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 Correspondance métropolitaine

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- REPO! ... roucoulant - Et gnagnagnagna...

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Signalement : Hûme, évidemment.


MessageSujet: Correspondance métropolitaine   12.10.11 13:12

"...Trouver un attelage décent au lieu d'errer parmi les prolétaire en quête d'un malheureux transport de si basse classe..."

C'était fou comme cette histoire de gaz, d'illusion collective, lui paraissait surnaturelle. Presque plus que la sensation pourtant parfaitement réelle de saisir le monde à travers un manteau de plumes. Lady Di Naenia glissa une main gantée de velours sur la manche de soie de sa robe de luxe, se remémorant parfaitement du moindre détail de ces jours étranges qui avaient suivit l'accident de la calèche sur les voies. Les cheveux introuvables, le pauvre cocher retrouvé sous les décombres du véhicule. Une conséquence de cette hallucination. Trop claire pour l'avoir été.

"... Le métro. Par l'Etat! Quelle idée saugrenue! Ce n'est pas un lieu pour une lady. A-t-on décemment..."

Les sphères laiteuses de ses implants se baissèrent sur la cordelette merveilleusement tissée qui retenait son tout petit sac à main à son poignet. Trop réaliste pour elle. Elle ne l'avait d'ailleurs plus revu, ce vétérinaire qui l'avait pourtant secourue, offert un lieu de repos, puis escortée chez elle quand tout s'était achevé. Elle avait gardé en revanche la tenue masculine qu'il lui avait confiée. Des preuves sensorielles et visuelles de ce qu'elle ne pouvait pas concevoir comme une hallucination. La cantatrice se connaissait, reconnaissait chacune de ses perceptions, chaque changement que pouvaient induire différents contextes, différents produits. Elle ne percevait pas semblablement si elle avait consommé une coupe de champagne, si elle manquait de sommeil, mais ces jours-là... Toutes ses sensations n'avaient pas été altérées. Logiquement, c'était donc véridique. Elle s'en souvenait trop clairement. Ou alors son esprit n'était clairement plus aussi fiable. Peut-être devrait-elle aussi considérer cette possibilité?

"... Avoir l'idée de laisser deux jeunes femmes seules dans un environnement aussi sinistre? Dans ce coupe-gorge publique? Dans ce..."

Les mains gantées remontèrent sur les épaules pour tirer un peu plus ce capuchon d'hermine sur les boucles rouges. Il faisait frais à l'extérieur. En un sens oui, la calèche lui manquait. Sa chaleur, et surtout son calme. Irène n'était pas une personne à se plaindre en temps normal. Il n'y avait toujours eu qu'une seule raison à ce comportement. Une seule et même raison qui arracha un léger sourire à la cantatrice alors que...

*SBOUF!*

La maquilleuse bascula en avant, percuta Sigal qui tituba en arrière, agrippée à son amie. En cause, un homme de forte corpulence, visiblement aviné, à l'odeur fétide qui eut la délicatesse de s'excuser d'un...

"Greuh!"

... Méprisant avant de passer son chemin. Les deux jeunes femmes tâchèrent de reprendre contenance.

"Par l'Etat! Quel rustre!"
"A mon avis, vous devriez retourner à l'opéra, Irène."
"Quelle avis saugrenu!"

Sigal lissa les pans de son manteau et réajusta quelques boucles sous son capuchon.

"Vous vous plaignez, ce n'est pas dans vos habitudes. J'imagine qu'avoir été contrainte de laisser votre matériel cosmétique en sachant que la loge allait être nettoyée doit vous inquiéter."
"Hm... Certes. Mais je doute que cela ait une quelconque importance alors que..."
"Cela en a pour vous. Donc pour moi. Retournez donc à l'opéra. Je vous enverrai la calèche de Mère dès qu'elle sera de retour de ses visites."

Et pour la première fois depuis un moment, Sigal pu se délecter pendant trois seconde du brouhaha de la foule sécarienne. Une découverte plutôt divertissante, changeante. Elle détourna les yeux, contempla la foule amassée sur les quais. Tant de vie!

"Et vous laisser seule au milieu de la plèbe? Vous n'y pensez pas!"
"Le métropolitain est très fréquenté. J'ai les consignes notées sur les changements à faire, et je doute de risquer autre chose que quelques bousculades. N'ayez crainte, Irène. Vous vous souciez de trop de choses. Allez donc à l'opéra. Nous nous retrouverons ce soir pour le diner."

Elle leva une main lasse et se détourna de la maquilleuse. Ce n'était pas un manque de respect, juste une façon de déresponsabiliser la pauvre Irène. Une façon toute hautaine qui avait pour mérite de clore n'importe quel début de mésentente. L'assistante releva la tête d'un air prétentieux gâché par un sourire de reconnaissance.

"A ce soir lady. Prenez garde!"

Puis elle se détourna, se drapa dans sa large cape et fendit la foule un peu trop prestement pour cacher l'impatience de retourner à ses précieuses affaires. Les orbes laiteuses revinrent se fixer sur le dos de la maquilleuse, jusqu'à-ce qu'elle soit hors de vue. Dans le vague, Sigal eut un sourire amusé en secouant la tête et contempla le panneau d'affichage. L'écriture était rude, peu appréciable, mais succincte et claire. Jusqu'au diner... Il était à peine le commencement de l'après-midi. Devait-elle rentrer directement et bien sagement?

Nooooon!!

Étouffant un rire de sale gamine de sa main gantée, elle se détourna à son tour pour se diriger vers la sortie du quai. Il était hors de question qu'elle ne saisisse pas l'opportunité de voir un peu Secaria de ses propres yeux, sans le voile posé par la noblesse, et surtout, surtout, sans personne pour lui tenir la main comme la petite princesse qu'elle se devait d'être en présence des hautes sphères. Liberté, la voilà!
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   13.10.11 12:05

Midi et demi. La pause déjeuner à peine entamée allait être gâchée par un problème bénin, mais assez important pour paralyser une voie de métropolitain. L'une des machines avait eu un excès de vapeur, et des soupapes avaient sauté. Heureusement pour eux, ça aurait pu être bien pire. Pourtant de bonne humeur ce jour là, Kyle eut droit à un sermon pour cette ligne dont il avait la charge, ainsi que tout un discours sur le travail bien fait et les efforts qu'il allait devoir faire. En bref, son chef était de fort mauvaise humeur et c'était tombé sur lui.

Le machiniste du patienter une bonne demi-heure que son chef se décide enfin à abandonner sa harangue pour lui ordonner d'agir, chose qu'il s'empressa de faire. Seulement, la station près de laquelle se trouvait le métro était quasiment à l'autre bout de la ville, et l'intervention devrait évidemment se faire à pied. De toutes façons, la voie était paralysée, même s'ils avaient eu le droit d'entrer dans les trains pour faire le voyage, ils n'auraient pas bien avancé.

Kyle partit seul, un sac rempli de diverses pièces détachées et outils balancé par dessus l'épaule. Cela faisait longtemps que ses mains et sa nuque n'étaient plus meurtris par les cordes du sac ou le choc du métal des outils, mais ça n'en restait pas moins inconfortable. Traverser la ville en pleine heure de repas, l'estomac vide de surcroît, n'était pas l'activité la plus joyeuse qu'il ai faite. Slalomer entre les gens, éviter de trop les approcher pour ne pas les "gêner" avec sa propre crasse. Il admettait toutefois que sa salopette marron-noire, sa peau poussiéreuse et ses cheveux en bataille ne lui donnaient pas vraiment un air de gentleman.

Heureusement, depuis toutes ces années à travailler aux quatre coins de la ville, il connaissait pas mal de raccourcis. Par les toits, les ruelles, et parfois les égouts, même s'il préférait éviter cette dernière voie, souvent dangereuse. Environ une heure après, vers quatorze heures, il parvint enfin à destination.

Débarquant sur la place bondée menant à la station, il tâcha de se glisser tant bien que mal hors de la foule pour au moins voir où il allait par rapport au plan qu'on lui avait fourni. En s'extirpant de la masse de gens tout en essayant de ne pas les "salir", il poussa un soupir de soulagement. Un peu en avance, et souhaitant souffler un peu, il décida de s'accorder quelques minutes pour s'asseoir sur des marches, se frotter un peu les vêtements pour évacuer la poussière, et s'allumer sa pipe fétiche, qu'il avait lui-même sculptée. Méfiant, il conservait précieusement son sac près de lui, même s'il doutait que le larron lambda fusse capable de soulever pareil poids sans se briser les reins.

Alors qu'il expirait sa première volute de fumée avec un soulagement certain, le machiniste aperçut non loin une jeune femme, vêtue d'un grand manteau, mais qui visiblement cherchait à ne pas être remarquée. Manqué. On voyait aisément ses gants, et à sa démarche, ce n'était certainement pas une citoyenne du quartier. Plutôt une bourgeoise, une femme de bonne éducation. En bref, quelqu'un qui ne pouvait être ici, à ses yeux que pour deux raisons probables : soit elle venait d'être ruinée et elle errait sans but, soit elle avait été lâchée pour quelque raison et était complètement perdu.

Serviable dans l'âme et ne souhaitant pas à cette personne la première option, il se leva, prenant toujours son sac, et se dirigea vers elle en adoptant un air aussi aimable que le permettait son éducation. Pour éviter de l'incommoder avec la fumée, il éteignit sa pipe et la remis dans sa poche, et conserva une distance minimale avec la personne afin que son haleine ou l'odeur de ses vêtements de la gêne pas.


