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 Definitely You

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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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Signalement : Hume, la trentaine, carrure solide, 1m85, cheveux noirs, yeux bleu pervenche, cicatrice sous l'oeil gauche.


MessageSujet: Definitely You   23.10.11 1:51

'Cause if we knew where we belong
There'd be no doubt where we're from


Le cadavre jeté en travers du comptoir avait émis un bruit sourd, un peu mouillé. Les bras avaient dessinés une courbe molle, désarticulée, avant heurter rudement le zinc.

But as it stands, we don't have a clue


La gorge tailladée grossièrement roula sur le côté, et la tête suivit le mouvement. Il y avait deux yeux, larges et fixes, qui semblaient s’attarder sur le poste radio (le poste radio éclaboussé, et la chanson en sourdine qui vacilla sur ses ondes, comme surprise).

Especially me
and probably you


Rodrigue regarda d’un air désolé le sang qui mouchetait abondamment les verres (les verres qu’il venait de nettoyer), tandis qu’un Balayeur levait ses bras immenses au-dessus de sa tête. Le grand vainqueur d’une chasse au SDP longue de cinq semaines. Les autres le regardaient avec dédain, et peut-être même avec une vague rancœur. Derrière lui, Rodrigue le considérait aussi d’un œil sombre, mais pas irrité outre-mesure. On disait que Doyler s’acharnait à se refaire une réputation depuis le jour où on l’avait vu métamorphosé en koala. Ça avait boosté sa productivité en tant que chasseur, mais malgré ses manières outrageusement hardcore, l’image de peluche restait gravée dans les mémoires.
Pas d’ovation, donc. Et il venait de perdre le peu de chance qu’il avait d’obtenir au moins un sourire affable de la part du barman.

(Le barman pensait seulement qu’il faudrait tout relaver à l’eau froide.)

« Hep, Rodrigue ! Fais sauter le Gerety, j’ai une sanglante victoire à fêter ! »

Deux yeux pervenche se levèrent vers le Koala Tueur, sobrement. Doyler fut vite déconcerté par le silence du Lespurien, et se reprit en râlant d’une voix de stentor :

« Oh ça va ! J’ai rien cassé !
_ Non. Mais tu as jeté un cadavre sur mon comptoir.
_ C’est pas la fin de l’Etat, non plus…
_ Un cadavre, Doyler. »

Le ton de Rodrigue resta égal tout au long de l’échange, mais Doyler le fixait avec des yeux ronds comme si on avait pointé une arme sur lui.

« Je…J’l’amène à la morgue, t’inquiète.
_ Non.
_ Quoi, non ? »

Rodrigue se pencha légèrement au-dessus du comptoir et échangea encore quelques mots à mi-voix avec le Balayeur, qui perdit graduellement en superbe. Au bout de quelques minutes et après avoir obtenu son verre de Gerety, Doyler finit par quitter le Bar, drapé dans sa dignité froissée, avec la seule tête de l’extratyrrestre. Le reste ? Rodrigue appela José et lui demanda de « s’en occuper ». La ghoule eut un silence hésitant, et interrogea le Lespurien du regard. Rodrigue étira un sourire, et José fut aussitôt convaincu qu’il avait bien comprit. Il promit donc de s’en occuper personnellement, et débarrassa le comptoir de la dépouille avant d’aller reprendre son poste.

Alors que l’aube commençait à poindre et que le client se raréfiait, il prit la direction de la porte de service, derrière laquelle il avait laissé le Versatilis. Son regard était fixe, et sa démarche d’une lenteur si affectée qu’elle en devenait bizarre. Rodrigue lui adressa un signe de main que José ne remarqua pas.

Bon appétit.


La nuit s’était donc écoulée, identique ou presque à toutes celles qui l’avaient précédées, et prophétique des soirées à venir. Cette monotonie parvenait à se faire passer pour une atmosphère de sécurité: elle maquillait les sourires crispés, les poings serrés, les yeux torves des uns et des autres. On se méfiait, mais moins ouvertement. Se vanter de ses derniers nettoyages aidait curieusement à alléger l’atmosphère (« Mais qu’ils reviennent! On leur explosera la gueule et puis… »). Mais on y pensait encore.

Et comme souvent, entre chien et loup, Rodrique se retrouva à gouverner seul sur le bar. Il n’était pas tout à fait vide, mais déjà somnolent. A l’autre extrémité du comptoir, la radio, toujours rouge, susurrait encore ses mélodies feutrées, aux paroles à peine intelligibles.
Le barman avait eu le temps de relaver ses précieux verres – en implorant l’Etat que rien ne vienne encore gâcher son ouvrage, et était affairé à retracer les comptes. Il repensait au sang qui avait maculé le comptoir – mais c’était juste une image plane, qui n’éveillait aucune émotion en lui. L’eau glacée, colorée d’un rouge vineux. Il faudrait renouveler la commande de Maltat. Il songea ensuite à ce que faisait José, reclus là-bas dans l’obscurité. La mine raclait le papier, traçait des courbes d’encre – et surplombant les chiffres le visage de Rodrigue avait l’air concentré. Comme souvent, quand il se retrouvait seul, il se mit à fredonner sur la musique qui engourdissait l’atmosphère, sans desserrer la mâchoire.
A la base de sa feuille de note, il dessina rapidement un portrait de Chips – à peine reconnaissable, en réalité – en se disant que ça ferait peut-être rire le Patron. Il posa sa plume négligemment, prit le temps de se pétrir la nuque d’une main lasse en songeant au cigare qu’il s’allumerait sur le chemin du retour. C’est seulement en levant les yeux sur le bar, qu’il croyait déserté tant il était silencieux, qu’il la vit se profiler à l’entrée. Elle. Et il devina que l’heure de fermeture du bar allait être quelque peu différée.


[Pour Lilia ^^]

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Lilia Guyver

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MessageSujet: Re: Definitely You   23.10.11 13:41

Le quotidien des autres gens ne lui appartenait plus, ni même le rythme régulier de leur vie. Qu’importent le soleil et les lunes, qu’importent les aubes clairvoyantes et les crépuscules. A partir de cette rue, à partir de ce regard, à partir de ce sang et de ce départ, tout n’était plus qu’une immense journée. Et depuis 52h, Lilia n’avait pas chômé, ne s’autorisant à fermer les yeux qu’à la fin de chaque étape, des paliers ordonnés vers l’apothéose de sa vengeance griffonnés sur un cahier mental.

Il y avait là beaucoup de ratures et de projets en suspens pour un long, long moment, mais elle ne désespérait pas d’en réaliser la moitié. Et de temps en temps, quand le feu menaçait de s’effondrer sous les rafales acides de sa tristesse, elle lui jetait du combustible sous forme d’images, passées ou prometteuses.  

Celle qui revenait le plus souvent était le regard stupéfait de Leto et ce trou immense dans sa poitrine, là où la balle de Jack Jack la transpercerait.

