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 Dans l'ombre des projecteurs

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- Victime de la Mascarade - Ultra-rapide de la gâchette réponse!

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MessageSujet: Dans l'ombre des projecteurs   29.08.11 0:35

Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac,
Amant aussi - pas pour son bien ! -
Ci-gît Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien.

Sur la scène, des feuilles mortes. Un arbre. Un banc. Sous les branches, écroulé dans un fauteuil, au centre de tous les regards, habits élimés, teint blafard, tête entourée de linges : Cyrano. Cyrano qui dans son agonie est vivant, tellement vivant, car il grave chacun de ses mots, de ses gestes, dans des pupilles avides. Autour de lui, seconds rôles, Le Bret, Ragueneau, et la blonde Roxane.

Mais je veux seulement
Que lorsque le grand froid aura pris mes vertèbres,
Vous donniez un sens double à ces voiles funèbres,
Et que son deuil sur vous devienne un peu mon deuil.

Je vous jure !...

Cyrano qui se lève, c'est le monde qui s'ébranle. Chacun s'empresse autour de lui, mais qu'il refuse le soutien, et plus un geste. Comme hypnotisés, sous son emprise la plus totale, personnages et public sont pendus à ses lèvres. Mais chacun de ses mots emporte un peu de vie, et c'est l'inéluctable qui s'avance, peu à peu. Le baisser du rideau.

Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré tout quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous, et c'est…

C'est ?...

Mon panache.


Les acteurs, les pieds dans les feuilles mortes, saluèrent, et le public s'enflamma, exprimant de ses cris ses remerciements, ses félicitations, son adoration. Chacun leur tour, les acteurs vinrent s'incliner sur le devant de la scène. Le Bret, Ragueneau, la belle Roxane toute endeuillée, tous furent applaudis, mais l'ovation fut réservée, comme de juste, à Cyrano. Comment faire autrement ?...

Quand le rideau tomba, définitivement, les acteurs s'effacèrent un à un en coulisse, la plupart s'attardant à l'ombre de l'arbre d'opérette, échangeant quelques sourires. Partageant l'euphorie du moment. Une seule silhouette disparut sans attendre, mêlant ses habits noirs à la pénombre du théâtre. Elle contourna la scène, suivit quelques corridors, du pas assuré de qui a accepté les lieux comme seconde maison. Sa main glissa sous le tissu, et engagea la clef dans la serrure. La porte s'ouvrit, et les robes noires glissèrent sur le seuil. Dans son dos, un faible claquement du bois contre le bois. Roxane se saisit du masque posé sur la table de la loge. Elle le posa sur son visage ; quelque chose changea imperceptiblement dans son maintien, et elle entreprit de quitter son costume de scène, pour le costume d'une autre scène, plus vaste, mais bien moins excitante.

Quand elle eut fini, ses vêtements étaient ceux d'un homme, et sa longue chevelure avait disparu. Ses mouvements étaient secs, efficaces mais un peu trop vifs. Le masque se tourna vers la longue table couverte d'accessoires et de maquillage, évita consciencieusement le miroir, et le Masque se saisit du chapeau de feutre abandonné presque négligemment à côté des voiles de Roxane. La ressemblance dudit couvre-chef avec celui de Cyrano était sans doute trop parfaite pour tenir du hasard, mais rien dans le geste de l'acteur ne révéla son intention.

D'ordinaire, le Masque ne ressurgissait pas si vite après les saluts.

Quelques coups discrets furent frappés à la porte, et une voix étouffée s'éleva.

UN HOMME. - Mademoiselle Duguet ? Quelqu'un demande à vous voir. Il dit être l'un de vos admirateurs. Dois-je le faire venir ?
LE MASQUE, d'une voix clairement féminine. - Oui.

Des bruits de pas s'éloignèrent, puis quelques minutes plus tard, d'autre pas s'approchèrent. Assis face au miroir, dos à la porte, le Masque ne prit pas la peine de se retourner.

LE MASQUE. - Entrez.
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   29.08.11 1:21

Monsieur le Maire avait toujours déclaré aimer le théâtre. Il en avait d'ailleurs fait dans sa jeunesse dans un club de l'Académie. Si seulement les acteurs avait su à quel point lui-même leur ressemblait par de nombreux côtés de sa profession actuelle. Il s'était rendu au théâtre presque incognito. Cela changeait de d'habitude. Il n'avait pas mis de fausse moustache, mais disons qu'il avait la politesse de passer par l'entrée des artistes pour rejoindre le balcon qu'il louait une somme exhorbibante à l'année...

