublié avoir posée sur ses genoux, débarrassa ses lèvres du chocolat qui pouvait y rester et se dirigea d'un pas raide vers les cuisines: de l'art de démontrer qu'il ne fallait jamais organiser une démonstration arcano sans la planifier à l'avance, sous peine de flinguer sa propre argumentation...
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   05.12.11 15:06

Adam n'entra pas dans la cuisine, il y fut happé. Gobé dans un souffle, les vantaux de la double porte seuls marquaient l'évènement; battant lentement sous l'inertie du mouvement comme un monstre rotant d'aise après un bon repas. Et pendant ce temps, Adam était plaqué contre un mur sans ménagement; menacé de l'Écumoire et de trois spatules.
C'est qu'il s'était passé beaucoup de choses depuis que deux projectiles avaient pénétré dans la cuisine, occasionnant une brulure et deux coupures superficielles.
Il y avait eut la surprise, elle regardait suffoquée sa cuisine dévastée. Ce lieu qui lui avait toujours parut inviolable ravagé en un instant. C'était un petit cataclysme.
Mais la cuisine c'était son terrain; son champs de bataille. L’équipe était au complet, on préparait déjà le service du soir et elle connaissait leurs talents sur le bout des doigts. Elle n' était pas encore remise du choc que déjà les ordres fusaient, hachés des efforts qu'elle faisait pour retrouver sa respiration.
Germain le garçon de course courrait le plus vite.

~Germain... porte de derrière...police... fusillade au Charlotte.

Un regard circulaire pour évaluer les dégâts. Elle sourit parce que Le gros Ludo, boucher de l’équipe, est aussi puissants que les bœufs qu'il balade dans la cuisine. Et que Suzy l'anguille, n'a pas son pareil pour manier la poêle (il faut dire que la préposée aux grillades a été recrutée après une scène de ménage ou Ermesynde avait assistée abasourdie à la mise KO du mari bourré par un revers de poêle époustouflant tandis que le pain perdu retombait nickel sur sa face pas encore cuite). ses hommes sont à terre, encore choqués mais cherchent son regard, attendent des ordres.

~Les blessés à la plonge, vous serez à l'abri et il y a la caisse de secours.
Jeff la cuve à Gerety.
Les autres armez-vous, il est hors de question que des ignares saccagent ma cuisine. Si ils veulent s'entretuer qu'ils le fassent ailleurs et il est hors de question qu'un seul d'entre vous se fasse prendre en otage...
Elle hésite un instant
~D'ailleurs le premier qui se fait prendre en otage, je le vire.

C'est à peu près à ce moment qu'Adam s'était présenté à la porte devant une cohorte de cuisiniers maintenant persuadés qu'on attaquait leur restaurant, leur gagne pain. Avec le dénouement que l'on sait, maintenant menacé de passer à la Question.Il parlera forcement.

~CHEF! La cuve est nickel. Par contre c'est les touques à coté.

~Quoi les touques?

~ben humm euhh... Elles copulent...


Les yeux d'Ermesynde roulèrent de surprise dans leurs orbites puis elle se retourna. Ce fut un temps précieux pour la vie de Jeff puisque son cerveau mit ce temps précis à lui faire réaliser que d'abord on inventait pas des trucs pareils et qu'ensuite Jeff ne lui ferait pas ce genre de plaisanterie à un moment pareil.
D'ailleurs, le pauvre Jeff se balançait présentement d'une jambe sur l'autre, les joues rouges, ne sachant pas trop comment présenter autrement ce qu'il avait vu tout autant que l'image semblait l'avoir saisie voire dégouté.
Raide, la Chef posa l'Écumoire sur le premier plan de travail et suivit tel un automate le jeune homme. Derrière elle, son équipe la suivait tel sa cour et Adam fut abandonné contre son mur.
Effectivement, le spectacle était saisissant.

~Milles brahmines!