Tout d’abord elle avait quitté la ruelle, sans ramasser l’étoile de Leto – elle n’en avait pas besoin, pas pour se souvenir – mais récupérant au passage la dague, précieuse et éternelle. Elle s’était dirigée vers les docks, avait glané quelques infos, des rumeurs sur des meurtres, des actions revanchardes un peu au nord de la ville. De questions en coups de poings, à trainer dans les bars puis près de la maison close, elle avait suivi les indices jusqu’à 3 Versatilis différents. Chacune de ses saloperies avait été débusquée, torturée, puis abattue selon un schéma régulier mais certainement pas apaisant. Puis les cadavres encore chauds, et estimant les primes suffisantes, elle les avait ramené à la morgue. Le petit pédé en charge de l’autopsie n’avait même  pas cillé en voyant leur état – devait avoir l’habitude des excités, surtout ces derniers temps.  Il avait filé à Lilia un duplicata en lui promettant de faire parvenir les enveloppes au D-bar le plus rapidement possible. Lilia avait simplement répondu « A bientôt. »

Ignorant l’heure de monsieur et madame Tout-le-monde  ses pas avaient pris la direction du D-bar, après de longues heures à enquêter sur ses prochaines primes, sur les déplacements de Leto, à tourner autour de l’ancien appartement – envie d’y foutre le feu, humant le parfum que la salope aurait pu laisser en revenant – supposant sans doute que les enveloppes avaient eu le temps de faire leur petit bonhomme de chemin. Actuellement ce n’était pas l’argent qui l’intéressait mais l’arme, et son poids mort, qui gisait dans le fond de son manteau, battant sa hanche et sa cuisse comme des soubresauts de malade en phase terminale. Jack Jack aussi avait faim.

Lilia savait ce qu’elle était venue prendre, et demander, mais lorsqu’elle passa le seuil du D-bar, avec cette simple musique de fond entrecoupée par l’absence de respiration lourde des ivrognes affalés dans un coin, elle eut un clignement de cils en trop, entrapercevant la silhouette de Leto, gracieuse, se glisser au comptoir à la suite du barman, la bestiole rouge sur ses talons. Quelques millièmes de secondes où sa main se referma par mégarde sur le manche en cuir de son couteau. Puis le regard du barman croisa le sien – il avait l’air crevé – et ses épaules s’affaissèrent légèrement, presque détendue. Pas de Leto, pas de gêne – pas de plaisir.

– Hola
, le salua-t-elle avec un vague signe de main, sans sourire. Visage sans maquillage, cheveux ébouriffés, relent de sueur et de sang sur des vêtements sales, pas de douche, pas de toit. Juste une mission.

Elle arrivait sans doute trop tard, il n’allait pas tarder à fermer, mais elle n’en avait que pour quelques minutes. Zigzaguant entre les tables, la balayeuse effleura mentalement son carnet de bord, parcourant les deux premières étapes d’un regard sombre et se permit d’y griffonner un intermède salvateur. Après tout, il le lui avait promis.

– Y’a un verre gratis en suspens hombre.


Le reptomarsupial n’avait pas l'air d’être là – personne n’avait l’air d’être là, ni le garde du corps dont l’absence faisait tâche au bas de cet escalier interdit, ni même le barman, et certainement pas elle. Pas grave, pas important.

– Ca sera ce que tu voudras pour ce soir. Changeons la donne
, lança-t-elle avec un signe de terre vers les spiritueux alignés derrière lui, posant son cul sur l’un des tabourets haut.


Dernière édition par Lilia Guyver le 26.10.11 13:51, édité 2 fois
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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Signalement : Hume, la trentaine, carrure solide, 1m85, cheveux noirs, yeux bleu pervenche, cicatrice sous l'oeil gauche.


MessageSujet: Re: Definitely You   26.10.11 0:15

Lilia s’avançait vers le bar, et Rodrigue la guettait comme on surveille la tempête depuis sa fenêtre : en attendant qu’elle soit belle, qu’elle impressionne, et sans la craindre un seul instant. Il était en arrêt, les yeux rivés sur elle – elle et sa démarche sûre mais fatiguée, son visage fermé autour duquel dansait la dentelle noire de ses cheveux. Même négligée, même avec cette lueur absente dans ses yeux, même avec ce pli rigide qui redessinait sa bouche, il la trouvait belle.
Quand elle fut assez proche pour entendre sa voix, il l’accueillit avec un sourire contenu, mais chaleureux.

« Buenos dias, Señora. »

Elle était seule, et ce détail était assez inédit pour être noté. Son éternelle acolyte n’était pas en vue. Et alors même qu’il s’apprêterait à lui poser directement la question, ne serait-ce que pour entamer la conversation, il se figea. Il sentait. Le parfum de la colère, sur elle. Une rancœur âcre, rouge, qui brouillait l’air dans son dos comme une grande fleur dont on ne pouvait que deviner les contours sanglants. Oh oui : une émotion très facile à reconnaître, parce que Rodrigue la connaissait bien. La rancœur. Le lys-araignée. Alors il ne dit rien, par précaution.

Lilia parla du verre qu’il lui avait promis plusieurs mois auparavant, et il acquiesça aussitôt. Il n’avait pas oublié. Non, il fallait être plus précis : il y avait repensé régulièrement, c’était sensiblement différent. Un peu comme ces vieux rêves tenaces, qui viennent s’incruster dans le quotidien sans qu’on y prête attention. Rodrigue la couva du regard un instant. L’air crevé, ils l’avaient tous les deux. Il prit une inspiration profonde. Tranquille. Là seulement il répondit, sur un ton posé qui faisait saillir son accent de Lespure :

« Je sais. Je pensais vous revoir plus tôt, à vrai dire. »

Une façon très détournée de dire les choses. Rodrigue posa ses mains sur son plan de travail et se redressa lentement. Toujours le même sourire crocheté au visage – sa rage latente, cet espèce d’encens qui étouffe, lui donnait un peu le tournis. Elle lui offrait de choisir ce qu’il allait lui servir ; il acquiesça, une deuxième fois, mais plus perplexe.

« Changer la donne, hein… ? »

Un sourire en coin. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour se rendre compte que Lilia avait une prédilection certaine pour le Gyn. Ce devait être un fait établi depuis le jour où elle avait mis les pieds dans ce bar pour la première fois, flanquée de son fusil et de ses couteaux. Le barman s’éloigna pour aller glaner des bouteilles. Ses gestes ne trahissaient pas d’hésitation, mais son regard errait sur les étagères sans les voir. Il repensait à ce que marmonnaient les clients sur son compte, mais qu’il avait toujours attribué à de la jalousie (étranglée de misogynie et agrémentée de quelques fantasmes mal placés). On en disait, des choses, depuis la dernière attaque du Bar. On en disait peut-être déjà avant, mais « avant », il n’avait jamais prêté une oreille aussi attentive à ce qui se racontait sous son nez.