Tout endimanché dans un bel habit noir et violet, il était accompagnée d'un petit groupe dont une amie, une courtisane sans doute ? Bien que le célèbre bordel de Talula n'était pas réputé posséder le maire parmi ses clients directs, même si on disait qu'il avait parfois organisé des petites fêtes pour des notables grâce au célèbre établissement... Les autres membres de l'entourage étaient des membre de la Lune Rouge plus ou moins serviles mais méritants, dont chacun croyait être là en tant qu'invité d'honneur privilégié par ce fabuleux témoignage de l'attention municipale.

La pièce en question était un classique, mise en scène classique, jeu d'acteur sobrement classique, mais le texte original sauvait l'intrigue. Bien que le maire connaissait le texte pour l'avoir vue des dizaines de fois, le redécouvrir avec des visages de son entourage était un vrai plaisir, sans commune saveur... Les gens s'étaient levé et il avait été le premier d'entre eux. Toute sa clique avait suivit le mouvement, comme des bons petits chiens bien dressé. L'école de la lune rouge était formidable.

Le maire baisa la main de son amie et dit aux invités qu'il allait devoir s'absenter un peu...

L'élu passa par rapidement par les coulisses avec une étonnante vivacité pour quelqu'un de sa corpulence, mais il n'y avait pas de témoin. Il reprit son allure normale. Un gorille tenta de lui barrer le passage alors qu'il arrivait prêt des loges. Le maire adressa un sourire carnassier et exiba son badge municipal en plein sous les yeux du videur. Personne ne touchait le maire sans son accord... Surtout pas une personne que le maire reconnaissait comme étant l'un des balayeurs identifiés par ses services et dont il possédait la photo dans un joli album bleu ardoise.

- "Il y a seulement 400 ans, le célèbre maire, Aldebert Jenkins de Neven, vous aurait probablement fait trancher la main pour avoir osé toucher l'incarnation de l'Etat sur place, monsieur Johnson." cracha le maire.

-''Vous avez de la chance que je ne sois que Jean Aldwig..." ajouta-t-il avec un sourire carnassier.

Il posa le pommeau de sa canne sur le torse d'un homme médusé et le poussa le côté comme si il chassait un moucheron. Son long manteau noir volait derrière lui, lui donnant une allure encore plus sinistre. Heureusement, il ne put pas voir l'expression du maire quand il le doubla.

Le maire avait l'habitude d'être plus courtois et posé, mais il ne disposait pas de beaucoup de temps. Et cette personne était en train de lui gâcher l'un de ses trop rares moments avec un bon ami qu'il ne voyait pas très souvent. Le temps était de l'argent et donc du pouvoir. Et ce n'est pas un cul-terreux qui n'avait même pas rejoint le courant des balayeurs honnêtes qui allait lui faire perdre son temps. C'est ce qu'aurait pensé n'importe laquelle des personnes qui accompagnait le maire ce soir si ils avaient eu les mêmes renseignements que ce dernier.

Il arriva devant la loge où il voulait se rendre. Il s'annonça auprès d'un attaché de presse ou autre larbin bizarre. On vint lui annoncer que le star était d'accord. Le maire retira son chapeau et entra, canne à la main :

- "Ma foi..." dit-il d'un ton sincèrement surpris "Je suis toujours aussi surpris par votre transformation, cher(e) ami(e) !"
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   29.08.11 21:47

La tête légèrement inclinée, le Masque n'avait pas bougé au bruit de la porte pivotant sur ses gonds. Le miroir face à lui ne pouvait lui renvoyer l'image de son visiteur, mais cela ne l'empêcha pas de répondre sans marquer d'hésitation.

LE MASQUE. - C'est… flatteur, monsieur le Maire.

Sa voix était bien moins définie que lorsqu'il avait parlé au larbin. D'évidemment féminine, elle était retombée dans une ambiguïté qui mettait parfois mal à l'aise ses interlocuteurs, bien qu'en l'occurrence l'oreille se pliât rapidement aux ordres du cerveau en la considérant comme un peu plus masculine que neutre. Après tout, son propriétaire était bien habillé en homme, n'est-ce pas ?