Fixées au mur, à moins d'un mètre de la cuve de gerety, deux grosses touques en cuivre se tordaient l'une vers l'autre en une parodie grotesque et immonde mais ô combien réelle d'une parade nuptiale d'escargot. Fixées au mur, séparées par plusieurs pots de verre et remplies de liquide, les deux masses de cuivre étaient indubitablement freinées mais n'en continuaient pas moins leur inlassable rapprochement. Déjà, leur sommets s'étaient accolés et la suture continuait vers le bas.
La voix blanche, la cuistot observait et priait.

~ Jeff, yavait quoi dans ces touques?

Sa première prière était que les deux liquides veulent bien se mêler sans exploser.
SA seconde prière était que le mélange ne produisit pas assez de haleur pour donner à la cuve de gerety voisine l'envie d'exploser.
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   27.02.12 21:41

Pendant que la cuisine tentait de se remettre de l'orgie arcanotechnologique causée par le pouvoir du surréaliste, Magna repensait à ce que lui avait dit ce dernier. Il ne pris pas le temps de signaler à son collègue qu'une simple impulsion magnétique opposées à la charge magnétique de ses sphères de cuivre aurait suffit à les attirer suffisament rapidement vers la source pour éviter les moindres dégats dans ce charmant établissement. Après tout, il n'aurait suffit que d'un simple dispositif acreage modifié, réglé pour empêcher ce genre de problème de se produire. Enfin Magna n'était pas là pour résoudre le problème qu'un autre esprit scientifique aurait du être capable de résoudre seul. Magna aimait aider les gens, mais uniquement sur des choses impossibles pour eux. Aider un chat à miauler n'avait pas de sens dans la pensée du noble.

*Ce serait pas mal de s'associer sur le développement d'une armure magnétique... Au moins Adam en aurait l'intérêt et cela lui changerait les idées.*

Aussi il préférait se concentrer sur ce que lui avait dit son collègue au sujet d'une transcendance aracanotechnologique pure, indépendante de la volonté humeine.
Il le faisait pour deux raisons. Primo, la loge surréaliste d'Adam répondait au même besoin socio-culturel que la sienne : Envoyer du rêve. Secundo, Magna n'avait pas envie de s'ennuyer en attendant le retour du scientifique.

Pour comprendre la pensée de ce scientifique, il convient de faire un point sur certaines notions fondamentales qui porteront lumière sur tout un plan de son esprit.

Certains modèles de psychologie en vogue dans la plupart des univers civilisés de notre Univers-Bulle, notamment ce que nous nommerions neurosciences cognitives portent en eux la théorie de l'inégale implication des deux hémisphères du cerveau dans les différentes fonctions mentales. Ces savants disent de votre cerveau gauche qu'il est analytique, logique, mathématique voire séquentiel. Il fonctionne de préférence à partir du détail. Il s'en sert allègrement pour aller vers la complexité. Au contraire, l'autre côté (l'autre-gauche, pour ceux qui suivent), serait le reflet d'une intelligence plus globalisante, empirique, intuitive. Ainsi de nombreuses personnes seraient partagées dans la domination de l'un ou l'autre des côtés sur leurs manières de pensées ou d'agir. On parle de neuro-droitier, ou neuro-gaucher.

Magna, quant-à-lui, aurait pu se voir désigné comme neuro-compliqué. Ses propres déviances mentales faisaient qu'il pensait d'une manière atypique. Sa faculté inée à séparer temporairement son esprit en deux lui permettait, sans qu'il s'en rende lui-même compte, de penser prioritairement des deux manières. A charge pour son cerveau d'encaisser le choc et d'en réaliser la synthèse a posteriori. Dans cet état de transe, le monde physique n'avait plus d'importance. Sa propre pensée semblait devenir vivante. Les deux schémas de réflexion se courbant entre eux par sympathie formant ce qui aurait pu ressembler à un ADN. La réalité se brisait comme un voile posée sur un univers de réalité plus profonde et moins tangible pour le commun des mortels où les pensées de l'arcanotechnicien prenaient forme comme si l'espace d'un instant seulement, il possédait un plus grand pouvoir que celui du Saint État lui-même.