Il se retourna vers elle. Voir Lilia avec cet air de lionne en pleine traque, cet air à la fois usé et solide, c’était étrange. Mais il n’arrivait pas à s’expliquer pourquoi. Elle, légèrement voûtée parce qu’elle s’accoudait au comptoir, les yeux droits et pleins d’idées insondables.
C’était la deuxième femme qu’il croisait dans un bar à ressembler autant à sa cousine : mais son regard était différent, incompatible avec la caresse mortifiante qu’étaient les yeux d’Aurélia. Ses yeux noirs à elle – elle maintenant bien en face de lui, vivante et féroce – étaient une brûlure constante, entière.

« Voilà. Gyn, deux doigts de Cœur, citron vert… Surnommé ‘Rotz Player’ presque sans exagération. »

Le longiligne verre glissa doucement du barman jusqu’à la Balayeuse. Rodrigue s’en tint à la scruter un moment, les mains encore une fois en appui sur le comptoir. Il écoutait d’une oreille distraite la musique, distillée dans l’air en grappes de notes langoureuses. Il inclina la tête de côté, très légèrement, comme pour apprécier avec plus d’attention le visage de la Balayeuse : il hésitait. Son regard courut sur le Bar, les tables muettes, les verres vides s’érigeant çi et là comme des fantômes, la lumière qui déclinait et le plâtre de brume grise qu’on distinguait par les portes vitrées. Chien et Loup. Il aimait cette atmosphère proche de l’extinction ; et il était content que Lilia soit venue à ce moment précis, un moment qu’il pouvait lui consacrer entièrement sans se préoccuper du reste. Il étira un sourire – un sourire qui se voulait tellement communicatif qu’il en devenait presque effronté – et s’appropriant le ton nonchalant de la conversation bridé par une miette de retenue professionnelle, il lui demanda :

« Vous êtes en chasse ? »

La question sonnait davantage comme une affirmation. Il aimait bien jouer avec le feu.
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Lilia Guyver

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MessageSujet: Re: Definitely You   26.10.11 23:17



Piensa en mi cuando sufras
Cuando llores, tambien piensa en mi
Cuando quieras quitarme la vida



Elle avait presque oublié à quel point ce type pouvait se montrer intéressant physiquement, avec ses putains d’yeux violets, mais le constat de ce soir était empreint de lassitude, celle d’une femme qui a trop navigué.

Il prit en charge sa commande, avec ce sourire à la fois chaleureux, compréhensif et totalement en dehors de la plaque, de son monde. Trop distant pour elle, beaucoup trop loin pour que cela atteigne son ego de femelle. Pourtant il a dû en faire tourner des cœurs, quand elle ne faisait que tourner les verres.

– Ces derniers temps j’ai été assez occupée, sinon j’aurais débarqué plus tôt pour siffler ton gyn à l’œil gringo
, marmonna-t-elle en dessinant des cercles sur le bar, un rictus mordant aux lèvres. Mais rassure-toi, tu vas croiser ma trogne beaucoup plus souvent maintenant.

La métisse eut un bref coup d’œil sur le panneau d’affichage et elle nota aussitôt quelques primes bien rondelettes pour arrondir ses chargements. Néanmoins la copie pouvait se faire attendre.

« Voilà. Gyn, deux doigts de Cœur, citron vert… Surnommé ‘Rotz Player’ presque sans exagération. »


C’était attirant, délicat mais la simple idée du cœur manqua de lui donner la gerbe. Elle était l’une des rares à ne pas supporter ce spiritueux trop sucré pour son palais bousillé par le Maltat et le Gyn blanc. Lilia se contenta d’une moue sceptique et se saisit du verre sans aucune délicatesse, l’approchant de ses lèvres pour le laper rapidement. La pointe de sa langue pétilla un instant sous l’acidité du citron et la brûlure de l’alcool, fruité par le coeur, envahit sa gorge avec une chaleur presque réconfortante. Ca l’émoustillait comme un peu de sel sur une plaie, la douceur d’un agrume tout juste cuit inondant les parois de son estomac désœuvré.

Elle tressaillit, manqua de reposer son verre et finit par baisser les yeux pour le déguster avec une lenteur presque prudente.

– Pas mal barmaid….

L’humidité de ses vêtements commençait à durcir ses muscles jusqu'à la pointe de ses seins et elle secoua les épaules pour chasser son trench coat, s’installant plus confortablement, signe universel du client qui s’accoude au comptoir pour un long moment. Son regard se jumela à Rodrigue, observant l’extérieur, le froid qui ramenait ses miches du nord (l’idée que cela allait la ronger toute la nuit et l’empêcher de dormir contre un container presque vide ne l’effleura que quelques secondes – elle était forte, elle survivra) peut-être un peu de pluie dans quelques heures.

Mais il était déjà revenu à elle, avec ses questions courtoises, même s’il ne fait que son boulot de rabatteur pour clients dépressifs. Malheureusement pour les finances du bar, elle n’a pas le cœur à se saouler, pas encore. Cela finira par venir, mais pas tant que Jack Jack demeurera sans chargement.

– J’ai toujours été à l’affut d’une proie, le boulot tu sais.


Une nouvelle lampée (ça l’a fait sourire cette douceur, elle n’a pas l’habitude). C’est une réponse passe-partout et il devra s’en contenter.

– Mais tu fais bien de demander. Je crois que la morgue a envoyé trois petites missives. J’suis venue dépenser ce blé durement gagné, ton patron va gigoter dans sa roulotte.


Cette petite insulte ne camouflait pas totalement le ton qu’elle avait pris pour parler de Mancuso. Du respect. (Et quelque part elle espérait qu'il allait bien ce con, pour le bonheur de ses recharges)

– Avant ça, avant la commande, faudra juste lui faire passer un message corazon.


Elle termina son cocktail, fit chanter le verre du bout des doigts et vint planter son regard dans le sien, comme un coup de couteau, glacial, intouchable.

– Ma petite affaire avec Elbon vient de se terminer.


Le ton était nonchalant, faisait passer ça pour une rupture amoureuse des plus bénignes.

Certes les barmen ont apprit à lire le langage corporel de leurs clients – technique de vente plus psychologique, apporter le bon spiritueux au meilleur moment – oui tout ça elle savait. Toutefois elle ne prit pas le temps de se confectionner un masque pauvrement attristé. La colère ça marchait tout aussi bien et les vengeances des femmes blessées étaient toujours la source de bonnes histoires.

Si cela alimentait un mythe quelconque dans ce repaire de pauvres hères, que cela vole aux oreilles délicates de Leto, lui persiffle à quel point Lilia n’abandonnera pas sa carcasse et blanchira ses os comme elle vide ses verres.

– On dansera le tango un certain temps, surtout ici. Tu verras sa gueule lorgner sur les affichettes, mais espère pas trop sur son portefeuille. Caleb non plus.