Le Masque se leva et fit face à son invité. Son visage était dissimulé pour un ovale d'un beige très clair, à la monotonie rompue par le dessin stylisé de deux grands yeux sombres autour de deux fentes. Un salut extravagant amena le feutre balayer le sol.

LE MASQUE, avec ironie. - Bienvenue en mon humble loge…

Il désigna l'unique chaise au Maire et s'assit sur le bord de la table. Son geste fut cependant un peu trop brusque : un flacon vacilla, dérangé dans son équilibre. Le Masque le rattrapa in extremis de sa main gantée, le considéra quelques instants, puis le reposa, le claquant presque contre le bois.

LE MASQUE. - J'eus aimé vous recevoir avec la pompe que vous méritez… mais je suis ravi que vous m'honoriez de votre présence !

Il planta son regard dans celui du Maire. Il se tenait très droit, dans une posture peu naturelle pour quelqu'un d'assis de manière aussi peu académique.

LE MASQUE. - Que me vaut votre visite ?
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   01.09.11 1:32

Le petit employé avait fermé la porte sur les deux artistes. Se déplaçant avec légèreté, s'était assis sur la première et l'unique chaise de la loge trop spartiate à son goût mais en gardant un grand sourire sur son visage. Il avait délicatement posé son chapeau à coté de lui comme si c'était un ami imaginaire, il avait une apparence décontractée mais il gardait avec lui sa fameuse canne-épée à pommeau lunaire. Ainsi semblait-il métaphoriquement ramener l'imbécile au niveau du sage si on suivait le proverbe bien connu.

Une autre interprétation, plus péjorative à l'égard de l'élu, aurait été de dire qu'agir de la sorte signifiait se réserver le droit de décider qui était l'idiot et qui était le sage en désignant la lune. Mais cela n'aurait été que des théories complots complétement farfelues et indigne d'un quelconque intérêt intellectuel. Du moins c'est ainsi que le dirait la version officielle, si des petits malins s'y risquaient.

De sa superbe canne de bois noir laqué le Maire de Sécaria se fit enjoueur.

- "Allons n'ai-je pas droit de venir vous féliciter de votre prestation comme tout bon admirateur que je suis ?" demanda-t-il avec un grand sourire.

Un coup d'oeil sur sa montre à gousset lui apprit toutefois qu'il manquait cruellement de temps pour trop s'éterniser. Aussi il décida de compléter ses paroles.

- "Votre immense talent et votre maestria artistique ont tout l'air de s'épanouir merveilleusement dans les rôles secondaires."

La voix du maire n'avait pas particulièrement appuyé le dernier mot. Elle avait conservé un ton égal, une harmonie de diction légèrement surjouée semblable au reste de la réplique. Mais dans la didascalie de la pièce qui se jouait en ce moment même entre le maire et le masque, l'auteur avait cru bon de griffonner qu'à ce moment là une étincelle particulière devait passer dans les yeux du Maire : Une petite lueur moribonde, concupiscente et incisive.

Ce n'était pas un éclair de sadisme du bourreau, non... Quoique... Le Maire avait amené son ironique compliment avec la délicatesse du chirurgien qui s'échine à séparer une tumeur du reste du corps. La vrai raison de la venue du Maire était là... Voyant la femme quitter la scène dans le rôle de Roxane, le Maire avait bondi de son siège, convaincu que ses petits talents pourraient une fois encore faire le bien parmi ses proches amis... Autrement dit il aurait pu dire : J'ai vu une occasion de renforcer les liens vous unissant à la lune rouge...

- "Vous ne trouvez pas ?"
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   01.09.11 16:36

Aux mots "rôles secondaires", le Masque se leva brusquement. Légèrement penché sur le Maire, poings serrés, il se figea suffisamment longtemps pour que l'élu puisse ajouter une phrase en forme de point final à sa pique.

LE MASQUE, d'une voix presque grondante. - Je ne goûte guère votre plaisanterie

Il resta ainsi quelques instants, dans sa posture presque menaçante, en surplomb, puis se retourna d'un bloc. Il respira profondément, une fois, deux fois, et reprit d'un ton plus posé, plus caressant.

LE MASQUE. - Beaucoup crient au génie à propos de cette pièce… Me croirez-vous si j'affirme la détester ? L'auteur n'a rien laissé, aucune ouverture. Il y a Cyrano, et le reste est aussi négligeable que le décor en arrière-plan. Il n'y a pas de personnages secondaires dans cette pièce, que des… accessoires.