"Bonjour, Ma Dame, vous êtes perdue ? Je peux vous aider ?"

Bien qu'il n'eussent nullement l'éducation de la bourgeoisie qui lui aurait permis de s'exprimer en de meilleur termes et de respecter l'étiquette, sa voix n'en restait pas moins agréable, nullement rustre ni enrouée comme pour beaucoup de ses collègues, et la simplicité de son verbe était comblé par son air gentil et costaud, qui le faisait parfois passer pour un charmant benêt.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   13.10.11 13:02

Quel monde! Malgré la fraîcheur et la brume persistante, ce quartier était l'exact opposé de celui où se situait la demeure familiale. Il fallait compter souvent de longues minutes de marche avant de croiser une personne, et en règle général, il s'agissait plutôt de domestiques vaquant aux tâches extérieures. Autant dire que la fréquence des rencontres étaient nulles dans certains quartiers huppés. D'ailleurs, Sigal ne sortait que très peu de l'imposant jardin, puisqu'il n'y avait en vérité plus grand chose à découvrir dans les beaux quartiers. Les boutiques, c'était du vu et du revu. De luxueuses choses à des prix tout aussi luxueux, tant qu'ils n'étaient jamais affichés. Des personnes aux sourires de convenance, dosés comme il le fallait pour donner aux potentiels clients des impressions de divinités. Sauf quand elle se trouvait en compagnie de Mère. Plus personne ne souriait. Surprise?

Au milieu de la foule, Sigal, elle, souriait dans l'ombre de son capuchon aussi coûteux que chaud. La cantatrice se délectait étrangement des bruits, des visages, des apparences, et... Quoique l'odeur n'y était pas vraiment. Il fallait quand même dire que l'air était franchement nauséabond par instants. Etait-ce indiqué pour son souffle? Oh, elle n'avait pas de récitals ces prochains jours. Pourquoi se soucier de se détail alors qu'elle était en train de s'ajouter de nouvelles images impérissables à ajouter à sa collection personnelle de souvenirs plaisants? Elle n'était pas pressée. Chacun de ses pas étaient plutôt lents, la tête pivotant en tout sens. Pour un regard externe, elle devait effectivement avoir l'air perdu. Seulement les regards externes ne l'intéressaient pas particulièrement. Il fallait dire que tout le monde avait autre chose à faire. De fiers plébéiens la tête remplie de travaux, de soucis, de réflexions. Trop de choses importantes pour se soucier d'une personne seule et légèrement décalée dans le décor. Peu d'humes se souciaient de leurs semblables. Peu prenaient la peine de seulement regarder le monde qui les entouraient. C'était bien sur cette certitude que Sigal s'affirmait une sécurité absolue pour cette petite escapade.

Ou pas.

Il y avait bien quelques regards qui s'attardaient sur le manteau, sur la stature sans doute un peu trop nobliarde pour passer inaperçue. Embarrassant. Son sentiment de sécurité baissa d'un cran et elle finit par incliner la tête en avant, tirant inutilement sur son capuchon comme si elle eut voulu faire disparaître son visage. Une autre bousculade lui fit faire un écart sur le côté, agrémentée cette fois-ci d'une insulte bien sentie par la femme au visage tâché de poussière qu'elle avait heurtée par mégarde et qui s'enfuit sans même lui laisser le temps de s'excuser. Peut-être qu'Irène avait raison. Peut-être qu'il valait mieux faire demi-tour et rentrer sagement à la maison. Adieu l'aventure et la liberté! Elle n'était pas de ce monde-là et le savait bien pourtant. Un peu confuse, elle poussa un petit soupire de déception dissimulé poliment derrière sa main gantée puis, resserrant sa prise sur son sac à main, elle fit demi-tour fièrement et...

"Bonjour, Ma Dame, vous êtes perdue ? Je peux vous aider ?"

Une forme imposante avait parlé tout en lui coupant la vue sur le chemin qu'elle comptait emprunter. Surprise, la cantatrice leva gentiment les yeux. Il était grand... Deux fois sa largeur? Elle ne saurait dire. En revanche, elle se demanda pendant un instant s'il y avait une fin à la hauteur de l'inconnu jusqu'à-ce qu'elle tombe sur un faciès comment dire... Peu hygiénique. Plus adapté qu'elle à l'environnement en tous les cas. Malgré elle, Sigal eut un léger mouvement de recul. Paradoxalement, elle n'affichait rien d'autre qu'une étrange curiosité, un peu comme si on présentait une machine inconnue et imposante à un enfant pour la première fois. Devrait-elle s'attendre à un "greuh" aviné? Il y avait comme un léger décalage entre la vue et l'ouïe. Ce genre de petit détail différent qui lui fit garder le silence quelques secondes. Salutations polies, proposition serviable et voix agréable... Soit un saint venait de croiser sa route, soit il s'agissait d'un arnaqueur cherchant une entrée en matière en vue d'éloigner la proie de la foule pour la dépouiller lâchement.

Paranoïaque peut-être?

Sigal se fendit d'un adorable sourire empli de sympathie mesurée, accordé à tous ceux de sa classe sociale. Autant dire qu'elle avait juste l'air aimable pas pas nécessairement chaleureuse.

"Bonjour, monsieur. C'est fort aimable de votre part, mais il se trouve que je ne suis pour l'instant pas perdue. Néanmoins, sachez que j'apprécie votre serviabilité."

Elle s'inclina sensiblement sur le côté, pour distinguer la station de métro derrière l'imposant ouvrier.

"Je faisais route vers le metropolitain. A ce titre, oserais-je vous demander de me laisser passer je vous prie?"

Elle eut un de ces faux airs vaguement embarrassée. Dans le doute, autant choisir la solution la plus sûre: prendre sagement le métro et rentrer à la maison. On ne savait jamais. Il avait des mains suffisamment larges pour lui briser la nuque et un sac assez gros pour transporter tout un tas d'objets de torture.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   13.10.11 14:04

Kyle tiqua lorsqu'il perçut l'attitude de la femme. Pas de chance, plus encore qu'une bourgeoise, il était tombé sur une noble. Son attitude et son parler le reflétaient clairement. Beaucoup de ses amis lui avaient demandé comment il savait faire la différence, qui pour eux était aussi minime qu'invisible. Mais les traces du passé de Kyle, et sa capacité de réflexion un peu supérieure à celle d'un ouvrier lui offraient cette possibilité.

Il n'aimait pas vraiment les nobles. Du moins, ceux qui considéraient les siens comme des sous-humes, des rebuts de société. Celle là, heureusement, ne semblait pas faire partie de cette catégorie, et elle se fendit même d'un remerciement, ce qui, à ses yeux, était un sérieux acte de générosité, la plupart des nobles préférant l'ignorer royalement, voire le punir d'avoir osé leur parler.

Le machiniste s'écarta du chemin de la jeune femme, comme il se devait de faire, lorsqu'il réalisa ce qu'elle venait de dire, et surtout l'humilité peu commune dont elle faisait preuve, il ne put s'empêcher de parler de nouveau, même en sachant qu'il prenait le risque de lui faire perdre patience. Sa bonté le perdrait.


"C'est pas pour vous gêner, Ma Dame, mais le métro est en panne. J'suis pas certain que vous puissiez le prendre."

Il aurait voulu lui proposer de faire venir un chauffeur mais il n'en avait ni la possibilité, ni l'envie réelle. Au mieux, il aurait pu lui suggérer d'aller à la rencontre d'un officier pour qu'il la fasse raccompagner chez elle. Les lieux n'étaient pas forcément des plus sûrs, et dans la Brume, un forfait était vite accompli. Et il devait avouer aussi que les traits, bien que partiellement aperçus, de la jeune femme lui plaisaient bien.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   13.10.11 19:59

Il fallait avouer que le comportement du roturier était tout à son honneur. A vrai dire, même si elle ne le montra pas un seul instant. Sigal fut même surprise qu'il s'écarte aussi simplement sur sa demande. Dire qu'on parlait sans cesse des plébéiens comme d'animaux sans la moindre éducation qu'il fallait dresser au fouet... Jamais pareilles idioties ne lui avaient parues aussi surréalistes. En un sens, elle trouva même comique de voir une telle montage s'écarter docilement du chemin d'une demoiselle. Peut-être qu'elle se faisait des idées. Et peut-être aussi qu'Irène dramatisait un peu trop en pensant qu'il n'y avait que des voleurs et des assassins dans les rues brumeuses de Sécaria.

Satisfaite, elle inclina sensiblement la tête vers l'avant et se remit en marche sur le chemin si aimablement rendu par l'ouvrier. Ne restait plus qu'à rallier à nouveau la station et retourner sur se quai noir de monde pour attendre sagement le convoi.
Sauf qu'il y avait comme un contre-temps semblait-il. En douceur, la cantatrice s'immobilisa à nouveau.

"Voilà qui est navrant."