C'était de cette matrice de pensée vivante que naissait sa compréhension particulière de la magie et sa faculté à pouvoir combiner des systèmes qui dans d'autres mains se seraient autodétruit. Ceux qui disait que jamais un génie n'avait si proche de la folie exagéraient moins qu'il ne se l'imaginaient eux-mêmes. La seule différence étant que pour l'arcano, cela ne soit pas quelque chose de négatif. C'était ce qui le rendait puissant, tout à la fois conscient de sa capacité à créer comme à nuire.

Et c'était à présent cet esprit qui décortiquait les propos, les mimiques et les attitudes d'Adam Zolnerovich comme s'il avait été une pauvre grenouille dans une leçon de biomancie expérimentale.

Autant vous épargner la liste des 378 arguments que le chercheur avait déniché pour contrecarrer la thèse de son nouvel ami et néanmoins collègue.

La philsophie générale qui en ressortait était tout simplement que Magna dédiait son acte de créer à une vision de la technologie en symbiose avec l'huménité et pas totalement émancipée. Hume et Technologie étaient fondamentalement indissociables car ils se muaient l'un l'autre. Y aurait-il seulement encore un seul hume evolus vivant sans feu, rouage, acier, vapeur ou courant électrique ? Y aurait-il encore rouage sans la personne pour l'avoir imaginé ?

Dans l'esprit de Magna même les humes vegetalis ne faisaient qu'emprunter une voie technologique différente fondée sur l'amitié avec la nature plutôt que sur sa domination. Il y avait plusieurs facteurs à cela, la magie rough si différente de la magie d'un psyker ou d'un arcano, était surement le facteur essentiel mais il devait y en avoir d'autres.

Non une transcendance purement technologique était une erreur. Car jamais l'huménité ne pourra se séparer de la technologie sauf à signer son propre arrêt de mort... Il fallait quelque chose de plus grand. Il fallait......... C'est à ce moment que le serveur revint voir si il manquait quelque chose.

- "Si vous voulez bien prendre la peine de me rapporter du thé depuis le bar, mon ami est parti inspecter la cuisine..." répondit-il de manière purement laconique.



[Je laisse à Ermy, le soin de gérer les réactions de son petit personnel.]
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   14.01.13 0:44

Spoiler:
 


De fait, "l'ami" de Magna n'en menait pour l'instant pas bien large.

Il était déjà mortifié d'avoir causé à lui tout seul un tel chaos: contrairement à son jumeau, il n'avait jamais beaucoup apprécié de voir des gens courir en hurlant à cause de l'une de ses inventions, même à l'Académie où c'était pourtant la règle de faire dégénérer au moins l'une de ses expériences avant sa remise de diplôme. Alors si en plus on l'attrapait par le revers de sa veste pour le faire valdinguer à travers une porte battante, avant de le plaquer contre un mur pour le menacer d'une demi-douzaine d'instruments de cuisine contondants...

Ah, et j'oubliais la toque frémissante de fureur qui lui arrivait au niveau des yeux, et qu'Adam mit un temps anormalement long à relier au visage de jeune femme courroucée qu'elle surmontait. Elle lui brandissait au visage ce qui ne pouvait être qu'un écumoire, arme qui aurait déjà été surprenante dans des circonstances moins folles.

On comprendra donc que le pauvre Arcano, du coup pas beaucoup plus au fait de la situation que ne l'étaient ses victimes involontaires, préféra simplement se taire et lever les mains à hauteur de ses épaules, en homme qui se rend bien volontiers.

Jusqu'à l'avertissement de Jeff, bien entendu: Adam n'avait jamais mis les pieds dans la cuisine d'un grand restaurant et il aurait été bien en peine de dire ce qu'étaient des touques, mais à voir l'expression de tous ceux qui l'entouraient, il était à peu près certain qu'elles n'étaient pas censées copuler. De là à en déduire que, si anormalité il y avait, c'était très certainement de sa faute...

"Euh... s'il vous plaît?..."

Mais la chef avait déjà filé dans le sillage de son commis, et tous les autres la suivirent comme une armée disciplinée, délaissant leur prisonnier. Ce dernier hésita quelques secondes, très refroidi dans son désir candide d'arranger les choses par la riposte pour le moins belliqueuse des habitants de ce petit cosmos blanc et chromé - qu'est-ce que cela allait être quand ils comprendraient qu'il était le responsable de ce désordre...