Toujours tournant le dos au Maire, il saisit doucement le voile noir posé négligemment sur la table, et entreprit de le plier avec une minutie confinant à la maniaquerie. Quand il eut fini, il reposa le tissu là où il l'avait pris, et poursuivit à voix basse et doucereuse.

LE MASQUE. - Vous savez parfaitement que je ne suis pas un accessoire… Seule la pleine lumière me sied.

Le Masque marqua de nouveau une pause. Il refit face à son interlocuteur, sembla le dévisager quelques instants.

LE MASQUE, presque joyeusement. - Vous êtes d'accord avec ça, n'est-ce pas ? Cette mise en scène est un véritable gâchis. Nous pouvons faire mieux… n'est-ce pas ?...
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   01.09.11 20:28

Le Maire laissa le Masque à sa crise artistique, un sourire artificiel fixé sur ses traits comme si son visage avait été paralysé par une quelconque opération chirurgicale ou par la volonté d'un psyker dément. Il était sans doute rigolo pour lui de voir une personne si androgyne s'énerver ? C'était vrai que les deux personnages labellisés rouge n'avaient rien en commun.

Le Masque était une personne fine de corps et d'esprit, tandis que le Maire était aussi costaud et grand que son esprit était fin. L'un était un ou une artiste évaporée, l'autre l'incarnation de toute la lourdeur et la puissance d'une administration agée en cette année 667 de presque six siècles d'existence et d'histoire.

- "Je vous ai compris." dit le maire, le postérieur complétement vissé sur sa chaise dans une drôle d'union inesthétique.

Oui le maire ne mentait pas : Il comprenait le Masque. Car malgré leurs différences, les deux individus, à leur niveau respectif, avaient des personnalités fondées sur la nécessité de séduire et d'être aimé... A bien y réfléchir, la différence fondamentale entre eux n'était pas non plus l'amour du pouvoir. Ce qui les séparaient en revanche très nettement, c'est que le Maire pensait savoir où il se trouvait réellement.

Car même si le Masque souhaitait être la star, le premier rôle, la tête d'affiche, la pièce maîtresse, il ne semblait pas posséder le désir d'être lui-même aux commandes. Aux yeux du maire, le Masque serait au pire, un empêcheur de tourner en rond, au mieux l'huile salvatrice qui viendrait se glisser entre les rouages d'une pièce bien écrite et bien mise en scène pour la rendre divine (avec tous les sens comploteurs que le mot pièce pouvait revêtir).

C'était une petite cerise sur un gâteau merveilleux, une touche finale qui pouvait rendre l'attraction sublime. Essayez de mettre une cerise dans un plat pour lequel ça ne convient pas ou de la mauvaise manière, le plat lui-même serait complétement gâché ! Dans la main du maire, parmi toutes les cartes celle-ci constituait donc un fabuleux joker dont il fallait prendre grand soin pour qu'il puisse se révêler efficace.

- "Comme je l'ai dis une fois à la noble Diva, Sigal Di Naenia..."

*Leocadia !*

Repenser à la cantatrice avait fait revenir d'outre-tombe, un nom dans l'esprit du maire, celui de la tante de celle-ci. Son esprit chassa cette pensée et il continua sa phrase.

- "Si la politique m'a appris UNE seule chose : c'est que le mieux est toujours possible..." dit-il avec un sourire plus carnassier que d'ordinaire.
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   06.09.11 22:39

Le Maire l'avait… compris ? À ces mots, doucement, le Masque reprit une position plus détendue ; appuyé contre la table, il cessa de s'agiter en tous sens. Son absence de visage tournée vers son "invité", il laissa celui-ci poursuivre. Puis le silence s'allongea. Et, d'une voix posée à l'articulation parfaite, l'acteur répondit.

LE MASQUE. - Je pense savoir ce que vous pensez, ce que vous attendez de moi… Vous devez vous dire que je suis comme tous ces artistes qui n'attendent que de se faire manipuler en échange de la gloire. Alors vous ne proposez rien, vous attendez que je m'avance vers vous pour me prendre dans vos filets. Mais vous avez tord.

Il écarta les bras en un geste ample, comme l'on montre que l'on n'est pas armé.

LE MASQUE. - Je suis déjà venu vers vous. Maintenant, plus besoin de me prendre au piège.