Devrait-elle considérer la situation comme presqu'évidente? Il allait lui falloir trouver un autre moyen de transport. Un cocher quelconque? Peu de chance d'en trouver par ici. Il allait falloir qu'elle rentre à pieds. Ce qui fondamentalement rejoignait son idée première de contempler la ville. Il ne restait qu'à déterminer le chemin le plus adéquat. Seulement voilà, bien qu'il lui fut donné de contempler un plan de la ville, et accessoirement de le mémoriser à la perfection, elle ne connaissait rien ni de la réputation ni de la sûreté des ruelles. Pensive, elle se tapota les lèvres du bout des doigts puis, spontanément, elle se retourna pour faire à nouveau face à l'imposant homme paradoxalement aimable.

"Veuillez m'excuser, mais... A votre avis, quel est l'itinéraire le plus sûr pour rejoindre le quartier sud?"

Sa mère lui aurait mis un soufflet pour oser s'adresser à une personne qui n'était pas de sa classe. Néanmoins, elle était tout à fait prête à reconnaître qu'il était nécessairement bien plus connaisseurs des chemins de Sécaria qu'elle ne le serait jamais. Simple question de bon sens.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   14.10.11 14:04

Kyle semblait avoir gagner des points. ou alors il était rudement bien tombé, car non seulement elle lui adressait la parole, mais en plus de cela elle s'en remettait à lui. Du moins pour le conseil de l'itinéraire. Ne voulant pas décevoir pareille confiance, il cogita du mieux qu'il put sur les itinéraires. En temps normal, il aurait pu conseiller cinq ou six trajets à peu près sûrs, évitant les ruelles tortueuses et sombres. Mais depuis la brume, et surtout pour une personne de son rang, les choses étaient bien moins simples.

Voleurs et malfrats étaient monnaie courante, surtout depuis l'arrivée des Nettoyeurs. Il ne remettait pas leur légitimité en cause, mais soupçonnait leur présence d'avoir provoqué un refus d'autorité bien plus virulent qu'avant. Et les personnes qui avaient l'air riches étaient les premières victimes des malfrats d'un soir et des bandes organisées. Autrement dit, la route n'était pas sûre tant qu'il n'y avait pas de gardes, et même là...


"Je dois admettre, MaDame, que je ne vois pas trop quelle route vous conseiller. 'Vous vexez pas hein, mais rien qu'à voir vos vêtements, vous risquez de tomber rapidement sur un tire-laine. Ou pire."

Continuant à réfléchir, et ne voyant pas d'autres solutions que le métro, il se rappela soudainement de la raison de sa présence. Se tapant soudainement le front, il poussa un juron, qu'il chercha immédiatement à ravaler, espérant ne pas avoir froissé son interlocutrice. S'ensuivit un sourire gêné.

"Euh, en fait, y a moyen de prendre le métro. Désolé, j'étais tellement à réfléchir que j'ai oublié. Si vous avez une heure devant vous, vous pourrez repartir par le métro. Mais je vous conseille quand même de vous faire accompagner."

Il n'osait pas avouer que c'était lui, qui devait remettre en état la machine, et que les minutes qu'il passait à discuter avec elle, outrepassant ses droits, était autant de temps de retard pour la ligne paralysée.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   14.10.11 19:46

Sigal croisa sagement ses mains l'une sur l'autre, devant elle, observant de l'ombre de son capuchon les réflexions de la montagne. Peut-être que la question était trop complexe. Elle-même ne pouvait qu'imagier tout ce dont il fallait tenir compte pour y apporter une réponse exploitable. Peut-être qu'elle ferait mieux de renoncer. Après tout, il ne lui devait rien. La galanterie ou la bienséance ne l'obligeait en aucun cas à perdre du temps avec une noble qui n'avait su trouver une calèche convenable en remplacement de celle qui avait chuté dans le vide, tuant cocher et chevaux. La faute à cette histoire d'hallucination collective à laquelle il lui faudrait accorder un minimum de crédit, pour entrer docilement dans le moule que l'Etat (?) imposait à la population. Un sombre complot de plus.

Qui ne l'écarta nullement de sa pensée première. Elle allait d'ailleurs lui dire de renoncer car, de toute évidence, il n'existait aucune réponse satisfaisante quand il se décida à enfin prendre la parole. Pour lui révéler ce qu'elle avait déjà supposé. Vexée? Oh non. A vrai dire, la cantatrice ressenti comme une légère pointe d'indignation. Et pourquoi ne pas scander qu'elle avait écrit "attaquez-moi, je suis riche" en lettres pailletées, fluorescentes, lumineuses, flottant dans l'air au-dessus de sa tête le tout avec une alarme stridente associée à quelques gyrophares à huile incandescente? Elle releva un poing contre ses lèvres pour émettre comme un petit raclement de gorge en signe de son déplaisir, tâchant de ne pas perdre consistance. Fondamentalement, il n'avait pas tort, il fallait le reconnaître. Ses globes blancs lui montraient les faits. Elle ne collait pas au décor. Qu'il état frustrant de ne pas se trouver de réelle place par moment.

Retour à la case départ. Le tout avec un juron grossier suivit d'un sourire gêné qui fit vite disparaître la frustration déplaisante. Il était divertissant, ce colosse. Plein de bonnes volontés sous des airs un peu bourrus. Et bien qu'à cela ne tienne, autant chercher d'avantages de réponses puisqu'il parlait de la possibilité de reprendre ce métro.

"Je crains que l'accompagnement soit impossible."

Et surtout nullement souhaité. Elle n'avait pas réussi à mettre de la distance entre elle et Irène pour aller ensuite se chercher un chaperon qui passerait son temps à régurgiter des insanités sur la plèbe de Sécaria.

"Auriez-vous une idée exacte de l'heure à laquelle la rame sera remise en circulation? Ainsi que la raison pour laquelle celle-ci est tombée en panne?"

Autant discuter. Elle ignorait tout de la présence de l'homme ici. Mais de son point de vue hélas très peu vaste, elle s'imaginait que s'il s'était permis de l'aborder, c'était qu'il n'avait dans l'immédiat rien de bien pressant.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   15.10.11 10:19

"Eh bien, euh, pour tout vous dire, ça dépendra du temps qu'il me faudra pour changer les pièces. C'est pour ça que je disais une heure, environ"

Foncièrement honnête, il ne savait pas mentir, et par conséquent, sa réponse était on ne peut plus sincère. Il n'avait pas encore regardé le train endommagé, et malgré les ordres urgents de son patron, il était  faire la causette avec une noble, qui commençait de toute évidence à déprécier sa présence. Il avait mis les pieds dans le plat, et ne trouvait rien de mieux que de s'enfoncer encore.

L'ouvrier baissait la tête honteux d'avoir oublié sa tâche première et de s'être laissé aller à de telles disproportions par rapport à son rang, si bas. Il omit bien entendu la raison du dysfonctionnement, comme le voulait son métier. Il y avait de toutes façons de fortes chances qu'elle ne comprenne rien à son charabia, et la vulgarisation n'était pas son fort.

Comme un idiot qui vient de faire une grosse ânerie, il recula un peu, son sac sur l'épaule, attendant le sermon qui allait à coup sûre lui tomber dessus. Il écouterai le sermon, comme toujours, d'une oreille distraite, en hochant la tête et en se fustigeant lui-même, avant de repartir et de tâcher d'oublier cette désagréable rencontre. Enfin, c'était ce qu'il faisait généralement pour éviter les ennuis. Il valait mieux acquiescer à se faire traiter de crétin et d'incompétent que de se défendre et finir avec des ennuis bien plus conséquents qu'un simple blâme.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   15.10.11 13:04

Il y avait beaucoup, vraiment beaucoup d'informations dans cette simple réponse. Tout d'abord, il n'évoqua pas la cause de la panne. Ce qui voulait soit dire qu'il l'ignorait, qu'il ne voulait pas en parler, ou qu'il avait déjà oublié sa question. Sigal pencha plus pour la seconde possibilité. Aucun accident n'a été évoqué, mais parler de pièces à remplacer suggérait plutôt un problème d'ordre technique. Il n'avait aucune idée précise. Donc aucun planning exact de redémarrage de la rame n'avait été annoncé de manière publique. Finalement, il lui faudrait du temps pour changer les pièces.

Il lui faudrait du temps.

Sigal resta quelques secondes interdites. Puis ses prunelles laiteuses dévièrent lentement du colosse à son imposant paquetage. Pour finalement revenir à lui qui, visiblement honteux, baissait la tête en reculant d'un pas. Elle était en train de parler au... Réparateur? Monsieur du train? Mécanicien! Voilà. Ce devait être un mécanicien. Alors qu'il devrait travailler. Un métro était immobilisé et elle avait décidé de poursuivre une conversation avec celui qui devait le remettre en route. Puis il restait planter là, trop poli sans doute pour lui envoyer un "greuh" et passer son chemin pour se rendre là où le devoir l'appelait. C'était grossier. De sa part à elle. Au diable la bonne éducation, elle venait de commettre un acte d'égoïsme déplacé.

Fermement décidée à rectifier cet état de fait, Sigal s'avança et vint saisir de sa main gantée le poignet libre du colosse pour l'obliger à relever les yeux.

"Et vous vous laissez retenir? Quelle idée saugrenue!"

Bien décidée à l'entraîner en direction de la gare, si tant était que ça lui soit possible, la cantatrice se mis en mouvement.

"Par l'Etat! Et je vous parle au lieu de vous laisser faire votre travail! Par ma faute, tous ces pauvres gens doivent attendre. Je suis impardonnable. Il est temps que vous alliez remplir vos fonctions. Je vous accompagne pour excuser votre retard."