Fallait être con ou inconscient pour appeler Mancuso par son prénom, mais le regard de Lilia envoyait de mauvaises ondes sur son état mental.

– Ca mérite un autre verre tu crois ? Ou on passe aux choses sérieuses, cariño.
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MessageSujet: Re: Definitely You   27.10.11 15:55

– Avant ça, avant la commande, faudra juste lui faire passer un message corazon.

Rodrigue sourcilla. Intrigué, il l’était toujours un peu, ne serait-ce qu’en façade. Là, c’était une forme souterraine d’inquiétude – la mince hydre qui se faufile sous la peau du dos pour y semer l’hiver. Lilia terminait son verre : le moindre de ses gestes avaient un quelque chose d’éminemment radical. Elle parla ensuite de Leto. Elle l’appela simplement « Elbon », avec un ton dégagé, si bizarrement indifférent que Rodrigue mit une seconde de trop à comprendre de qui elle parlait.

L’autre.

Dans les livres, on appelle ça la Fatalité. Machine Infernale pour les intimes.

Et c’était à ça que Rodrigue pensait tout en la regardant, tout en répondant sur un ton égal :

« Je vois. »

Oh non, il ne voyait pas. Il humait la rancœur, il buvait la sauvagerie, il avait la colère d’une autre logée comme une flèche en travers de la gorge, mais il ne voyait pas. Le Lespurien s’en tint à lui adresser un sourire qui ne disait rien, en réponse docile à son sourire à elle – une estafilade supplémentaire sur son visage. Ce qui avait bien pu se passer entre elles deux, pour en arriver là – à cette rage passionnée, cette solitude prise à bras-le-corps – il ne voulait pas le savoir.
C’était la peur de comprendre qui le retenait : la peur de comprendre un peu trop bien ce dans quoi elle brûlait actuellement. Et il y avait l’autre part en lui qui soupirait. Qui se disait naïvement que, peut-être, il pourrait l’aider. Une si belle flamme ne méritait pas de s’éteindre. Voilà ce qu’il pensait. Et en même temps ça le faisait rire, parce que c’était idiot. Suicidaire. Désespéré.

« J'en parlerai à Monsieur Mancuso. »

Légère insistance sur le Monsieur, juste pour la forme. Son regard flancha et il se mit à considérer avec insistance les mains de la doña posées sur le comptoir. Des mains de fille qui avaient l’air de mains de garçon, parce qu’elles étaient éprouvées, raillées de fines coupures, et qu’elles avaient tout l’air d’avoir plus souvent touché au métal des armes qu’aux faux plis d’une robe du dimanche. Idiot, suicidaire, désespéré, et très probablement superflu. Ça le fit sourire, plus doucement.
La ligne de ses épaules fléchit ; il rapprocha la bouteille de gyn en la faisant glisser sur le laiton du comptoir, provoquant le long et sourd frémissement du verre sous ses doigts. Il servit Lilia en gyn, on the rocks, cette fois :

« L’un n’empêche pas l’autre. »

Un silence, le temps de déposer la bouteille, de la reboucher d’un geste économe.

« Mais je vous préviens tout de suite : si vous êtes venue pour des munitions, ça risque de traîner en longueur. Parce qu’il faut passer par le Patron, entre autres formalités. Les règles ont un peu changé, depuis... »

Depuis qu’on est venu éventrer le D-bar avec ses propres armes.

« Depuis quelque temps. »

Il y avait un bigophone derrière lui, relié exclusivement aux étages supérieurs. Rien n’empêchait le barman d’en décrocher le combiné pour prévenir le trafiquant qu’on désirait le voir, histoire de régler l’affaire rapidement. Les horaires de ce qu’on appelait ironiquement les « consultations » étaient largement dépassées, mais est-ce que le Techie refuserait une énième occasion de prouver qu’il était vif et bien portant ? Probablement pas. Pourtant Rodrigue resta un instant silencieux, pensif à vrai dire : à coup sûr ces histoires de fatalité et de vengeance rôdaient encore dans sa tête. Elbon.

« Je l’appelle ? »

Ça sonnait presque comme un « Vous êtes sûre de ce que vous faites ? ». Il attendit. Qu’elle insiste. Tout en sachant qu'elle le ferait, que lui acquiescerait, et qu'une sonnerie grêle se ferait bientôt entendre dans le bureau de Caleb.
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Lilia Guyver

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MessageSujet: Re: Definitely You   27.10.11 16:31

Spécial, quasiment imbuvable, réservé à une élite d’alcoolos à l’estomac solide, et multi-usage. Le gyn était la seule chose qui valait la peine en ce monde, la seule chose qui lui ressemblait. La seule chose qui lui faisait oublier que Rodrigue ne voyait que ce qu'elle lui montrait (et que c'était loin d'être suffisant), même s'il était beau, avec son sourire plein d'attentions inutiles, que peut-être elle était à son goût et que ça pourrait faire un autre feu, un feu de joie pour ses malheurs.

Lilia se permit un petit rire heureux qui pétilla un instant dans son regard brun, éphémère, quand il la resservit. Le gyn ne trainait jamais longtemps dans les verres. Il remplissait sa mission avec une efficacité proche de la violence, et cela lui plaisait.

« Mais je vous préviens tout de suite : si vous êtes venue pour des munitions, ça risque de traîner en longueur. Parce qu’il faut passer par le Patron, entre autres formalités. Les règles ont un peu changé, depuis... depuis quelques temps. »


– Laisse tomber le vouvoiement Rodrigue. C'est chiant.


Lilia passa une main lasse sur son menton avant de la glisser presque sensuellement le long de son cou, jusqu’aux premières marques de sa cicatrice. La métisse était de nouveau pensive, la tête pleine de flashs faisant échos à l’évènement sous-entendu par le barman.

L’annonce d’une attaque au D-bar n’avait pas trainé, même dans sa petite bulle romantique. Elle avait mené sa petite enquête évidemment, regroupé les témoignages par simple acquis de conscience, à se demander ce que deviendrait les Johnson une fois le business de Caleb envoyé se faire foutre sur le Continent Divin. La vérité ne lui était apparue que quelques heures après sa rupture avec Leto, quand elle avait pensé à sa déclaration (Ses ongles ripèrent un peu trop fort sur le verre), à la forme dénudée de Leto juste après que son physique animal de léopard l’eut délivré.

Un dangereux et magnifique léopard.