Néanmoins, l'ingénieur était pourvu d'un sens des responsabilités remarquablement développé, qui ne lui laissa pas le choix: sur un soupir résigné, il rejoignit la petite assemblée au niveau de l'épicentre de la soit-disant catastrophe. Et si, jusqu'à cet instant, Adam avait trouvé cette dernière d'ampleur très modérée - pour ne pas dire que tout ce petit monde dramatisait peut-être un chouia - il changea d'avis en voyant les deux récipients de cuivre occupés à fusionner dans des circonvolutions de couple amoureux.

Parce que Adam ignorait peut-être ce qu'était une touque, mais il savait parfaitement reconnaître une cuve à Gerety. Et il blêmit comme tout le monde à la question de la chef de cuisine:

"Jeff, y'avait quoi dans ces touques?..."

Plus tard, comme toute personne qui doit prendre une décision grave sans même s'accorder une seconde de réflexion, l'Arcano se demanderait pourquoi il avait agi de la sorte. La plupart de ses connaissances le féliciteraient, pensant que c'était par courage. Son épouse se retiendrait de le gifler, pensant que c'était plutôt par inconséquence. Adam lui-même opterait pour un mélange des deux, peut-être mâtiné d'une pointe de culpabilité. Il ne dirait rien sur cette sensation beaucoup plus froide et cynique qu'il avait eue sur l'instant, une émotion qui ne lui ressemblait pas, dont il refusait d'admettre l'existence. Quelque chose qui faisait que, sur le coup, cela lui aurait été égal que la cuve de Gerety explosât alors qu'il se tenait à côté. Que peut-être même - mais il fallait creuser très profondément dans le noir pour buter sur cette idée-là - il aurait préféré qu'elle explosât.

Mais sur l'instant, le pourquoi n'importait pas: tout ce qui compta, c'est que Adam bouscula la cuistot pour se glisser entre Jeff et elle, et se précipiter vers les touques avant que quiconque ne pût le retenir. Il plaqua ses deux mains sur le cuivre des récipients, conscient de la chaleur de matière en fusion qui en émanait, conscient de la douleur vive et mordante qui transperça ses paumes, mais déterminé à tenir bon: il savait qu'il ne lui fallait que quelques secondes.

En une vrille dorée étrange de beauté, les deux sphères de métal imbibées de magie qui lui avaient échappées se faufilèrent entre ses doigts pour se reconstituer au creux de ses paumes rougies, et les touques cessèrent enfin leur fusion suicidaire. Le souffle court, il se retourna pour sourire à l'assistance d'un air qui se voulait rassurant. Ce qui devait suivre relevait simplement d'un manque d'anticipation.

Adam n'avait pas prévu que le gros Ludo, outré de voir ce civil inconnu bousculer La Patronne (ai-je précisé que Ludo avait un cousin du nom de José?), pût se jeter sur lui pour l'immobiliser comme le dangereux terroriste qu'il n'était pas.

Ludo n'avait pas prévu que, vu la puissance de sa charge et la faible résistance que pouvait lui opposer le corps dégingandé de l'ingénieur, ils heurteraient violemment dans leur chute le plan de travail au-dessus duquel étaient accrochées les touques.

Suzy, l'experte de la poêle, n'avait pas prévu, en sortant deux bouteilles de Gerety de la cuve moins de trois minutes trente auparavant, qu'elle les laisserait posées sur ledit plan de travail parce que deux projectiles fusant à travers la cuisine allaient la distraire de son rumsteck de Brahmine sauce Adhénor.

De nombreuses circonstances, pour un fait: là où tout le monde redoutait une faiblesse du système de refroidissement de la cuve de Gerety, ils auraient mieux fait de s'intéresser à ces deux bouteilles placées beaucoup trop près du bord.

Lorsque Adam et Ludo percutèrent l'un des pieds du plan de travail et le firent trembler sur toute sa longueur, le Gerety vacilla un instant au bord du vide.