Il y avait de forte chance pour que le mécanicien ait à se justifier face au conducteur du métro, et probablement même face aux usagers. Il était hors de question qu'elle le laisse seul face à leur éventuelle colère alors qu'elle en était responsable.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   17.10.11 11:54

Cette fois, ce fut au tour de Kyle de restait interdit. Il s'était attendu à de nombreuses réactions, allant des réprimandes injurieuses aux violences physiques, en passant par l'humiliation, les regards méprisant et tout la mise en scène si habituelle de la noblesse. Il s'était même attendu à ce qu'elle le dénonce.

Au lieu de cela, elle eut une réaction complètement inverse, visiblement désolée et s'excusant. S'excuser de quoi ? De l'avoir empêché de travailler ? Il était le seule fautif de l'affaire et il se faisait pardonner ainsi ? C'était une première, et l'ouvrier commença à se demander si les miracles n'existaient pas bel et bien.

Abasourdi, il se laissa traîner, enfin plutôt suivit la Dame, avant de reprendre les devants pour qu'ils aillent au bon endroit, à savoir quelques dizaines de mètres plus haut que la station. Habituellement, il lui aurait épargné le chemin en disant qu'elle n'avait pas besoin de se donner tant de mal, mais sa réaction était tellement surprenante qu'il n'osait pas la contredire.

Ahuri qu'il était, il n'avait toujours pas remarqué certains détails chez elles, comme ses yeux aveugles. Pour l'instant, aucun rapprochement, tant il avait été concentré pour ne pas lever le regard plus haut qu'elle.

Si Kyle avait des comptes à rendre, c'était à son patron uniquement. Heureusement pour lui, les temps étaient respectés en raison de l'éloignement et de l'interdiction de prendre les transports en commun. Si bien que lorsqu'il arriva, ils ne l'attendaient pas avant une demi-heure encore, et son "avance" fut saluée.

Avant de devoir se mettre au travail, il se fendit d'une courbette pour sa "sauveuse".


"Merci beaucoup à vous MaDame, de l'attention que vous m'avez portée. Je suis votre débiteur, vous pouvez me demander ce que vous voulez."


La notion de "débiteur" n'était pas vraiment à la portée de la classe ouvrière. D'ailleurs, les mots de plus de deux syllabes restaient rares dans leur jargon. Ce mot issu de la richesse du langage soutenu était connu de Kyle depuis son plus jeune âge, ses parents biologiques lui ayant malgré tout inculqué quelques bases d'étiquette. Il aimait par ailleurs l'utiliser auprès des bonnes gens de bonne éducation, afin de signifier qu'il n'était pas, contrairement à certaines croyances, un demeuré.

Son but n'était ici pas de prouver quelque chose, mais plutôt de signifier à la personne qu'il connaissait le concept et qu'il tenait à l'appliquer.
Gentil par nature, il ne mesurait pas vraiment les risques d'un tel engagement, persuadé de la bonne foi de son interlocutrice.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   17.10.11 12:52

Pleine de bonne volonté. Sigal tâchait d'entraîner l'ouvrier... Sans trop savoir où aller en vérité. Évidemment à la station, mais pour le reste, c'était une autre histoire. Logiquement vers la voie à proprement parlé, mais là encore, elle ne savait pas où se trouvait avec exactitude la rame à rallier. Elle n'eut pas vraiment l'occasion de se poser le problème sérieusement puisque, à son grand soulagement, ce fut le colosse qui prit les devants pour... Aller plus loin que la station. Et bien encore heureux qu'elle n'était pas entrée dans l'édifice! D'une main, elle retenait délicatement les imposantes couches de tissus précieux de sa robe, afin de garder un pas suffisamment long pour suivre le rythme. Ce qui ne fut pas trop compliquée malgré ses bottines à talon. Les dames élégantes savaient se tenir sur des échasses de luxe!

Arrivés à bon port, la noble ne pu que constater qu'il n'y avait, semblait-il, aucun retard dans les délais. Chose étrange tout de même. Elle s'était attendue à une rigueur plus mesquine. Sans doute les milieux ouvriers étaient-ils moins agressifs qu'elle ne l'avait supposé. En tous les cas, elle n'eut pas besoin d'exprimer la moindre justification, ce qui en un sens la rassura. La perspective d'avoir à entacher une réputation aristocrate pour avoir détourner un plébéien de son activité première l'aurait tout de même embarrassée tôt ou tard.

Mais ce qui l'étonna le plus, ce fut le vocabulaire employé par le mécanicien. Des mots qui donnaient un décalage étrange avec son apparence. Il y avait comme quelque chose d'anormal, qui n'était pas à sa place. Aussi bien dans l'attitude d'ailleurs. Intriguée, elle considéra les paroles avec un peu plus de sérieux. Elle s'était avancée en pensant qu'il allait la malmener. Tout comme elle s'était certainement trompée sur le contenu de l'imposant sac qui ne devait certainement renfermer que ses outils de travail. Et probablement qu'elle se méprenait aussi sur la culture générale du citoyen moyen de Sécaria. Il allait être temps d'y remédier.

Elle dénoua avec l'agilité de l'habitude le cordon de son sac à main, afin de sortir un petit carnet dans un état d'usure avancé. Le genre d'accessoire qu'une grande dame ne possédait en règle générale pas. Puis elle extirpa de la première page écornée une plume à réservoir qu'elle dévissa, afin de prendre des note. Elle n'estimait en aucun cas que son attention méritait une quelconque récompense. Tout bien considéré, ce devrait même plutôt être l'inverse. Mais il avait proposé, et... Il serait idiot de ne pas saisir ce genre d'opportunité, n'est-ce pas?

"En ce cas, très cher débiteur, oserais-je quémander un infime petit service?"

Elle ouvrit son carnet là où un petit ruban avait annoté la page. On y trouvait une sorte de liste, sans queue ni tête, énumérant des choses à voir diverses et variées. Certaines étaient barrées, d'autres non. Elle ajouta en retenant le carnet..

Citation :
Découvrir un autre visage de Sécaria.

... Puis elle releva la tête vers l'homme.

"Auriez-vous la gentillesse de me faire visiter la ville dès que vous le pourrez? Je ne parle pas de tout ce qui se fait de plus touristique et banal, non. Mais de la ville telle que vous la voyez tous les jours."

Sigal afficha un petit sourire somme toute plutôt enfantin. De ceux que font les gamins quand ils demandent le droit de lécher le bol à pâtisserie à la fin de la recette.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   17.10.11 13:15

Pour la première fois enfin, Kyle croisa le "regard" de la jeune femme. Et là, malgré le capuchon, malgré tout ce qu'il venait de se produire, il la reconnut. Qui ne l'aurait pas reconnue, d'ailleurs. Après tout, son portrait et ses images faisaient le tour de la ville, et sûrement au delà. L'ouvrier s'était déjà pris à écouter sa voix passant parfois à la radio, en compagnie de sa mère malade.

Sigal Di Naenia. En personne. Il s'était adressé à la cantatrice sans doute la plus populaire tant du milieu plébéien que dans les hautes sphères de la société. La cantatrice aveugle, à la voix magnifique. Et il était en face d'elle, à la traîner dans les recoins les...

Cette rencontre était pleine de surprises, et il comprenait encore moins ce qu'elle faisait en ces lieux, seule. Kyle ne croyait pas avoir vu qui que ce soit pour assurer sa protection. D'ailleurs, si ça avait été le cas, les gardiens en question lui auraient sans doute fait la peau, ce qu'il ne souhaitait pour rien au monde.

Pourtant, il s'abstint de tout commentaire. Il enchaînait les bourdes depuis tout à l'heure, et ne voulait pas ajouter celle là à son palmarès. Au lieu de cela, il se contenta d'écouter attentivement la requête.

Faire visiter la ville ? La basse ville ? Pourquoi donc ? Quel intérêt cela pouvait-il avoir pour elle ? Tant de questions qu'il voulait lui poser, tant de raisons de la dissuader. Mais il n'avait qu'une parole, et en aucun cas il se serait permis de la contredire.

Il réfléchit un court instant. Lui donner rendez-vous eût été inconvenant, et l'accompagner dans pareil accoutrement n'aurait guère été avantageux pour elle. Lorsqu'il la vit sourire, de ce sourire innocent et pourtant si charmeur, ses joues s'empourprèrent. A rajouter à ses avantages : elle avait un beau sourire. De quoi lui faire perdre ses moyens et répondre sans la moindre réflexion :


"Comme vous voulez. Je répare la machine, je me lave et je me change, et je vous rejoins."

Bravo, une phrase sans réflexion, sans idée de temps ni de lieu, il allait aller loin avec ça. Pour masquer sa gêne, il éprouva soudain le pressant besoin de vérifier la présence de tous ses outils. Il espérait que personne ne les regardait, de peur d’entacher la réputation de la Dame.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   23.10.11 22:03

Spoiler:
 

C'était étrange. Quelque chose n'allait plus vraiment. Comme si un petit détail avait changé. Sigal n'aurait trop su dire quoi, mais les secondes de silence qui avaient suivi sa requête lui donnaient l'impression qu'elle avait probablement bien trop demandé. Une vilaine enfant pourrie gâtée, voilà ce qu'elle était. Mais elle ne s'en voulait pas pour autant. Comment obtenir quelque chose qui nous ferait plaisir si l'on s'avérait totalement incapable de le demander? Sans compter qu'il avait de lui-même estimé être son débiteur. Elle n'avait rien exiger d'autre. Les détails qui pouvaient entourer la concrétisation de sa demande lui paraissaient futiles. A vrai dire, s'il avait fallu considérer les accoutrements, c'était plutôt elle qui finirait par détonner avec tout ce qui l'entourait. En tout les cas, toutes ces considérations lui passaient bien loin au-dessus de la tête.