Que le lespurien en rajoute une couche ce soir n’était qu’un hasard mais l’information valait son pesant d’or – pouvait peut-être lui permettre de s’offrir quelques armes supplémentaires. Mais alors Mancuso la flinguerait, ou pire, lui ordonnerait à elle et à deux trois de ses collègues de se choper cette putain de Versatilis pour la plomber dans les règles, en faire un exemple. Lilia n’était aux ordres de personne sur ce coup là et cette possessivité (dont elle n’avait pas honte) l’intimait à fermer sa gueule. Avec un reniflement, elle désigna d’un coup de menton l’ensemble du bar et lança d’une voix faussement enjouée :

– Mancuso  - hm. Sa Seigneurie Mancuso a bien rattrapé le coup. Les piliers de ce bar sont toujours là, et je ne parle pas seulement des fondations. Toi, José, et les balayeurs qui en valent la peine. Après, c’est sûr que ça a bien ébranlé les actions du boss.


Elle s’étira un moment, fit glisser son regard sur le plafond. L’état mental du revendeur elle n’en parlait pas et ne se permettrait pas d’en faire un seul commentaire à Rodrigue. Il y avait quelque chose de malsain dans cette absence trop prolongée et il valait mieux que Caleb retrouve tout son aplomb avant que les balayeurs ne commencent à trop jaser. Le D-bar n’était qu’un point de ralliement, c’était Caleb le meneur pour ces brutes. Un meneur ne se planque pas dans les jupes de sa mère à l’abri des regards.

– Mais entre nous, je pense pas que ça lui fasse ombrage tant que ça. Y’a jamais eu autant d’hargneux pour se siffler un maltat en crachant sur le dos de ces fils de pute. Je parle même pas des carnages engendrés. Enfin, tant pis si ça prend du temps.


La vengeance est un plat qui se mange froid, aussi froid que le Gerety histoire de ne pas gâcher trop vite l’explosion salvatrice. La déception ne durerait pas, l'impatience non plus - elle l'espérait.

« Je l’appelle ? »

Les sourcils de Lilia faillirent rencontrer son cuir chevelu de manière assez brutale.

– L’appeler ? Mancuso disponible, et tout de suite ?


Le regard de Rodrigue avait l’air mortellement sérieux, tout comme sa main qui effleurait le combiné relié aux appartements du petit chef en roulotte. Mais l’était-il encore ? Avait-il sortit la tête du trou sombre dans lequel il naviguait ces dernières semaines ? Elle aurait du mieux se tenir au courant de ce genre de nouvelles.

Presque nerveuse, elle avala sa salive en éructant une injure impressionnée.

– J’en ai du bol dis voir. Eh ben vas-y, fais le rappliquer. Après tout, peut-être que je lui ai manqué.


Déjà ses yeux oscillaient de manière régulière vers l’escalier.
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- Attachiant de service - Punching-ball adoré!

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Signalement : Hume Evolus d'environ trente ans, pas très grand (1m72) et peu épais en ce moment, cheveux châtains, yeux noisette, bel homme, vêtements de très belle facture, pas de cicatrice visible quand il est habillé à part une entaille en virgule sous l'oreille gauche


MessageSujet: Re: Definitely You   30.10.11 21:54

Caleb était de bonne humeur. Vraiment de bonne humeur, pas juste moins grincheux que d'habitude: malgré l'heure indécente, il se sentait alerte, l'esprit vif, et pas seulement parce qu'il fumait beaucoup et qu'il avait encore abusé de ce succulent adhenorica dont il avait vidé trois recafetières en quelques heures.

En fait, c'était l'une de ces journées (ou nuit, en l'occurrence) où, même s'il ne se produisait rien d'extraordinaire, tous les petits détails du quotidien s'accordaient dans une belle harmonie: la température dans son appartement était parfaite, le plat du jour cuisiné avec un soin maniaque par Rodrigue avait été particulièrement à son goût, ses papiers étaient enfin en ordre. Cerise dans la pasticouette, Chips était venu dormir sur son bureau, juste à côté de lui, alors que ces dernières semaines l'animal s'était prudemment contenté d'un fauteuil à l'autre bout de la pièce. Caleb n'avait pas osé le toucher, mais rien que la présence amicale de ce gros tas de fourrure rouge sur ses livres de comptes lui apportait un immense contentement.

Cependant, quiconque connaissait un peu le Techie aurait remarqué que son sourire n'était pas celui d'un innocent qui se contente de profiter d'un bon karma: quand, Minotaurus aux lèvres, Caleb se penchait sur les documents étalés devant lui - factures, compte-rendus, notes de services - sa joie se teintait d'un appétit carnassier très perceptible. De fait, après avoir réglé les problèmes urgents liés à son absence de gestion du bar au cours des sept derniers mois (finir les travaux, réapprovisonner le stock, faire revenir les habitués), Caleb Mancuso commençait à se replonger dans ses véritables affaires. Reconstituer ses troupes de l'ombre, renouer avec ses contacts, envoyer des émissaires plus ou moins bien intentionnés à ses concurrents qui l'avaient cru définitivement hors course. Et bien entendu, retrouver ceux qui avaient eu la très mauvaise idée d'attaquer son cher Downward.

Cette dernière entreprise ne progressait que lentement, par manque de moyens bien entendu (le réseau de Caleb avait pris un méchant coup pendant son absence), mais également par manque de données, ce qui préoccupait davantage le Techie: comment était-il possible que, sur la trentaine d'assaillants présents ce jour-là, pas un seul ne se fût montré trop bavard? L'attaque avait eu lieu depuis un certain temps, à présent, les langues auraient dû commencer à se délier. Mais là, rien. Pas un homme de main un peu trop con ou un peu trop bourré pour clamer dans un bar qu'il avait participé à la destruction du QG des Johnson, personne pour déblatérer sur un léopard femelle avec une grande griffure sur le flanc. D'accord, Caleb n'avait plus autant d'oreilles qui traînaient pour lui dans ce genre de lieux, d'autant plus qu'il était exclu pour lui de contacter Talula pour lui demander si ses filles avaient entendu quelque chose. Mais ce silence le mettait tout de même mal à l'aise. Cela, et le fait que ses recherches concernant les numéros de séries des armes abandonnées se perdaient dans un étonnant dédale de vente et revente, si bien qu'au final il ne savait toujours pas qui les avait achetées en dernier. C'était un peu trop parfait. Un peu trop organisé.

Une sonnerie étouffée s'infiltra dans sa réflexion et le Techie cilla, incrédule. Puis il comprit:

"Ahem, Chips? J'aimerais bien récupérer mon téléphone, si ça ne t'ennuie pas."

Le reptomarsupial lui répondit d'un grognement indistinct, avant de resserrer sa prise autour de son oreiller qui continuait de sonner. Caleb étendit doucement la main vers l'animal pour le pousser du bout des doigts. Quand il le toucha, Chips ouvrit les yeux et l'hume se figea, mais la créature se contenta de l'observer d'un air ensommeillé, sans rechercher de caresse mais sans non plus faire mine de s'écarter. Encouragé, Caleb s'empara du téléphone pour l'attirer à lui sans brutalité. Chips résista un peu, puis décida que c'était trop de sport au réveil et laissa l'objet de bakélite lui échapper, avant de reposer sa tête sur ses pattes avec un kwissement ennuyé. Caleb passa rapidement une main sur l'une de ses longues oreilles. L'animal frémit, mais encore une fois, il ne se déroba pas. Le Techie sourit en décrochant:

"Allo, Rodrigue?... Non, non, c'est bon... Guyver? Ça faisait longtemps. Qu'est-ce qu'elle veut, des munitions?... Ah... D'accord... Très bien, j'arrive."