L'acteur reprit sa posture d'origine, posant avec légèreté ses paumes gantées sur le rebord de la table.

LE MASQUE. - Nul besoin de me manipuler. Vous le savez bien. Je suis une victime consentante.

Le Masque ne bougeait plus, et seule sa voix résonnant très légèrement derrière le masque le différenciait de la statue.

LE MASQUE. - Vous savez ce que je veux. Je ne veux plus que des premiers rôles. J'ignore cependant ce que vous voulez de moi en échange. Aussi je vous le demande. Que voulez-vous de moi ?
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   08.09.11 2:07

Toujours, assis dans la loge d'un théâtre de l'Ussidaho, Jean Adlwig attendait que le Masque finisse... Vraisemblablement, l'esprit de ce dernier restait très énervé malgré son apparence qui avait retrouvé une bonne once de calme. Ah ces acteurs ! Jamais on ne se serait permis de parler au maire si grossièrement en temps ordinaire ! Enfin peut-être Karl l'aurait-il tenté ? Mais la vulgarité ne lui allait pas vraiment, selon ses propres critères d'ailleurs...

Il fallait attendre que la tirade du personnage principal se termine. Se lever dans un geste théâtral, et se rendre vers la sortie de la scène. Alors un personnage secondaire viendrait annoncer au "héros" que le roi noire était fâché et qu'il enverrait ses armées s'emparer de la princesse et détruire le royaume blanc. Cependant dans le cas présent, c'était le héros qui faisait sa princesse, et le roi noir ne disposait d'aucun personnage secondaire ou d'armées stylisées dans sa poche, vu qu'il avait laissé la bande des crétins en haut à l'attendre.

Ah madame ! Politicien était parfois un métier difficile... Il attendit donc, la fin de la première tirade, se leva, et entamma la sienne.

- "Vous m'insultez Masque..." dit la voix du maire qui l'espace d'un instant avait tout perdu de son ton gentil ordinaire pour se retrouver trop tranchante, froide et haineuse pour que cela soit une simple colère.

Heureusement ce moment fut bref, et le maire retrouva sa voix ordinaire comme si ce dernier moment était un personnage composé pour faire passer son ressentiment de manière plus efficace ou au contraire un maire dépourvu de tout artifice qui s'impatientait de voir son(sa) protégé(e) déconner avec le rôle qui lui était attribué dans la pièce qu'il jouait tous deux.

Peut-être n'était-ce encore qu'une fausse impression et que c'était l'aura naturelle du maire et le piquant du vocabulaire qui avait créé cette bulle de zéro absolu ? Nul n'aurait certainement su le dire, car le Maire lui-même continua comme si cette phrase avait été prononcée normalement : D'une voix de miel, affable et plaisante.

- "Vous mésestimez mon amitié et méprisez mon admiration... Je sais bien que mes maigres talents d'acteurs n'auront jamais l'ombre de la grandeur des vôtres. Je ne suis pas venu parce que j'ai besoin de vous. Je suis venu parce que vous étiez mon ami(e) et que j'avais senti une note de révolte mélancolique au sein de votre jeu qui m'avait alerté."

Comme un bon acteur, le maire s'adaptait à son public. Il quitta les yeux du masque du regard. La seule zone corporelle a peu près certaine que son regard de politicien pouvait frappé. Il quitta de même sa posture figée pour aller se servir un verre d'eau. Il n'avait pas spécialement soif mais le Masque se devait de méditer cette phrase, et il lui en donnerait le temps.

- "Donc discutons de ce que vous voulez, vous ne voulez plus que des premiers rôles. N'est-ce pas un peu trivial ? Après tout le premier rôle ne signifit pas forcément toujours le meilleur rôle... Enfin si vous pensez que c'est ce qui vous comblera, c'est en ami que je déciderai d'aller parler de vous à deux ou trois metteurs en scène de mes connaissances... Après tout c'est normal que le service de mécénat culturel de la Mairie aide les jeunes étoiles montantes de notre bonne société..."

Un jour peut-être, il demanderait quelque chose au Masque mais aujourd'hui, il semblait se sentir d'humeur gentil.