Mais il y avait définitivement quelque chose d'étrange avec ce sympathique colosse. Déjà... Ne serait-ce pas comme un rougissement sous la crasse qui lui assombrissait les traits? Elle n'en était pas certaine et, comme pour vérifier son impression, elle allait s'avancer d'un pas pour mieux regarder quand il la coupa dans son élan en lui apportant une réponse plus qu'espérée. Elle ne retint pas un large sourire de satisfaction et joignit ses mains sur son carnet qu'elle pressa contre sa poitrine. Il lui aurait tendu une rivière de diamants qu'elle n'aurait pas eu l'air plus ravie!

Seulement il se détourna à nouveau pour, semblait-il, s'occuper de ses outils, et donc de son travail. Sigal s'en voulu un court instant, mais il fallait tout de même qu'elle l'interrompe une petite seconde pour un tout petit détail qui à son avis était primordial. Un petit détail qui ne tenait qu'en un seul mot. Alors elle tendit une main pour la poser sur le bras de l'ouvrier, sans gêne aucune, juste pour le détourner de son activité première pour le lui dire. Un simple...

"Merci!"

Puis, parfaitement consciente qu'il y aurait certainement pas mal de choses à considérer, comme si elle devait le rejoindre autre part pour qu'il puisse aller se changer, par exemple, elle décida de remettre à plus tard ses interrogations pour ne pas ralentir son travail. Après tout, bon nombres de citoyens attendaient sur ses réparations pour reprendre le court de leur quotidien. Aussi, elle s'écarta pour laisser toute la place nécessaire aux employés ferroviaires et alla plutôt s'assoir sur une grosse caisse isolée pour ranger carnet et plumes. Elle saurait facilement occuper son temps d'attente et sorti plutôt un fouillis de feuilles enroulées et pliées de son sac à main pour commencer à les lire avec attention. Ces nouvelles partitions allaient l'occuper un moment.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   26.10.11 12:24

Spoiler:
 

Fourré dans ses outils, le contact de la jeune femme fit cette fois furieusement rougir Kyle, chose dont il se cacha autant que possible. Pris soudain d'un enthousiasme nouveau, il lui demanda de ne pas bouger et partit immédiatement vers la locomotive, espérant que sa compagnie n'avait pas été remarquée. Ce n'était pas pour lui qu'il pensait ça, mais pour elle. Et ce qu'il craignait plus aussi, en ces temps obscurs, c'était que sa réputation lui joue des tours. Elle n'était pas, à ses yeux, en sécurité.

Les réparations prirent un bon moment. Une partie de la chaudière avait sauté et le baromètre était mort. Sans compter que le surplus de pression avait fragilisé la structure. Il avait fallu attendre que tout refroidisse, qu'il nettoie l'intérieur, avant de changer les plaques et une partie de la tuyauterie. Pour le baromètre, il fit preuve d'une adresse insoupçonnée, au vu de son gabarit, démontant délicatement la petite machine et réparant minutieusement les minuscules composants.

Une heure après, il mettait le charbon et testait la pression. Pas une fuite. Il recommanda toutefois au conducteur de laisser cette loco au dépôt le soir. Avec ce qu'il venait de faire, ça tiendrait le reste de la journée, mais il craignait que ça ne se reproduise le lendemain, et il n'avait pas dans son sac le matériel pour faire une réparation totale.

Son travail terminé, il revint non loin de la demoiselle, mais tâchant de ne pas paraître aller vers elle : il était encore plus crasseux qu'à l'aller, couvert de suie et de poussière de charbon. Il observa le métro reprendre sa route, puis, s'assurant que personne ne les regardait, il fit signe à la jeune femme de ne pas bouger, une fois de plus, et partit vers un bâtiment industriel voisin.

Un quart d'heure plus tard, il revenait, moins sale, même si sa salopette avait encore quelques traces. Il semblait un peu déçu, mais au moins on voyait le teint de sa peau, et ses cheveux humides ne partaient pas dans tous les sens.


"Navré pour l'attente. J'ai du me débarbouiller un peu."


Il avait aussi appelé son chef pour annoncer qu'il ne pourrait pas rentrer ce soir, chose qui fut acceptée à son propre étonnement, mais il se garda d'en parler. Ce devait être un coup de Nigel. Il se débrouillait toujours pour lui arranger des situations lorsqu'il avait besoin d'aller voir sa mère pour ses problèmes de santé. Heureusement, c'était rare.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   26.10.11 13:16

Spoiler:
 

Le nez plongé dans ses partitions, Sigal se dit qu'elle avait décidément du le mettre bien mal à l'aise pour qu'il rougisse autant. Soit elle se faisait des idées, soit il était bien assez aimable pour tolérer qu'elle exige autant de lui. En tous les cas, il n'était plus temps de chercher à ens avoir plus. Concentrée sur ses feuilles, elle tira un peu plus son capuchon. Ce fut à peine si on lui jeta de vagues coups d'oeil interrogatifs. Il fallait dire qu'une passnte avec un si riche manteau ne traînait en règle général pas dans ce genre d'endroit. Mais il y avait tellement de phénomènes surprenants à Sécaria que celui-ci resterait infime dans la mémoire des quelques ouvriers passants par là.

Toute concentrée dans la mélodie qu'elle était seule à entendre, parcourant les notes comme si elle les eut chanté, elle mémorisa blanches après noires, croches après soupirs, bémoles après crescendo la moindre subtilité des partitions qu'elle faisait défiler entre ses doigts. Les feuilles ne tardèrent pas à être toutes vues. A peine quelques minutes. Mais là n'était pas la seule activité qu'elle fit. Ressortant sa plume à réservoir, et prenant appui sur son carnet posé sur ses genoux croisés, elle anota sans aucun scrupule les portées qu'on lui avait remises. Des originaux paraissait-il. Rempli de quelques erreurs qui ne pourraient se faire remarquer qu'une fois chantées avec les instruments. Des erreurs que Sigal repéraient aisément avec ses années d'expériences. Elle cocha, ajouta, suppriima, nota son avis, entoura des mesures, en barra d'autres, ce qui lui prit juste le temps que le travail du mécanicien soit fait. Elle ajoutait un dernier point au moment même où le métro redémarrait pour aller rejoindre son circuit trop longtemps abandonné.

Réalisant qu'il lui fallait se décider à bouger, la cantatrice se releva, cherchant du regard le colosse - surtout ne pas oublier de lui demander son nom! - qui lui intima d'un geste de ne pas bouger. Se montrerait-elle trop hâtive? Sa mère le lui reprochait bien souvent. Elle sourit, hocha la tête, agrémenta le tout d'un petit geste de la main, et se détourna. Après tout, il lui restait des choses à faire. Come commencer par ranger les partitions, elle enroula soigneusement pour les enfoncer dans son sac à main, pour ensuite les accompagner de son carnet et sa plume. Le tout en ordre, elle fit quelques pas, tournant sur place, contemplant avec plus d'attention tout ce qu'il y avait autour d'elle. Des gens pressés, souvent d'humeur maussade, qui ne portaient aucun regard sur elle. Non vraiment, quelle idée de se faire accompagner par de vaillants gardes du corps? Cela ne lui servait à rien à présent. L'époque où elle s'était faite harcelée remontait à loin. A présent qu'elle n'était plus une nouveauté sur la scène, l'intérêt ne se maitnenait que pour re respectueux connaisseurs de la musique. Oui, sous certains aspects, Sigal était aussi régulièrement bien inconsciente en apparence.

Ses pas finir par s'immobiliser devant uen paroi sur laquelle avait été partiellement arrachée une affiche parlant de... "Balayeurs honnêtes"? Elle inclina la tête, curieuse. Hélas la moitié du texte manquait. Décidant qu'elle s'égarait sur d'autres sujets qui lui échapperaient, elle se retourna pour voir le mécanicien approcher. Il y avait alors un visage mûr et tout à fait charmant sous la suie! Il s'était donné de la peine et ça se voyait. Sigal eut un léger pincement au coeur en se disant que c'était probablement à cause d'elle qu'il devait changer ses habitudes. Elle s'efforça de chasser ces pensées pour se dire que finalement, il y avait un simple échange de bon procédé. Et elle allait y gagner probablement bien plus qu'il ne pourrait l'imaginer.

"Vous êtes fort aimable de vous donner tant de peine pour me rendre ce service."

Elle joignit ses mains devant elle, pour ajuster le cordon de son sac autour de son poignet avant d'en revenir au colosse.

"de fait, je réalise que je n'ai même pas eu la présence d'esprit de vous demander votre nom."

Ce qui serait la moindre des choses. Surtout pour la peine qu'il allait se donner.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   26.10.11 15:08

"Je m'appelle Kyle Greenhand, MaDame. Mais vous pouvez m'appelez Kyle, simplement."

L'ouvrier jeta un bref œil critique à l'affiche de révolte contre les balayeurs. Cet événement remontait à loin, mais restait une affaire encore d'actualité. Pour sa part, il était assez content que les balayeurs soient là : il fallait quelqu'un pour faire le gros ménage, dans cette ville.