Il reposa le combiné et tira sur sa cigarette, pensif: Lilia Guyver... En effet, cela faisait un certain temps qu'il ne l'avait pas vue, elle non plus. Il y avait bien eu quelques ordres de mission, un ou deux rapports, des demandes de prime, mais toujours par messager interposé: la paraplégie ne se voit pas dans l'écriture. Cependant, elle se devine aux rumeurs et, comme Rodrigue l'avait supposé, Caleb était toujours disposé à prouver qu'il était bel et bien de retour et quasiment en pleine forme, même à une heure si tardive qu'elle en était matinale.

Et puis, il avait toujours bien aimé faire affaire avec Lilia: elle faisait du bon boulot, et elle avait un côté folklorique, avec son caractère de chiotte et son vocabulaire à faire rougir un matelot de Falk la Dure, qui lui plaisait. Bon, sauf quand elle était assez bourrée pour oublier qu'il était du genre susceptible et qu'elle l'insultait gaiement devant tout le monde. Et sauf quand il se retrouvait seul dans la mezzanine avec elle et sa Versatilis d'acolyte, parce qu'il avait vraiment tout le mal du monde à se concentrer face à deux nanas aussi somptueusement bien foutues et assises aussi près l'une de l'autre sur un même canapé - non parce que sérieusement, on n'allait pas lui faire croire qu'il n'y avait rien de louche entre ces deux-là. Il était indic: il sentait les gens. Et puis, même si ce n'était pas vrai...

Mais en parlant de cela... S'extirpant de cette fugitive et dangereuse rêverie, Caleb fouilla dans les papiers éparpillés sur son bureau jusqu'à retrouver les trois enveloppes qu'on lui avait fait parvenir en début de soirée. C'était bien ce qu'il pensait: trois contrats, le même jour, au même nom. Guyver. Pas Elbon, seulement Guyver. Et n'avait-il pas entendu d'étranges rumeurs sur les deux jeunes femmes, ces derniers jours? Sans compter que Rodrigue lui avait dit qu'elle voulait le voir "pour affaire", donc pour plus qu'un simple plein de munitions.

Curieux de découvrir ce qu'elle pouvait bien avoir de si important à lui dire, Caleb rassembla les documents pas tout à fait légaux sur lesquels il travaillait pour les entreposer dans son coffre. Puis il délaissa sa Minotaurus dans un cendrier avant de passer dans sa chambre pour s'observer dans le miroir en pied. Toujours un peu mince à son goût, mais plus assez pour être qualifié de maigre. Costume trois pièces noir sur chemise blanche, col immaculé, boutons de manchettes impeccables, chaîne d'argent de la montre à gousset en travers du riche tissu du gilet, chaussures cirées. Il rajusta son nœud de cravate et esquissa un geste pour remettre en place ses cheveux récemment coupés, avant de sourire à son reflet: oui, décidément il était de bonne humeur. Ou peut-être qu'après des mois de dépression, il était tout simplement en train de retrouver son véritable caractère.

*****

Quelques minutes plus tard, il émergeait sur le balcon refait à neuf de la mezzanine:

"On me cherche, parait-il?"

Il adressa un léger sourire aux deux humes en contrebas. Puis, après s'être assuré d'un coup d’œil que le reste du bar était désert, il descendit les marches d'un pas un peu trop léger pour être qualifié de normal: depuis qu'il s'était libéré de son fauteuil roulant, il y avait un tas de détails du quotidien auxquels il s'était réhabitué à une vitesse stupéfiante, mais emprunter les escaliers faisait toujours partie de ces actes banals qui le rendaient légèrement euphoriques.

"Lilia..."

Signe de tête, juste assez galant pour ne pas paraître trop calculé.

"Cela fait longtemps que je n'ai pas eu le plaisir de vous voir. Je ne vous ai même pas remerciée pour votre dernier compte-rendu. Très vivant, comme d'habitude."

Caleb ne connaissait pas d'autre Balayeur capable d'intercaler aussi aisément les mots "enculé" ou "pouffiasse" entre chaque terme de son rapport; à ce stade, cela forçait le respect.

"Comment va l'épaule?"
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Lilia Guyver

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MessageSujet: Re: Definitely You   06.11.11 17:12

"On me cherche, parait-il ?"

Il était là, somptueux, fringuant, physiquement en forme, le sourire professionnel posé en simple masque sur son visage mais le regard toujours alerte. Caleb Mancuso dans toute sa foutue splendeur et Lilia eut un signe de main poli, croisant son regard comme une feinte amicale au départ d’un duel entre deux vieux habitués de la vie.

Puis ce furent ses jambes et leur combat contre l’escalier. Lilia observa la prudence de Caleb, la manière dont ses pieds mettaient quelques secondes de trop à descendre chaque marche. Les mains étaient trop crispées sur la rambarde mais le sourire lui, était encore plus sincère, presque carnassier. Elle se refusa à ressentir de la pitié.

–  Eh bien grand-père, vous vous êtes fait attendre depuis ce temps. Venez trinquer avec nous, et éviter de flinguer Rodrigue pour le gyn qu’il laisse glisser gratuitement au fond de mon verre depuis tout à l’heure. Je le mérite bien, surtout après ce que je vais vous proposer.


"Lilia..."


–  En personne. Et je dois dire que vous m’avez manqué Mancuso. Comment va la grosse bestiole ? Elle a pris soin de ma flasque j’espère, enfin si vous l’avez retrouvé dans son bardas de voleur.


Satané Chips. La bête avait réussi à la charmer en une seule rencontre (et quelques mimiques particulièrement amusantes). Il était de notoriété publique que Caleb ne s’attachait à personne - même si des rumeurs couraient sur la fidélité aveugle de son barman et de certains soirs de solitude entre deux hommes si proches du danger - et de voir cet animal lui coller au train, gémir sur son compte et lui rester fidèle malgré son foutu caractère de chieur avait quelque chose d’attendrissant. Rien de mieux qu’un truc mignon pour faire craquer les plus virils et les plus inaccessibles.

Enfin, Lilia pensait quand même que tirer un vrai coup de canon avec une sauvage dans son pieu ne pourrait que lui faire du bien, si tant est qu’il réussisse à fermer sa gueule plus de deux secondes. Mancuso avait le pouvoir mais parfois il était vraiment trop con.

"Cela fait longtemps que je n'ai pas eu le plaisir de vous voir. Je ne vous ai même pas remercié pour votre dernier compte-rendu. Très vivant, comme d'habitude."