- "Cela vous plait-il ?"
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   05.11.11 10:01

Le silence se prolongea dans la loge. Le Masque était tourné vers le Maire, mais avec le morceau de bois qui lui couvrait le visage, il devenait difficile de dire s'il le regardait ou si ce n'était que coïncidence. Et enfin, au moment où un observateur eut pu se dire que l'acteur ne répondrait plus, il parla.

LE MASQUE. - Je vous prie d'accepter mes excuses. La colère m'a aveuglé.

Le Masque prit une posture un peu plus détendue, appuyé contre la table.

LE MASQUE. - Je me réjouis de votre amitié, monsieur, et votre proposition m'enchante, mais je dois vous avouer que je ne suis pas sûr de comprendre tout ce que vous me dîtes. Que signifie pour vous "le meilleur rôle" ?

Il se pencha légèrement vers le Maire, gardant ses mains sur le rebord de la table.

LE MASQUE, s'exaltant. - Le "meilleur rôle", n'est-ce pas celui qui captive, qui accroche le regard, attire toute l'attention, emprisonne le public qui ne peut que continuer d'écouter ? N'est-ce pas celui qu'on aime, ou qu'on aime haïr ? Et qu'est-ce sinon ce que les dramaturges confèrent à leurs personnages principaux ? Cette position centrale dans la parole comme le regard ?

Il se tut d'un coup, et reprit une position plus en retrait.

LE MASQUE, plus posé. - Pardonnez-moi, je me laisse emporter de nouveau… Mais je suis tout ouïe. (Avec une pointe d'avidité) Je ne demande qu'à entendre votre définition…
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   28.01.12 3:34

- "Prenez n'importe quel pièce mettant en scène l'aristocratie tyrienne".

A la fin du septième siècle, apparaît un théâtre nouveau qui, tout en rompant avec les traditions littéraires, renoue avec les premiers jours de l’État. De fait, l’influence des grands dramaturges du siècle suivant la naissance de l’État était aujourd'hui immense sur la scène de Sécaria. Cependant, on trouvait aussi une montée en flèche du théâtre populaire essentiellement comique, où le ressort se situait généralement autour de farces et de gestes.

- "L'un des rôles principaux est souvent un noble..."

En effet, aussi curieusement que ceci puisse vous apparaître, que ce soit dans l'un ou dans l'autre des deux genres qui se côtoyaient, les personnages étaient souvent des nobles. Même une pièce écrite sur les chats de gouttières n'avait pas son lot des chats nobles des beaux quartiers...

- "Il est alors facile de se mettre en avant et jouer le beau pour épater la galerie des spectateurs. Le meilleur rôle n'est pas celui-là. Ce qui m’intéresse pour ma part ce sont les pierres d’achoppement de l'intrigue. Et ces personnages sont souvent des serviteurs et des rôles secondaires, ou alors des semi-antagonistes. Mais ce sont ceux qui permettent à l'intrigue de démarrer et qui en prédisent et conduisent le dénouement."

Il marqua un temps d'arrêt, cherchant un exemple qu'il trouva très vite.

- "C'est simple : Si je devais jouer dans Le Grand Visconti, la pièce qui raconte la naissance de l'Etat, le meilleur rôle serait pour moi Brighella, car c'est son personnage qui permet l'intrigue autour du héros."

Le Maire l'avait d'ailleurs joué au club de théâtre de l'Académie. Un temps qui semblait être celui d'une autre vie, d'une autre personne.

- "Voila le meilleur rôle: Celui qui rend la pièce possible." acheva l'élu d'un ton neutre. "Le faire-valoir qui permet au héros de se pavaner. Il n'est pas celui dont on se souviendra. Mais... Il est celui grâce à qui le souvenir est possible."

Et à Sécaria, le personnage secondaire étrange et lunaire par qui tout devenait possible, c'était LUI.
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   29.01.12 22:21

LE MASQUE, hésitant. - Je pense saisir ce que vous voulez dire, mais… N'avez-vous pas la crainte d'être… oublié ? C'est-à-dire que je conçois que certains rôles, bien que moins… remarquables, soient nécessaires à l'intrigue. Mais au final, quand le rideau retombe, si les personnes qui ont permis que les choses soient sont oubliées… n'est-il pas meilleur d'être celui dont on se souvient, même si l'on n'est pas celui qui a véritablement été nécessaire ?

Le Masque saisit doucement son chapeau, l'amenant devant lui. Il resta muet un instant, le regard apparemment fixé sur le couvre-chef si semblable à celui de Cyrano.