Il ne s'attarda pas là dessus, et n'en parla d'ailleurs même pas. La question qu'il se posait à présent, c'était de savoir quelle partie de la ville faire visiter à cette dame de haute société. Il se voyait mal la traîner dans les bas-fonds de la ville, bien dans la brume. Et en même temps, c'était elle qui l'avait voulu, elle pourrait bien lui reproché s'il coupait volontairement.

Ne sachant trop ce qu'il avait à faire, il se risqua à la question :


"Alors, par où voulez-vous commencer ?"

Il envisageait déjà la "promenade". Elle finirait forcément par être vue, ou du moins remarquée, mais après tout, c'était sa volonté, pas la sienne. Il espérait juste qu'il n'y aurait rien d'insurmontable, et qu'un quelconque garde ne lui tomberait pas sur le dos.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   26.10.11 19:51

Un court instant, Sigal suivit le regard du mécanicien en direction de l'affiche. Il ne fit aucun commentaire sur le sujet, mais avait l'air d'en penser beaucoup. Elle-même restait plutôt réservée sur la question. Par principe, elle estimait que toute chose et toute personne avait une raison d'être, mais la violence... En tout les cas, qu'est-ce qu'une demoiselle des hautes sphères sur-protégée de surcroit pouvait-elle bien prétendre avoir comme opinion objective sur le sujet? Mieux valait ne tout simplement pas entrer en matière. En revanche, elle était prête à entrer en matière sur un toute autre sujet.

"Alors appelez-moi simplement Sigal!"

A dire vrai, elle ne savait pas s'il l'avait reconnu. A vrai dire, ce genre d'idée ne l'avait même pas effleurée. Mais puisqu'il semblait d'usage dans les bas-fonds d'utiliser les prénoms, elle ne voyait pas l'utilité de trancher d'avantage en se laissant appeler "Ma Dame". Seuls les domestiques parlaient ainsi. Ce qui ne lui plaisait pas particulièrement, mais à l'heure actuelle, c'était encore Anna-Marie Di Naenia qui dictait les règles de bonne conduite dans la demeure familiale.

Venait la grande question de ce qu'il fallait visiter. A vrai dire, elle n'en avait pas la moindre idée. Elle ignorait tout de ces endroits peu fréquentables. Chacune de ses sorties, même de passage, avaient toujours été soigneusement encadrée. Aujourd'hui, dénuée de calèche, elle avait réussi avec le soutient d'Irène à larguer les deux gorilles charmants messieurs qu'on lui mettait régulièrement sur les talons suggérait vivement pour galante compagnie. Inciter ensuite la maquilleuse à la laisser seule n'avait été qu'un concours heureux de circonstances. Bien qu'elle apprécie sincèrement sa présence à ses côtés. Elle savait qu'aucune de ces trois personnes n'irait se vanter de l'avoir perdue de vue avant... Disons au bas mots quelques heures. Sans doute avait-elle jusqu'à la tombée de la nuit pour faire acte de présence auprès de sa famille comme si rien ne s'était passé. Ces quelques heures lui appartenaient pleinement à présent. Autant saisir l'opportunité de découvrir l'inconnu.

"Commencez donc par me montrer les lieux qui vous plaisent le plus, les endroits que vous connaissez bien. Je sais que ce que je vais également vous demander risque de s'avérer quelque peu compliqué, mais..."

Comment tourner la remarque sans mal se faire comprendre. C'était difficile, mais elle tâcha de formuler.

"Si vous pouviez faire abstraction de quelconques classes sociales pour cette promenade, je vous en serai infiniment reconnaissante"

Elle ne devait sans doute pas lui faciliter la tâche. Mais la dernière chose qu'elle voulait, c'était bien de se voir proposer un circuit pour riches personnalités en quête de quelques sensations déplacées dans des lieux presque créés pour leur montrer un monde sans les y faire pénétrer. Les vitrines de la vie seules ne l'intéressaient pas.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   27.10.11 11:42

C'était donc bien elle. Son simple nom, même s'il s'agissait sans doute d'un nom de scène, suffisait à lui faire comprendre qu'il ne s'était pas trompé. Ce n'était pas répandu, assurément. Il était donc en compagnie d'une cantatrice célèbre, noble de surcroît, qui lui demandait de lui faire visiter la ville en oubliant le palier des classes sociales, souhaitant clairement être emmenée dans des lieux communs qu'elle n'était pas habituée à voir. Rajoutons à cela qu'elle était de très charmante compagnie, remarquable, et qu'il devait désormais l'appeler par son prénom.

Personne ne le croirait jamais s'il racontait ça. De toutes façons, il n'avait pas vraiment intérêt à raconter pareille histoire, quand bien même elle fusse crédible.

L'ouvrier réfléchit un moment. Des endroits qu'il aimait. Il aimait sa maison, sa mère, mais il doutait que ce fusse là la volonté de la Dame. Il aimait ses machines, ses petites inventions, se balader sur les hauteurs des tuyauteries, aller au bar avec des amis. Oublier le palier... Elle risquait de ne jamais revenir, mais tant pis, après tout.


"Eh bien, pour commencer, on devrait commencer par les quartiers populaires. En passant par la voie principale, on peut arriver dans mon quartier en une bonne demi-heure. Il y a quelques crieurs publics et des marchands divers, c'est assez fréquenté."

Le choix n'était pas innocent. D'une part il souhaitait aller là où les gens le connaissaient. Si certains cherchaient les ennuis, il aurait du soutien, et pouvait s'assurer le mutisme de ses comparses. Une autre raison, c'était qu'il y avait quelques fripiers, même s'il ne savait pas comment convaincre la grande Dame se vêtir de quelques frusques pour être moins visible. Et enfin, il y avait de quoi manger, et son estomac commençait à le faire souffrir, étant donné qu'il avait du sauter la pause déjeuner pour réparer cette rame.

Il se mit immédiatement en route, reprenant le chemin en sens inverse pour revenir à la place où ils s'étaient rencontrés. Après quoi, il leur fit prendre la route principale, longeant les trottoirs, et s'assurant sans cesse qu'elle suivait toujours.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   27.10.11 13:20

Il ne restait plus qu'à observer si, sur le long terme, sa requête pourrait être respectée. Rien n'était moins sûr. Mais en tout les cas, elle avait eu l^'occasion de demander et pour l'instant, cela suffirait bien à la cantatrice. Toute tournée vers l'impressionnant Kyle, elle écouta le plan qu'il lui proposa. Les quartiers populaires! Une seule fois elle les avait vaguement effleurés à pieds, dans un accoutrement d'homme, et sans ses implants pour profiter du specatcle. Mais tout ceci n'avait été que le fruit de son imagination associée à un fantastique délire collectif, paraissait-il. Elle partit sur l'idée de totalement découvrir tout ce qui allait l'entourer.

La marche ne l'effrayait pas. Quand bien même ses chaussures hors de prix étaient d'avantage faites pour parader que pour servir d'outil de déplacement, elle ferait avec. Peut-être trouverait-elle quelque chose de plus confortable sur place? S'il y avait une chose qu'elle avait remarqué en compagnie des femmes de chambre, c'était bien que malgré un style moins esthétique, les tenues de la plèbe possédaient un avantage certain sur la haute couture noble: le confort. Enfin, la simple perspective que le lieu soit fréquenté la ravissait. Plus il y avait de monde, plus elle pourrait voir la vie telle qu'elle l'était. Des ruelles désertes n'auraient su lui apporter un réel dépaysement.

"Cela sera parfait."

Elle se mit donc en route, suivant son guide du moment qui revint sur leurs pas pour retraverser la place. Son pas était plus grand que le sien, et elle trotta au commencement pour le suivre. Puis, constatant qu'il ne faisait que se retourner pour s'assurer de sa présence, elle choisi de lui simplifier la vie en se rapprochant à son côté...

"Vous me permettez?"

Pour glisser son bras sous le sien. Certes, ce n'était pas convenable, mais c'était nettement plus pratique. Sans compter que sa stature offrait clairement une sensation rassurante.

"Si mes manières vous sont trop inconvenantes, n'hésitez pas à m'en faire part. J'espère ne pas me montrer trop déplacée."

Déjà dans les hautes sphères, il arrivait que l'on voit d'un mauvais oeil sa propension à chercher le contact physique. Avant de se rappeler que pendant bien des années, ce fut l'un de ses très rares moyen de percevoir le monde qui l'entourait.
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   02.11.11 14:05

Comment décrire le ressenti de Kyle à cet instant. Gêné n'était pas le mot. Au contraire, ce simple contact lui était agréable, chaleureux. Le problème venait de son cerveau de sa foutue "raison" qui le taraudait sans cesse. Il aurait aimé être capable d'arrêter de penser, mais malheureusement, c'était loin d'être son cas. Plutôt que gêné, et au delà du cas des différences de classes sociales, son esprit était un véritable tourbillon de panique.

Il stoppa de justesse le réflexe de retirer son bras, sans compter celui de s'agiter dans tous les sens et de bafouiller. Un tel contrôle de lui-même était rare, mais à situation exceptionnelle...