Puis, simplement, il tomba.
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MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   29.01.13 0:52

PschiTTTTT

C'est à peu près le bruit de la chair brûlée. Avec une odeur de cochon grillée mais loin d'être appétissante, elle est plutôt lourde, écoeurante. Il y avait aussi le visuel ; un nuage de fumée blanche et de petits pétillements en lien avec les cloques de chair qui éclataient.
Personne n'avait vu les billes. Ils se souviendraient juste que l'homme avait posé ses mains et arrêté la copulation de la même manière qu'Ermesynde savait remettre les choses dans le bon sens lorsqu'elle passait à coté d'une poêle. Les employés appelaient ça l'aura de cuisinière : allez savoir la tournure qu'ils trouveraient pour cette imposition des mains.
Parce que, l'image aurait pu être biblique. Les touques rendues dorées et luminescentes par la chaleur de la réaction avaient coloré la scène d'une aura d'irréalité qui aurait été sainte si la sainteté telle qu'on la connaît avait eut cours sur Tyr.
Finalement, c'était simplement d'une beauté Adhénorienne.

Et c'est le gros Ludo qui avait précipité les choses. La Chef Cuistot avait bien remarqué le presque fanatisme du boucher mais jusque la, le fanatisme était resté en cuisine. Et cela se traduisait souvent par un investissement dans l'acte. La viande était bonne : bien choisie, bien coupée, bien parée. Et personne ne rentrait normalement dans cette cuisine sans être acquis à la cuisinière, participant au mythe qui se créait et se ré-créait chaque jour en ce lieu. Même les pourris de contrôleurs d'hygiène se faisaient tout petits et accomplissaient leur travail superficiellement. La moindre de leur remarque était suivie par de tels regards que c'était comme se faire dépecer sur place. Et puis, comment auraient-ils pu fermer le restaurant ou les plus grands venaient manger. Enfin, il n'y avait souvent rien à dire: la chef était tatillonne sur l'hygiène.
Bref, Ludo était boucher et avait la célérité et la carrure des brahmine qu'il découpait. Et Ludo fonçait sur un gringalet. Un grand gringalet certes, mais dans le combat brahmine contre asperge, le brahmine gagne à 100%.

Les bouteilles tombent.
PAF ! La première assomme Ludo. Deuxième épisode de fondue humaine de la soirée. Le gerety brûle, fusionne et attaque le cuir chevelu. Une révolution sur la tête, le genre de spectacle qui empêchera quelques uns des commis de boire pendant plusieurs mois. C'est pas pour rien qu'on dit qu'il n'y a que l'acide du bide pour concurrencer le potentiel destructeur du gerety. Ou que les gros buveur finissent avec des « trous dans le bide ». La gerety-muerte du genre si typique que le médecin n'avait même pas besoin de vous demander si vous étiez gerety-addict.
La seconde rebondi et éclate en morceaux sur le carrelage ; juste à coté de la joue droite d'Adam déjà bien encombré d'un Ludo inconscient.

~DE L'EAU !

Gef se précipite à la plonge. Ermesynde ne réfléchit pas et vide une marinade du chasseur avec les morceaux d'antylope et de rongeur d’élevage. D'habitude elle met du sucre sur le gerety mais là le caramel risque de faire plus de degats encore alors elle ne sait pas quoi faire si ce n'est diluer.
Une partie d'elle pourtant espère que le froid de la marinade et de la viande empêchera la réaction d'être trop violente. Ses sourcils se froncent inconsciemment pour dompter la bête.
Il y a des étincelles : ça manque de sucre. Elle vacille, oscille, se rattrape à la table en inox.
Il n'y a pas assez de liant, ça va exploser.
Elle amorce un pas en arrière, puis deux, au ralenti. C'est comme si la gravité qui pesait sur elle s'était tout à coup multipliée par 10. Et derrière elle, le front des cuisiniers recule de concert.

Et puis Gef ; le sauveur !
Une marmite entière d'eau bien fraîche. 3 commis à sa suite munis des mêmes armes ; l'un deux a même poussé le vice jusqu'à ajouter des glaçons.
Ermesynde tient bon, au bord du malaise mais l'adrénaline la tient encore.