LE MASQUE. - Si je vous suis bien… Dans la pièce que nous venons de jouer, Cyrano est bel et bien le rôle principal -impossible de le nier-, mais c'est finalement l'existence de Roxane qui confère tout son poids et son intérêt au personnage, puisqu'elle détermine ses actions, et même à la pièce, puisque tout découle de sa présence. Pour vous, ce serait donc le rôle de Roxane qui serait le plus intéressant ? Le… meilleur ?
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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   02.02.12 11:31

Le Masque semblait avoir compris où le politicien voulait en venir car celui-ci afficha un sourire béant, presque caricatural. Bien sur que le rôle de Roxane qui serait le plus intéressant ! Comment pourrait-il même en être autrement ? Car c'est le plus utile pour l'auteur de la pièce. Et le Maire se voyait comme l'auteur d'une pièce en perpétuel déroulement. Il n'y avait pas de personnage plus utile que celui qui répondait le mieux aux attentes dramatiques du récit. Sorti du théâtre, le meilleur agent de la Lune Rouge était celui qui était dans la meilleure position de servir ses intérêts.

C'était parfaitement logique et conforme à la doctrine méritocratique que le maire s'acharnait chaque jour à établir. Le moment où vous étiez le plus utile, c'est le moment où vous étiez efficace. Peu importe dans quelle mesure vous trichez où vous corrompez du moment que vous êtes le meilleur. Peu importe que l'on se souvienne de vous ou non, le mieux étant de faire oublier votre côté corrompu. Nul n'était meilleur dans la pièce que celui qui savait se faire oublier tout en organisant le monde autour de lui.

- "C'est cela..." lâcha le personnage reptilien. "Je ne doute pas que c'est dans ce genre de rôle que votre talent s'exerce le mieux..." Certes le Masque était un bon acteur. Mais il n'était pas encore assez versatile au goût du maire. Jouer des personnages comme mode de vie, c'était bien en soit. Mais encore cela devait-il être fait de manière intelligente. Le talent du Masque méritait bien d'autres égards que ce minable comptoir.

- "Mais nous ne sommes pas des dieux, et le désir est maître de notre volonté, il serait par conséquent inhumein d'aller contre ce genre de pulsions..." lâcha-t-il de manière sardonique.

- "Ainsi voici ma proposition cher(e) ami(e): Je vous offre les premiers rôles sur cette scène et vous incarnez pour moi les meilleurs sur la scène du monde..." proposa finalement l'élu avec douceur et insistance.

Cette phrase au sens apparemment trouble n'avait pas d'autre sens que : Je fais de toi une étoile des planches, j'offre la gloire et la renommée au personnage dont tu décidera de parer ton masque ; si tu deviens mes yeux, mon espion, en tout autre domaine. Il ne proposerait rien d'autre que cela.
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- Victime de la Mascarade - Ultra-rapide de la gâchette réponse!

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MessageSujet: Re: Dans l'ombre des projecteurs   06.02.12 22:02

Absence de visage tournée vers le Maire, sa main tenant le couvre-chef figée au milieu de sa trajectoire descendante, le Masque resta immobile durant le discours du politicien. Il prit le temps de reposer son chapeau sur la table où il l'avait cueilli avant de répondre.

LE MASQUE, d'une voix douce, presque rêveuse. - C'est une offre bien magnifique que vous me faites là…

Il se tut quelques secondes, puis d'un coup se mit à arpenter la loge.

LE MASQUE, dans un éclat à la Cyrano. - Mordious ! Vous me flattez éhontément ! Je serais suffisamment talentueux pour briller sur les deux plans ?

Il éclata d'un rire théâtral.

LE MASQUE, avec emphase. - Mais je prends les paris ! Je relève votre défi, j'accepte votre proposition !

Il s'arrêta face au Maire.

LE MASQUE, de nouveau plus posé. - Le monde que je parcours, c'est celui des planches. C'est un univers où la seule chose qui importe, ce sont les applaudissements du public quand le rideau est tombé. Je ne peux renier cette vérité, mais je conçois que votre monde possède d'autres règles. Je vous remercie de m'avoir ouvert cette porte… et les yeux. Je jouerai dans les théâtres selon les règles du Théâtre, et selon les règles du monde où vous m'invitez… à l'extérieur. Je suis prêt à vous suivre, mon ami.
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Dans l'ombre des projecteurs

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