Son autre soucis se situait désormais dans sa crispation nouvelle. Elle était frêle, bien plus que n'importe quelle femme dans son quartier, et il craignait de lui faire mal s'il ne faisait pas attention. Et enfin seulement venait la considération de l'entourage et des regards. Pour la première fois de sa vie, il bénissait cette manie si souvent maudite qu'avait la populace à regarder ses pieds plutôt que son environnement proche. Ainsi, il faudrait un moment avant que ça ne se remarque.

Ses joues s'empourprèrent. Il subissait à l'heure actuelle le terriblement agréable assaut d'un contact par trois fois très rare à ses yeux : il était en contact avec quelqu'un qui ne cherchait pas à le frapper ou lui faire une accolade virile. De surcroît, ce quelqu'un était une femme. Et enfin, cette femme était une noble aussi jolie qu'agréable, et ce constat suffit quasiment à le faire fondre sur place.

Tâchant de préserver sa contenance autant que possible, il dirigea la jeune femme au travers de la foule, prêtant attention à ne pas la lâcher, même s'il n'aurait jamais osé la retenir de ses mains. Il vint immédiatement auprès d'un fripier, et, osant enfin parler, il chuchota à la demoiselle, sur le ton de la confidence :


"Loin de moi l'idée de vous critiquer, mais je pense que des vêtements plus... passe-partout seraient de mise. ça peut nous éviter une paire d'ennuis."

Au vu de la situation, il ne s'embarrassait plus de son éternel ton respectueux envers la haute noblesse. De toute évidence, elle ne souhaitait pas être traitée ainsi, et il s'en tint donc à son amabilité habituelle, malgré tout agréable. Il espérait toutefois ne pas aller trop loin dans sa requête.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   02.11.11 21:14

Il était crispé. Elle le sentait très bien sous ses doigts. Le pauvre n'était vraiment pas à l'aise dans cette position. Sans doute qu'elle se montrait trop invasive. Oui, c'était très certainement cela. Pourtant, malgré une bonne volonté sous-jacente, elle n'avait pas la plus petite envie de relâcher sa prise. Il y avait tant de monde autour d'eux qu'elle en tirait la certitude qu'elle finirait par le perdre dans cette foule. Néanmoins, elle comprenait aisément que sa présence était dérangeante. Comment pourrait-il en être autrement? Elle tira un peu plus son capuchon, et repoussa ses boucles rouges dans les méandres du col de son manteau. Autant éviter les petit détails qui la feraient remarquer plus que ce n'était déjà le cas. Par chance, tout un chacun semblait plus préoccupé par sa propre marche que par celle d'une lady un peu trop richement vêtue pendue au bras d'un colosse de plébéien.

Contemplant la foule par en-dessous, la cantatrice se hasarda à lever les yeux un instant sur son guide du moment. S'il faisait la grimace ou montrait le moindre signe de dégoût, il serait alors préférable qu'elle cesse là tout caprice et le relâche tout bonnement. Au mieux, elle espérait une sorte d'indifférence. Ce qu'elle vit l'étonna. Il rougissait à nouveau? Les contacts entre humes étaient donc si rares en milieu roturier? L'idée lui paraissait inconcevable. A dire vrai, elle avait même plutôt envié jusqu'ici cette apparence d'échanges tactiles bon enfants. Là où il était normal de s'effleurer, dans son monde toucher était un signe de mauvaise éducation. Ses premières années de découvertes de son environnement avaient été atrocement mises à mal en raison de son handicape. Elle se rappelait du dégoût pointant dans la voix d'une amie de sa mère, signalant que l'aveugle était en train de tâter le précieux taffetas de sa jupe, peu avant qu'Anna-Marie ne la somme de s'en aller sur un ton aussi autoritaire que peu maternel. Mais elle n'était pas ici pour se rappeler de ces détails déplaisants de son enfance. Au lieu de ça, elle se contenta de cacher son sourire amusé derrière une main gantée en détournant les yeux pour jeter un nouveau regard fasciné sur les alentours.

Jusqu'à-ce que ses pas ralentissent à proximité d'une des boutiques peu recommandables qui peuplaient l'endroit. Interpelée sur le ton de la confidence, elle releva à nouveau un regard interrogateur vers Kyle... Pour ensuite baisser les yeux sur son manteau hors de prix. Une tenue plus passe-partout? Elle sen pencha sensiblement pour porter un regard plus analytique sur les diverses fripes qui se cumulaient à la vue de tous. Puis elle baissa une nouvelle fois les yeux sur sa tenue, et en revint au mécanicien.

"Voilà une remarque fort judicieuse! Attendez-moi un instant, je vous prie."

Il avait raison. Elle était trop remarquable, ce qui allait nécessairement nuire à sa petite escapade. Certes, elle risquait de se faire méchamment redresser les bretelles si on la remarquait dans une tenue moins appropriée à la haute noblesse, mais... Et l'esprit d'aventure alors? Sans tarder, elle se glissa dans la boutique et disparu entre les quelques rayonnages de tenues diverses et variées. Pas de tissu précieux, pas de bijoux, pas de merveilles luxueuses... Par l'Etat, comment allait-elle se repérer? Dans le doute, elle aborda sans gêne aucune une vendeuse pour échanger quelques mots et se laisser entraîner vers les cabines à l'arrière. Ce qu'il y avait d'agréable, c'était la serviabilité de ces courageuses employées si prompt à conseiller! En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Sigal ressortait, jetant par-dessus ses épaules une lourde cape de laine terne sur un chemisier de lin blanc cassé agrémenté d'un corset de cuir quelque peu élimé. Pour le bas, un épais pantalon de toile et des bottes confortables complétèrent l'ensemble. Son adorable sac avait été remplacé par une grosse pochette accrochée à une large ceinture retenue par les hanches plutôt plantureuses de la cantatrice. Ne restaient que ses boucles rouges qu'elle cacha tant bien que mal sous ce qui sembla être une casquette gavroche qui semblait avoir été autrefois un accessoire de l'armée. Ses gants de velours avaient cédé la place à des gants de laine aux doigts coupés. Derrière elle, la vendeuse devait se pincer pour croire qu'elle venait de troquer des fripes bas de gamme contre un manteau de luxe, une robe de soie, et d'autres accessoires qu'elle n'aurait pu qu'effleurer du regard dans les hauts quartiers.

"Je suppose que ceci devrait être d'avantage adapté aux couleurs locales, non?"

Oui, cela correspondait assez bien au costume de plèbe de certains opéras qu'elle avait chanté. L'aspect réaliste en plus. Satisfaite, elle leva un sourire ravi vers Kyle.

"Vous n'aurez plus à rougir de mon style."

En voilà une bonne chose de faite!
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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   03.11.11 13:34

Kyle n'en revenait pas. D'une part, il n'en revenait pas de l'aisance qu'elle avait eu avec la vendeuse, et de celle de porter des vêtements "normaux" à ses yeux. Mais plus encore, elle accueillait cela avec un sourire radieux. Allait-il s'étonner éternellement sur son comportement ? A dire vrai, il commençait à percer à jour certains aspects de son caractère. En tout cas, ce dont il était certain, c'était qu'elle n'avait pas envie de faire demi-tour.

"C'est... parfait."


Il ne sut trop quoi dire d'autre. Désormais fondue dans le flux de la foule, il serait plus aisé d'éviter les malandrins. Et de la perdre aussi. Par politesse comme par crainte, il tendit aimablement son bras pour qu'elle le prenne de nouveau.

Il allait commencer par lui faire visiter son propre quartier. Cela demandait de s'enfoncer un peu dans la brume, là où le soleil filtrait difficilement, mais il y allait d'un pas assuré, prenant toutefois garde à ne pas la faire galoper. La galanterie était une chose à laquelle il tenait, et à présent que la barrière des classes était brisée, il se permettait un peu plus d'aisance.

Ils commencèrent par sa maison, petit bâtisse de pierres et de métal au pied d'un bâtiment bien plus imposant, aux allures solides mais sans doute peu isolé du froid. A l'intérieur, on entendait un poste de radio. Il l'abandonna quelques minutes devant la maisonnée, la priant de ne pas entrer, prétextant en riant que sa mère, qui habitait là, pouvait lui tenir la conversation pendant des semaines. Il se contenta de saluer sa mère et de vérifier sa température ainsi que la chaudière, avant d'expliquer qu'il avait encore des choses à faire, et repartir.

Comme à chaque fois qu'il voyait sa mère, chaque jour un peu plus malade, le cœur de Kyle se serrait, et il en ressortait toujours un peu pâle, mais tâchait d'afficher un sourire et oublier sa peine en passant immédiatement à autre chose. La seconde étape fut le bar au coin de la rue. A cette heure là, il n'y avait pas grand monde, quelques amis disputant une partie de cartes avant de se remettre au travail, et un ou deux tire-au-flanc décidés à battre leur record de consommation d'alcool.

Afin d'éviter les questions hasardeuses, il présenta Sigal sous le nom de Synthia, une cousine lointaine en visite à sa mère, à qui il faisait visiter la ville. Argument crédible, à condition que la jeune femme joue le jeu.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   04.11.11 12:59

Faire demi-tour? L'idée même ne lui avait pas effleurer le'sprit. A elle l'aventure et les futures souvenirs à se projeter pour ces longues période d'ennui insolubles qui peuplaient le quotidien des nobles demoiselles. Ce n'était pas si différent d'une montée sur scène. Costumes et figurants étaient au rendez-vous. La différence était que ce qu'elle voyait ne tenait pas du décor en bois et carton. C'était la vie, la vrai! Celle sur laquelle médisaient tant de ses semblables. Celle qu'elle avait appris à connaître au travers de ces personnes de l'ombre dont elle avait mémorisé chaque déplacement dans la demeure familiale. Elle afficha un large souirire empli de sincérité lorsque son guide du moment lui offrit spontanément son bras. Quel homme galant! Et on disait que les plébéiens étaient mal éduqués? Balivernes!