~ Continuez à rincer la plaie, il faut tout enlever !
Gef, il va falloir l'amenez à l’hôpital. Préviens Ned que le service de ce soir va être perturbé.


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Sadicomaso-chiche

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Signalement : Grande perche de 1m90 toute en maigreur, membres trop longs, cheveux bruns peu disciplinés, yeux bruns, visage osseux mais souriant, air pas méchant, un peu à côté de la plaque, vêtements bien taillés


MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   17.02.13 22:32

Aïe.

Non, sérieusement: aïe.

Adam avait beau être un génie dans son domaine et un homme pourvu de réflexes plus que convenables, il s'était trouvé proprement incapable de comprendre l'enchaînement des événements qui lui étaient tombés dessus comme la misère sur le pauvre monde. Tout ce qu'il en avait retenu, c'était une suite invraisemblable d'attaques sans aucun lien entre elles, et dont le seul véritable point commun était qu'elles se soldaient toutes par le même constat: aïe, donc.

Le seul instant qui avait paru relativement clair à l'Arcano, c'était celui où il s'était brûlé sur les touques. Il avait pivoté sur ses talons, heureux d'annoncer à tout le monde que le danger était écarté, puis il s'était rendu compte qu'il avait mal aux mains - très mal aux mains, en fait, nettement plus que ce qu'il avait cru de prime abord, quand son corps menacé d'une mort stupide mais réelle était inondé d'adrénaline. Adam avait baissé les yeux sur ses paumes, bêtement surpris de les découvrir d'un rouge vif, luisantes et suintantes là où la peau avait formé des cloques qui avaient aussitôt éclaté sous l'effet de la chaleur. Il avait lâché les billes de cuivre, comme s'il réalisait seulement que ses doigts meurtris n'étaient plus capables de les tenir, et il avait envisagé de crier. Puis Ludo l'avait percuté au niveau de la taille, un magnifique plaquage de rotzballeur professionnel, et le monde avait perdu le peu de cohérence qui lui restait.

D'abord le choc de la table, au creux des reins, ce qui faisait toujours du bien. Puis celui avec le sol, décuplé par la masse bovine du jeune homme sous lequel sa pauvre carrure toute en nerfs et en os s'était retrouvée coincée.

Ensuite, les bouteilles de Gerety. Numéro un: impact, hurlements, quelques gouttes caustiques sur sa joue. Il n'avait pas eu le temps de s'en alarmer, parce que le malheureux Ludo avait perdu connaissance et s'était affaissé sur lui, lui coupant le souffle. Puis numéro deux, qui avait explosé sur le carrelage immaculé de la cuisine juste à côté d'eux. Cette fois Adam avait réussi à lâcher une plainte indignée lorsque la seconde vague d'écume corrosive l'avait atteint, en renfort du Gerety qui coulait des cheveux du garçon boucher pour échouer sur le visage et la gorge de l'Arcano.

Et enfin (et heureusement), la douche froide, aussi bien au sens littéraire que littéral. Une cascade au goût de gibier, qui avait calmé le feu qui carbonisait ses mains avec une efficacité si remarquable qu'elle en était suspecte, et avait emporté avec elle l'essentiel du Gerety avant que le sale caractère de l'alcool n'eût laissé plus que quelques inoffensives rougeurs sur la peau de l'ingénieur. Sonné, Adam avait eu le temps de se dire que cette marinade-là lui paraissait tout à fait fameuse, pour ce qu'il avait pu en apprécier alors qu'il en avait autant dans les narines que dans la bouche. Puis il s'était pris une bassine d'eau froide en pleine face, et il ne s'était plus dit grand chose.

L'Arcano s'était précipitamment dégagé du corps inerte de Ludo, ce qui lui avait épargné de se retrouver en plus avec des glaçons dans le pantalon. Il s'était assis contre un pied du plan de travail et il était resté là, hébété, à observer sans vraiment les voir les commis sauver la vie de leur collègue à défaut de sauver ses cheveux. Il pensa confusément que ce n'était finalement pas si différent de ce qu'il se passait quand quelque chose lui explosait au nez dans son atelier et que sa femme ou la domestique se précipitaient pour éteindre le feu avec ce qui leur tombait sous la main. Là, il y avait peut-être juste des aromates en plus.