– On fait ce qu’on peut patron. On fait ce qu’on peut. Je suis pas retournée à son horlogerie depuis, pas le temps et je pense que d’autres balayeurs ont pris le relais concernant la prime. Après les évènements dans ces putains de container, je sais pas si cette Versatilis refoutra son nez hors des cachettes de Secaria. Trop intéressante pour se refaire une enseigne légale sans rameuter la bande qu’est venue me casser les couilles.


Elle ravala le crachat qui effleurait déjà la pointe de sa langue, maudit réflexe.

– Enfin, on a déjà fait le tour du sujet.


"Comment va l'épaule?"


Lilia eut un grognement aspiré entre ses dents serrées.

– J’ai reçu les soins nécessaires, z’en faites pas pour ça boss. Et si on commence sur la santé je vais devoir poser des questions sur vos trois pattes. Ça va me valoir une menace, peut-être que le ton va monter et je serais désolée de repartir sans avoir lâché mes petites bombes.

La métisse eut un unique clin d’œil en direction de Caleb avant de faire signe à Rodrigue de la resservir, en grande dose cariño.

– Comme je le disais à votre homme de main - c’est gentil d’entretenir un si joli cul en passant - ma petite affaire avec Leto Elbon s’est terminée il y a déjà deux jours. Une rupture en bonne et due forme qui ça va sans doute faire pleurer deux trois asticots dans les pantalons de ces messieurs.


Son ricanement était comme un grincement de porte, lugubre et maléfique.

–  Je vais pas m’étendre sur les raisons. Disons que les primes au nom de Guyver devront arriver directement dans ma poche. Hésitez pas à lui flinguer les miches si elle ose réclamer une part boss. Quant aux missions, je reste dispo’ à 200%, mais avec ma trogne et mes moyens alors je sais que pour vous ça risque d’être moins intéressant.


Du geste sûr de l'habitué, Lilia fit tourner le gyn dans son verre un instant avant de le descendre plus lentement, savourant la morsure de l’alcool.

–  Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Les cachets que vous avez dans votre poche vont pouvoir rejoindre votre coffre dès ce soir. J’ai préparé ma petite liste de course. Enfin, petite…


Lilia plongea sa main en direction de son trench et en sortit un morceau de parchemin qui avait certainement vu des jours meilleurs. Des taches brunes auréolaient les bords, quelques traces plus transparentes au centre et des pliures ratures en veux-tu en voilà griffaient le papier. Quand elle le déplia, en une huitaine de petits carrés aux dimensions variables, perchés penchés, ses mots apparurent, une écriture quasi illisible et noire comme du charbon.

–  Balles explosives pour modèle Jack Jack, trois boites deux douzaines. Oui le gros format. Recharges normales cinq boites deux douzaines, même modèle. Une dizaine de quinze balles pour Pagan. Il va beaucoup me servir celui-là, pour les petits travaux. Un kit de nettoyage pour flingues de catégorie A, pour catégorie B évidemment et pour armes blanches. J’aimerais le modèle luxe pour Jack Jack si vous me permettez.

Elle se racla la gorge, suivit les astérisques du bout de l’ongle brisé de son index et arriva à un croquis annoté en plusieurs endroits. Il était petit, ne ressemblait à rien, semblait avoir été décalqué dans un magazine spécialisé et l’encre avait bavé sous l’humidité. Pour Lilia c'était un chef d’œuvre.

– Et ceci. Ça vient de sortir, vous êtes le seul à pouvoir me commander ça. Tunique militaire modèle homme renforcée en fibre de carbone, double résistance, imperméables aux balles. Amélioration arcano-technologique pour les lames, z'appellent ça l’aimant déviant. Assez lourde, faut un entrainement pour porter ce machin et charger, excessivement cher aussi, un vrai caprice. Mais au niveau des fringues, j’ai pas envie de profiter des dernières soldes du bordel pour asticoter les proies. Il me faut du solide.


Le papier glissa lentement en direction de Caleb, laissant le choix à Rodrigue de lorgner la bête. Ses yeux bruns contemplèrent sa promise comme un gréviste de la faim devant un rôtit spécial geretty de Chez Charlotte.

– Y’a pas besoin de me dire le prix, ça va me coûter 5 primes à 6 zéros minimum. Je vous l’aurais. Je vous aurais tout ce qu’il faut pour payer ça, ce n’est pas le problème. Le problème c’est que toutes mes primes vont se tirer là-dedans, et que j’ai pas d’endroit pour stocker ça. Alors disons que pour le montant de ces achats j’aimerais disposer d’une petite compensation. Un stockage provisoire si vous voulez. En échange vous avez mes services gratis pour n’importe quelle mission pour les mois à venir. Joli deal non, presque un pacte. Les illuminés religieux adoreraient ça.


Son sourire se fracassa sous le sérieux soudain de son regard. Lilia n’avait rien d’une professionnelle du deal et elle savait très bien que Caleb avait ses petites compétences pour arnaquer toute en douceur les plus crétins. Néanmoins elle avait pris à le connaitre, à s’en amuser, et elle avait la conviction que Caleb, par certains côtés, la respectait aussi. Elle n’hésita donc pas une seconde à présenter une lettre de motivation de vive voix, un ton plus bas.

– Je suis déterminée, vous savez même pas à quel point. Alors comme je vous ai dit ouais je suis solo mais je peux accomplir un travail du tonnerre. Et ça tombe bien parce que j’suis en manque de plus avoir vos mains de marionnettistes dans mon dos histoire de m’envoyer en première ligne, pour le fun.


Elle ne le touchait pas (elle ne le ferait jamais, l’effleurait à peine avec des mots sans importance). C’était Mancuso et elle lui adressa un simple signe de tête, empli d’une révérence frôlant la décadence, comme une signature solennelle au bas du pacte le plus morbide qui soit. En cette nuit, par désir de revanche, Lilia venait tout simplement de vendre son âme au deuxième type le plus dangereux de Secaria.