Le monde dans lequel elle se laissait volontiers entraîné était autrement plus sombre, plus brumeux. Le soleil ne semblait qu'un spectre qui se cachait. Peu rassurant à vrai dire. Trop peu rassurant quand sous un prétexte tout à fait valable il la laissa seule devant l'entrée d'une maisonnée plutôt mal isolée lui semblait-il. Face à l'entrée, elle la contempla quelques instants, resserra les pans de cette cape tout de même moins chaude que son luxueux manteau, et jeta des coups d'oeils aux environs avant de sagement se mettre en retrait sous le porche. Les quelques passants ne lui portèrent pas le moindre regard, signe que sa tenue semblait tout du moins adaptée. Le retour de Kyle la fit cesser de détailler les ruelles. Il lui semblait un peu pâle, un peu mal. Etrange.

Mais déjà il la guidait plus loin dans la rue, direction un bar. Exactement le genre d'endroit dans lequel elle n'avait jamais mis les pieds. Les espaces bar des grands hôtels ne pouvaient être comparés à ce genre d'endroits autrement plus animés. Pourtant, il y avait peu de monde lui semblait-il, toute tournée qu'elle l'était vers l'observation du zinc, de la salle, des cartes, des clients... Tant de choses tellement différente! Plongée dans la contemplation du lieu, elle eut un air des plus surpris quand elle se vit présentée sous le pseudonyme de Synthia. Fixant quelques secondes Kyle, elle réalisa subitement qu'il valait mieux entrer dans le jeu. Ce n'était pas une erreur, juste la continuité logique de son déguisement. Et le momant parfait pour sortir un de ces parfaits souvenirs de voyage. Aussi, elle répondit avec un accent totu droit échappé d'Ortaire.

"B'jour, Synthia Redhead, de Jakata."

Jamais elle en s'était autant félicitée de garder toujours une attention particulière sur les petits passants. Attention que sa mère qualifiait de distraction et d'un manque de concentration. Il fallait pourtant reconnaître que les anonymes avaient beaucoup à enseigner. Le plus naturellement du monde, elle tâcha de se mêler aux gens du lieu, alors que dehors, à travers une fenêtre fumée, deux silhouettes imposantes semblaient jeter un coup d'oeil à l'intérieur du bar. Se rapprochant du mécanicien, Sigal murmura à peine, dans l'idée d'éclaircir une interrogation précédente.

"Tout se passait bien chez vous? Vous m'aviez l'air quelque peu mal en sortant de votre demeure."

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Kyle Greenhand

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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   04.11.11 13:37

Elle avait de la ressource. Plus qu'il ne l'aurait cru. Et ce n'était pas plus mal, car le subterfuge sembla fonctionner à merveille. Il fallait dire qu'il n'était pas difficile de les abuser. Une cousine par ici, un tante ailleurs, ville lointaine que de toutes façons ils ne verraient jamais, et le tour était joué. Kyle n'était pas du genre à mentir, en fait, il détestait le mensonge, mais là, il ne s'agissait que d'une petite cachoterie qui ne faisait de mal à personne, bien au contraire. Il avait donc la conscience un peu tranquille.

Comme pour toute présence féminine, évidemment, les regards se tournèrent vers la demoiselle aux traits fins, mais la présence de Kyle, et le fait qu'elle soit "de la famille", leur épargna les tentatives d'approche douteuses. Le machiniste demanda un jus de fruits pour sa cousine. Ce n'était certes pas la qualité qu'elle connaissait, mais ils ne trouveraient rien de mieux ici bas. Devant le sourcil levé du barman, plus habitué à une consommation d'alcool, Kyle fit un petit signe de la main signifiant "eh, et la galanterie alors ?", sous entendant que les femmes ne faisaient pas partie de son lot de poivrots habituel, et qu'à ce titre un petit effort s'imposait. Ceci dit, pour compenser la "perte", il prit une petite bière, qu'il complèterai sans doute par une choppe plus importante le soir, avec Nigel, son meilleur ami.

Il la fit s'installer à une table. Les lieux étaient un peu exigus, mais la faible fréquentation permettait de trouver un coin tranquille où s'installer sans trop se faire entendre. Les chaises étaient d'un vieux bois parfois craquant et les tables métalliques étaient tenues à peu près propres. Et les verres étaient bien tenus. L'hygiène buccale était quelque chose qui tenait assez à cœur le barman, et il entendait que ça se sache.

En plus de la brume qui entrait un peu dans les lieux, une fumée de cigarette montait au plafond, laissant une odeur pas toujours agréable, mais dont Kyle ne se rendait pas compte, habitué, et fumeur de pipe. Il eut toutefois la décence de ne pas sortir cette dernière. Un peu gêné, il ne savait pas trop comment entamer une conversation avec sa "cousine", mais ce fut finalement elle qui s'en chargea.


"A dire vrai, mais mère est assez malade. L'âge, tout ça, je sais que la fin est proche, j'aime autant qu'elle le vive pas trop mal."


Il ne tenait pas à s'étendre sur le sujet. Après le décès de son père, il s'était occupé de sa mère pendant des années, et à présent, il la voyait partir sans rien pouvoir faire. C'était assez dur pour lui, et malgré le sourire un peu forcé qu'il affichait, il peinait à ne pas pleurer lorsqu'il parlait d'elle.
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MessageSujet: Re: Correspondance métropolitaine   07.11.11 21:33

Un... Jus de fruits? Ils servaient ça dans ce genre d'endroit? Sigal se serait plutôt attendue à un alcool fort, ou quelque chose qui tiendrait du vulgaire tord boyaux comme se plaisaient à en parler la basse main d'oeuvre de l'opéra. Perplexe, elle observa la colonne de bouteilles soigneusement alignées derrière le barman observant les étiquettes, puis décréta que sas doute il devait y avoir derrière cette commande un élan de bonne volonté. De fait, serait-elle capable d'endurer les méfaits de l'alcool? Rien n'était moins sûr. Malgré son goût d'aventure, la cantatrice n'était tout de même pas prête à tenter l'ivresse dans un lieu qui, bien que les verres soient bien tenus, restaient tout de même sordide. Il n'y avait qu'à voir les quelques regards en coin dont ils furent l'objet et qui l'obligea, quelque peu confuse, à tirer d'avantage sur la visière de sa casquette. Des yeux blancs soulevaient souvent des questions embarrassantes.

La perspective de se poser à une table un peu en retrait ne pu qu'être accueillie agréablement. Bien qu'elle n'osa s'accouder à la table, encore trop "noble" malgré elle, Sigal conserva une posture droite, posant avec soin son verre de... Jus de fruits. Admettons. La couleur lui semblait tout de même moins vivace et naturelle que celle de la boisson matinale faite sur mesure au gré des saisons par le cuisinier particulier de la demeure familiale. Sans compter cette brume qui allait jusqu'à trainer ses filaments vaporeux jusqu'au plafond de cette modeste taverne. A moins que ce ne soit des effluves de tabac? Sigal se retint de froncer le nez. Ici, et dans l'immédiat, la seule chose qui l'intéressait était son fort agréable guide.

Un guide qui était sur le point de perdre sa mère. Ce genre d'annonce était navrante. Choquante aussi en un sens. Elle ne pouvait décemment pas prétendre comprendre sa peine. Elle ne pouvait que voir sa souffrance. Et comme un début de larme peut-être au bord de ses yeux. Que dire dans ce type de situation? Sigal n'en avait pas la moindre idée. Jamais elle n'avait eu à connaître la douleur de perdre un proche. Il y avait bien eu tante Leocardia, charmante femme, forte et manipulatrice. Une créature qui fut d'un talent remarquable selon les critères des Di Naenia. Mais elle avait toujours ravalé ses larmes qu'elle estimait déplacées à l'égard de sa défunte tante. Le cas était bien différent ici. Il y avait quelque chose qu'elle n'avait jamais eu à perdre: l'amour d'une mère. Kyle devait vivre un véritable enfer. Confuse, elle détourna les yeux.

"J'en suis profondément désolée. Il est toujours trop tôt pour perdre un être aimé. Votre mère doit être une femme formidable. Quel âge a-t-elle exactement?"

Fort âgée, de ce qu'elle en tirait de ses paroles. Mais elle n'en savait guère plus. Autant demander un peu. Elle n'osa pas vraiment le fixer à nouveau dans l'immédiat et se contenta de porter sur la salle un petit regard circulaire de curiosité, butant une petite seconde sur le vitres fumées où deux formes indistinctes s'éloignaient à présent. Fugace impression qui lui fit hausser un sourcil avant qu'elle ne porte gracilement son verre à ses lèvres et... Se fige un instant. Non, ce n'était définitivement pas un jus de fruit. Mais il aurait été grossier de le dire à haute voix aussi, la surprise de la première gorgée passée, elle reposa imperturbablement le verre sur la table et réunit sagement ses mains sur ses genoux.
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