Il leva les yeux vers la cuistot, dont les réflexes avaient certainement sauvé la vie de Ludo et le visage de l'Arcano. Sa toque était toujours bien en place, fidèlement vissée sur son crâne, mais en-dessous le visage de la jeune femme avait pris la teinte de ses cheveux et ses doigts se cramponnaient à l'une des tables en inox au point de s'en faire blanchir les jointures. Elle semblait sur le point de s'évanouir, et Adam en conçut une vive culpabilité, pas forcément injustifiée:

"Oh... je suis désolé, je... Mademoiselle?"

Il se releva, gauche sur ses longues jambes un peu flageolantes, et tendit les bras pour la rattraper s'il le fallait, effleurant son épaule sans oser vraiment la toucher - malgré la confusion extrême de la situation, il se rappelait avoir vu un écumoire menaçant quelque part, et estimait qu'il avait assez donné question méprises douloureuses.

"Vous devriez vous asseoir. Vous... vous n'avez pas l'air bien..."

C'était un enfoncement de porte ouverte dans les règles de l'art, mais l'Arcano avait encore une unique pulsation de douleur à la place des mains, les cheveux dégoulinants d'un mélange d'eau et de marinade, le haut de son costume jalonné d'herbes fines, et un morceau de viande coincé dans le col de sa chemise: en matière de brillante diplomatie, il n'était pas certain de pouvoir faire beaucoup mieux.
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- Dindon de la Farce Moultipasse -

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Signalement : Cheveux blanc poivre-sel, yeux bleus, menue, gracieuse presque fragile empli d'une énergie vive, féroce.


MessageSujet: Re: Dents dantesques enrouées   02.05.13 23:10

C'est comme sortir d'un autre monde. Lorsque la tâche est immense, c'est un peu comme si elle s'effaçait. Comme si il ne restait rien d'elle; uniquement le rough qui s'exprime, prend possession et agit sur la réalité. Elle n'est rien de plus qu'une immense machine programmée à faire une seule tâche jusqu'à épuisement du carburant.
Cela ne dure habituellement que quelques secondes mais il est rare que la quantité de gerety soit aussi importante. Il faudrait en parler avec Suzy, sortir autant de gerety et si à l'avance n'était peut être pas une bonne chose.
Mais la maintenant tout de suite dans l'instant son cerveau était à mille lieu de telles considérations. Elle reprenait contact avec la réalité. Et comme quelqu'un qui se reveille ne voit pas toute la scène du premier regard, certains éléments prenaient plus d'importance.

~Vous avez une branche de laurier dans le col.

Lentement, son regard remonta le col, nota la finesse du coup; les angles du visage. Le regard s'accroche sur le nez, comment le rater, pour virer sur les yeux, inquiets. Inquiets mais chaleureux, avec... un pointe de culpabilité?
La cuisinière cligne des yeux, sa cuisine est en désordre... Elle soupire.

~Par l'état... mais qu'est ce que c'était?

Le silence est assourdissant. L’équipe est sous le choc, mais la mécanique bien huilée. Chaque membre s'est déjà attelé à la tache de redonner à la cuisine une âme fonctionnelle. Les mots sont rares et chuchotés lorsque indispensables si bien que l'on entend guère plus que le bruits des verres cassés que l'on ramasse et des serpillères que l'on essore. Le calme après la tempête.Aucune catastrophe ce soir; tout au moins si aucun nouvel imprévu ne s'invite dans la cuisine. Le risque étant significativement réduit: Arthur McNogall est personna non grata ici.

Le regard fini son tour de cuisine pour revenir sur les yeux de Adam, toujours aussi inquiet. Elle fronce un instant les sourcils, pas vraiment sure de le reconnaitre.

~Non mais je vais bien ça va... Un petit coup de chaud, c'est normal. Non mais vous avez VU l'état de MA cuisine!
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Dents dantesques enrouées

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