(Lilia se trompait seulement sur l’identité du premier, mais pas la peine de prononcer son nom, elle l’ignorait et c’était le Beetlejuice de cette ville, en un peu moins avarié mais tout aussi surfait).
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- Un dernier verre ? Mmh ? - Innocent perverti

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MessageSujet: Re: Definitely You   08.03.12 17:28

Rodrigue avait raccroché le téléphone, et un simple mouvement de tête avait confirmé à Lilia son entrevue avec le Patron. Mais le barman étira un sourire, et ajouta avec une lenteur méticuleuse :

« Il descend. »

La nouvelle du rétablissement de Caleb ne s’était pas encore étendue à l’ensemble des Balayeurs, et si le principal concerné se faisait une joie d’accueillir ses anciens habitués bien debout et presque plus leste qu’auparavant, Rodrigue goûtait lui aussi au spectacle. Son rôle, auto-décerné, consistait à maintenir le suspens jusqu’au bout : aussi Rodrigue fit mine d’enchainer comme si de rien n’était sur leur conversation :

« Et ce que vous dites est juste. Les gens d’ici sont hargneux. Rancuniers. Le genre de rancune qui relèverait même les morts... »

Un peu comme toi, je dirais. Avec la poussière de Sécaria étalée sur tes joues comme des peintures de guerre.
Rodrigue passa négligemment un doigt au coin de ses lèvres, alors que son sourire s’y effaçait graduellement. Derrière ses yeux il y avait des pensées sourdes qui se nouaient les unes aux autres, doucement, sans heurt, et d’autres visages familiers émergeaient pour se confondre à l’image de Lilia. Le barman conclut simplement, presque à mi-voix :

« Il les retrouvera. »

Rodrigue n’ajouta rien d’autre parce qu’il venait d’entendre, au-dessus de leur tête, le claquement sec de la clenche qu’on actionnait. Lorsque Caleb les interpella depuis le balcon, quelques secondes plus tard, Rodrigue lui jeta un regard en coin. A cette inflexion particulière de la voix, on devinait qu’il était de bonne humeur. Et l’entendre dévaler les escaliers d’un pas plus qu’alerte ne fit que confirmer cette impression, arrachant à Rodrigue une expression amusée. Il salua le patron d’un signe de tête lorsque celui-ci s’approcha du comptoir.

Le barman profita de la discussion entamée entre Lilia et Caleb, pour achever le tri des feuillets de compte – ceux sur lesquels il avait biffé quelques notes avant que Lilia n’arrive – en faisant mine de n’écouter leur échange que d’une oreille.
Il devait toujours mettre ces papiers de côté, jusqu’à ce que le Patron vienne les récupérer à la fermeture du Bar ; mais ce n’était pas tant les recettes qui intéressaient l’indic que le compte-rendu de la soirée. Précaution à la paranoïa pleinement assumée, et à laquelle Rodrigue ne dérogeait pas – quoique ses formulations restaient en général indulgentes : il avait mentionné les dernières extravagances de Doyler sans s’attarder sur l’outrage fait à son comptoir et à sa radio, et même épinglé quelques remarques de clients éméchés sur le thème saisonnier de « Haddorin n’est pas ce que tu crois, Petit ». Rodrigue posa les feuillets sur l’angle curviligne du comptoir avec un geste solennel qui s’accordait mal au contenu des dits documents, puis releva les yeux. Sur Caleb, d’abord.

Il avait définitivement l’air en forme, pour cette heure de la matinée. A la lumière oblique et plus franche des lampes du bar, avec sa mise soignée, son sourire vendeur et son attitude subtilement familière avec la jeune femme, il semblait avoir soudainement rajeuni de plusieurs années. Rodrigue le considéra silencieusement tandis qu’il parlait avec Lilia – puis le regard du barman glissa naturellement vers la Balayeuse. Elle et son menton de bronze haut levé, sa voix forte et la gouaille féroce qui traçait son sourire en biais. Elle respectait Caleb : c’était à la fois évident et très difficile à déterminer. Comme beaucoup de choses la concernant, à bien y réfléchir.

Il posa un deuxième verre sur le comptoir, et dévissa le bouchon d’une bouteille de maltat - un fond seulement, juste ce qui convenait pour se réchauffer la gorge. C’est là qu’il entendit un bruit sourd.

Il releva la tête. Un craquement long, comme laborieux, accompagné d’un bouillonnement qui faisait automatiquement penser à un chien mouillé qui s’ébroue. Etrange. Mais comme cet amalgame de sons incongrus provenait de la porte de service, ce n’était plus un mystère pour Rodrigue.

Ah. José.

Bref coup d’œil vers Caleb et Lilia. Une expression parfaitement sobre au visage, il leur lança un bref « Excusez-moi un instant » avant de s’éclipser. Rodrigue se dirigea vers le fond du Downward, là où se trouvait la porte de service derrière laquelle José avait disparu quelques instants plus tôt. Il actionna la poignée et l’air glacé l’immobilisa sur place : la venelle par laquelle on acheminait discrètement l’approvisionnement du bar (du Gerety à l’armement) était plongée comme d’habitude dans une obscurité humide. Le brouillard opacifiait l’air et Rodrigue dû s’y reprendre à deux fois pour repérer la silhouette de José.

« Tout va bien, José ? »

Le videur déplia son immense carcasse pour se remettre debout – juste un jeu de lignes sombres aux yeux plissés du Lespurien.

« Pardon. Pour le bruit. »

Rodrigue secoua la tête. Il se voyait assez mal lui reprocher d’en mettre partout en dévorant à pleines dents un cadavre de Versatilis fraîchement décapité. A la place, il fouilla dans sa manche et en extirpa l’un de ses couteaux papillons. Il le déplia avec un geste rôdé à l’exercice et le tendit à la Ghoule. José le fixa avec une expression lourdement songeuse pour tout remerciement – et encore une fois, comment lui en vouloir ? ce n’était pas souvent qu’une ghoule se voyait offrir de la chair quasi hûmesque par un autre, sans ce que ce dernier ait au moins la décence d’avoir l’air dégoûté.

« Tu peux rentrer, je m’occuperai de la fermeture. Il n’y a plus qu’une cliente, et elle discute en ce moment avec le Patron, au bar. »

La précision n’était pas innocente. Rodrigue était prêt à parier que Lilia ou Caleb ne s’horrifieraient pas outre mesure de voir le videur reparaître barbouillé de sang : il s’agissait plutôt de ménager le sobre orgueil de la ghoule. Le barman ne comprenait pas tous les mécanismes qui travaillaient l’esprit nécrosé de José, mais en général ils finissaient par s’accorder sans avoir besoin de parler. Il crut percevoir l’acquiescement du videur dans la nappe d’ombre qu’il dessinait dans la nuit : il avait compris. Et Rodrigue battit en retraite.

La chaleur du Bar époussetait, à mesure qu’il retournait vers le comptoir, les traces du froid extérieur. Il réintégra son poste avec une nonchalance impeccablement affectée, les yeux en berne et le geste modéré, docilement effacé en présence du grand patron. Et comme s’il n’était jamais parti, il arbora aussi l’air averti de celui qui n’a rien manqué de la conversation. Conversation qui avait logiquement débouché sur une commande fouillée de munitions. Lilia parlait de ses armes et de ses futurs contrats de chasse avec une énergie peu commune, une conviction qui ignorait effrontément la peur. Est-ce que c’était de l’enthousiasme dans sa voix ? Peut-être. Rodrigue leva les yeux vers elle, attentivement – et pourtant…
Le mot « Pourtant » resta en suspens dans les pensées du barman, tandis qu’il continuait à l’écouter. Pourtant : sans conclusion, ni suppositions. Juste un doute, de l’ordre de l’informulable.
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